CHAP. VI. — UNIVERSALITÉ DU DÉLUGE
seulement des provinces limitrophes de l'Egypte, qui vmrent alors s^approvisioimor dans les magasins réservés par la sage prévoyance de Joseph. Ainsi encore, quand nous hsons dans le Deutéronome que la terreur du nom hébreu frappera d'épouvante les peuples qui « habitent sous tous les cieux : » Hodie incipiam mittere terrorem atque formidinem tuam in populis qui habitant sub omni cœlo *, il est hors de doute que cette généralité d'expression doit seulement s'entendre des nations voisines de la Palestine. Ainsi prendre au pied de la lettre les expressions de Moïse par» rapport au déluge, c'est courir gratuitement au-devant des objections et des difficultés presque insolubles qui résulteraient d'un cataclysme absolu et xmiversel.
18. A ces raisonnements, les défenseurs de l'universalité du dé- B<5ponse8 de* luge répondent : i° que les termes dont il est ici question sont tel- de rEmtuM lement clairs, si fréquemment répétés, et avec une insistance si nJJitiWver. particulière, qu'il ne saurait y avoir de doute sm* l'étendue de leur "^déraW signification; 2° que les Pères et les Docteurs de l'antiquité les ont toujours interprétés dans ce sens; 3° que le système contraire est récent, et que s'il n'a pas été l'objet des censures formelles de l'Eglise, il a néanmoins une apparence équivoque ei une origine trèssuspecte ; 4° que les paroles de l'Ecriture ne doivent pas être légèrement, et sans de graves autorités, détournées de leur sens obvie, et que les difficultés élevées par le philosophisme du xviii" siècle contre l'universalité du déluge, sont tellement loin d'être insolubles, que cette universalité est maintenant confirmée par la majorité des géologues aqtuels; 5° que le souvenir du déluge se retrouve dans les traditions de tous les peuples ; il a dû par conséquent être universel dans son étendue, pour conquérir l'universahté des traditions. Ce dernier argument ne paraît pas aussi décisif que ceux qui le précèdent. On conçoit parfaitement, en eflet, que toutes les nations descendues des fils de Noé auraient pu également conserver le souvenir du déluge, quand même ce cataclysme, universel pour toute la race humaine, ne l'aurait pas été pour la terre elle-même.
* Deui., (iîtp. II, 25,
288 HISTOIRE DE L'ÉGLTSE. — PREMIÈRE ÉrOQUE (3308).
Tiiéùiogiquo- 19. Mais, en laissant de côté cet ar£?ument au moins douteux. les
ment, ro[>i- , '
nionde lu- Rutros considcrations militent, selon nous, avec une force réelle en
nivcrsalilé du
déi.'ge est la favcur du svstème de l'universalité. Nous n'hésitons pas à avouer
plus pro- ^
babie. qu'en relisant le récit de Moïse, il nous paraît impossible, sans faire violence au texte, de ne pas l'entendre d'un déluge universel qui a couvert toute la terre , sans distinction des régions habitées et de celles qui ne l'étaient pas; qui a englouti avec l'humanité « tous » les animaux, tous les oiseaux, tous les reptiles, tout ce qui a le 0 souffle de vie » sur la surface du globe, sans distinction des espèces vivant dans les pays peuplés par les hommes, ou de celles qui habitaient les autres contrées encore inconnues au genre humain. Or il semble contraire à la véracité de Moïse, dans un livre qui renferme la révélation divine, d'avoir usé d'expressions tellement ambiguës que leur sens le plus naturel, le plus obvie, le plus clair, serait précisément le moins vrai et le moins historique. L'unanimité des Pères et des Docteurs anciens est aussi une considération décisive, dont la valeur s'impose d'elle-même à l'esprit. Quand on embrasse d'un seul coup d'œil l'ensemble de cette magnifique tradition cathohque, dont chaque anneau représente des génies et des saints; quand on songe que depuis TertuUien jusqu'à saint Thomas, le texte de Moïse qui nous occupe a constamment été interprété dans le sens de l'universalité du déluge, on s'incline devant une autorité si majestueuse. Qui donc oserait substituer à tant de lumières et de gloires l'opinion hasardée de quelques modernes auteurs?
20. Cependant, quoique l'opinion de l'universalité absolue du déluge soit théologiquement la plus probable,' elle n'a jamais été définie par l'Eghse comme un dogme de foi. Il reste donc sur ce iug"e.'in'( i- point, aussi bien que sur toutes les autres questions pour lesquelles "isaaV il n'est point intervenu de décision dogmatique, une liberté de discussion qui doit toujours se renfermer dans les limites du respect pour le passé, et d'une soumission implicite au jugement ultérie de l'Eglise. L'illustre Mabillon, ce savant dont le nom est synony d'érudition et de vertu, se trouvait à Rome, en 1685, au mom où la congrégation de l'Index poursuivait l'examen des livr
Tossius.