CHAP. VI. — UNIVERSALITÉ DU DÉLUGE
d'Isaac Vossius, relatifs au déluge. Invité parles cardinaux à donner son avis, le modeste Bénédictin fit observer que le système d'un déluge partiel n'avait été proposé que pour répondre plus facilement aux objections de l'incrédulité. Il insista sur l'utilité d'admettre ou du moins de tolérer des sens divers dans l'explication de l'Ecriture, quand ils ne sont pas contraires à l'autorité manifeste des Livres saints et de l'Eglise ; il rappela, au sujet des expressions mosaïques dont le sens parait indiquer l'universalité la plus absolue, le mot fameux de saint Augustin : Scripturœ mos est ita loqui de parte tanquam de toto; enfin il conclut par la considération du silence gardé jusque-là par l'Eglise, qui n'a jamais rien défini formellement sur celte question, ni infligé aucune censure à ceux qui limitaient le déluge à la partie de la terre habitée au temps de Noé. Le sentiment de Mabillon fut adopté par les cardinaux, et la controverse fut ainsi laissée à l'état d'indécision ^ On comprend dès lors que toutes les objections élevées par les incrédules contre la capacité de l'arche, les impossibihtés prétendues d'un déluge universel, comme toutes les théories nouvelles au sujet d'un déluge successif et non simultané, ne tombant point sm^ un dogme défini, sont, les unes sans valeur réelle, l'3s autres légitimes et permises, tant qu'elles ne s'écartent point du respect et de la soumission dus à l'Eglise. La foi n'y est pas intéressée d'\me manière directe. 21. La science, interrogée sur le déluge et son universalité si- Variations d«
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multanee ou successive, n a pas toujours eu une réponse mnforme* sujoi iu dé-
Si quelques hommes de la génération actuelle se souviennent en- suit ri i uni.
core des sarcasmes que l'école philosophique mit en honneur au dduge.
xvm' siècle, il ne sera pas sans intérêt pour eux d'entendre sur
cette grave question la parole de Cuvier : « Lorsque le voyageiu?,
» dit-il, parcourt ces plaines fécondes où des eaux tranquilles en-
» tretiennent par leur cours régulier une végétation abondante, et
» dont le sol foulé par un peuple nombreux, orné de villages flo-
» rissants, de riches cités, de monuments superbes, n'est jamais
» troublé que par les ravages de la guerre, il n'est pas tenté de
* A'inales ordinis S. Benediçti, tom. V, p. 18, n» 24; Les Livres saints vengés, tom. 1, pag. 277, 278.
290 HISTOIRE DE L'eGLISE. — PREMIÈRE fPOQUE fSSOcS).
» croire que la nature aussi ait eu ses guerres intestines, et que la p ^uriace du globe ait été bouleversée par des révolutions et des 0 catastrophes. Mais ses idées changent dès qu'il interroge ce sol » aujourd'hui si paisible. Les terrains les plus bas, les plus unis, » ne nous montrent, même lorsque nous y creusons à de très- » grandes profondeurs, que des couches horizontales de matières » plas ou moins variées, qui enveloppent presque toutes d'innom- 0 brables produits de la mer. Des couches pareilles, des produits » semblables, composent les collines jusqu'à d'assez grandes hau- » teurs. Quelquefois les coquilles sont si nombreuses, qu'elles for- » mont à elles seules toute la masse du sol; elles s'élèvent à des ù hauteurs supérieures au niveau de toutes les mers, et où nulle » mer ne pourrait être portée aujourd'hui par des causes existan- ») tes. Toutes les parties du monde, tous les hémisphères, tous les » continents, toutes les îles un peu considérables, présentent le » même phénomène. Le temps n'est plus où l'ignorance pouvait » soutenir que ces restes de corps organisés étaient de simples » jeux de la nature, des produits conçus dans le sein de la terre » par ses forces créatrices. Une comparaison scrupuleuse des for- » mes de ces dépouilles, de leur tissu, souvent même de leur com- » position chimique, ne montre yds la moindre différence entre les » coquilles fossiles et celles que la mer nourrit. Le bassin des mers )) a donc éprouvé au moins un changement , soit en étendue , soit en si » tuation. Si l'on examine avec encore plus de soin ces débris des » êtres organiques, on trouve au milieu des couches les plus ré- » centes, c'est-à-dire les plus superficielles, des animaux terres- » très ensevelis sous des amas de productions de la mer. Les ca- » tastrophes qui les ont engloutis ont donc été soudaines. Cela est » surtout facile à prouver pour la dernière de toutes, pour celle » qui, par un double mouvement, a inondé et ensuite remis à sec B nos continents actuels, ou du moins une grande partie du sol qui )) les forme aujourd'hui. Elle a laissé, dans les pays du Nord, des » cadavres de grands quadrupèdes que la glace a saisis et qui se » sont conservés juscpi'à nos jours avec leur peau, leur poil et leur h chair. S'ils n'eussent été gelés aussitôt que tués, la putréfaction