TOUR DE BABEL (2907 AV. JÊSUS-CHRIST
à l'interprétation opposée. Les adversaires du miracle, ceux qui, de parti pris, rejettent le surnaturel comme un élément inad\ ^siblo daAs riiistoire, ne s'arrêtent pas ordinairement devant des considérations de ce genre. Tout ce qui s'écarte de la théorie préconçue et du cours des phénomènes ordinaires, est impitoyablement rejeté par eux et rangé parmi les symbohsmes et les mythes légendaires. Mais, qu'on nous permette de le dire, ce point de vue dont on a voulu, de nos jours, vanter la prétendue largeur, est en réalité le plus étroit qui se puisse concevoir. La création, l'ordre du monde, la formation de l'homme, sont-ils donc des faits de l'ordre naturel? Le passage du néant à l'être ne suppose-t-il pas l'intervention d'un principe divin? Et ce principe divin, de quel droit le voudrait-on bannir de son ouvrage, à une heure donnée, comme un instrument inutile qu'on rejette après s*en être servi? Savons-nous même, d'une manière rigoureuse, où s'arrête l'ordre naturel et où commence le divin, dans le monde que nous avons sous les yeux? Le peu que nous voyons, le peu que la science humaine a pu découvrir, est-il assez complet pour que nous ayons sérieusement la ridicule prétention de juger de l'ensemble? Si l'on y réfléchissait mieux, le grain de sable qui révélait à Pascal des horizons où son génie entrevoyait d'insondables mystères, rendrait plus circonspects les esprits qui se croient forts parce qu'ils sont téméraires ; et on verrait que rejeter a priori de l'histoire du genre humain l'intervention divine , est une méthode aussi ingénieuse que de supprimer la cause pour mieux comprendre l'effet. Le miracle est donc dans l'histoire du monde; il remplit les annales de l'humanité , si l'on donne le nom de miracle à tout ce qui atteste l'action divine dans le gouvernement du monde. Mais le vrai prodige, le prodige réellement inexplicable pour tout homme qui voudra y songer en dehors des préoccupations étroites ou des banalités vulgaires , serait que le monde subsistât sans l'intervention •fficace, sans l'action incessante de Dieu.
336 HISTOIRE DE L^ÉGLiSE. — DELXliîME ÉPOQUE (3308-2296). g IW Eïispcrsion des flis de Koé. — Orij^^incs des races actuelles.
Crénéaiogir 24. Le chapitre x^ de la Genèse est intitulé : Généalogie des fils de
4ea nations.
Noé; on aurait pu l'appeler avec autant de vérité le Livre des origines du genre humain. Le caractère propre de la Bible, ainsi que l'a très-bien vu M. Renan, est d'être par excellence le Livre universel. Mais nulle part ce caractère n'éclate d'une manière plus saisissante que dans ce chapitre, oii tous les peuples de la terre trouvent le nom de leurs premiers aïeux. Les antiques historiens de la PhéBicie, de l'Egypte, de la Grèce^ de Rome, de la Chine, de l'Inde, sont exclusivement nationaux. Leur horizon n'est pas plus étendu que leur patrie. Au delà des limites naturelles ou politiques de leur pays, ils n'ont rien vu, ils n'ont rien voulu voir. Quelquesuns pourtant de ces grands empires dont ils déroulent les annales, avaient envahi dans leur domination le monde presque entier. Comment se fait-il que le Livre sacré d'une petite nation, resserrée géographiquement dans un cercle imperceptible, isolée historiquement des autres peuples par ses mœurs, sa législation, sa foi religieuse, comment se fait-il que ce Livre seul présente des notions générales sur les origines de tous les autres peuples? Comment Moïse, le premier auteur connu, chef d'iiue tribu d'esclaves qu'il soustrait au joug des Egyptiens et qu'il promène quarante ans au désert, sans communication avec les grands peuples de son temps, a-t-il pu réunir des données certaines, précises sur la généalogie (2e toutes les nations? C'est encore là un fait qui étonnera l'incrédulité des siècles modernes', et qu'elle sera forcée d'avouer, sans paraître plus disposée à rendre hommage à la parole révélée. ^lemfnitn' ^^* ^^'^^^^ ^^'"^ partage réel de la surface du globe fait par Noé partage de la ^ ggg {poig fjjg gg trouvo mentionnée dans les traditions juives et
IfTTH i;llt p!ir ' ^
Noé à se* en- pQj. quclqucs autcurs grecs de l'ère chrétienne *. Cette opinion
était même tellement accréditée au iv^ siècle, que saint Philastrius,
évoque de Brescia, dans son traité des Llé^ésies 2, semble la regar-
dL>r (oiiime une vérité certaine. «Cependant, dit Bochart, on ne
» C iî.*'iius, Eusèbej Georges le Syncelle, etc. — * S. Philast., lib. de Uœre- 9ibus, (:ii{K CXXI.
» voit guère comment Noé eût pu diviser l'univers entre ses trois D fils, quand la plus grande partie de l'univers n'était pas encore M connue. On pourrait, il est vrai, supposer ici à Noé une inspira- » tion divine qui l'aurait fait agir ; mais comme l'Ecriture ne nou£ » dit rien de cette circonstance, nous n'avons pas le droit d'ériger » cette conjecture à l'état de vérité historique; ce qui n'empêche » pas saint Philastrius de ranger parmi les hérésies le sentiment » contraire *. » L'interprétation trop rigoureuse du verset de la Genèse qui termine le chapitre généalogique des fils de Noé, donna probablement lieu à cette méprise *. « TeUes sont, dit le texte sa- » cré, les familles de Noé, par ordre de peuples et de nations. C'est )) d'elles que les nations se sont divisées sur la terre, après le dé- » luge ^. » Du reste, la qualification d'hérétiques, donnée par saint Philastrius, paraît principalement s'appliquer à ceux qui prétendaient revendiquer, en faveur des Egyptiens, des Perses et des Grecs, l'antériorité sur la race de Noé dans le partage de la terre. Voici les paroles de l'évêque de Brescia : « Certains hérétique?, » dit-il, professent des ophiions erronées sur la division de la terre )> entre les races et son peuplement. Ils soutiennent que ce furent )) les Grecs, ou les Egyptiens, ou les Perses, qui les premiers divi- » sèrent le globe, et que Noé, après le déluge, ne fit pas cette divi- )) sion, ce partage entre ses trois fils '*. » Réduite à ces termes, la qualification d'hérétiques nous paraît acceptable, dans le sens que l'antériorité du peuplement de la terre par la race de Noé, avant qu'il y eût un empire égyptien, perse ou grec, est incontestable. Mais si, dans la pensée du saint auteur, cette quahfication s'étendait à ceux qui n'admettent pas la réalité d'un partage fait par Noé à ses trois fils, il est évident qu'elle n'est pas admissible, et que cette doctrine n'a jamais été soutenue par l'Eghse.
26. Voici donc les auteurs du genre humain, tels que Moïse les pp.r« indique, dans l'ordre de la descendance des fils de Noé : « Japhet » eut pour enfants : Gomer, Magog, Madaï, Javan, Thucal, Mosoch » et Thiras. Les fils de Gomer furent : Ascenez, Riphath et Tho-
* Bocliart., lib. I, Phaleg.^ cap. ultim. — * Jacob. Perizon., Origines Baby^ tonkcBj pag. 288. — » Gènes. ^ cap. x, 32. — * S. Pliilaslr., Ioq. cit.
de Japhet.
» gorma. Les fils de Javan furent : Elisah et Tbarsis, Cetliim et Do- » danim *. » Gomer, ou, selon le génie de la langue hébraïque, qui n'admet'pas les voyelles dans l'idiome écrit, Gmr, Gamr ou Gimr^ représente les Kimr, Cimmériens de l'Asie Mineure, qui sont devenus les Germains des races modernes. — Ascenez , en hébreu Aschenaz, donne son nom, suivant Bochart, à l'Ascanie, province de l'Asie Mineure, et peut-être au Pont-Euxin, Pontus Ascenez, Axenus, Euxinus. — Riphath laisse son souvenir aux monts Riphées *, actuellement montagnes d'Oby. — Thogorma fut le père des Thygramméens ou Phrygiens de l'histoire grecque. Les Turcomans se prétendent ses descendants. — Magog, second fils de Japhet, peupla par ses descendants la Scythie et la Tartarie, dont les habitants prenaient, dans l'antiquité, le nom de Mogli, et qui conservèrent parmi leurs divinités le souvenir de Gog ou Magog, leur premier ancêtre. — Le Madaï de l'Ecriture est le père des Madiens ou Mèdes; la vieille QEmathie, avant de s'appeler Macédoine, indiquait, par la racine étymologique de son nom, qu'elle était une colonie sortie de la terre de Madaï. — Javan est le Jaoun ou loun, l'Ionien ou Grec de l'Asie Mineure 3. — Elisah, Tharsis, Cethim et Dodanim * laissent leurs noms aux contrées de Y Elias, Hellade ou Grèce; de Tharse sur les côtes de Cihcie; de Kitium en Chypre, et des Céthiens de la Thrace; de Dodone ou de Rliodes. — ïhubal ou Thobel, cinquième fils de Japhet, fut la tige des Thobéliens , nom. antique de la race ibérienne, dont les capitales étaient, d'après Ptolomée ^, Thabilaca et Teleha. — Mosoch ou Moshk lut père des Moscovites, et Thiras donna son nom aux Thraces. La postérité de Japhet s'étendit donc depuis le mont Taurus jusqu'au Tanaïs, depuis les monts Riphées jusqu'au déti^oit de Gades ou Cadix. C'est la race hardie, entreprenante : audax Japeti genus , comme dit
* Genes.j, cap. x, 2, 3, 4. — * Virgil., Georg.j lib. III. Voici ses vers:
Talis hyperboreo septem subjecta Trioni Gens effrœna virum Riphœo tunditur Euro.
•M. T'ripard, MoïsCj tom. I, pag. 292 et suiv.; D. Calmet, Dissertât, sur k fartage des descendants de Noé (Bible de Vence).
» Rodanim, dans le texte samaritain. — ^Ptolom. Astœ Ubul. IL
Horace ^ » Le poète latin commente ainsi, sans le savoir, la bénédiction prophétique de Noé : a Que Dieu dilate les tentes de » Japhet 2. ))
27. « Cham eut quatre fils : Chus, Mesraïm, Phutli et Chanaan. ^^ae » Les fils de Chus furent : Saba, Hévila, Sabatha, Regma et Saba- ^^ ^'*** » tacha. Regma eut pour fils Saba et Dadan. Or Chus fut encore » père de Nemrod, qui commença à fonder une domination ter- » restre. Il fut un chasseur vigoureux, ce qui donna naissance au » proverbe : Violent chasseur devant le Seigneur j comme Nemrod. La » capitale de son empire fut Babylone. Il fonda de plus les villes » d'Ara ch, d'Achad et de Chalanné, dans la terre de Sennaar. Ce » fut de cette terre que sortit Assur, qui éleva les murs de Ninive, * » fonda Chalé et la grande ville de Resen, entre Ninive et Chalé. » Mesraïm eut pour fils Ludim, Anamim, Laabim, Nephtuim, Phe- » trusim et Chasluim, d'où sont sortis les Philistins et les Caphto- » rim. Chanaan fut père de Sidon, son premier-né, et de dix autres » enfants qui devinrent la tige des Héthéens, des Jébuséens, des » Amorrhéens, des Gergéséens, des Hévéens, des Aracéens, des » Sinéens, des Aradiens, des Samaréens, des Amathéens. Les dif- » férents peuples de Chanaan descendent de ces dix enfants. Or )) les hmites des Chananéens renferment les régions comprises » entre Sidon, Gérara et Gaza, jusqu'à Sodome, Gomorrhe, Adama, n Seboïm et Lésa. Telle est la descendance des fils de Cham, selon » leurs alliances, leurs langues, leurs familles, leur pays et leurs » nations ^. » Cham a laissé des traces de son nom sur le sol égyptien, peuplé par ses descendants. Plutarque appelle l'Egypte Che" mia. Quelques nomes égyptiens portent les noms de Chemmis, Prochemmis , Psittachemmis, où l'étymologie rappelle le nom du second fils de Noé. L'Afrique ancienne était désignée sous l'expression générique à.Wmmonia; enfin la Thèbes aux cent portes d'Homère, s'appelle en hébreu No-Ammon, Cité d'Ammon. Nous avons déjà eu l'occasion de faire observer que l'aspiration du mot Cham, doniis rigoureusement, d'après le génie des langues orientales, le
* U.» Tripard, ifotye, tom. I, pag. 294; Horat., iib. I, Od, ni, vers. 27. — . » Gems.^ cap. ix. 27. — * Gènes., cap. x. 6-20.
Ham ou Ammon de l'antiquité. — Chus, premier fils de Cliam, est le père de la race kouschite, dont les orientalistes modernes retrou-'^ent les souvenirs en Ethiopie. La capitale Kush, dans le pays d'Axoum, était la grande cité de la race noire. — Saba, Hévila, Sabatha, Regma et Sabathaca, les cinq premiers fils de Chus, ont donné naissance aux Sabéens d'Ethiopie et à la ville de Saba; aux Chavelœi de Pline, et Chavilatœi de Strabon, dans l'Arabie Pétrée; à la ville de Saphta et à la colonie des Sabathéens dans TArabie Heureuse et sur le goKe Persique; à la viDe de Rhegma, sur le même golfe; et à la ville de Sabidaca, fondée dans la Carmanie, non loin du golfe Persique. — Les villes de Sheba et Dadeu, sur les mêmes plages, rappellent les deux fils de Regma, Saba et Dadan ^ Femrod, 28. Mais de tous les fils de Chus, le plus illustre est le Nemrod cbam. de l'Ecriture, le premier des descendants de Noé, qui étabht une suprématie basée sur la force, et dont le caractère nous est sufîisamment marqué par ce trait d'énergie physique avec lequel Moïse nous le dépeint : « Il fut un vigoureux chasseur devant le Seigneur : » Robustus venator coram Domino ^. « Nemrod, dit M. E. Renan, est » expressément rattaché à Cousch, et, en effet, on retrouve son » nom dans une série des dynasties égyptiennes ^. » Cette constatation par la science actuelle de la véracité de Moïse, dans la filiation de Nemrod, est d'autant plus remarquable que son nom n'est point rappelé par les villes que le roi -chasseur fonda dans les plaines de Sennaar. Babylone, sa capitale, a conservé le souvenir de la confusion des langues et de la tour de Babel. Le nom du roi s'est effacé devant la majesté du plus grand événement de l'histoire du monde antique, ainsi que l'appelle M. de Maistre. Arach est VAracca de Ptolomée, sur le Tigre, au-dessous de sa jonction avec l'Euphrate. Achad est la Sacada du même auteur, à quelque distance de Ninive. Chalanné se retrouve dans la province d'Assyrie, tippelée Caloniie. Mais aucune de ces villes ne porte le nom de son fondateur Nemrod, comme si Dieu eût voulu ;que ce nom,
• \oir la Dissertation de D. Calmet, déjà citée. — * Gènes., cap. x, ». — 0 E. ReDan, Histoire des long, sémit., tom. I, pag. 32.
srauBi fila
qui signifie, suivant sa racine étymologique, oppresseur^ fût isolé dans la mémoire des peuples, et ne rappelât que des souvenirs de violence et de tyrannie, sans même obtenir la vaine compensation d'une gloire posthume, attachée à des monuments durables. La race conquérante de Chus, sous la conduite de Nemrod, opprime la race pacifique de Sem. C'est alors qu'Assur, le vaincu des plaines de Sennanr, émigré avec les Sémites, et va fonder sur le Tigre une ville qui deviendra la rivale de Babylone , la cité de Ninive. La guerre , et probablement une guerre d'extermination , dut précéder cet épisode, brièvement raconté par Moïse *. Ainsi au nom de Nemrod se rattachera l'idée du premier conquérant qui ait fait couler, après le déluge, le sang des soldats avec les larmes des mères.
29. Mesraïm ou Misraïm, second fils de Cham, donne son nom r;. scrndano»
li • Aiisraïar
à l'Egypte. Peut-être, au lieu de ce nom, dont la forme plurielle /''"';';'i«* en hébreu ne saurait convenir à un seul homme, faut-il hre, avec >'^ f'-^am Josèphe, Mesré -, d'où les Egyptiens [Mesraïm) tirent leur origine. C'est le sentiment de dom Calmet, qui retrouve d'ailleurs le nom de Mesré dans la ville du Caire, appelée encore aujourd'hui Meser par les Arabes, et dans celui de Mesori, donné au premier mois du calendrier égyptien 3. — Des sept fils de Mesraïm, Lud ou Ludim, donna son nom à Lydda ou Diospolis, dans la haute Egypte; Anam ou Anamim devint le père des Nasamonéens; Laabim peupla la Libye; Nephtuim semble avoir laissé son nom au Neptune des Grecs, lesquels, d'après Hérodote, rapportèrent de l'Afrique des traditions relatives à cette divinité olympique. Plutarque dit que le mot Nephtus, en égyptien, désigne les côtes de la mer et les montagnes escarpées qui s'avancent dans ses eaux*. Quoi qu'il en soit, la trace de Nephtuim se retrouve dans la ville de Napata ou iV(?/)/(!?a , capitale de Tancienne Ethiopie. Phatrousim fut le père d'mie cotonie égyptienne, qui fonda la ville de Phatros près de
* Voir Mdise, par M. Tripard, toui. i, pag. 298 et suiv.; et VHistoire des langués sémit., pag. 32, 33 et suiv. — * Josepli., Antiq. Judaic, Jib. I, cap. \J. — * D. Calmet, Dissertation sur le partage des descendants de Noé. — * Idem, ibid.
342 HiSTOiiiE DE l'Église. — deuxième époque (3308-2296).
Thèbes; Cliaslnira, établi d'abord dans le pays de Qoub ou Cohii ae Ptolomée, fut, d'après Bochart, la tige d'une émigration égyptienne qui serait allée plus tard peupler la Colchide ; enfui les Caph^ torim, issus comme les Philistins de Gliasluim, sont encore reconnaissables aujourd'hui dans les Cophtes. — Phuth, le troisième fils de Cham, a laissé son nom au fleuve de Phut, dans la Mauritanie, et à un nome voisin de la Libye, appelé Phtemphu par Pline, et Phtemphuti par Ptolomée. Josèphe ajoute que la Libye porta longtemps le nom générique de pays des Phutéens; on y substitua plus tard celui de Libys, l'un des descendants du premier fondateur ^ — Chanaan, le quatrième et dernier fils de Cham, peupla le pays qui 1 conservé le nom de Chanaan jusqu'à la conquête des IsraéHtes, sous Josué. Sidon, l'aîné de ses fils, bâtit la ville phénicienne qui poïie son nom, et dont la splendeur, longtemps sans rivale en Orient, fut enfin éclipsée par celle de Tyr. Les dix autres fils de Cham se partagèrent la Palestine, dans l'ordre indiqué par Moïse, jusqu'au jour où les Hébreux, de la race de Sem, vinrent dresser leurs tentes sur le sol de la terre promise, réalisant par leur victoire la malédicti-on prophétique de Noé : « Chanaan sera Tesclave » des esclaves de ses frères ^-. »
Raoo 30. (( Sem, frère amé de Japhet ^, fut le père de tous les enfants
de Seul. ' x- ' r
» d'Héber! Il eut cinq fils : iElam, Assur, Arphaxad, Lud et Aram. » Aram fut père de Us, Hul, Gether et Mes. Arphaxad engendra ï) Salé, qui donna le jour à Héber. Héber eut deux fils : Phaleg» )) ainsi appelé parce que ce fut en son temps qu'eut lieu la division » de la terre entre les ditlerentes races, et Jectaii. Jectan eut treize i) fils : Elmodad, Saleph, Asarmoth, Jaré, Aduram, Usai, Décla, » Ebal, Abimaël, Saba, Ophir, Hévila et Jobab. Tous ces descendants )) de Jectan habitèrent depuis Messa jusqu'à la montagne orien- 0 taie C*"; Sephar. Tels sont les fils de Sem, selon leurs familles,
1 Joseph., Antiq. Judaic, lib. I, cap. vi. — * Gènes., cap. ix, 25.
8 Voir D. Calmet, Dissertât, déjà citée. — Noël Alexandre, Hist. ecclés.y tom. I, pag. 209 et suiv., cherche à établir que Japhet fut l'aîné des fils de Noé. Cette question, qui a donné lieu à de nombreuses controverses, nous paraît devoir être résolue dans le sens que la Vulgate indique ici.
» leurs langues, leurs régions et leurs peuples. Et tel est l'ensemble » des familJes de Noé, selon les diverses nations qu'elles ont for- » niées, après s'être répandues sur la face de la terre *. »
(( Quand Moïse arrive à la race de Sem, dit un auteur récent, un n sentiment patriotique se réveille dans son âme; il s'écrie : « Ce- » lui-là fut le père de tous les enfants d'Héber! » C'est ainsi qu'il » salue le chef de sa race, et ce premier sentiment nous indique M que, pour l'éprouver, il faut être sinon contemporain, du moins M d'une époque rapprochée, car l'écrivain sent encore sa parenté ^. » La justesse de cette observation se trouve aussi confirmée par le soin avec lequel Moïse insiste ici, d'après l'interprétation de la Vulgate, sur la primogéniture de Sem. Il y a dans la réunion de ces deux traits caractéristiques, sur la personne et la descendance du patriarche, une intention de fierté nationale dont le sens ne saurait échapper à personne. — La race des Sémites habitera les contrées orientales, premier séjour de l'homme sur la terre. Le sentiment religieux conservera chez elle plus de vigueur et de stabilité que dans les autres; mais sa plus grande gloire sera concentrée dans la descendance d'Héber, arrière-petit-fils de Sem, tige des Hébreux, ancêtre dont le nom figurera dans la généalogie terrestre du Fils de Dieu. L'Inde a conservé des traces du nom de Sem dans la ville de Schem-Bamiyan ^. — JElam, fils aîné du patriarche, est le père des Elamites, nom primitif des Perses. — Assur, le proscrit des plaines de Sennaar, en fuyant la tyrannie de Nemrod, va peupler l'Assyrie. Les traditions de ce pays le nomment Thur ou Athur, et lui donnent pour père Zamès, noms identiques à ceux de Sem et d'Assur. La mythologie lui dresse des autels sous le nom de Bel ou Bélus, dont la signification étymologique est la même que celle de «?«< (le Fort\ le Mars des Grecs. La ville assyrienne dont il jette les fondements sur le Tigre, prendra pourtant le nom de son fils Ninus, et s'appellera Ninive. — Arphaxad, troisième fils de Sem, qui continue la hgnée patriarcale d'où sortiront les Hébreux,
* Gènes., cap. x, 21-ad ultim. — ' M. Tripard, Moïse, tora. I, pag. 29 » Rohrbacher, Histoire univ. de l'Eglise eathoL, 2* édit., tom. I, pag. 174.
est, selon Josèphe, le père des Chaldéens, et la ville d'Ar-Chasatm ou Ur-Chasdim, la capitale de la Gkaldée, lui doit son nom. On le jetrouv^ d'ailleurs dans la région appelée par Ptoloinée Arra-Pachitis, j ays montueux au sud du lac de Van, dans ia Mcdie. — Salé, îils d'Arpliaxad, donne le sien au pays et à la ville de Sala d'Ammien-Marcellin. — Des deux fils d'Héber, Phaleg ^ fonde la ville de Phalga sur l'Eiiphrate. Jectan devient le père des nombreuses tribus d'Arabes Jectanides campées entre le Massanites fluvius, le Messa de la Bible, l'une des branches de l'Euphrate, vers son embouchure, et la montagne orientale de Séphar, à l'est de la mer Rouge. Les treize fds de Jectan ont laissé leurs souvenirs et leurs noms à cette contrée, Elmodad est le père des Alumaiotœ de Ptoiomée; Saleph, des Salapeni; Asarmoth, des Chatramotitœ de Strabon, dans l'Hadramaut actuel; Jaré, ou en hébreu Irach, peupla le pays et la ville de ce nom sur l'Euphrate. Adaram, appelé Odorra par les Septante, donne son nom à Adruma, dans la Mésopotamie; Uzal, à YAuzara de Ptolomée, près le pays d'Oman, sur le golfe Persique; Décla, aux rivages du Diglito (Tigre); Ebal, à Hohol du géographe Edrisi; Abimaël ou Abimal, au pays des Mali; Saba, à Sheba-Mareb, capitale des Sabéens; Ophir, à la contrée de ce nom si célèbre dans l'antiquité, et que l'on croit être l'Inde; Hévila, au pays dont la position a déjà été déterminée en parlant de la situation probable du Paradis Terrestre; enfin Jobab est le père des Jobaritœ de Ptolomée. — Lud, le quatrième fils de Sem, donne son nom aux Lydiens de l'Asie Mineure. — Arara, le dernier enfant du patriarche, est la tige des Araméens, nom sous lequel Homère et Hésiode désignaient encore les Syriens. Des quatre fils d'Aram, Us se retrouve dans le pays de Hus, patrie de Job; Hul, dans quelques cités d'Arménie du même nom; Gether et Mes, dans les régions de Katara et des Masanites, placées toutes deux par Ptolomée X3rès du golfe Persique.
* Phaleg signifie division : Eo quocl in diebus ejus divisa sit terra. Gènes., cap. X, 25. — C'est en souvenir de ce grand événement que Samuel Bochart, le célèbre orientaliste du xviie siècle, a donné le nom de Phaleg à la première partie de son grand ouvrage sur la Géographie sacrée.
Si . Le tableau suivant résumera dans un coup à*œil général cette^ longue énumération.
JAPHET Japeti genus (Européens).
GoMER Magog Madai Javan Thubal Mosoch Thiras Kimr Cimbres- Scythes. Mèdes. Ioniens. Thobeli. Moscovites. Jhraces. Cimmériens. . Ibériens. A __A
ASCENEZ RiPHATH THOGORMA ElISAH TIIARSIS
Ascanie Riphœi Tliijrimmméens Hellade Jharse Pont- montes, ou Phrygiens, ou Grèce. enCilicie. Euxin. Turcomans.
CHAM Ammonie (Afrique).
Cethim Dodanim Céthiens ou Rodanim deThrace. Dodone
ou Rhodes.
Chus Mesbaim Puuth
Kouschites-Ethiopiens Terre de Jlfe^raïm Phuthéens Kouschad-Widpa l'Inde. Egypte. Libyens.
Six fils :
Saba Sabéens,