‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 80 sur 121 · JOB (VERS L'AN 18C0 AVANT JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

JOB (VERS L'AN 18C0 AVANT JÉSUS-CHRIST

SOMMAIRE

!. Israël et l'Kgypte. — 2. Seconde branche de la famille patriarcale. Job ou Jobab, descendant d'Esaû. -- 3. Incertitude sur l'auteur du Livre de Job et le temps où il fut écrit. — 4. Vertus patriarcales et prospérité de Job. — 5. Satan obtient de Dieu la permission de frapper Job dans ses richesses et dans ses affections de famille. — 6. Job, dépouillé de toutes ses richesses et privé de ses enfaots, reste fidèle à Dieu. — 7. Satan obtient de Dieu la permission de frapper Job dans sa personne. — 8. Job est visité par ses trois amis, Eliphaz, Baldad et Sophar. — 9. Impuissance de la philosophie à résoudre le problème agité dans le Livre de Job. — 10. Première lamentation de Job. — 11. Eliphaz de Théman répond à Job et veut lui prouver qu'il a mérité ses infortunes par quelque grande faute. — 12. Job repousse le reproche d'Eliphaz et s'humilie sous la main de Dieu. — 13. Job a conservé dans sa pureté primitive la tradition patriarcale déjà obscurcie dans 1p reste de ridumée. — 14. Baldad soutient que l'adversité est toujours la punition d'une fiiute, et la prospérité la récompense des vertus. — 15. Touchante prière de Job. — 16. Sophar reprend, en l'exagérant encore, la thèse de ses deux amis. — 17. Réponse de Job à Sophar. — 18. Récriminations d'Eliphaz.

— 19. Appel de Job au Rédempteur à venir. — 20. Nouvelles accusations. Job y répond par le tableau de sa vie innocente et pure. — 21. Eliu. — 22. Le Seigneur apparaît dans sa majesté. — 23. L'innocence de Job est proclamée par le Seigneur. — 24. Job est rétabli dans sa première prospérité.

— 25. Conclusion. La critique moderne en face du Livre de Job.

Job.

i. La double descendance d'Isaac par Jacob et Esaû s'était dé* veloppée parallèlement; la première, ainsi que nous l'avons vu, venait de s'établir en Egypte, portant sur la terre de Mesraïm, au centre le plus avancé du polythéisme, la foi au Dieu unique et lout-puissant et aux mystérieuses promesses de rédemption future. Il est permis de supposer que les entretiens de Joseph et de ses frères avec les hiérogrammates de l'Egypte, et le long séjour dei

HébrOiix, contribuèrent à la propagation des vraies doctrines religieuses en ce pays. On sait que cette terre eut dans l'antiquité la réputation d'être le berceau de la sagesse; que Platon puisa dans les dogmes sacrés des prêtres égyptiens une partie des nobles et grandes pensées qu'il développa plus tard sur l'essence divine et l'unité de Dieu. Mais ce qu'on laisse plus volontiers dans l'ombre, et ce que nous voulons au contraire faire ressortir davantage, c'est le rayonnement que les traditions pures des Hébreux projetèrent sur l'Egypte *, non-seulement par leur séjour de plus de trois cents ans dans ce pays, depuis Joseph jusqu'à Moïse, mais par les relations conservées plus tard entre les deux peuples. Sans parler des points de contact officiellement constatés dans la suite de l'histoire biblique; sans rappeler les quarante années passées par Moïse à la cour d'un Pharaon, ni l'alliance de Salomon avec la fille d'un monarque 2 égyptien, qu'il nous suffise de citer ici un texte du Deutéronome sur lequel on n'a pas assez insisté. Non-seulement Moïse, qui venait d'arracher le peuple de Dieu à la plus cruelle des servitudes, ne prétendait pas rompre les relations des Juifs avec les Egyptiens, mais il déclare que ces derniers devront toujours être accueillis avec faveur par les Hébreux, et qu'ils pourront même être naturahsés à la troisième génération ^. Ils sont assimilés aux fils d'Edom, qui étaient appelés à jouir de ce privilège en souvenir

* Voir Etudes sur le Rituel funéraire des anciens Egyptiens, par M. le vicomte de Rougé. — Les papyrus trouvés avec les momies dans les sarcophages égyptiens, ont été déchiffrés par l'illustre auteur et accompagnés de gloses qui éclaircissent toutes les difficultés du texte. On est frappé, à la lecture de ces pages arrachées à un oubli quatre fois millénaire, des analogies qu'elles présentent dans leurs notions sur la Divinité^ avec la doctrine biblique. On y suit la trace de la pensée humaine tombant, par une dégradation successive, de l'idée monothéiste à la déification du personnage humain, mais conservant longtemps encore les définitions traditionnelles de l'omniscience, de la puissance et de la sagesse infinies du Créateur.

2 m Reg., cap. m, 1. — ' Non abominaberis Idumamm, quia frater tuus est; nec JEgijpfium, quia advena fuisti in terra ejus. Qui nati fuerint ex eis tertia gèneratione intrabunt in Ecclesiam Dei {Beuter., cap. xxiii, 7-8). Nous entendons, avec Cornélius à Lapide, par les mots intrabunt in Ecclesiam Dei, ce qu'on appelle dfe nos jours la naturalisation (Voir Cornel, à Lap., Comment, in Deuter., hc. citât., tom. II édit Vives, pag. .480).

CHAP. IV. — JOB (vers l'an 1800 AV. jésus-christ). 479

de l'origine commune. Les rapports entre les Egyptiens et les Hébreux eurent donc un caractère légal de bienveillance, en dehors de leur physionomie internationale et politique. Il y eut par conséquent échange de doctrine entre les deux peuples, et si les Hébreux, ainsi que Moïse et Josué le leur reprochèrent souvent *, empruntèrent aux Egyptiens des traditions idolâtriques dont il fallut de longues années pour détruire l'influence, nous sommes en droit de conclure à la réciprocité de ces communications et à une certaine connaissance des dogmes hébreux par les Egyptiens. Nous ne doutons pas que les progrès de la science moderne, qui vont élargissant chaque jour le cercle de l'histoire égyptienne, n'arrivent à la complète démonstration de ce fait important.

2. La seconde branche de la race patriarcale avait prospéré sur la seconde terre d'Edom, dans les montagnes de Séïr, où son chef, Esaii, avait famme^pat fixé ses tentes. « Le û^ère de Jacob avait eu d'Ada et de Basemath, ^JobaMes ses deux femmes, Eliphaz et Rahuel. Eliphaz fut père de Thémaii, d'EsaS* Omar, Sepho, Gatham, Cénez et Amalech. Rahuel eut pour fils Nahath, Zara, Samma et Meza. Or Zaré fut père de Jobab, le quatrième roi qui régna sur la terre d'Edom en ce temps où les fils d'Israël n'avaient eux-mêmes point de rois ^. » Le caractère de ces royautés iduméennes nous a été déjà indiqué par l'attitude guerrière d'Esaii, qui se présentait fièrement à la rencontre de Jacob, sur les rivei du Jourdain, avec une troupe de quatre cents hommes 3. Cette "brme militaire n'excluait pas les richesses pastorales *, ou plutôt

* Sous Moïse, l'adoration du veau d'or par les Hébreux ne fut qu'une réminiscence du culte éfîyptien du bœuf Apis : Aufcrte deos quibus servierunt paires vesiri m JEgypto (Josue, cap. xxiv, 14).

2 Gènes., cap. xxxvi, 9-13, 31-33. — La généalogie des fils d'Esaû, dont nous ne reproduisons qu'un fragment, est extrêmement curieuse à étudier dans tous ses détails. Ce sujet demanderait trop de développements pour l'entreprendre ici. Contentons-nous d'indiquer le trait caractéristique que M. le vicomte de Rougé signale dans les papyrus égyptiens de la même époque; le nom des personnages y est presque toujours suivi du nom de leur mère. On peut appliquer la même observation à l'énumération des fils de Jacob {Gènes., cap. xxx). Enfin, comme remarque intéressante dans un tout autre ordre d'idées, la généalogie des fils d'Esaû couslate la première découverte d'eaux thermales, fait*, par un berger iduméen [Gènes., cap. xxxvi, 24).

3 Gènes., cap. xxxii, 6. — * Gènes», cap. xxxvi, 6.

480 HISTOIRE DE l'église. — TROISIÈME ÉPOQUE (2296-1785).

]a cornhinaison de ces deux éléments constituait des tribus à peu près semblables à celles que gouvernent aujourd'hui les scheiks arabes, en Algérie. Or le Jobab, quatrième roi iduméen dont parle Moïse, est vraisemblablement le même que le patriarche Job dont nous allons raconter l'histoire. Cette identité n'est pas une hypothèse gratuite, fondée sur une simple analogie de nom. A la fm du Livre de Job , dans la version des Septante , dans tous les exemplaires grecs et arabes de l'Ecriture, et même dans l'ancienne Valgate, on lit ces paroles * ; « Or Job habitait la terre de Hus, sur les » confins du pays d'Edom et de l'Arabie. 11 est le même que celui » dont il est parlé auparavant sous le nom de Jobab. Il épousa » une femme d'Arabie, étrangère à la race iduméenne, et en eut » un fils appelé Ennon. Job lui-même eut pour père Zara, petit- » fils d'Esaii, et pour mère Bozra : il descendait d'Abraham au cin- » quième (suivant le texte arabe, au sixième ^) degré. Il figure

« Comme ce passage ne se trouve point dans les éditions ordinaires de la Bible, nous le reproduisons ici intégralement : Scriptum est autem quoniam hic reswget cum Us qui a Domino suscitandi sunt. — Quœ sequuntur ex syriaco sumpta sunt. — Job vero habitabat in teri^a Us (al. Ausitide), inter ierminos Edom et Arabiœ, et antea vocabatur Jobab. Hic duxit uxorem alienigenain {arabem), ipsique natus est filius, dictas Ennon. Job vero erat filius Zarœ , filii filiorum Esau et Bozra; et ipse erat quintus ab Abrahamo (arabs, sextus). Et hi reges, qui regnarunt in Edom, ubi Job regnavit : primus Balac, fdius Beor; et nomen urbis istius viri Dennaba. Et post hune, Jobab, iste qui vocatur Job, et post Job^ Asom, qui erat pinnceps in terra Theman. Et post eum, Adad, filius Barac; hic est qui occidit et fugavit Madian in planitie Moab : et nomen urbis ejus Gœthem. Et ex amicis Job, qui eum convenerunt, erat Eliphaz de filiis Esau, et rex The^ man; Baldad, rex Sauchœorum; et Sophar , rex Minœorum (Scripturae sacrae Cursus completus, tom. XI, col. 885-886). — M. Renan, dans sa traduction du Livre de Job, qu'il semble étudierplusspécialemeut au point de vue poétique, pour être en droit de nier son caractère divin, ne mentionne point ce passaga important. Cependant il admet, avec tous les critiques, que Job vivait au temps des patriarches. « Le culte que nous voyons pratiqué dans ce livre, • dit-il, est celui de l'époque patriarcale » {Le Livre de Job, traduit de l'hébrea par E. Renan, membre de l'Institut, 2e édit., 1860, Etude sur le poëme de Job, pag. 15 et 16). Une citation d'Aristée, historien juif, antérieure à l'ère chrétienne, confirme la tradition des Septante (Euseb., Prœparat. evang., lib. IX, cap. XXV).

* Le texte arabe semble avoir compris Abraham lui-même dans les degrés à cc,r Her jusqu'à Job; telle est la signification de cette variante.

CnAP. IV. — JOB (VEHS l'an 1800 AV. JÉSUS-CHRIST). 481

» parmi les rois de la contrée d'Edom qu'il habitait, dans l'ordre sui- » vant : le premier de ces rois fut Balac, fils de Béor, dont la ville D capitale fut Dennaba. Après lui vint Jobab, le même qui est connu » sous le nom de Job... Les amis qui le visitèrent dans ses malheurs, » étaient eux-mêmes des rois, descendants d'Esaû. Eliphaz régnait » à Tliéman; Baldad était chef des Sauchéens, et Sophar, des Mi- » néons. » Telle est cette glose reproduite par les Septante à la fin du Livre de Job. Elle n'a sans doute aucune autorité canonique dans l'Eghse, pas plus qu'elle n'en avait dans la Synagogue juive, et c'est avec raison que saint Jérôme ne l'a point admise dans sa traduction de l'Ecriture. Mais de ce qu'elle n'a nullement le caractère sacré d'une parole révélée , il ne faudrait pas en conclure qu'elle n'est pas im document traditionnel fort important pour établir la véritable descendance de Job et l'époque où ce patriarche a vécu. Saint Irénée, saint Hippolyte, Eusèbe de Césarée, saint Athanase, saint Jean Ghrysostome, saint Augustin, Tliéodoret et saint Grégoire le Grand * se sont appuyés sur l'autorité de cel antique commentaire et ont admis, comme nous, qu'il était déci^. 3. S'il nous est permis d'affirmer, avec saint Grégoire le Grand, que Job était le cinquième descendant d'Abraham par Esaii, nous sommes loin d'avoir des renseignements aussi précis sur l'auteur même du Livre de Job et sur le temps où il a écrit. Les critiques ont varié sur ce point, et les longues discussions historiques et philologiques auxquelles ils se sont livrés, n'ont point éclairci le problème. Le nom de cet auteur nous est parfaitement inconnu; on a agité en divers sens la question de savoir quel fat l'idiome dans

* Voyez Dissertation sur le Livre de Job, Bible de Vence. — Saint Jérôme rejette ce document traditionnel comme un apocryphe sans nulle valeur. Les premières paroles de celte glose : Scriptum est autem quoniam hic resurget cum iis qui a Domino suscitandiswit, qui semblent borner la résurrection des morts à celle des justes exclusivement, erreur voisine de celle des sadducéens, furent probablement le motif principal qui porta saint Jérôme à traiter si rigoureusement ce passage. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces paroles; majs l'erreur dogmatique qu'elles favorisent n'ôte rien de la force et de l'autorité traditionnelles du document au point de vue historique. — Philon s'appuyait de ce témoignage, comme le firent depuis les saints Pères, ponr fixer rorigino et l'époque de Job.

482 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — TROISIEME ÉPOQUE (2296-1785).

lequel le Livre de Job a été primitivement composé, cependant nous croyons, avec M. l'abbé Glaire, que ce fut la langue hébraïque; enfin, et ceci est généralement admis, on a remarqué dans quelques passages les traces d'une espèce de fusion entre plusieurs textes différents, qui ont rendu la rédaction actuelle moins uniforme; Origène et saint Jérôme Fattestent *. Quant au temps où ce Livre fut écrit, il avarié, d'après les diverses opinions des critiques, depuis l'époque de Moïse jusqu'à celle de la captivité de Babylone. M. Renan pense qu'il n'est pas permis de le faire descendre plus bas, dans l'ordre chronologique, que le vi^ siècle avant l'ère chrétienne -. Ces notions préhminaires suffiront pour donner l'idée des difficullés chronologiques soulevées par cette question. Mais les fragments du Livre de Job dont nous allons essayer de donner la traduction, ne sauraient révéler au lecteur toute la majesté de ce Livre inspiré, où l'on rencontre à chaque page le caractère- poétique et la sublimité des images qui distinguent les psaumes de David. Nos impuissants efforts ne seraient cependant point perdus, s'ils faisaient naître le désir d'étudier plus profondément ce Livre divin.

Vertus pn- 4. (( Au pays de Hus vivait un homme intègre, droit, craignant Dieu et ayant l'horreur du mal; il se nommait Job. Sept fils et trois filles lui étaient nés; il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents couples de bœufs, cinq cents ânesses; une tribu nombreuse de serviteurs était groupée autour de lui, et il était grand parmi les fils de l'Orient. Chaque jour les fils de Job se réunissaient dans la maison de l'un d'entre eux et se donnaient tour à tour un repas auquel ils invitaient leurs sœurs ; et quand le cercle des festins était terminé 3, leur père les réunissait pour les purifications j rehgieuses et offrait le matin des holocaustes pour chacun d'eux •

* Voyez Introduction à l'Ecriture sainte, par M. Glaire, tom. III, pag. 563, 564 « E. Reuan, Le Livre de Job, Etude sur le poème de Job. Voyez, outre les Di^

sertations de D. Calmet et de la Bible de Vence sur Job, VLdroduciion à l'Ecri

ture sainte, par M. l'ablé Glaire, et l'Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastique ^

de D. Ceillier, Job, tom. 1 édit. Vives. « Nous avons ici la mention de la semaine telle qu'elle fut observée par 1;

tradition patriarcale, en soutenir des jour» de la création.

triarcal»

prospérité de Job.

Page 1