CHÀP. T. — LA SCIENCE CONTEMPORAINE, ETC
dans Tordre physicpie. On ne comprend pas cette attitude du peuple juif sans une intervention directement divine. Pour expliquer le miracle moral et pour le rendre possible, il a fallu une s»irie de miracles dans l'ordre physique, qui fussent la confirmation du premier. '
2. Nous ne dirons donc pas avec un historien juif contempo- i/oxégèse tiôrain * : « Tout ce qui se passa depuis l'intervention de Moïse jus- dera3"fn^°co » qu'à la délivrance des Hébreux, est enveloppé pour nous d'un dlX£^' » voile mystérieux, et la raison humaine doit renoncer à se rendre m! Jî^nk.* » un compte exact des causes et des effets. Dans les plaies par les-
» quelles les oppresseurs des Hébreux furent si cruellement frap- » pés, on reconnaît bien quelquefois les phénomènes particuliers » à TEgypte , mais les rationalistes ont fait de vams efforts pour » expliquer tous les détails d'une manière naturelle ^. Il faut donc » ou reconnaître le miracle dans toute la force du terme, ou bien » ne voir partout que des mythes et reconnaître dans les récits du )) Pentateuque le caractère de l'épopée. Il en est de même des évé- » nements qui succèdent à la sortie d'Egypte jusqu'à la mort de » Moïse. L'historien se trouve sur un terrain mouvant, et il ne peut » que se faire l'écho de la tradition. La sortie d'Egypte et la loi » promulguée dans le désert du Sinaï, tels sont les grands événej) ments historiques de la vie de Moïse, et ces faits incontestables » sont d'une telle importance pour tout le reste de l'histoire des » Hébreux, qu'ils nous font presque perdre de vue les détails mer- » veilleux qui les entourent et qui, appartenant au domaine de la » foi et de la poésie, ne préoccupent l'esprit de l'historien que sous » un point de vue secondaire. »
3. A ces hésitations d'un écrivain, hébreu de race, d'éducation Réfutation dt et de préjugés , nous répondrons qu'à nos yeux « la raison hu- ^^ '^'
m aine, » loin de a renoncer ici à se rendre un compte exact des causes et des effets, » proclame, au contraire, qu'à un effet miraculeux il faut une cause merveilleuse; que, loin de se perdre en a vains efforts pour expliquer tous les détails d'une manière natu-
* S. Munk, Palestine, pag. 120. — * Voyez, entre autres, Dubois-Aymé, dans la Description de l'Egypte, tom. VlU, pag. 109 (Note de M. S. Munk).
relie, » elle croirait se mentir à elle-même, en donnant une cause naturelle à des effets qui le furent si peu. Les « grands événements historiques de la vie de Moïse » sont a des faits incontestables, » dites-vous; mais plus ils sont incontestables et au-dessus du pouvoir oitiinaire d'un homme, phis aussi ils ont dû se présenter avec tout l'appareil d'une puissance et d'une majesté divines. Si l'effet est surnaturel, comment la cause ne l'eût -elle pas été? Or l'effet est évidemment au-dessus des forces humaines. M. Salvador, dont on ne récusera pas le témoignage, le constate lui-même. « Com- » bien, dit-il, la position de Moïse diffère de celle de tous les légis- » lateurs! Lycurgue, Numa, Dracon, Selon, au miliea d'hommes » réunis, déjà soumis à des lois et possesseurs d'une patrie, sont » portés par le cours ordinaire des choses à leurs fonctions éle- » vées; Gonfucius dicte paisiblement de sages préceptes à ses con- » citoyens; Mahomet enfin, après avoir médité quinze ans dans la » solitude, présente à des peuples établis un code nouveau, mé- » lange curieux d'anciennes sentences, qu'il approprie à leur ima- » gination et à leurs mœurs, et dont il confirme la vérité par le » succès de ses armes. Mais Moïse arrive seul, sans force maté- 0 rielle à sa disposition : les hommes dont il va faire un peuple » n'ont point de patrie; avant de leur proposer des lois, il faudra » pour ainsi dire les conquérir eux-mêmes, triompher de leurs » oppresseurs, du découragement dont ils sont saisis, et d'une » foule effrayante de circonstances contraires *. » Si donc le rôle de Moïse et son succès, comme législateur, impliquent une puissance surnaturelle; si les grands événements de sa vie, incontestablement établis par l'histoire, sont au-dessus de la puissance ordinaire des hommes, nous en concluons que les causes de ce succès, que les moyens qui ont appuyé ce rôle et produit ces grands événements, sont des moyens et des causes surnaturels. « L'historien » u*a donc pas à a marcher sur un terrain mouvant; » il se fait sans peine « l'écho de la tradition. » C'est ici que l'exégèse catliolique nous paraît infiniment supérieure à toutes les défail-
1 J. Salvador, Histoire des institutions de Mdise, tom. I, pag. 27, 28, édiU de 1828.