CHAP. I. — LA SCIE^XE CONTEMPORAINE, ETC
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lances et à tous les compromis de la science israélite *, aussi bien qu'à tous les atermoiements de l'interprétation protestante et au prétendu naturalisme imaginé, comme système d'explica!ion, par l'incrédulité de nos jours. Israélites, protestants et rationalistes veulent également se soustraire au miracle; or la Bible en est pleine. Que les rationalistes rejettent ce livre , ils reculent la diûiculté sans rien éclaircir. La création, dont ils ne peuvent s'abstraire, est un miracle visible, permanent et d'autant plus inexplicable, que les rationalistes voudraient comprendre la création sans créateur. Le Sj^stème qui prétend interpréter la Bible par un fauxfuyant de naturalisme, échoue donc à la base. Mais ce système est encore, dans son erreur, mille fois plus logique que celui du prolestant ou de risraélite, qui admettent tous deux la Bible comme une parole divine, et qui reculent tous deux devant les faits miraculeux énoncés par la Bible I
4. Le catholicisme a recueilli des mains défaillantes d'Israël les Livres saints qu'Israël ne comprend plus. Le miracle, dont le rationalisme nie la possibilité, dont le protestantisme a répudié même l'idée, le miracle est aifîrmé, maintenu et perpétué au sein du catholicisme. Au moment où nous écrivons ces lignes, le Chef du monde cathoUque proclame la sainteté d'un mendiant français qui vivait au siècle de Voltaire, et dont la carrière mortelle a été semée de miracles *. Le cathoUcisme admet donc le miracle, puisqu'il est la condition de son existence et l'élément indispensable à sa vie. Il ne s'étonne pas des miracles du Testament ancien, quand il a sous les yeux la magnifique perspective des miracles du Testament nouveau, a II est impossible , dit M. Léon de Laborde, d'entrer dans D l'Histoire sainte et de visiter les lieux témoins de ses prodiges.
* M. Salvador cherche, comme M. Munk, à se débarrasser du miracle, élément qui gèue son interprétation des Livres saints. « Faut-il s'arrêter, dit-il, » à certains détails dont il est impossihle d'expliquer la nature ou d'affirmer » l'exactitude, et qui me forcent à dire avec Josèphe, après sa description du • passage de la mer Rouge : Je laisse à chacun d^en penser ce qu'il voudra. » J. Salvador, Hist. des instit. de Moïse, tom. 1, pag. 54.
* B. Joseph Labre, né près de Boulogne-sur-Mer en 1748, mort à Rome en 4783, béatifié eu 1860.
512 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — IV« ÉPOQUE. — ÈRE MOSAÏQUE (1725-1605).
» avec le compas seulement et la boussole à la main; la foi devient î) ici nécessaire : la marche des Israélites est motivée, dirigée, ren- » due possible par une puissance qui ne s'embarrasse ni des pro- » fondeurs des mers, ni des hauteurs et des aspérités des monta- » gnes. L'analyse, guide si précieux dans les sciences positives; la )') philosophie, si favorable aux investigations historiques, ne con- ». duisent ici qu'à travers une route incertaine et pleine de contra- » dictions, pour aboutir à l'absurde; l'examen des lieux, l'étude du )) terrain ne profitent pas davantage, si le point de départ, le sou- » tien, la première condition, n'est la foi. Cette question des mira- » clés ne peut ici se réserver ou s'éluder. Notre époque, grande au » moins par son indépendance, permet de l'aborder franchement, » consciencieusement, sans ménagement comme sans arrière-pen- » sée. Le miracle est un fait qui ne peut se prévoir, puisqu'il est )) inattendu; il ne peut s'expliquer, puisqu'il est en dehors des » événements naturels, qu'il leur est souvent contraire et qu'il en » arrête le cours périodique; il n'émane enfin que de Dieu, qui, )) avec la puissance de créer, doit avoir celle de modifier et de sus- » pendre ces prétendues lois de la création, qui ne sont que les » règlements dépendants de la volonté du Créateur. Oserait-on » nier que Dieu puisse faire des miracles, lui qui a créé le monde, » ce vaste composé de miracles * ? »
5. Ainsi parle, aujourd'hui comme aux siècles de saint Augustin ou de saint Thomas, l'exégèse catholique. En comparant ce langage si noble dans sa foi , si indépendant des oscillations capricieuses de l'opinion ou des revirements de la science, avec le ternes désaveux de l'érudition juive contemporaine, on se demaLde on sont de nos jours les vrais fils d'Abraham, d'Isaac et de Jaco Le Juif du Testament ancien chantait avec David : « Noire Dieu » semé de miracles le chemin de nos pères, en Egypte et dans 1 » plaines de Tanis. Il a séparé les eaux des mers pour livrer pa • sage à nos aïeux; les flots se sont élevés ainsi qu'une muraille, i comme l'eau monte à la paroi d'un vase ou d'une outre do berger.
* M. Léon de Laborde, Comment, sur l'Exode et les Nombres, Introd., pag. 58.
CHAP. I. — CARACTÉRli: HISTORIQUE DE MOÏSE. 513
» Le rocher de la solitude a fait jaillir des fontaines vives pour » abreuver le peuple de Dieu, comme un fleuve abondant au sein » des plaines fertiles *. » De nos jours, l'exégèse juive ne croit plus aux miracles que chantait David; « ces détails merveilleux, appar- » tenant au domaine de la foi et de la poésie, ne préoccupent l'es- » prit de l'historien que sous un point de vue secondaire I » Il est donc vrai que l'héritage spirituel d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Moïse et de David est passé aux mains de l'Eglise catholique , « en M qui toutes les nations sont bénies. » Cet héritage, elle l'accepte tout entier, sans permettre à l'incrédulité ou à l'hérésie de retrancher une syllabe au Livre divin qui le renferme, sans répudier un seul de ces « détails merveilleux » qui troublent la conscience dégénérée des fils d'Israël , et sans prêter la main au naturalisme complaisant qui voudrait expliquer les miracles « par un concours » heureux de phénomènes naturels *. d
§ II. Caractère historique de Moïse.
6. L'instrument que Dieu va clioîs!r pour frapper la terre de cette Moim succession de prodiges et marquer du miracle, comme d'un sceau irréfragable, l'accomplissement de ses éternels desseins, est Moïse. A la fois historien, libérateur, thaumaturge, législateur et prophète , cette resplendissante figure plane sur le berceau du peuple juif, s'impose à sa croyance, détermine sa valeur comme nation, sa mission comme race, sa destinée exceptionnelle comme témoin toujours persistant, mais toujours aveugle, de la vérité qu'il annonce et qu'il ne voit pas. Historien : c'est Moïse qui écrit le Pentateuque, non pas une « épopée, » comme dit M. S. Munk, mais «un monument réellement prodigieux, dit M. Léon de Laborde. » L'amas des commentaires, la foule des assaillants aurait dû ren- » verser ce livre et le faire disparaître, si, semblable au vaste » Océan, il ne s'élevait chaque jour davantage, en absorbant,
* Psalm. Lxxvn, i2, 13-15. — > M. L. de Laborde, Comtnent, géograph, sur tExode, Introd., pag. 59.
hJl HISTOIRE DE l'ÉGLISE, — IV" ÉPOQUE. — ÈRE MOSAIQBE (1725-1609;.
» comme autant de fleuves bruyants, ces violentes attaques *. » Après deux mille ans de luttes et de combats, les livres de Thisto rien sont debout; la science moderne, par sa critique la plus acharnée, n*aura fait qu'ajouter un nouveau rayon à leur gloire séculaire. « Comme le soleil, dit encore M. Léon de Laborde, comme le s soleil dont l'éclat n'est jamais plus vif qu'après un orage, à l'ins- » tant où il dissipe les vapeurs qui l'avaient un moment obscurci, f les cinq livres de Moïse, purifiés de la poussière du combat, bril- » leront de l'unité de leur rédaction; on suivra facilement alors » leur enchaînement, l'accord entre elles des promesses de Dieu à D l'égard de son peuple; on se convaincra de l'utilité de quelques )) répétitions, de l'intention de certaines variantes et de la nullité » des arguments qu'on leur opposait. On renoncera à calomnier le » Livre saint, à l'accuser de n'offrir que le rapiécetage {sic) informe » de morceaux dépareillés, arrachés à plusieurs ouvrages différents, » quand on verra que cette critique superficielle de mots et de » phrases découpées est fausse de tous points; que les objections » tirées des noms, des locutions, des titres de parenté, des généa- » logies, des dates, de la géographie, je dirai mieux, de la topo- » graphie (tant est exacte l'indication des lieux), sont nulles en » elles-mêmes, et que, considérées du point de vue élevé de la » critique, ces attaques perdent toute puissance, dirigées contre le » monument inébranlable qu'elles avaient pour but de miner et de » renverser ^. .»
Moïse libéra- 7- Tel cst, commc historîen, le libérateur du peuple hébreu. Les E-^aturge? prodigcs qui ont accompagné cette délivrance merveilleuse, il les raconte lui-même. Ce n'est donc pas une tradition, plus ou moins altérée dans son passage à travers les siècles, qui nous en apporte le récit. Nous avons entre les mains l'histoire même écrite par Moïse. De même qu'il avait raconté les miracles de la création, du déluge, de la tour de Babel; ainsi, avec la même simplicité et le même bonne foi, il raconte ceux qui se sont opérés à la vue d( tout un peuple par son intermédiaire. Il ne laisse pas ignorer sei
* Comment géograpfu sur l'Exode, Introd., pag. 8. — * Ibid,, pag. 10. |
propres hésitations et les défaillances de sa foi. Le tliaumaturge reculera d'abord devant la puissance surnaturelle dont Dieu veut l'investir. La responsabilité de sa mission Feffraie, et il le dit naïvement : « Qui suis-je, pour me présenter au Pharaon et délivrer D de la servitude égyptienne les fils d'Israël * ? — Ils ne me croi- » ront pas et refuseront d'écouter ma parole *. — Ma langue est » embarrassée, et son bégaiement naturel s'est encore augmenté » depuis que le Seigneur m'a parlé ^l » Quand il lève la main à deux reprises pour faire jaiUir du rocher l'eau qui manquait au peuple indocile *, il confesse ce manque de foi et il en accepte la punition. Ce sont donc réellement des miracles qu'il accomplit, et non des secrets d'un** science mystérieuse qu'il tient en réserve pour éblouir des imaginations crédules. Si vous séparez le thaumaturge du libérateur, on ne comprend plus la miraculeuse délivrance; les deux caractères s'expliquent et se confirment l'un par l'autre. En supprimer un, c'est détruire l'autre.
8. Cette étroite connexité entre l'action de Moïse sur le peuple ^^^qï,, juif et la puissance du miracle qui la rendait possible, éclate bien '^s''^»*®»^ davantage encore dans la législation mosaïque. Voilà une nation qui n'a encore eu d'autres lois , en dehors des préceptes d'ordre naturel, qu'une pratique cérémonielle transmise au sein de la famille par Abraham, et la prescription générale de rester fidèle au culte du Dieu unique, qui a promis à ses pères la possession future d'une patrie, au pays de Chanaan, et la gloire ultérieure de produire de son sein le Désiré des collines éternelles. La circoncision comme rite, le monothéisme comme culte, telles étaient les deux seules lois de ce peuple. Tout à coup, au milieu du désert, un homme se lève, seul, sans force matérielle, sans moyen de compression, sans soldats et sans armes. Il impose à ce peuple la législation la plus minutieuse, la plus explicite, la plus détaillée. Aucun acte de la vie religieuse, pohtique, civile, domestique, n'é- J chappera à ses prescriptions; aucun genre de défit n'échappera I à la pénalité que le nouveau législateur constitue ; et ce peuple,
S i Exod., cap. m, 11. — » Jbid., cap IV, 1. — » Ibid., 10. — ♦ Numer., cap. xs.
b 11 et 12. ^
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qui marchait libre, qui montrait avec orgueil la trace des fers dont l'Egypte avait chargé ses bras, se courbe sous la voix de cet homme extraordinake ; il se laisse envelopper dans les entraves de cette législation inaccoutumée, comme l'enfant se laisse entourer de langes par la main de sa mère. Où a-t-on u-ouvé un peuple de ce caractère et un joug si complètement aif^ppté? — Dans ces temps primitifs, les hommes étaient plus soumis, dira-t-on. — Il n'en est rien. Le peuple hébreu se révoltera vingt fois contre la main qui veut le conduire; l'insurrection, l'émeute, les murmures, les soulèvements contre une prétendue tyrannie se succéderont sans interruption, sans relâche; et, sous ce rapport, les temps primitifs n'auront eu aucun privilège sur les nôtres. Et le législateur n'apaisera rémeute, n'étouffera Tinsurrection, ne calmera les murmures qu'à force de nouveaux miracles. Il y a plus, le législateur mourra, son peuple prendra enjBn possession de la patrie désirée ; là du moins la législation du désert s'oubliera peu à peu sous l'influence d'une civilisation stable et d'une existence sédentaire. Non. Pendant dixhuit cents ans de durée, ce peuple indocile, ingrat, léger, prévaricateur, ce peuple dura cervice, comme l'appelait Moïse, gardera pourtant la loi mosaïque avec une rigoureuse fidélité. Chaque fois qu'il voudra l'enfreindre, une intervention divine, par des chûtilàents éclatants, viendra le rappeler à son observation. Le livre qui renferme cette législation, sera le code de ce peuple à toutes les époques de l'histoire. Chaque mot, chaque lettre, chaque signe du livre sacré seront comptés dans une supputation exacte , et le copiste qui voudrait sciemment altérer ce texte inviolable serait puni de mort. Enfin, quand ce peuple aura cessé d'exister comme nation, quand un soldat romain aura promené la charrue et sem( du sel sur les murailles fumantes de Jérusalem, quand les fils d( Jacob auront été dispersés aux quatre vents du ciel, le livre d< Moïse, emporté par eux dans cet exil qui dure depuis dix- huit siècles, ne cessera pas d'être leur livre sacré, leur code rehgieux leur manuel domestique. Ils continueront à observer la loi mo saïque et se maintiendront, comme race, isolés de toutes les na tions du monde. Connaît-on beaucoup de législations qui aiomt
eu une semblable fortune? Combien de temps ont duré les lois do Lycurgue, de Solon, de Numa, des Douze Tables? A peine queknios siècles. Que reste-t-il aujourd'hui des nations vaincues par l'Empire romain, et dont les ruines vivantes se sont mêlées aux peuples modernes? Nous montrerait-on un seul descendant des Carthaginois, un Egyptien adorateur de l'ibis, comme ses aïeux au temps des Pharaons , un fils des Hellènes offrant des Hbations aux dieux pénates et des hétacombes à Jupiter? Nous montrerait-on à Rome, au milieu des palais écroulés des Césars, sur les parvis des temples de Junon ou de Mars, de Vénus ou de Saturne, un adorateur attardé de ces dieux de l'antique maîtresse du monde? Mais, sur tous les points du globe, vous rencontrerez un Juif, les livres de Moïse à la main, s'inclinant vers l'Orient dans quelque synagogue élevée en souvenir de la patrie absente, pratiquant la loi reçue au désert, pleurant Jérusalem en ruine, attendant un Messie qui ne vient jamais, et remplaçant les sacrifices lévitiques par un mode spécial d'immolation pratiqué sur les animaux dont il mange la chair. Le Juif a fixé sa tente au milieu de toutes les nationahtés, et il reste toujom-s Juif; l'Empire romain est tombé , les flots de l'invasion barbare se sont creusé un lit régulier dans l'histoire, le moyen ûge est passé, la Renaissance est née et morte, les tem^is modernes, avec leur cortège d'agitations, d'aspirations nouvelles, de théories armées, de catastrophes révolutionnaires, de tempôlos morales, s'écouleront, et le Juif reste toujours lui-même : sa physionomie religieuse et morale ne change pas, ne s'altère pas, ne s'efface pas. C'est un témoin qui n'a pas la conscience du tém.oignage qu'il porte, ou plutôt qui proteste énergiquement, mais en vain, contre ce témoignage! Et l'on voudrait que l'établissement merveilleux de la loi mosaïque, que sa persistance prodigieuse, que la puissance surhumaine de vie apportée par elle à une race , soient dus à un heureux concours de phénomènes naturels ! Quand l'effet dépasse la portée de toutes les énergies connues, la cause aurait été simple , naturelle et dégagée de tout élément divin^. La raison se refuse à l'admettre, et la raison ici conspire avee la foi.
518 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — lY ÉPOQUE. — ÈRE MOSAÏQUE (I725-Î605).
9. En parlant du retentissement de la loi mosaïque à travers pivphfcte. j-Q^te riiistoire, nous avons déjà fait pressentir que l'action du législateur ne s'était pas limitée à une période déterminée de l'existence du peuple juif, mais qu'elle atteint cette existence à toutes les époques, sans exception aucune. Cette incroyable prolongation de puissance nous apparaît plus solennellement encore, si nous considérons Mofee comme prophète. Qu'on lise attentivement ces paroles du libérateur des Hébreux, du thaumaturge dont l'Egypte avait redit le nom avec effroi: « Le Seigneur, dit- il aux Israélites » campés dans le désert, le Seigneur amènera d'une contrée loin- » taine, un peuple dont la marche triomphante ressemblera an » vol de l'aigle. Vous ne comprendrez pas la langue de ce peuple » fier et indompté qui fondra sur vous, sans épargner dans sa coj> 1ère ni la vieillesse ni l'enfance. Il détruira vos superbes rem- » parts que dans votre confiance vous croirez inexpugnables. Vous » serez assiégés dans vos murs, au sein de la terre que v us don- » nera le Seigneur votre Dieu. Et alors la mère dévorera le fils de » ses entrailles, dans l'horrible famine à laquelle vous aura réduits » ce cruel ennemi. Et le Seigneur vous dispersera parmi toutes » les nations qui vivent à la surface de la terre. Et nulle part vous » ne trouverez le repos, nulle part vous ne fixerez une demeure » sédentaire. Le Seigneur mettra l'effroi dans votre âme, la crainte » dans vos yeux, et la tristesse dans votre cœur *. » Voilà ce que Moïse écrivait au désert de Sin, dans le livre de la loi, dix- sept cents ans avant que les aigles romaines ne vinssent fondre sur la cité de Jérusalem, avant que Titus n'entourât d'une étroite circonvallation les multitudes juives renfermées dans la ville sainte, avant qu'une mère, égorgeant son propre enfant, ne l'eût fait rôtir, et en ayant mangé la moitié, ne présentât le reste à des sol-» dats attirés par l'odeur de ce mets exécrable, en disant : a C'est » mon fils, ne soyez pas plus tendres qu'une femme, ni plus corn* » pâtissants qu'une mère ^ I » Qui avait appris à Moïse que l'aigle
» Deuter., cap. xxviii, 49, 30-52, 53-64, 65.
* Joseph., Bellum Judaicum, iib. VI, cap. xxi. — La prophétie de Moïse e sa réalisation au pied de la lettre, attestée par le dernier des historiens juif»».
serait remblème da peuple romain, mille ans avant la fondation de Rome? Quelle main abaissait devant ses yeux les voiles de l'avenir, pour lui montrer les derniers descendants du peuple hébreu se frayant la route au milieu des nations étrangères, l'œil morne et la démarche craintive, partagés entre le souvenir des rigueurs passées, l'inquiétude du présent et les terreurs du lendemain?
10. Moïse est donc réellement prophète , thaumaturge , libéra- Tradium» teur et historien. Ces caractères multiples constituent sa personna- driSntiquité lité, s'identifient à elle et ne sauraient en être séparés. Tel il nous ^"^m^so!" apparaîtra dans la suite de ce récit, tel il apparut au Pharaon égyptien et aux hiérophantes de la terre de Mesraïm , tel il apparut au désert, quand le regard des Hébreux ne pouvait soutenir l'éclat de son front rayonnant. Le nom de Moïse s'est revêtu chez Jes historiens profanes du prestige qui entoure les demi -dieux. Pour les Grecs et les Perses, il était Musée, ce fabuleux maître du divin Orpliée, dont la science avait étonné les mortels *. Moïse avait enseigné aux Juifs l'art d'écrire; les Phéniciens le tenaient d'eux, et c'est ainsi que Cécrops avait pu l'emporter sur le sol des Hellènes ^. Pour les Juifs eux-mêmes, Moïse était un guerrier fameux, dont l'épée avait repoussé les noirs Abyssiniens par délaies sources du Nil, avant que sa verge miraculeuse fît trembler l'Egypte 3. La poésie hébraïque avait fait de Moïse le héros de
nous rappellent une incroyable induction de Voltaire. Dans l'article Anthro^ pophages du Dictionnaire philosophique, Voltaire a écrit les ligues suivantes, que nous recommandons à l'attention de ses derniers admirateurs : « Pour- » quoi les Juifs n*aur.iient-ils pas été anthropophages? C'eût été la seule D chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable u peuple de la terre. Moïse même menace les Juifs qu'ils mangeront leurs » eDfants, s'ils transgressent sa loi. » Voilà la hauteur da vues, la sublimité de pensées, la valeur historique et philosophique de Voltaire!
* Judceœ mulleris infantem supposuit, quem Moysum ipsa primum, deinde vero Grœci, cum ad virilern œtatem pervenisset, Musœum nominarunt. Atque hune Or* vhœi magistrum fuiàsememorant (Artapan., apud Euseb., Prœpar. evang. ,lih. IX, tap. xxvii).
* Judœls primum lifteras tradidit, a quibus Pkœnices, ut a Phœnicibus Grœci icceperint (Eupolem., apud Euseb., Prœpar. evang., lib. IX, cap. îxvî).
* Joseph., Antiq. Judaic, lib. II, cap. y.
520 HISTOIBE DE L'ÉGLISE. — I\* ÉPOQUE. — ÈRE MOSAIQCE (1725-1605).
tragédies semblables à celles d'Eschyle *. Les Egyptiens l'adorèrent sous le nom d.* Hermès, le Mercure au subtil génie de la mythe* logie grecque et latine ^. Mais tous les traits fabuleux sous lesquels l'antiquité avait obscurci cette grande mémoire, s'évanouissent de- Tant la vérité que Moïse écrit lui-même dans le livre où il nous a laissé sa propre histoire, et qu'il nous reste maintenant à étudier.
§ III. Servitude des Hébreux, en Egypte.
judfl.chefde H. Juda, investi par son père mourant du droit de primoaréni-
la famille \ mi • " t
patriarcale, ture sur la famille patriarcale, donna son nom aux Hébreux : ils
Insinuation
deM.Sai- s'appclèrcnt Judœi, fils de Juda, et c'est avec cette désignation patronymique qu^ils se retrouveront sous la plume des écrivains profciiies. Le fait est incontestable , les descendants d'Abraham l'avaient eux-mêmes officiellement admis longtemps avant l'ère chrétienne. Tout le monde connaît la lettre de Jonathas au Sénat romain; elle débute par ces paroles : Jonathas, summus sacerdos, seniores gentis et sacerdotes et reliquus populus Judœorum. Cependant ce nom déplaît à M. J. Salvador; d'après lui, c'est « par extension h et par abus qu'il a été donné à tous les enfants d'Israël. La pre- » mièie tribu était celle de Ruben, fils aîné de Jacob : ses mem- » bres s'appelaient les Rubénites; la seconde celle de Siméon ou » des Siméonites; la troisième de Lévi; la quatrième de Juda ^. » Cette protestation d'un Juif du xix® siècle est la preuve la plus éloquente de la réalisation du testament prophétique de Jacob: elle nous dispense d'insister sur la prééminence de Juda et de sa tribu sur les autres fils du patriarche *•
* Ezechielus,poeta tragicus, fuse persequitur historiam Mosis (Euseb., Prœpar, evang., lib. iX, cap. xxviii). Eusèbe reproduit de longs fragments des tragédies de cet auteur, qu'il ne faut pas confondre avec le prophète Ezéchiel.
2 Quibus Moses rébus non modo populorum sibi amorem conciliavit, verum etiam parem superis honorera a sacerdotibus, qui "Ep/ziiv illum, hoc est Mercurium, sivt interpretenr.ohsacrarum litterarum ép^HVê/av, interpretationem, appellarunt, facile impetravit (Artapan., apud Euseb., Prœpar. evang., lib. IX, cap. xxvii). -. Voir Natal. Alex., Histor. eccles., tom. il, pag. 47, art. 4, De Mosis Iniuis.
* J. Salvador, Institut, de Moïse, tom. 1, p;ig. 42.
* Les paroles de M. J. Salvador sont d'autant plus singulières que, sias 6'inquiéttjir de la contradiction où il se jetait, il écrit au tome 111 de ee même