‹ Histoire de l'eau-de-vie en Canada [microforme]Chapitre 5 sur 13 · AS'ES · texte numérisé non relu

AS'ES

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Mais cela ke fut point écouté, et les François n’ont cessé d'étendre ke règne de l'Eau-de-vie et la mode de l'yvrognerie par toutes les Nations, en sorte que les Staois qui hayssoient auparavant à mort cette boisson, à cause de son amertume, s’y sont accoutumés, et en sont devenus passionnés, Les François voyant donc d’un costé, la passion effrénée que ces Sauvages avoient pour cette boisson, la leur vendoient au poids de l’or. Secondement, voyant qu’il n’y avoit point de traite où ils pussent si aisément tromper, ils mesloient de l’eau salée et vendoient à fausses mesures. Troisièmement, ils se payoient de leurs mains et voloient les Sauvages saouls, sans résistance, ni crainte de pouvoir estre convaincus. Un François de ma connoissance, près les Trois-Rivières, a fait accroire au nommé Lanneratondy qu’il avoit bu cinquante peaux d'Orignal dans une nuit. Enfin, ils allèrent à des extrêmités dont on ne sait qu’une petite partie. Chaque Missionnaire pourroit fournir de longues listes de morts désastreuses; je ne citerai que ce que j’ai veu, ou dont ont veu les tesmoins pendant dix-huit ans. 1ls répandirent partout leur Eau-de-vie, et apprirent à en boire aux Nations les plus éloignées,

Deux partis se forment et se déclarent, l'un pour l'Eaude-vie, l’autre contre.—Les Missionnaires voyant l'invention qu’avoit trouvée le Démon, pour ruiner leurs travaux qui avoient déjà eus d’heureux commencemens, ne manquèrent pas de recourir à Monseigneur de Laval, Evesque de Québec, qui attaqua puissamment l’Eau-de-vie par ses censures. Îl se trouva des. personnes qui en entreprirent la défense et l'établissement. Ces gens ayant fait de vastes desseins d’une fortune immense, qui devoit les rendre les maîtres de tout le Commerce du Monde nouvellement découvert, et de celui qui estoit enceïe inconnu, scurent mettre

en leur parti le Gouverneur du Canada, et la Compagnie des Indes Occidentales. Ainsy, il se fit deux partis: l’un composé de Monseigneur l’Evesque et des Missionnaires ;

l’autre, du Gouverneur et de la Compagnie.

Cette querelle divisoit l'Eglise et le monde, la puissance temporelle et spirituelle, le Sacerdoce et le Gouvernement Civil, avec une animosité qui faisoit peine à tous les gens de bien ; chacun ayant des maximes et des raisons, des menaces et des procédures propres au soutien de sa cause.

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