CHAPITRE VI
Théodore d'Asiné, disciple de Jamblique, a-t-il été le maître de Proclus ? Analogie de sa doctrine avec celles d’Amélius et de Numénius. Exposition de sa théologie. Sopater ; son crédit à la cour de Constantin, sa mort. Édésius cède à Enstathe son école en Cappadoce, et s'établit à Pergame. Eustathe, Sosipatra, Antoninus. Disciples d'Édésins à Pergame, Maxime, Priscus, Chrysanthe et Ensébe de Myndes,
Théodore d’Asiné occupe certainement une place à part dans l’histoire de l’école d'Alexandrie. Il ne nous est resté aucun ouvrage de lui; mais Proclus le cite perpétuellement, avec des témoignages d’admiration qui montrent assez qu'il le mettait sur le rang de Porphyre, et à une faible distance de Jamblique. On l'appelle toujours le grand Théodore, l’admirable Théodore, 6 péyas, 6 Snuuæoros Oeodrpos ; le grand, pour le distinguer d’un autre Théodore, ami de Proclus. A l'exception de sa patrie, dont le nom se trouve ordinairement accolé au sien, nous ne savons rien des circonstances de sa vie. On voit, par une phrase de Damascius, dans la Wie d’Isidore (1), qu'il avait été disciple de Porphyre; Eunape
(1) Photius, Cou. 242, D. 563. Fabricius, dl. dre) éd. Harles, L 3» c. 4, p. 190. ; |
Oh DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE.
le cite également parmi ceux de Jamblique (1). Ces deux assertions sont aisément conciliées, puisque Jamblique fut le successeur direct de Porphyre et ouvrit même son école du vivant de son maître. À ces deux noms il convient d'ajouter celui d'Amélius; car Théodore, qui peut-être ne suivit jamais ses lecons, et ne le connut que par ses livres, peut, à bon droit, passer pour son disciple et son continuateur. Proclus, en exposant les opinions de Théodore, manque rarement d'ajouter qu'elles sont conformes au sentiment d'Amélius; et quoique ce dernier ait été un disciple très-assidu et très-fidèle de Plotin, quoiqu'il ait défendu Plotin de l'accusation d’avoir pillé Numénius , il est acquis à l’histoire, par divers témoignages, et il résulte dè la comparaison des doctrines, qu’Amélius et Théodore se sont fréquemment inspirés des écrits de Numénius. Ils reçoivent dans l’école un caractère particulier, par suite de cette influence étrangère ; et le trait le plus saiïllant de cette affinité avec lillastre néoplatonicien, c’est qu'ils ont admis l’un et l’autre, à son exemple, trois Ompuoupyot, Ou, pour parler plus clairement, trois dieux au lieu d’un seul.
On ne peut guère supposer, chronologiquement, qu’un élève de Porphyre ait été le maître de Proclus, et cependant nous lisons, dans le commentaire de Proclus sur le Timée : Touxüra ydp #rouox rai ro Ocodtopou guo-
-copoüvros (2). La conci iation de cette phrase avec les
(1) Eun., Jambl. Et voyez ci-dessus, 1. 3, c. 5, p. 192. (2) Pag. 246.
passages cités de Damascius et d'Eunape a beaucoup embarrassé les érudits; et ce qui accroît la difficulté, c'est que Marinus, qui énumère avec tamt de soin tous ceux que Proclus a entendus (4), ne mentionne pas Théodore; c'est que Proclus lui-même, qui professe une sorte de culte pour la mémoire de Syrianus, n'a jamais exprimé sa reconnaissance pour Théodore, qu'il cite sans cesse avec éloge. M. Cousin (2), interprète différemment l’#xovsx de la phrase de Proclus et lui fait signifier que Proclus a entendu dire cela de Théodore et non pas à Théodore, en sousentendant rent au lieu de &, comme il y en a tant d'exemples. Cette explication concilie tout.
Il n’est pas aisé de reconstruire le système de Théodore à l’aide des indications de Proclus. Proclus regardait lui-même comme une tâche difficile de donner une idée de eette doctrine compliquée ; il la résume à diverses feprises, et soit qu’il hésite sur quelques points ou que nous ignorions un détail nécessaire, ses résumés (cuvée) ne s'accordent pas toujours entre eux. Cette restitution vaut pourtant la peine d’être tentée; on en sera comfYaincu si l’on songe que Proclus cite toujours Porphyre, Jamblique et Théodore, comme les trois maîtres de la philosophie alexandrine avant Syrianus et après Plotin; et rien d’ailleurs n’est plus propre que cette étude â éclairer les doctrines si peu connues d’Amélius et de Numénius.
(4) Marinus, Vie de Proclus.
(2) Fragm. Hist., art, F'unape, p. 231.
9hG DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE,
Nous nous servirons principalement d’an passage du commentaire de Proclus sur le Timé, dans lequel, après avoir déclaré que Théodoré, guidé par Nüménius, a expliqué, d’une façon toute particulière, la génération de l’âme du monde, Proclus ajoute : fve oùv xai rà roûre doxobyex ouvrés Eyouey dvayeyoauméve, oéve a” Éxaoroy @v Aéyer normotuelæ oûvodtr ëv xeoxhato. Ce passage se trouve à la page 295 de l’édition de Basle. |
Suivant une doctrine dont nous n’avons pas trouvé de trace dans Plotin, mais que l’on peut déjà entrevoir dans Amélius et dans Jamblique, Théodore, au lieu de s’en tenir à une trinité, en admet cinq. Audessus de toutes ces trinités , il place l’ineffable, l’incompréhensible source de tout ce qui est, la cause de toute perfection (4). Cetté première hypostase (Graptu:) n’est point le premier terme d'une trinité; elle est au-dessus et en dehors des trinités dont elle est la source. Entre cette première hypostase et les trois Snpuvoyot, Théodore place les dieux vorrot et les dieux poepol. Tarte dE œdrobs (robc, Onpuoupycbe) oÙx edOUc perd To &y, dXX êmt Tade r@v vonrov te xal vospéy Yev (2). Ces dieux intelligibles et intellectuels (vorrot xt vospoi) forment deux trinités , la trinité intelligible : Mera d roûro (ro rpéroy äpôntov) obroc Ginpnuévoy rüv Euwv, tprée Éotw À to vonroy aûro rAdros épitoëox (3), et la trinité intellectuelle : ÀÂ)1n dë peTd tTarTnv Tps, Opitet to vospèy
(1) Tà pèv oÙv rporoy &phnrov adtw , xal dvexAdANTOV, ka TNYÀ TOY Hév- Toy, xal The &yabdrnros alriov, xakwe dvÜuvnro. Comm. Tim., p. 225.
(2) Ib., p. 94.
(3) Pag. 225.
Badas (1). Proclus ajoute que Théodore appelle la triade intelligible l'Unité, ce qui en soi paraît peu conforme aux habitudes du langage alexandrin, etce qu'on ne peut d’ailleurà concilier avec le passage cité précédemment, dans lequel il place les dieux voyroi @t leg voi, entre l'unité et la cpuis nprovpytu. F autil en conclure qu'à l’exemple de Jamblique et peutêtre d’Amélius, qui variaient quelquefois dans l’exposition de laur théologie, il a considéré l'unité tantôt comme antérieure à tout le reste, et formant avec la première trinité, la tétractys, et avec la première et la seconde, la septénaire, tantôt comme étant ellemêmeune partie de la première trinité, ou enfin (s’il faut prendre à la rigueur les expressions de Proclus) comme étant le nom commun des trois hypostases de la première trinité ?
. Que contiennent ces deux trinités, la trinité des dieux intelligibles et la trinité des dieux intellectuels ? Ces dieux sans doute, sur la nature desquels on na s'explique pas, sont des dieux ért réa, et déjà cetta expression de dieux employée pour désigner Jes termes d’une trinité, nous fait entrevoir qu'il s’agit pourThéodore de distinctions réelles entre des êtres séparés , et non pas de cette pluralité intérieure qui, dans la pure théorie des trinités hypostatiques, n’altère pas l’unité de la substance commune; et c’est en effet le reproche que Proclus lui adressera plus tard à propos de la pus dapeovpymi. Quant à la forme
(1) Comm. Tim., p. 225.
2h8 DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE.
spéciale de chacun des trois termes dont ces deux trinités se composent, Proclus est très-explicite pour la seconde trinité ;. elle se compose, dit-il, de l’exister, antérieur à l'être, du penser, antérieur à la pensée, et du vivre, antérieur à la vie : H pèv yap (pts dpéobax ro voepoy Balos) éari ro elvau npd Toù Gvroc, to voeiy mpo toù voÿ, ro Univ npo Th: Lwñç (1). Comment fautil entendre ces distinctions? Le ro dv« antérieur à l'être est-il la forme logique, antérieure à la réalité concrète? Cela ne paraît pas très-conforme au génie de ladialectique; mais quoi! les stoïciens ont bien cru rester fidèles à la méthode de Platon, en mettant le quelque chose au sommet de la hiérarchie des idées, comme un genre commun à l'être et au non-être! Théodore veut-il attribuer à ce qu'il désigne par les mots de ro elvau, to vo, ro tñv, une plus grande énergie, une actualisation plus parfaite que celle qui est exprimée par ces mots ro by, 6 vos, # Un, comme quand on dit, pour exprimer l'identité parfaite de l’acte et de la puissance dans lentéléchie première, qu’elle est plutôt le penser que la pensée? Les indications manquent pour décider cette question; et Proclus ne nous dit pas non plus quels sont les termes de la première trinité. Peut-être sont-ils les mêmes que ceux de la seconde, avec la différence pour chacun du vonro au voepy.
. Immédiatement après le septénaire, c *est-à-dire après la triade des dieux intellectuels, viennent les
(4) Comm. Tim., p. 225,
Snpuovpyoi, Où plutôt la trinité démiurgique. Pour celle-ci, Proclus nous en décrit très-exattement les termes : il place au premier rang l'être , au second rang la pensée, au troisième l’âme divine, qu'il appelle la source des âmes : H à npuoupyun tpidc perd tatas ét, np@roy uèy Exouox To dy, debrepov dE toy voüv, tpérov dE env nnyñv T@v duyéw (1). Cependant’, il semble ailleurs se contredire sinon sur la nature de ces trois dmmovpyot, du moins sur leur ordre. Nous citerons tout le passage, parce qu’il paraît susceptible de deux interprétations : Osôdwpos dë perd voùroy (Iéu6X.) tels mêy Auelio ouvemôpevos ever qnoi dnpuoupyoûc. Térres de. abrobc oÙx etbe perd To Êv, dhÀ éri réde Tüv vonTüy TE rai vosp@y Sedy drone dE To uév oÙùausôn voby, To dE voepay oûoiaæy , To de mryñv duyüu (2). Ces trois termes, oùauwèn vor , voepa oùaix, rryn duyüv, doivent-ils être pris pour équivalents dé ceux que nous avions tout à l'heure, ro dv, 6 voëc, Tnyn tv Quy&v? Cette interprétation se présente la première, et l'identité du troisième terme dans les deux passages lui donne une certaine force. Cependant, on ne peut s'empêcher d’être frappé de cette contradiction qui met ici le vo au premier rang, là au second. Rien de plus grave aux yeux d’un Alexandrin. Ils peuvent disputer sur la fonction, mais non sur l'essence; ils attribueront ;, par exemple, la fonction de doupyos au second ou au troisième terme, quelquefois même ils s’exprimeront à cet égard de deux façons contradictoires selon
(1} Comm. T'im., p. 225.
MSO DISCIPERS ET SUCCESSEKURS DE JAMBLIQUE,
le point de vue particulier qui les frappera ; mais il n’en est point qui ait séparé l'être du connaître ; il n’en est point surtout qui, après avoir établi l’ordre hiérarchique entre les irois hypostases , ait varié sur cette doctrine, qui est à leurs yeux le point fondamental de tout le système. D'ailleurs, si la distinction énoncée dans le dernier passage se rapporte aux Onrovoyot, pourquoi Proclus a-t-il dit, ro uv, ro de, et non pas rèv pév, rèv &? Rapportez cette distinction à ra dù rov Dedy vonrdv te xt vospy, Et à la rçud Onpuovpyexn, a phrase sera moins incorrecte, et la contradiction entre les deux passages disparaîtra. Ce que Proclus ajoute immédiatement, xaxi rèv uèv adixiperav , Toy dE elç 6x Ompnuévoy, Tov de naï Tuv eic td xaénaota duxipeouw merompévoy, ne semble pas bien s’appliquer à la rpèç àrrovpyuñ. Quelle distance n’y a-t-il pas, pour un Alexandrin , entre un terme indivisible et un terme non-seulement divisible, mais. auteur de la division universelle? Se peut-il que dans une doctrine si féconde en distinctions, une même triade renferme des ÿréotex aussi éloignées l’une de l’autre ? Au contraire , lés termes conviennent à merveille, et l’ordre est exactement conservé si l’on rapporte oùusône vos à la tprdc vont, vospæ oûaix à Ia rpiic vospd, Et my duyGu à la toits Onproupytef. Seulement , il faut en convenir, il paraît difficile de donner aux dieux intelligibles le nom de voie, et à la triade Gmxousyx#, pour nom commun , le nom de sa troisième ÿreptic. Mais ce n’est pas là une objection radicale; et si Théodore a bien pu donner le nom de +8 & à toute une triade, il a
DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLNQUE, 951 bien pu l’appeler aussi le voÿç. Qu’on ne dise pas que ces deux dénominations se contredisent , et que, .selon la méthode constante de l’école, l'unité est audessus de l'intelligence; car il est évident que si Théodore appelle la première trinité ro {», c'est une unité essentielle. rà oùartdes Év, ro & à, et non 1e + énéxetva troù dvroc. Or le +0 év à, est ordinairement considéré comme analogue au vx, et on les réunit presque toujours dans la même lrypostase. Enfin cette interprétation semble même d'autant plus probable, qu’il y aurait ainsi deux unités différentes dans le système de Théodore, co énéxemce, ro êy dr loty, ét To Ëv dv, To mp@roy dv nat np@roy vooëy. La contradiction signalée plus haut entre deux applications de ce mot Punité, se trouverait-par là détruite.
Si Amélius et Théodore, en établissant trois 21e puovpyot, Voulaient seulement distinguer trois fonctions diverses, trois aspects du mêrne Smroupyèc, Proclus ne repousserait pas une telle doctrine; mais il s’agit pour eux de trois Jmuoupyoi réellement distincts, ce que Proclus ne croit pas conciliable avec l’unité et l'harmonie du monde (1). Bien plus, Théodore fait de chacun des Snpuovpyot, non-seulement une monade distincte, mais une trinité nouvelle. Il voit dans chacun d’eux un moyen terme et deux extrêmes. Ainsi, ce n’est pas seulement une trinité qu’il place après le septénaire, c’est une trinité de trinités : Tpiros dE 6 Oauuaoros Oeddwpoc, Thv Onpuoupyny Tpuida dtar-
(t) Pr., Comm. Tim., p. 4.
poÜpevos, xat Év ÉLÉOTN uovadi, mp@toy xai (ÉGov xai TEÀEUTæ OV épav, x. r. 2. (1). Nous avons vu Amélius introduire des divisions analogues ; seulement, Amélius réserve le nom de Sxuoupyo, pour le dernier terme de chacune de ses trois trinités ; tandis qu’ici par une complication nouvelle, c’est chacun des doupyot qui devient une trinité, comme nous le montrerons plus tard; mais cherchons avant tout quelles sont ces nouvelles trinités, et d’abord quel est leur ordre. Faut-il placer au premier rang la trinité de l'être, de telle sorte que le second Soupes, le voÿç, ne vienne qu'après le troisième terme de la trinité du premier? Proelus est très-explicite sur ce point. La trinité dnproupyxn, dit-il, vient la première avec ses trois termes : àro dé rabtnc TA Tpuédos (dnpuovpyuxñc) EAN tpuas , m re Xe (2); et il ajoute que cette séconde trinité émane de toute la première, de telle sorte cependant que chaque terme dérive surtout du terme correspondant dans la trinité supérieure : Qv éxcorn TPONAE péy and néons T6 Onpaoupyimis Toiédoc, dAÀG ualhov % mév dro toù dvroc, n dE emo Toû voÙ, »% dé ao Tic nuyaixs Quyñs (8). On peut donc indifféremment distribuer ces trois trinités suivant l'ordre des dxmoupyoi, ou placer d’abord les Sxysoupyoi, puis les deux trinités inférieures ; et tout compensé, ce dernier ordre d'exposition paraît avoir été ordinairemént préféré par Théodore.
Voyons maintenant quelles sont ces deux trinités |
(1) Comm. Tim, , p. 98.
(2) Zb., p. 225.
inférieures. La première peut être appelée, d’un nom commun, la Quy», et la seconde l'airoroy. La quy» vient en effet après la zpuï Omoupyxt, car Proclus nous dit dans un autre passage, que Théodore admet deux intelligences au-dessus de l’âme , l’une qui contient les idées universelles, l’autre les idées particulières (1). Quelles sont ces deux intelligences? Sans contredit la triade des dieux intelligibles, à oùasônc voie, et le second Smuoupyôs, voûc pepwwrepoc. Proclus dit encore ailleurs, qu'après chaque principe (c’està-dire après chaque drpuoupyo) vient une âme, ce qui fait en tout trois âmes, l’âme qui est la source de toutes les autres, l’âme universelle, et l’âme du monde (2). Enfin, il dit expressément dans le passage que nous avons pris pour guide : And dé rœÿrne tic tpuédos, GXn tpias, À adrobuyñ, ai % wafolou, xaœi n ToÙ ravrüs (3). Il appelle ici æroguy» ce qu'il appelait tout à l’heure rry rüv Quy&v, et je serais tenté de voir dans cette seconde appellation une inadvertance de Proclus; car le troisième Smovupyos portant ce nom de rmyn duyé, se peut-il que le second terme du premier Onpuoupyôc , C'est-à-dire le premier terme de la seconde trinité dmuoupywn soit désigné de la même façon ? :
(1) Où & dvorépu ywpouvrec, 800 vdauc mpù aûrnc Bévrec, tèv pèv Twv dAwv rdc l0éac Éyovru, rdv G tiwv pepuüv, Toûtuv elvar paoi péonv dx dx? dupoiv dpeotapévnv, Oütw ykp à Afnvaïoc (Aotv.) Aéyer Gedüwpos. Pag. 187. Méonv ici est suffisamment expliqué par ce qui suit, et le vous peptxwtep2c De peut venir après l’âme , puisqu'elle émane également de lui et du premier vouc. — Cf. 76. , p. 129. Kal Ôn xal GedBmpoc roûtw (AE) auverdpevos, rroëc eluur pnot vous, tôv pèv elç Ta Bhu, vôv OE els Tà pépn Gtnpnuévov.
(2) Aéyer pèv elvor perà tv plav dpyhv, TAv quxiv rpurriv, SA ÀNV Tv aÙTd
xal rnyalav, &AANV Tûv xabdhou, Fax Touds tou ravtéc. Pag. 206. (3) 16., p. 225.
26h DISOIPLES ET SUCCRSSEURS DE JAMBIAQUE.
La troisième trinité dnpuoupy est moins clairement spécifiée par Proclus, et donne lieu à d'assez graves difficultés. Puisque les ônovpyot sont placés après les yontoé te xai vospoi Szoi, PE que Chaque dnoupyds COMprend deux extrêmes et un moyen, comme nous l'avons vu précédemment, il est clair que nous devons avoir trois trinités après la dernière trinité du septénaire. Nous avons jusqu'ici la trinité des ôxmoupyoi et la trinité des âmes : quelle peut être la troisième? Elle ne peut être ni l'être, ni l’intelligence, ni rien qui leur soit analogue: car l'être et l'intelligence existent dans le septénaire, et par conséquent ne doivent plus se retrouver dans l’ennéade Smmovpyw. D'ailleurs, la trinité que nous cherchons, n’est ni la première , ni la seconde de son ordre, mais la troisième, Elle est placée au-dessous de la trinité des âmes, et il n’y a pas d'exemple d’un Alexandrin subordonnent l'être ou l'intelligence à la duy#. Un seul terme, nécessaire à la construction d’une théologie néoplatonicienne, n’a pas encore été employé jusqu'ici; c’est l’atotéo, la cause exemplaire. T'«rot doit être en effét la troisième trinité Snproupyou , et je ne vois pas que l’on puisse interpréter d’une autre façon le passage suivant de Proclus : Océdepos à , Éxaotoy Tôv Onpuovpyv Terry Eye vi Ürapkty Aéyey, 70 èv éxdotU tTitoy, aürob@oy délot mpocayopevely (1). Aïnsi se trouve accomplie l'ennéade Sruoupyun, Comprenant les trois Smuoupyoi, les trois âmes et les trois causes
(1) Pag. 130.
exemplaires ; et ces trois trinités, réunies aux deux trinités du septénaire, forment aussi un nombre sacré, le nombre cinq, êx rñç dbidoc adrob roû € paovou. Mais il reste deux questions : quelles sont les dispositions intérieures de la trinité de l’adrotéoy? Comment Théodore a-t-il pu placer l’avrotooy au-dessous de l'âme? :
Sur la première aucun renseignement ne nous est fourni, et c’est un point que l’on ne saurait éclaircir par des conjectures. Sur la seconde , Proclus sémble accuser Théodore de n’avoir pas déterminé sa doctrine avec précision. Dans le système de Théodore, dit-il, chaque Gmuoupyôs est une trinité dont le troisième terme est la cause exemplaire. Le Smmovpyoc possède ainsi la cause exemplaire au-dessous de soi dans sa propre trinité, mais il aperçoit cette même cause sous une forme plus parfaite dans la trinité supérieure. Aïnsi, par exemple, Le vo, qui est le second Srmoupyôs, possède l’airotéoy dans la trinité dont il est le premier terme; et cet a«ÿrotwos est la dernière forme par laquelle il se rapproche, sans sortir de luimême, de la multiplicité qu'il produit; mais, pour agir, ce n'est pàs ce modèle qu'il contemple; c’est l'adrotoy de la trinité supérieure, le troisième terme de la trinité dont le +6 à est le principe. C’est ainsi que dans Porphyre l’unité est le modèle que contemple le nutovsyos, Quoiqu'il existe dans la nature divine une cause exemplaire. Par cette disposition de son système Théodore évite d'attribuer à Dieu eette maladie des âmes inférieures qui les pousse à regarder
au-dessous d'elles, et à tendre au multiple au lieu de se ramener à l’unité. Mais, dit Proclus, Théodore ne semble-t-il pas oublier qu’il a établi plusieurs causes exemplaires et plusieurs Snmoupyol? Si le voÿs, dans son système, a pour modèle l'airotéoy de la trinité de l’être (rô oùmodes Eüov), quel sera le modèle du Srprovoys de cette même trinité de l'être (6 oÿaène Onproupyds) (1)?
Cette savante théologie, si laborieusement construite, et qui répond à toutes les nécessités de la philosophie alexandrine, montre bien avec quelle facilité les esprits s’attachent aux détails artificiels d'une hypothèse et oublient les principes philosophiques sur lesquels cette hypothèse repose. Qu'est-ce que la trinité de Plotin? Une tentative impuissante, mais sérieuse et philosophique, pour concilier l’immobilité divine avec la production du mouvement, au moyen de la théorie des proportions et des doctrines numériques, si favorables à l’extase. Rien de plus faux et de plus inadmissible que la théorie de Plotin; mais enfin, cette théorie répond à un besoin philosophique, elle a pour prémisses une doctrine très-profonde et très-vraie sur les conséquences qui résultent, pour la nature de Dieu, soit de
(1) Tpitos Ô 6 Bauparrde Geddwpos, Tv Bnurovpyochv tptdda GLRpOUHEVO » xal Ev Éxdorp povédt, TpwTov xal pésov xat teheutatov 6p@v, Tù Éxastov d?° éxdorn aütoliov mpornydoeucev, xal oÙtue Éparo Tèv voüv els tù aurotuov épav, els yap 7 odndes Loov dvnplñolar rposeyüc. Morte xxl kart route, OÙyt Tpùc Td aûtoboov àro6hémuwv Enproupyet, À oÙ ToAA& Tà Tapaderyparixk aberx , À oÙ ms Onpuoupyds xaT TL rapdberya Ty olxeiav Tpo6ÉEANTE TONY » tva " md motouv elç Ta pLel” Éaurd Bhémov notf, xal oÙTe THÈ THiç pLEptxc guyns drouévoy Aavhivet niloc, Pr. Comm. Tim., p. 98.
l'éternité et de la perfection absolue, soit de la production du multiple et de l’exercice de la Providence. Où est, dans Théodore, la trace de semblables préoccupations? Il ne songe qu'à répondre aux difficultés élevées dans l'École sur les rapports des hypostases entre elles, c’est-à-dire qu’il cherche à améliorer l'hypothèse dans ce qu’elle a de purement arbitraire, sans remonter jusqu’à son origine, et que, par conséquent, sa spéculation est toute en dehors de la philosophie proprement dite. Encore ces prétendues améliorations n’ont-elles lieu qu’aux dépens d’un principe essentiel, puisque Théodore ne détruit les difficultés qu'en multipliant les êtres. Cette théologie répond, dans l’ordre de la métaphysique, aux exagérations de la démonologie et de la théurgie, qui ne sont d’abord, pour les chefs de l'École, que la doctrine de lenthousiasme et celle de la grâce, et qui, plus tard, en cherchant de la précision et de la fixité dans des dénominations et des divisions arbitrairés, aboutissent à ces hiérarchies qui ne manquent en effet ni de clarté, ni de détails sur Ia nature des dieux, et séraient une science accomplie, si elles n’étaient de pures chimères. de La présence de la totalité de l'être, sous sa forme éminente , dans le premier principe , et suivant une proportion décroissante, dans tous les principes suivants , jusqu’à la réalisation formelle de tous les êtres particuliers, dans le monde de la multiplicité, est une doctrine qui n’est pas propre à Théodore, 1. 17
et que l’on retrauve, plus ou moins netiement exprimée , chez tous les néoplatpniciens. C’est ainsi que le se & peut être appelé la source de l'être, quelque le Onuroupyè ne vienne qu'après Jui, ag la cayse fnale et exemplaire, quoiqu'il précède Fadroëgop. C'est le réguljat naiyrel de la gocirine des analogies uniyerselles, qui forme yn des aspects de la théorie des émanatiops ; et l’on peut déjà, dans Rlaton , en. apercevoir Ja trace, puisque l'idée est hgmonyme avec l'objet sensible qui en est la copie, et que la même définition se trouve ainsi applicable à l'être en soi, et ay pur phénomène. (C'est dans çe sens que Théodore a pu dire qu'il y a yne terre matérielle, une terre intrllectuelle et une terre inielligible (4). Tout platonicien doit pauyoir parler ainsi: gt cela ne signifie rien autre chose , sinon que les idées possèdent éminemment la même réalité que
Jeurs images.
Théodore confondait la fatalité " la Providence (2); il admetiait, au-dessous de ses dieux multiples, enferpaés dans la divinité simple du cinq , roû € pévou, des légions de démons et de demi-dieux (à); préocçupé à l'excès, comme Numéniys, de la géométrie théogonique des pythagoriciens et du Timée, il ezprirgait par un nombre chacan des quatre éléments, Ja tecre, par le nombre 7, en rerta de la pnopertion
(1) Pr. Comm. Tim., p. 296.
{2} prog s , de la Providense, e. 2.
(3) € uèv oùv Secdwpos &AROV TpOTOV Tadta petayempiodpevos Galuovas pèv Oc'Ev dxébti, Qsode & “abtode té dapetobs xd'ActoO pnov, 6 Ev role Ürdaekivav TéTTuV apvobs LÉpET TO mvTo xdgpou, &AAouÇ SAAUXÇ Puxwaévres Td zfve Comme Tim. ., P. 287.
DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE. 990 péométrique, dont le type est composé de ces frois nombres 4, 2, (=7); l'eau par le nomhrf 9, en vertu de Ja praportion arithmétique 2, 3, h (a); l'air, par le nombre 18, en vertu de Ja proportjon harmonique, etc. (1). En psycholqgie, i} dispinguait Je voÿs, parfaitement isolé et indépendant, la vig qui se mêle à tout notre être et circule dans touj le COrps, et l'âme, qui est une sorte d’intermédiaire entre l'intelligence et la vie (2). Il croyait que toutes les âmes sont formées de la même essence, parce qu 'elles ne différent pas dans leur fond de l'essence même de l'âme universelle (3); et enfin il s’accordait avec Plotin à reconnaître en chaçun de nqus un principe inaccessible aux passions, et qui pense sans cesse (4). On voit encore jci les traces de l’infuence d’Amélius, CaT ROUS SAVONS qu ‘Amélius identifiait les âmes particplières : avec j’âme upiverselle, tandis que Je maître de Théodore , Porphyre , maintenait leur séparation (5). |
A ce peu semble devoir être réduit çe que nous pouvons savoir d’une doctrine si fort estimée de Proclus, ef qui n’a pas sui pour tirer de l'oubli
(2) ATrovépet ap olxefous dpupobs Éxdorw tiov arab sŸ pÈV YA Tèv Éénté,
tp up, tôv Ever, tip 0 Dôatr Tôv Evvéa, * tp & dépe Tv praxalbexe. Î b. ,
° (2) Kat et BoUXe à roù rewvalou Beoëcbpou rapahapséäveu Ev œoUtots, Ô LÈv
VOUE Eéxéré éotr, À D rep rd cou Go? èv cxése uéon dË Â tx, “iproxérde
Ts oùon. 1b., p. 183.
(5) Tara pèv oûv ThÙ To olopuévous Tv Âpetépay duyav bpocéaes elvar tn re n00 mmtbc KA éâi WARdE, x. TX. | orép mou pnot Rai é' Arivalos Béabio= POS. T0. Fa p. 514.
(5) Poyés ci-dessus, 1. 3,.c. 4, p. 150.
son auteur, tandis que, grâce aux biographies d’Eunape, les moindres détails de la vie d’Édésius, de Maxime ou de Chrysante nous sont connus.
Tous ces sophistes, auxquels Eunape a prodigué les noms d'admirables et de divins, méritent à peine de tenir une place dans l’histoire. Eunape ne tarit pas sur leurs vertus, sur leur éloquence, sur les prodiges de leur commerce avec les dieux. Ces grossières superstitions, ces impostures, dans des hommes à qui l’on ne saurait refuser l’austérité des mœurs etun courageux dévouement à une cause perdue, la consternation dont les avait frappés la conversion de Constantin, leurs colères impuissantes sous Constance, leurs intrigues pour s'emparer de l'esprit de Julien, leur joie mélée d'incertitude et d’effroi pour l'avenir, lorsque ce glorieux adepte, si ardent, si convaincu, devint pour un instant le maître du monde; leur haïne contré les chrétiens, les préjugés bizarres que leur inspire une doctrine enseignée si près d'eux, pratiquée autour d’eux, et qu’ils s’obstinent à ne pas connaître ; leur ignorance profonde des véritables besoins de la société, une étudition si vaste, avec une crédulité universelle; une dialectique si serrée et si subtile, dépensée en pure perte pour aboutir à des doctrines incohérentes, sans portée, sans vraisemblance, sans caractère philosophique, tout cet ensemble de misères et de folie entre pourtant dans l’histoire de cesiècle: et ce n’est pas un spectacle sans intérêt que de voir l'effet produit, par la marche triomphante du chris-
tianisme , sur cette petite coterie aveugle et sincère, attardée, pour ainsi dire, au milieu d’un monde qu'elle ne comprend plus et qui la connaît à peine, portée tout à coup, sans transition, de la proscription au pouvoir, pour rentrer, presque aussitôt , dans la poussière des écoles, et parmi ses égarements et ses fautes, convaincue jusqu’à la fin qu’elle seule a gardé le dépôt de la civilisation et des lumières. Les principaux disciples de Jamblique, dont Eupape a conservé les noms, sont (avec Théodore) : Sopater de Syrie, Eustathe de Cappadoce et Euphrasius. Ce dernier n’a pas laissé d'autre trace dans l'histoire. Dexippe, que l’on doit compter aussi parmi les disciples de Jamblique (1),.est à peine mentionné par Eunape, qui le place au temps de Porphyre, et se borne à nous apprendre qu’il avait composé une histoire, et que c’était un homme trèséclairé et très-versé dans la logique (2). Nous avons en effet de lui un petit traité fort clair et fort savant sur les Catégories d’Aristote, dans lequel il défend, contre Plotin, les doctrines péripatéticiennes. Cet ouvrage contient une exposition du système des catégories d’Aristote, un abrégé bien fait des objections contenues dans le premier livre de la cinquième Ennéade, avec des réfutations dont quelques-unes sont solides. Dexippe s’est beaucoup servi, comme il nous l’apprend lui-même, des écrits d'Alexandre
(1) Dexippe, in prœdicam. Arist., 1. 1, proæm. (2) Kaÿ” oÙs Av nat Aééinnos 0 Tv pLpovur y Estoptuv ouyypédas, aie drésns manelas ve xal Guviuesnxs hoyixns avdnAeuxs. Eun., Porph. ad cale.
262 niscircés kr SUccESsEURS DE JAMBLIQUE.
d’ Aphrodise et dé borbpliyre | (1). Cette ihdicätion est précieuse, puisque lès commentaires de Porphyre; sur les Analytiques sont perdus , à l'exception de l'elcayoyr. Dexipbe, tel qu’il nous paraît dans cet écrit, doit s'être tenu plus prés dé Porbptiyre die de Janiblique. Il est logicten côïnhe Porphyré, il à comme lui de la précision dans l'esprit. fl lé cité seul avec © Alexaridre d'Aphrodise : dans son second ibondammiènt puisé, quoiqu' il éonniüt les écrits de Jamblique sur le mêmé sujet, ét qu'il lés ait cités dans le Proæmium avec ceux de Plotin et de Porphyre. Ces. inductions corfirment célles que l'on peut tirer de là façoï ‘trés-somrhaire dont Eunäpe s’ést exprimé en barläht de Dexippe , ët nous ignorons d’ailleurs le lie où il enSeigha et toutes les circonstances de sa vie (2).
Sopater parait avoir été le successeur immédiat dé jamblique (3). 11 était, suivant Eunäpe, le plus éloquent parmi ses contemporains (4), et Sozomène, qui loue son érudition, le désigne come aÿant été à son tour le chef de l’école d'Aléxandrié , rpoccrüta rñc voë Iéoréou dirdoyre (8). Mais il ne s’enférmä pas; comme ses prédécesseurs, dans les travaüx de V’École ; et tandis que les autres philosophes, éffrayés
(1) Dex., in præd., 1.1, ec. 2.
(2) Il dit lui-même dans le Préambule de son traité sur les Catégories qu’il vient de perdre sa fille.
(3) Voyez Jonsius, Historiens de la phil. , p. 293.
(4) Eun., Ldésius.
mÉGiPES Er Suécrsséuns De JabriQut, 963 pdt l'astehddit désotinals irréglétible du chrtèttédiëme, se üisperkaieïit sut lés dilféréhté pbints dE | l'émgife, et tâchäietit dé Se fire Oublier, plus slt dé lülimémé, coniptadt Sur sdh habileté ét sën élo: quenée, ét Hiëië ; coïlitie Eunapeé l’avdtie ; pütissk pdr dés dééirs dlübllieur . Sëpätér 8e retilit auprés de Ébüstantin, ét 8é Hattä dé l’emportet dätis Soil ek-. prit 8lr l'influence des thrétiens et dé détourtier les Haut dbht d'Héllénisitié Étält menacé. S'il est vrai que l’empereur ié Éhäfged de consacrer, par deë dpératiüns théurgiques ; là villé dé Bÿzaricé à laquellé ii véhhit dé dbritier 86h nôni (4) ët ie fit nièthe dséebtr à bd dtdite dans üné cérémonie liblidue (2); 6h pelt eñ cülicite die’ éléquerice dé Sopätér servit À thervéllle sés prüjets ; et lui ouvtit prémptethent là voié dé la pulétdlite et des honrieurs. Ce qui est piuë certain, t'ést qu'il ë larda pas k éxpiet béë prüspérités par lin Supplic ignominieux. St cndäthhatioll eut: dit-on ; pouf motif secret lé désir qué fbrmait l'erhperelr dé rorüpré à jériais ävet les croyaticeS dont Sÿpätèr tditié représentant lé plus illustre (3): Lé rétit d'Éuhiäpe Est rétabli d'ilbraisemblatces ë ténû ;
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largesses, multipliait les spectatles PE enteridre autoür de jui des actiaïhätioni et forter les apfilau- disseméhité Cétté tidmense pdpüldtion, qu’il avait
hi) cr. Brückér, de ect! tclecl., p. 264:
(2) Eun., 1. 1.
(3) Suidas, 7. Sopater.
26h DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE.
attirée à Constantinople de tous les points de l'empire, n'avait point de ressources dans le sol , et l'on faisait venir à grands frais des subsistances d’ ‘Égypte, de Syrie et de Phénicie. Il arriva que les convois manquérent, le peuple affamé n’applaudissait plus, l'empereur était consterné. Les ennemis de Sopater, jaloux de ses honneurs et de sa puissance, l’accusent de cette famine. C'est lui qui a enchaîné les vents, retenu les vaisseaux : le crédule Constantin punit ses maléfices en l’envoyant à la mort (1).
Édésius, après la mort de Sopater, se trouvait placé à la tête de l'École. Né dans la Cappadoce, d'une famille noble, mais pauvre, il eut d’abord à lutter contre son père, pour obtenir de se livrer à la philosophie. A l’école de Jamblique, il n'eut de supérieur que son maître. Jamblique mort, il fonde une école en Cappadoce, puis l’abandonne à Eustathe, pour aller se fixer à Pergame, où l’appelaient les vœux de toute l’Asie. C’est là qu ’accoururent pour l'écouter les Chrysanthe , les Maxime , les Priscus , les Eusèbe de Mindes, et que Julien lui-même, héritier de l'empire, vint humblement demander des leçons. Mais déjà les forces d’Édésius le trahissaient, et il dut abandonner à ses disciples l'honneur de cette conversion éclatante (2).
S'il y a quelque incertitude sur le lieu où Sopater se relira avant de se rendre à Constantinople, nous
(1) Suidas, 1. 1., attribue à Sopater un livre sur la Providence, et un autre sur l’Injuste distribution des Biens et des Maux. (2) Eun., Ædés.
pouvons suivre Îles pérégrinations de l’école d’Alexandrie, à partir de ce moment ; car Eunape ne nous laisse rien ignorer de ce qui concerne ses maîtres. Après la mort de Jamblique, l’école d’Alexandrie semble dissoute pour un temps, si l’on s’en tient du moins à l'enseignement de ka philosophie platonicienne . dans la ville où avait enseigné Ammonius Saccas. Tous les disciples de Jamblique se dispersérent, dit Eunape, à cause du malheur des temps (1). Mais ces débris illustres emportèrent avec eux, pour ainsi dire, l’école d'Alexandrie et la tradition reçue. Nous verrons plus tard, et pendant le plus grand éclat de l’école d'Athènes; les chaires d'Alexandrie attirer de nouveau le concours des philosophes ; mais l’école platonicienne est plutôt à Athènes. L'élève de Plutarque et de Syrien, Proclus, qui étudia d’abord dans Alexandrie, y suivait les lecons du péripatéticien Olympiodore (2). Hiéroclès, Énée de Gaza , qui enseignèrent le platonisme à Alexandrie, ne pouvaient balancer les Syrien , les Proclus, les Damascius, qui faisaient la gloire de l’école d'Athènes ; et Marinus a pu dire, en parlant de Proclus, qui vient de quitter Alexandrie : Enfin les dieux le conduisent à Athènes, c’est-à-dire, à Platon (3). Déjà, sous Constance, c’est à Pergame et à Émèse que l’école s’est réfugiée. Cependant Édésius a beau enseigner à Pergame, il l’a choisie comme l’un
(1} Eunape, (2) Marinus, Vie de Proclus, c. 9.
266 niStibrés Er SuccrsSuns 8e JafBciQuk.
dés pränds centres littéraires dé l’épüqie; part q'Atexädütié lai iatidué ; mals d'il éliséigue à Pet: gathé : aüprès dé l'étolé de Péféanié, il ne se tdttäche pas.aui iräältions de détte écolé, il n’En fait pas plrtié: Î est lé distiple Ge Jäniblique l'Aletätidfü: ét C’est dé J émblique ausêi que descénilefit ; par Édéstis , Matimé ; Chrysanthe et Jüliëh (4}. Eunäpé n ‘attribue À Jathblitue tu’Uni seul getifé de supétibtité Sur Édésius. Jdmblique ; dit:it, état inspiré: 11 hédit Lommiercé üvec Îles dieux: thäis conimé #11 crdighait dé tro rabüisser Édésids ëni lui ôtalt &é on suprélie de l'inspiratiott (Bésiouôv) ; âjouté aussitôt qu'il l'avait peut-êtré feed comine Jaiblique ; et Que le malëut des tehps l'obligba dé 6 Cüchér, Coïistantit, tôut occupé d’abattrk les témples et d'étouffér la ‘philosophie, ’offrdit pas dé sétutité À cés fäiseurs de miirâcles, que léé äntiedn63 lois dé là rébüblique éündatiinäient à la tort oué le Hühi de inagiciehs. Ednapé lui-métrie, après avoir conféssé eh tomiñencäht timbllissaïice d’Édé: sids ; né sé fait pas fauté de lüi uttriblet des tira: cles, Lorèqu'Édésilis £e vit à 14 tête dë l'École par la mort dé Sdpatët; effrayé de cétte Catastrüphé el tremibläht fout lui-diéiné £'il recuéillé l'héritage philosophique dé soi aihi; il ebtiéulté les dieux a nuit äu môyer d’une foriüle äpprise S0uS Jamblidue: Le dieu apparaît el prédonée son oraclé Eh vers hexamètres ; mais la vision finie, Édésius a tout ou-
. (1) Jonsius, Æistor. de la Phil., p. 293.
DISCIPLES ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE. 267 blié; st cé n’est fe $éhs de la prophétie .N appelle: où entre avec des flarnbéaux, et il voit si taih pleine dé letirés : ce sont les Verë qué le diéu 4 prononcés. Un avenit glorieux lui est prütnis, s'il reste dans les villes; fais s'il se rétiré aux chathps, pour ëtre pasteur; il devieridra ün dieu immortel. Édésius n'hésité pas; il va partir, quénd tous les amis de 1ä philosophie et dés lettres ; avertis dé soû dessein, entoureht sa demeïtre, et meracent dé le ettre en piéces, plutôt que de souffrir qu’il ehsevelisse à jamäis, parmil lés rothers et les montagnes , cette vaste ét profônde érudition, la lumière de l'humanité. L
Qui n’avait pas alors son Dieu familier, ses HOroscopes , ses prodiges ? Cet Eüstatlie, d'abori condisciplé d'Édésius buis son élève, et enffi, son succés seur en Cabpadücé , était si éloïquent , dit Eunape ();
et les résultats de cette éloquence étäiénit 81 ! merVeilleui , qué cela même ressemblait à la magie, où uw Jonreixe. Coistance, dans ün dahiger pressant, veut ehvoyer un ambassadeur à Sapor , roi des Perses! Îe sénat désige Eustathe d’uné voix unaïithé. Ïl part,
accompägié de tous les vœux et ne tärde päs À charier Sapor \ui-inéme : mais biehité des intrigues de cour lé détruisént dans l’esbrit du rot, et cetie pompeuse ambasbade, ôù là gloiré de l’école dévait éclater, et qui péüt-êtré n’a été inventéé que pour sa gloire, finit misérablement, de l’aveu même d'Eunape. L'épouse d’Eustathé, Sosipatra, verséé
(1) Eun., Édés.
comme lui, et plus que lui, dans les mystères de la théurgie, devenue veuve au bout de cinq ans, retourne à Pergame, près d'Édésius son vieux maître. Eunape fait un long récit des merveilles dont sa vie fut entourée, de ses prédictions étranges , des génies qui lui apparaissent et se chargent eux-mêmes du soin de son initiation. Elle eut trois fils, dont le plus illustre, Antoninus, fut vénéré par les Alexandrins comme un saint et un prophète. Il avait annoncé une persécution générale de l’hellénisme et la destruction du Sérapéum; à peine eut-il quitté la vie, que ses prédictions s’accomplirent. Il faut lire ces détails dans Eunape : « Des hommes qui n'avaient jamais entendu parler de la guerre, dit-il (4), s’attaquèrent bravement à des pierres, les assiégèrent en règle, démolirent le Sérapéum et s’emparèrent des offrandes que la vénération des siècles y avait accumulées. Vainqueurs sans combats et sans ennemis, après avoir courageusement livré bataille aux statues et aux offrandes , il firent la convention militaire que tout ce qui aurait été volé serait de bonne prise.
Mais enfin , quelle que fût leur bonne volonté, comme “ ils ne pouvaient emporter le sol, ces grands guerriers, ces héroïques conquérants, tout glorieux de leurs exploits, se retirérent et se firent remplacer, dans l'occupation du sol sacré, par des moines, c'est-à-dire par des êtres ayant de l'homme l'appa-
(4) Nous citons la traduction de M. Cousin, qui nous permettra bien cet emprunt après tant d’autres que nous lui avons faits dans ce chapitre, ou pour
mieux dire , dans tout le cours de notre enseignement , et dans tous nos écrits. Cf, Fragn. hist, Pp. 240.
rence, vivant comme les plus vils animaux , et se li vrant en public aux actionsles plus dégoûtantes, qu’il est impossible de rappeler. C'était pour eux un acte de piété de profaner de toutes manières ce lieu révéré; car à cette époque, quiconque portait une robe noire avait un pouvoir despotique. Nous en avons parlé dans notre histoire générale. Ces moines campèrent donc sur la place du Sérapéum ; et alors, au lieu des dieux de la pensée, on vit des esclaves et des criminels obtenir un culte : à la place des têtes de nos divinités, on montrait les têtes sales de misérables repris de justice; on mettait un genou devant eux et on les adorait. On appelait martyrs, diacres et chefs de la prière des esclaves infidèles, déchirés par le fouet et tout sillonnés des marques de leurs crimes. Tels étaient les nouveaux dieux de la terre (4). »
Après les disciples de Jamblique, Sopater, Édésius, Eustathe, Eunape nous donne l’histoire de l’école d'Édésius; mais ici il ne parle plus d’après autrui : ce sont ses souvenirs qu’il raconte, et les philosophes dont il décrit la vie ont été ses amis ou ses maïtres. Le premier est Maxime, le magicien qui, par ses conjurations, animaït les statues; le guide, le conseiller et plus tard le favori de Julien. Eunape ne nous dit pas quelle était sa patrie; Socrate et Ammien Marcellin le font naître à Ephèse (2). Ileut deux frères, Claudien , quienseigna
G) Fun. , éd. Bss., p. 4h sq. , | ‘ (2) Socrat., Æist. eccl., 1. à, c. 1; Anim. Yarc., L 29, c. 1.
les lettres dans Alexandrie, et Nymphidianus, qui professa avec éclat à Smyrne (1). On lui attribue Je paëme mepi xerapxév, publié par Fabricius (2); et Simplicius cite de lui un commentaire sur les cgégnries d’Aristate (3). C’est à Éphèse que Julien le conut, et c'est de Jà qu'il partit pour se rendre à la cour du nouvel empereur, où l'exercice du pouvoir et la possession de la faveur du souverain, détruisirent l'austérité de ses mœur$ et en firent un parvequ voluptueux et superbe. Il suivit l'expédition conjre Jes Perses, et Ammien Marcellin le fait assister, avec Priscus , aux derniers moments de Julien. Là finirent ses prospérités. Bien traité par Jovien, qui épargna les favoris de son prédécesseur, il fu} jeté en prison sous Valens et Valentinien, tourmenté, condamné à l'amende ef à l'exil, arrêté de nouveau, et mis à mort par Festus, qui se hâta de le faire périr au moment où il allait être absous. Maxime, dans ses revers, seressouvint de lui-même. I avait yécu en Courtisan, et i} mourut en philosophe. Qn dit que, dans sa première captivité, n’espérant plus de grâce, et traité avec upe Rarharie sans exemple , il résolut de mourir, et demanda à sa femme de lui donner du poison; elle J’appoxja , mais pour elle, et mourut entre ses bras.
Élève d'Édésius, comme Maxime, appelé comme lui prés de Julien, Priscys ne se rendit à la çour que
(4) Nymphidianus fit partie de la maison de Julien, dont il était secrétaire pour la langue grecque. Eun., ÆVymphid.
(2) Bibl. gr.,t. 8, p. 415.
(3) Simpl., in categ. Arist., B.4
DISCIPLES ET SUCCRSSBURS DE JAMBLIQUE. 271 malgré lui, et après avoir été mondé inutilement upe première fois. Réseryé, prudent, habitué à ne pas livrer sa pansée et à considérer comme une sgrte de sagrilége philosophique pefte libépalité d'Édésiys et de Masime topjours prêts à répandre leyrs dogtrines, il resta au ponvoir. ce qy'il avait été dans l'obscurité et sut, par cette modération, éviter le sort funeste de Maxime. Emprisonné un instant sous Valens, puis. ahpous, il se retira daps les temples de Grèce, où jl vécut solitaire jusqu'à plus fe quatre-vingts ans, rare exemple de longévité dans yn temps où tant d'hommes distingués se tuèrent de désespoir on furent égorgés par les parhares (1).
Eunape. On loue son éloquence, son habileté à résoudre les difficultés les plus épinenses ; mais on le place bien au-dessous d'Édésius ef de Maxime ; ç'est qu'en effet Fusèbe s’aftachait de préférenge à Plotin et à Pornhyre, et ne donnait pas à Ja théprgie la mème importance que ses contemporains. JL pe la niajt pas; il croyait ayx merveilles opérées par Mayzime ; mais il valait mieux, selon lui, s'attacher aux essences véritables, c'est-à-dire aux idées, perceptibles par da raison, que de faire illusion aux sens par le secours de la magie(2). Lorsque Julien vint À Pergame pour solliciter les leçons d'Édésius, gt que celui-&i l'eut renvoyé à Eusèbe et à Chrysanthe ses
{1) Eun., éd. Bss., p. 67.
(2) Mc SG ein vù évruv dype, al DE rhv alobnay dmaront payyaveiat xat
yontedouout Baupatomouwwv Epya, xat zpèç OXuxde Tiva BUVdUEL TaparubvTuv xat peunvétuv. Eun., Max.
disciples , Julien se dégoüta promptement d’Eusèbe, qui le détournait de la théurgie, et nous ne voyons pas qu’il se soit souvenu de lui, après son avénement au trône. Il n’en fut pas de même de Chrysanthe, que Julien ne pouvait point séparer de Maxime, et qu’Eunape n’avait garde d'oublier. Chrysanthe est le parent et le maître d’Eunape; c’est lui qui prit soin de sa jeunesse, et lui conseilla d'écrire. Sorti d’une famille patricienne et petit-fils d’Innocentius, qui jouit d’une grande autorité auprès des empereurs et dont Eunape loue les ouvrages, composés en latin et en grec, il étudia sous Édésius les doctrines de l’antiquité et s’attacha surtout « à cette partie de la philosophie que cultivèrent Pythagore et son école, Archytas, Apollonius de Tyane et ses sectateurs ,» c'est-à-dire sans aucun doute la théologie ou plutôt la théurgie. Il s'était, dès sa jeunesse, donné Socrate pour modèle, et il le rappelait en effet par la douceur et la pureté de son commerce , par la noblesse de ses pensées, l’austérité de ses mœurs et la modération de son caractère. Il refusa constamment de se rendre auprès de Julien (1). Des présages menaçants que Maxime méprisa, le retenaient dans sa s0litude; peut être prévoyait-il déjà que la réaction de Julien serait éphémère, et d’ailleurs tous ses goûts tendaient à l’éloigner de la cour. C’est en vain que l’empereur écrivit de sa main à Chrysanthe et à Mélite sa femme : tout fut inutile; et Julien, désespérant de l’avoir près de lui, le nomma grand
(1) Voyez ci-ap’ès, 1. 4, c. 1.
prêtre de Lydie, conjointement avec Mélite, leur donnant à l’un et à l’autre une pleine autorité pour souverner les prêtres, les nommer, relever les temples et remettre en honneur les anciennes cérémonies. Telle fut, dans l'exercice de cette charge, la retenue et la prudence de Chysanthe, qu'aucune voix ne s’éleva contre lui après cette tourmente. La province qu’il avait administrée fut seule exempte de troubles ; et la révolution chrétienne y reprit son cours, sans déchirements et sans orages, tandis que partout ailleurs toutes les existences étaient bouleversées. Chrysanthe mourut dans une extrême vieillesse, au milieu de sa famille, étranger au monde, ayant supporté jusqu’au bout l’indigence avec dignité. « Il avait, dit Eunape, composé plus d'ouvrages dans sa vieillesse, que les jeunes n’ont coutume d'en lire. » Mais tous ces écrits sont perdus, et nous n’en connaissons pas même les titres.
Tels sont les derniers représentants de l’école au moment où l’avénement de Julien va donner une nouvelle impulsion à la philosophie et l’identifier de plus en plus avec le paganisme. Tous ces grands personnages d’'Eunape, si importants à ses yeux, s’eflacent dans l’histoire, derrière Jamblique, qui fonde toute leur doctrine, et Julien qui résume leurs tendances, leur action et leur esprit. Élevé par eux, uni avec eux de conviction et de sentiments, ce sont leurs espérances qu’il réalise, ce sont leurs idées qu’il applique. Le mouvement des idées s’arrête un
274 pIseIPLeS ET SUCCESSEURS DE JAMBLIQUE,
instant dans l’école; nous changeons pour ainsi dire de théâtre, et après avoir suivi, de Porphyre à Maxime, le développement spéculatif de la pensée de Plotin, nous allons voir les Alexandrins transportés tout à coup au milieu du monde et des affaires, s’efforcer de prendre en main la direction de la société, . et de l’arracher au christianisme.