CHAPITRE IL
Méthode de Jnlien, sa théologie, sa morale. Le ÆMésopogon. Les Césars. Polémique de Julien contre le Christianisme. Julien méprise les fables théologiques, et malgré lui, ce sont elles qu'il défend , quand il croit combattre au nom de la seule philosophie.
Julien n’est pas un philosophe; c’est un adepte de l'école de Jamblique, un sophiste de l’école de Libanius ; c’est un érudit, un lettré, qui se passionne pour la doctrine de ses maîtres, sans chercher à la renouveler ou à l’approfondir. Si le monde ne lui était pas échu à gouverner, il tiendrait sa place dans l’histoire au-dessus de Libanius , de Chrysanthe et de Maxime , mais bien loin des Plotin, des Porphyre, des Proclus, des Jamblique ; et même de ces commentateurs assidus et infatigables qu’il efface pour la grâce et la vivacité du style, mais dont il n’a point ‘la gravité, l’érudition, la profondeur. Les ouvrages qui nous restent de lui sont des lettres, des discours, une satire , les Césars , une autre satire encore, le M1sopogon. Ce ne sont pas là de ces livres dont les anciens disaient : « qu’ils sentent l'huile,» et dont la forme exacte et sévère atteste de longues méditations, et dénote l’œuvre de toute une vie, Julien
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était trop occupé ailleurs ; il avait l'empire à régler, le christianisme à renverser. Les sanglantes tragédies de sa jeunesse, les angoisses poignantes de l’apostasie, les enivrements et les terreurs de l’ambition, les vastes projets, les longues colères dissimulées, contenues, enfin déchaînées, ne laissaient à son esprit ni le temps ni le calme. I] jetait entre deux accès de fièvre, ces compositions brillantes où l'ironie et la colère dominent presque toujours, et qu’il remplit de lui-même, comme un homme dont les passions et les sentiments sont de l’histoire.
Cet éclectique, ce restaurateur du polythéisme, qui entretenait avec les dieux un commerce assidu; et qui toujours penché sur le corps des victimes, interrogeait curieusement leurs entrailles pour connaître l’avenir; cet initié, ce prêtre de Mithra n'’avait pas abdiqué sa raison au point d'admettre comme des généalogies divines les fictions invraisemblables des poëtes (1). 11 respectait l'enveloppe mythologique, mais ce qu’il cherchait au fond des mystères, c'était le dogme scientifique, inconnu du vulgaire, et caché sous ces vaines apparences. L'indépendance de son esprit restait entière, pendant qu’il s’agenouil-
(1) ANS Giù rhv dmepBoddv Àc Etlpuov te xal éfepéneuov dpeths aûtwv évouf- Lovco Twv Deov maidec. Discours 2, sur Constance, p. 152. Ce passage d'un discours où Julien dissimulait sa croyance, ne pourrait être admis comme preuve démonstrative, s’il était seul. — Dans le troisième Discours (l'éloge d’Eusébie), il dit en parlaut des Muses : Touro pèv dA, xalel Ôf t1 voioutav Étegov u60p &XXOY À Àdyp Tposrxov, drodsintéov, p. 198;— dans le quatrième Discours (sur le Soleil, adressé à Salluste) : Mndè cuvomsuèv, prnôè yéuouc ÜTohauGdvopev , Ermwta xal mapédoia pountixnc pobons dfUpuarg: p. 255, etc.
3h10 DOCTRINE DE JULIEN,
lait devant des idoles ridicules ou infâmes (41), et tout courbé qu'il était sous d’absurdes préjugés, il revendiquait, il exerçait le droit de libre examen. Dans l’école même à laquelle il s’était donné, malgré l'énergie de son admiration pour les Jamblique et les Maxire , il se montrait plutôt crédule et enthousiaste que docile, et s’il ne s’écarta guère de la doctrine de ses maîtres, c’est qu'il glissa, en quelque sorte, sur les principes philosophiques, et ne prit point la peine de les approfondir.
« Les anciens, dit-il, cherchant, sous la conduite et l'inspiration des dieux, les causes de ce qui est, les enveloppèrent sous des fables invraisemblables, pour nous apprendre par cette invraisemblance même, à ne pas nous arrêter à cette enveloppe et à creuser plus avant (2). » Toutes ces fables suffisent aux esprits faibles (3), mais le philosophe cherche la vérité qu'elles contiennent ; il la cherche moins dans l’histoire que dans la pensée, et se soumet à la raison éclairée par les dieux, plutôt qu'à tout autre guide.
(1) L'auteur des Mystères, qui s’indigne contre les adorateurs d’idoles, justifie le culte du phallus. Poyez ci-dessus, p. 240. (2) AXA& où maatot Tüv Evrwv del Tèç aitiac, Aror rov Beov dpnyoumévuv, xata opäc aütobs dtepeuvwpevor BéAriov 8 loux elreiv Enrouvrec de” hyeudor "œols Deoïs, Énerta edpovrec, èsxérasav adtè pÜ0Bots Tapaëdéotc tva Ok Toù Tapu— Ôdéou , xat dreppalvoycos td rAdoua pupañèv ènt rhv Einawv Auäc tn dAnfelac æpotpédn. Discours 5, sur la mère des Dieux, p. 318. On trouve la même ‘idée dans Salluste, rept 0eüv xat xdspou, c. 3, ad calc. AXX& &uù el poryelac, xal xAomèÇ, xal natépwv Besuodc, xat tv &A NV dronlav v roïc æUPots elprxaouv; À xat Touto &ELov Oaüuaroc, [va G1ù the patvoévnç dronias ev0ds À duyi Tobs pèv Adyouc hyfonte mpoxaAüpuare, vd & dAnbèc dméppnrov elver vopion. Cf. sur l’auteur du zept Geov xal xdouou, ci-après, livre 5, c. 7. (3) Toïç pv lôwbrais dpxobanc, oluar, x. t. À. Julien, 1. 1,
Homère, Hésiode, étaient-ils inspirés ? Ils l’étaient sans doute ; leur enthousiasme, qui a créé tant de merveilles, venait des dieux (1). Mais avaient-ils eux-mêmes le secret des dogmes qu’ils ont chantés ? N’étaient-ils pas comme la Sibylle, qui ne comprend pas ses propres oracles (2)? Aux oracles divins, les hommes n'ont-ils rien ajouté (8)? Julien se raille sans hésiter de ces interprètes opiniâtres qui font violence au texte des poëtes, et le tournent de telle sorte qu'ils lui font toujours exprimer leur propre système (4). Un philosophe , un théologien doit savoir distinguer, dans les traditions sacrées, ce qui appartient en propre à la fantaisie des poëtes (5), et pour ce qui vient réellement des dieux , il ne peut accepter qu’en l’interprétant. C’est dans cet esprit que Julien a écrit l’éloge de la mère des dieux : Porphyre m’a devancé dans cette carrière, dit-il; mais je n’ai point encore lu son livre ; et si nous nous rencoutrons, cet accord doit être attribué au hasard (6).
(1) Mn move oùv xal Geig pLolpæ Touro Ounpos* Av yèp, ax elxde, BedAnTTo. Discours ”, sur le Soleil, p. 279.
(2) One ds oÙdt veapè mavrehws éotiv À ÔdEa” rpobA&ÉO Yap abTAv ol tpec- Evraror rov roumtov, Ounpos Te xal Holobose ete xal voouvtes oÙtux elte xal émvole ele, xafanep of uavrets, Evhouauwvres mpèc tv d'Afbeuav. Discours 4, sur de Soleil, p. 255.
(3) AXD& rè pèv Tov romTov yaipetv Édowpev Eye yép Tuer Trou Delou moÂd xa dvbpworvov. Disc. &, nm. 257. |
(h) OÙre robbelev ÉAxovtec, xl fiatopevotr toy Épywv Tkç Éuorérnrus xaÿimep of codc pÜdous ÉEnyoupevor rov rorntüv, xal dvahÿovres èc Adyous mibavob, xal évêsyouévous Tù nAdopata, x puxpüç av Thç Ürovolas éppwbuevor, xal du Gphç Alav Tapgahabovres vas dpyèc, repiovtat Eupnelbeiv, dé À Tauti ye aûta éxelvov le Adyruv Aéyerv. Disc. 2, 138.
(5) Tà pëv oûv ts lotoplas, ei xau œuot môavà Ôdéer, xal prhocdpw npofxetv oùÔty , oOÙdE Beodyw. Dise, 5, p. 301.
(6) ÂAxoÛw pèv Éyurye, xal Tlopouptp tivè meprhosopnaar mepl adrüve où pèv a ye, oÙdE évétuyov, el dt ouveve{bval nou suubaln tp Adyw. 16., p. 302,
Le caractère particulier de l’éclectisme de Julien est tout entier dans ces paroles; Julien ne porte point, dans l'interprétation des dogmes et dans les recherches historiques, une critique plus exacte que celle de ses contemporains et de ses devanciers; et comment le ferait-il? Son esprit est trop impétueux, trop léger ; l’érudition le charme, parce qu'elle intéresse sa curiosité et flatte son orgueil, mais une érudition qui touche à tout sans rien approfondir; la seule érudition qui convienne à un esprit étendu, entreprenant, plein de confiance en lui-même, qui d’ailleurs ne haït pas le paradoxe, et que la nou- veauté séduit et attire, sous son air affecté d’hiérophante et de philosophe éclectique. Il lit à peine Porphyre, il fait bon marché des récits d'Homère, il rejette en deux mots la secte d’Épicure (4) ; Aristote même et son école ne trouvent grâce à ses yeux que si l’on ajoute à leur philosophie incomplète celle de Platon, et surtout la doctrine exprimée dans les oracles (2). La tendance des autres Alexandrins est de concilier toutes les doctrines et d’en montrer l'identité; la sienne de les contrôler et de les compléter l’une par l’autre. Ce serait un progrès sans doute, si cette indépendance s’alliait à une critique prudente et réservée; mais il n’en est rien, ce n’est que précipitation et légèreté. Julien, dans ses écrits
(1) ÀXA& ToËrov el pui mic alta mporétaxear, Aavédvorusv &v taurods clodyov- TE TV ÉruxoUpELOV ÔdEav. Discours 5, p. 803.
‘ (2) Et pèv oûv dpléx, À ui Tate Exeïvos si » Fois &y” toclsôw HepirarntrxOû dvuylberv, x. 5. À, p. 804.
DOCTRINE Dh JULIEN. 8h38
comme dans sa vie, est à la fois enthousiaste et indocile, crédule et opiniâtre.
On conçoit que plus occupé de la théurgie que de la science véritable, il ait connu à fond toutes les subdivisions introduites par Jamblique dans la démonologie , toutes les cérémonies à suivre dans les évocations et les sacrifices, tandis qu’il se contertait de connaissances générales sur la nature de Dieu et l'origine du monde. Il n’a rien de profond ni même de bien précisément déterminé sur les premiers principes. Le monde n'est point éternel, car l'éternité et l’infinité, c'est-à-dire la pleine et absolue possession de l'être, ne peuvent appartenir à ce qui est corporel (4); mais il n’a point eu de commencement et n'aura point de fin (2) , &ë diou yéyovev dyevvérus (8). Quoique Platon, et Jamblique, dont le génie égale celui de Platon, aient raconté la naissance du monde pour le décrire ensuite plus aisément, cette hypothèse, de l’aveu du divin Jamblique, n’est pas sans péril (4). Tout l'être du monde est emprunté et découle par une série d’émanations no interrompues de la source incorruptible qui étarit l'être et la vie par essence, crée et renouvelle sans cesse le monde, et lui donne à la fois la substance, la forme, le mouvement et la vie; mais tandis
que tout découle incessamment de cette source
(2) Érel pnôè dyévunrds éort (pÜax cuuaroc), pnôè aÜPUidoreros. Disc, 4, p. 257. ‘
(à) Yrésenv 6 puvduevos xdouoc &E alüvos. 10., p. 172.
(4) 18., p. 272. Cf. Proclus, Convh, Tên.; bp. 71, 85 ët 69.
ol DOCTRINE DE JULIEN.
unique, tout y retourne, car la substance vivifante, si elle produisait sans absorber, se diminueraït et
s'épuiserait (1). C’est le néeuos des anciens, l’op-
position constante entre l'amour, qui fonde lunité, et la haine qui engendre la diversité et le nombre ; ce sont les deux courants de la vie universelle qui, dans Plotin, ramènent tous les êtres à l'unité d'un même être, par la communauté de la cause génératrice et de la cause finale. Le monde des corps, avec ses phénomènes sans cesse détruits, sans cesse renouvelés , est l’image de cette unité vivante, cachée sous le multiple; le soleil s'approche pour fertiliser la terre ; quand il s’éloigné, tout s'épuise et périt : fécondes alternatives par lesquelles se consolident la durée et l'harmonie du monde (2). Ce ” monde éphèmère de la sensation n’est donc rien par lui-même, et il se rattache au Premier par son étre et par toutes les formes de son être ; mais, comme il n’y a point d’abimes dans la nature, comme la diversité n’y est que dans les apparences, comme tous . les êtres se suivent et se touchent dans une proportion continue et dans une alliance intime, l’influence du Premier n'arrive au monde des sens qu’à travers une série d’intermédiaires, dont le plus voisin de nous et le plus immédiat est ce moteur mobile dont parle Aristote , et qu’il appelle le cinquième
(1) Éx 8 vhs obons el mévrux Eyéverd e1 cuveyüx, dvelüero Ô el aÜThv pr- Ôèv, ènÉAURE dv tv yryvouévwv oÙola. Disc. &, p. 257.
(2) Tv ÔÈ rotuütnv pÜoiv 6 Geds bde Létpy xivouuevos Tpoardv pèv Oploi, xai dueyelper rdbbe 6 mdv Éhartot, xal pleiper* LaNAOV D aûTds Como xiv@y, xal noyetetuv aÜTR Tv Lonv, x. t. À. 18.
corps (1), c’est-à-dire le soleil , ses rayons et sa lumière, et-toute la sphère dans laquelle il se meut (2). Le cinquième corps lui-même s'appuie sur le monde intelligible (3), qui repose sur la cause suprême et dernière, sur le roi absolu de qui tout découle, à qui tout remonte (4). Telle est la chaîne éternelle et indestructible de l'être.
Du temps de Julien, les commentateurs d’Aristote avaient déjà fait subir à la doctrine de leur maitre cette transformation étrange qui fait d’Aristote un sensualiste, malgré ses catégories, malgré son dieu immobile et absolu (5). Aristote avait tant et si bien combattu la doctrine des idées, que cette négation opiniâtre des intelligibles avait paru le caractère dominant de son système, et on avait oublié que tout en détruisant le monde imaginaire de la dialectique; il avait conservé et approfondi le principe même de la philosophie rationaliste. Démontrer que les formes essentielles de l’être ne constituent pas des réalités concrètes intermédiaires eutre l’absolu et le contingent, ce n’est pas démontrer que le visible seul existe ; mais quand le péripatétisme eut été ainsi mutilé et réduit à sa partie négative, les disciples d’Aristote refusèrent au maître, au nom de ses propres principes mal interprétés, le droit
(1) AAN épopev... ToUTwy alriov v Tù réuTTov xat xuxMxdY coua. Disc. 5, ? (2) OÙùx” Üm” &AAOU ToU ppoupobpevos, À rpoceyiç LÈv ÜRd TOU TÉUTTOU oubparoç® où ro nepdhœdv Eotiv dxtls hAlou. Disc. k, p. 247. (3) Baôuw Ôt Gonep Geutéow two vont xoouwp. 16. (4) Hpeséutépux GE Ete dà Tov révruwv fasthéa nepl dv mévra éoriv. 16. (5) Discours 5, p. 305.
‘d'admettre un principe intelligible au delà du mo- ‘teur mobile, parce que, disaient-ils, l’intelligible n’estrien en soi, et que c’est une conception vide (1). Aristote avait dit avant eux : Toÿr éoti xeyo)oyeiy; Mais “en parlant seulement des abstractions réalisées. Et ‘pourquoi , dit Julien, n’y aurait-il d’eutre entité que le visible? La nature du phénomène épuise-t-elle la conception de l’être, pour que l’on déclare ainsi que le phénomène seul est possible? Le cinquième corps est le corps le plus parfait ; soit : ce n’en est pas moins un corps, c’est-à-dire, un effet et non une cause ; du mobile et non de lidentique; de l’apparence et no de l’être (2). Aristote a donc raison, et nous avons raison avec lui de ne prendre.le soleil et le cinquième corps que comme un intermédiaire , et de remonter au delà jusqu’à l’Absolu; mais Aristote a tort de n’admettre que l’Absolu au-dessus du moteur mobile. La cause de l'être et de l’unité, la cause da mouvement uniforme ne suffisent pas; il faut de plus une cause à la diversité des espèces. Lè cinquième corps peut-il faire qu’une espèce diffère d’une autre? Peut-il faire seulement que la femelle diffère du mâle dans la même espèce (3)? Recourir, pour combler ce vide dans la nature des prihcipes, à des types préexistants dans notre âme, c’est expliquer le
. (1) Ov pèv oùBèv oûoer xa0° Éautde Éyov 8 BAux xeviv Ürdvoruav. Disc, 5, p. 304.
(2) Éxéivo 8 fous &Eov nubéodar moç td xuxAtxdv obpa OÜvara tac doué touc Éyerv aitlac rüv vowv etôwv. Dise. 5, p. 304.
(3) Tléfev d &bbev xat Pnau; rdfev ÔE À Kara yévos Tov Évruv kv dprouévor eldeor Btapopë, el pi mivec elev npoUnépyovres xat mposotües Adyor avis v rapadelypatos Adyp mpoUpestioa:. J6., p. 305.
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réel par le possible, le concret par l’abstrait, et faire du monde une hypothèse. D’ailleurs quand les catégories expliqueraient la pensée, elles n'expliqueraient pas la réalité matérielle. Il faut donc admettre, en définitive, tout près du monde, le cinquième corps, aux dernières limites de l'être et de la pensée, l’Absolu , et les intelligibles entre l’un et l’autre.
Julien ne s'accorde pas toujours avec lui-même sur la place des idées , puisque ailleurs il les confond, sous le nom de monde intelligible où d’airotéov, dans la nature du Dieu absolu , et place entre elles et le soleil visible, la divinité dont le soleil est le corps. Mais quoique sur ce point comme sur plusieurs autres, son système demeure inachevé, on peut dire que pour lui les principes de toutes choses doivent s’énoncer dans l’ordresuivant : Dieu ou l’absolu, avec les idées intelligibles, ou dieux intelligibles ; le soleil vosoès, avec les dieux ou anges voi; et le soleil visible (4). Comme notre soleil (pros à pauouévos oùtoai doros }, féconde et vivifie le monde que nous habitons, le soleil voepoc, 6 péyac #luos, pour le monde intermédiaire, et le Dieu absolu pour le monde intel- Jigible, sont la source de l’essence, de la perfection, de l’harmonie, oùotas, reéleôrrtos, évoaews (2).
Sur le Dieu suprême, et sur le dogme de la trinité, éternel objet des méditations de tout philosophe Alexandrin, Julien se tait absolument; ou plutôt, ce qui montre bien qu’il n’est point un dis-
(1) Disc. &, p. 247, sq.
3h8 DOCTRINE DE JULIEN.
ciple de Plotin, il donne à Dieu les diverses appellations dont on se servait dans l’école, sans établir entre elles aucune hiérarchie, aucune distinction hypostatique. Peut-être son aversion pour le christianisme contribuait-elle à l’écarter d’un genre de spéculation qui offrait de frappantes analogies avec le dogme de la trinité. « Dieu, dit-il, est le principe premier , et le souverain roi du monde; soit qu'on l'appelle ce qui dépasse l'intelligence, ro éréxewx Toù oÿ, ou l’exemplaire de toutes choses, le monde intelligible, édéav To dvrwv, to vonrov oburav, Ou l'unité, puisque l'unité est le principe le plus simple et par conséquent le plus parfait, ou enfin, selon le langage de Platon, le bien, ro &y«îov, il est la cause éminemment simple, de toute beauté, de toute perfection, de toute harmonie et de toute puissance (4). »
En Dieu, l'être, la puissance, et l'acte , ne se distinguent pas (2). Comme il est par lui-même, et en lui-même, il n’y a en lui ni défaut, ni désir; il est et il se sait complet ; il s’aime dans cette plénitude, il veut être ce qu’il est en effet ; sa volonté est efficace par elle-même, et ne peut rencontrer de limite, ni
(1) HpesBurépen DE Etr di Tv révrwv Baorhéa, mept dv ndvra Eotiv. ToUrov tolvuv, elte Tù èméxeva toU vou xahetv aûrèv Bépuc” elre lôéav tiov Ovrwve 6 ôn nul Tr vonrèv cûpnav: elte Év’ Emedn révrwv Td Ev Ooxel 6 TpeoôtTatov® elte d IAdtuv elwlev ôvoudterv vd dyalov. Ar 8n oùv à povoerdhs Tov BAwv airia Räor Tai OÙotv Éényoupévn x&A hou te, xal tehetdtntos, Évugeux Te, xal Guvépeus dunyévou, Disc. &, p.247sq
(2) OÙ yèp GA Ro pv ETuv obota Beod , Süvapus SE EX AO° ka và Al, Tpérov rapà Tauta évepyelu révra yap Énep Bobdetar, tauta Éort, xat Süvurar, xal Evépyer. OÙGÈ yap à pri EoTr, Bou Astar oùdE à BouAetar Opav où oféver, 005 à ph Ouvara évépyetv ëféket, x, ©, À. Discours h, p. 267.
DOCTRINE DE JULIEN. 3h9
par conséquent lui coûter un effort. Pour nous l’acte est différent de notre puissance, et notre puissance de notre être, parce qu'étant limités, nos facultés, par lesquelles nous tendons à une perfection plus grande, rencontrent partout des obstacles, et ne répondent pas même à l’étendue de nos désirs (4).
Les différentes classes des dieux se divisent pour Julien , comme pour Jamblique et l’auteur des Mystéres. Les dieux intelligibles occupent le premier rang , les dieux »epot viennent ensuite. Le soleil illumine d’abord os #huæxobs yyéouc, puis les astres (2), les démons bienfaisants, les héros, et ces démons malveillants à qui Dieu a remis sa vengeance, et qui punissent les crimes (3). Les démons et la matière sont la cause du mal. Dieu ne l’a ni produit ni or- : donné, oûre émératey eau; il l’a au contraire chassé loin du ciel et en a préservé ses fils, maoi rai ëxy0— vos (h).
L'influence que Julien attribue aux astres sur les événements (5), ne tient pas seulement, comme dans Plotin, à la théorie des rapports universels des choses (6). Il y a, selon lui, une analogie réelle entre le corporel et l’incorporel; non-seulement il attribue au soleil dans le monde des sens, la même action qu’exerce Dieu dans un monde supérieur (7),
(1) Disc. k, p. 267.
(2) 16. et Cf. p. 269.
(3) Disc. 2, p. 166 sqq.
(5) Discours 4, p. 258.
(6) Foyez1.2,c.9;t. I, p. 501.
(7) Voyez Disc. sur le Soleil. « +
mais il soutient que la lumière du soleil est aux vi sibles ce que la vérité est aux intelligibles. Il revient sur cette idée à plusieurs reprises ; la lumière, dit-il, est le plus immatériel des êtres, elle est incorporelle, Toÿ qurôç dvtos dowudrou; les rayons sont la perfection et comme la fleur de la lumière (1); comment un corps serait-il la source d’une substance immatérielle? La lumière est émise directement par l'intelligence pure à laquelle elle est analogue (2) ; elle se propage dans les espaces du ciel sa véritable patrie, et se répand de là en flots inaltérables et brillants par tout le reste du monde (3). | Sur la nature de l’âme humaine, Julien s’en tient aux idées générales, communes à tous les Platoni- . Ciens. Il attribue à Platon l'opinion que Dieu a donné à chacun de nous un démon qui le garde et le protége. Notre corps n’est pas nous, mais à nous; le véritable moi, c’est l’esprit, la sagesse, et en un mot, le Dieu intérieur : ANa vG, uai gporriae, mai GAoy r@ év fui Sc@. Ce Dieu intérieur demeure dans la partie élevée de notre corps , èx” &xpw T@ ouate. Il est impassible , draîés, parce que des parties inférieures ne peuvent agir sur un être plus parfait, et que d’ailleurs il a une parenté avec Dieu; mais comme il à aussi commerce avec la matière, il perd dans cet abaissement , l’impassibilité de sa nature, ro arabës qou, et quelques philosophes ont été jusqu’à croire (1) Axpdrnc dv eln mic xat onep &vboc dutives. Disc. 4, p. 250. (2) H pèv oûv twv oivixwv Gdéu...., &ypavrov elvar èvépyetav advou ou xaba
pod vou Thv dnavtayou mpotoügav adyhv Een. 16. p. 2510 (5) Zb,
DOGCTBINE DE JULIEN. 884 que par la prédominance de l'élément matériel, il périt (4).
La morale de Julien est pure. Pour les prescriptions morales, il est vraiment digne de son école, On peut à peine dire quelque chose de plus. Les absurdités de la théurgie ne détournèrent jamais les Alexandrins des pures et nobles doctrines que Plotin puisait à la fois dans Platon et dans son âme. Lois, mœurs, religions, tout périssait autour d'eux ; mais dans ce relâchement de tous les liens qui attachent l'homme au devoir, l'amour fervent de l'idéal les sauvait. Ils regardaient le ciel comme leur patrie, et il l’était véritablement par leur continuel commerce avec l’Idée, et Jeurs aspirations vers l’Absolu. Les désirs que nos passions allyment sont infinis ef tendent au multipie ; Ja sagesse est de les dompter, de les étouffer, de soumettre notre âme au devoir: règle austère et inflexible, qui plie notre va- Jonté et la. modèle sur les desseins de la Providence (2). La règle simplifie la vie en ôtant le caprice; l'amour simplifie les affections, en tournant vers l'unité absolue toutes les aspirations de notre être. Pans une telle voie, on peut s’égarer; mais si l’on se perd, c’est du côté de Dieu et non de la créature. |
‘ Combien le fardeau du palythéisme , accepté par. lcs uns en haine du christianisme , et par les autres par respect pour les traditions, dut paraître pesant à
(1) Discours 2, p. 126 sqq.
des philosophes platoniciens , à qui même la morale de Platon ne suffisait pas, et qui empruntaient à l'institut de Pythagore ses régles austères! L'auteur des Mystères descend jusqu’à expliquer et justifier le culte du phallus. Julien approuve la mutilation des prêtres de Cérès, parce que la mère des dieux arrête, dit-il, l’action créatrice, et l'empêche de s’étendre à l'infini (4). Il défend de se nourrir de racines, parce que ce sont des semences; les feuilles, au contraire, sont attirées et purifiées par le soleil ; les fruits qui rampent sur la terre et que l’on recueille dans son sein sont déclarés impurs; le poisson est interdit, au moins dans le temps de l’abstinence, mais on peut manger les oiseaux, parce qu'ils s'élèvent. Ainsi l'air est plus pur que la terre : la terre est souillée; un ordre hiérarchique est établi entre les éléments. Les démons qui sont au-dessus de nous habitent aussi une sphère plus élevée, les bons anges sont attachés aux astres étincelants. La philosophie semble se perdre dans ces préjugés insensés , et l’on dirait que Julien imite le compagnon d’'Apollonius de Tyane, qui croyait se rapprocher du séjour des dieux en montant sur le Caucase. Mais Apollonius lui disait : c’est la vertu qui nous rap-
(1) P. 316. —Porphyre, avant Julien, avait aussi cherché à déméler le symbole caché sous la fable d’Atys et la mutilation des prêtres de Cybèle. Voyez Saint Aug., Cité de Dieu, 1. 7,c. 25, Damascius, dans Photius, p. 1074, et Porphyre lui-même, dans Eusèbe, Prép.,1. 3, c. 11. Âtrx & xat AGuvis Th Tov xaprüv elev avañoylæ rpogdovrec. A XA 6 pèv Ârvrte Tüov xerà TÙ Éap rpopaivouévev Evwv xal rplv relcoryovnoat Gtaphedvcwv- Bev xat Tv cov alôolov droxomhv abri rposavéleoav, à phasdvrwv EAbEïY Tiov xapnwov elç Thv omeppatxhv Tehelwauv 6 dE ÂAdwvi the tov Tehelwv xaprov Extouns cÛm Gohov.
proche des dieux (1). Julien n'avait pas trouvé ces pratiques ridicules dans la morale chrétienne; et Porphyre qu’il devait aussi connaître, entendait autrement le culte que l’on doit à Dieu, quand il prescrivait l’abstinence comme le plus sûr moyen de faire la guerre aux passions, et de se détacher de la terre (2). Quand Julien déclare que la vertu, la science et même la prière ne suffisent pas sans le culte extérieur (3), cela est d’un politique et d’un philosophe; mais des dogmes contraires à la raison, révoltants pour la pudeur, des cérémonies ridicules ou obscènes, une abstinence uniquement fondée sur des superstitions puériles, voilà ce que lui imposait la théurgie. Lui qui comparait avec amertume la conduite de ses prêtres avec celle des chrétiens (4), que ne comparait-il aussi les pratiques du culte qu'il avait abandonné avec celles dont il se faisait le restauraieur et le grand-prêtre (5) ?
ll avait sur la nature humaine, sur notre destinée, sur les devoirs d’un roi (6), des idées dignes d'un platonicien et d’un prince qui, en montant sur le trône, s'était proposé les Antonins pour modèles (7); mais il n’avait pas au même degré le sentiment de la dignité qui convient à un empereur. Ses.
(1) Philostrate, Æpollonius.
(2) Cf. ci-dessus, p. 164.
(4) Lettre 49. |
(5) 11 s'était fait nommer souverain pontife après son avénement à l'empire. (6) Disc. à l'empire Constance, pag. 166 sqq.
(7) Foy. p. 357.
Hi 23
84 BOCTRINE DE JULIEN.
contemporains (1), et même ses partisans (9), ont blâmé la familiarité de son eammarce aves les saphistes, l'excès de simplicité de son vêtement et de sa démarche, sea éclats de voix, ses discours étudiés, qui le faisaient ressembler à un avacat plutôt qu'à ua prince, son empressement à remplir dans les temples des fonctions presque serviles et à se donner en spectacle aux femmes et aux enfants. Les mêmes défauts se retrouvent dans ses écrits à côté des mêmes qualités. Le Misapagan, par exemple, malgré la verve brillante qui l'anime d'un beut à l'autre, paraîtrait indigne de la gravité d’un philasaphe et ne ppuvait certainement qu’abaissger un empereur, Répondre par des supplicss aux raïlleries des citoyens d'Antioche eût été d'un tyran ; leur répandre par des plaisanteries de mauvais goût sur leur religion st sur Constance, son prédécesseur, était d’un rhéteur et d’un sephiste ; « C'est un preverhe parmi vous que ni X, ni K n'ont aui à la uille d’Antiache ; et vous entendez par là le Christ (Xsics) et Constanes (Kaucrvruc) (8). Vous regrettez Constance et vous avez raisan , et je le regrette pour vous, Il n'a eu qu'un tort envers Antioche , c'est de ne me point assasainen..…. Le pauple d’Antioche m'en veut pour mon attachement à la religion de mes péres, et parce que je me squçie des jeux du
(1) Saint Jean Chrysostôme, de Sanct. Babyl., adv. Gentil. et Julianun.
(2) Amm. Marcell., 1, 22.— Cf. ci-dessus, p. 289 et 336.
(8) La lettre X était employée depuis longiemps pour désigner le Christ. Constantin avait fait graver ou broder ce monogramme sur les boucliers de ses soldats et sur leurs drapeaux.
cirque comme des grenouilles d’un marais... (4). Il n’est sortie da crimes que vaus.ne m'ayez attribués : j'ai houleyersé la monde; on peut faire des câbles avec ma Barbe; j'ai fait la guerre à X, enfin vous regretiez K (2),» Est-£e là le langage d’un maître du monde (à)? Les Césars aghévent de mettre dans tout son jour la légèreté de l'esprit de Julien. Qu'il ait tourné les habitantg d’Antioche en ridicule , sa haine çontre les chrétiens et les provocations du peuple d'Antiache l’expliquent à la rigueur; mais qu’un empereur fasse lui-même la satire des empereurs A tourne en dérision sa propre famille , c'est le propre d'un esprit qui avan tout veut paraître, et qui, çapahle de réflexion et de prudence, sacrifie tout au désir d’exalter san règne, et de prouver la vivacité rmardante de son style. Rien. n’était sacré pour Julien, hormis sop enthousiasme pour l'hellénisme, c'est-à-dire pour les lettres. Il versait le mépris sur le Dieu qu'il avait adoré dang son enfance (k), et sur les dieux qu'il s'était choisis dans l’âge mûr (5), et sur les dépoñitaires de ce souverain pouvoir qu'il : exerçait à son tour, non sans éclat, Les Césars sont écrits pendantJes saturnales (6) ; c’est une saturpale en effet, dans laquelle les plus grands héros de Rome gpnt irmmolés avec ses dieux. La fable est simple et
(3) Les édits de Constantin contre les Ariens étaient remplis de railleries ct d’invectives. J’oyez Socrate, |, 1, c. 9.
(4) C£. cj<après, p. 364.
(5) CF. ci-dessus, p. 291.
(6) Les Césars, init.
3506 DOCYRINE DE JULIEN.
habilement conçue dans le goût qui régnait alors. Romulus, « ou Quirinus, pour nous conformer à la tradition sur sa divinité (1),» donne un bänquet aux dieux et aux Césars. À mesure que chaque prince entre dans l'assemblée, Silène le caractérise d’un seul mot. On propose de décerner une couronne au plus digne : Alexandre, César, Trajan, Constantin la disputent vainement; elle est décernée à Marc- Aurèle. La raillerie de Julien est amère et n’épargne pas les plus grands noms: « Octave s’avance , réflétant toutes les couleurs du caméléon. Quel est donc cet animal multiple, demande Silène? Ne raïllez pas, dit Apollon, Zénon va le transformer en or pur. Zénon n'eut qu’à lui chanter à l'oreille quelques-uns de ses préceptes pour en faire un homme parfait. Le troisième était Tibère: austère et grave par devant, on le vit, quand il s’avança, couvert sur le dos d’une lèpre affreuse et des traces de ses débauches..…. La bête féroce qui entra ensuite (Caligula), excita tant de dégoût et d'indignation, que Némésis la jeta aussitôt aux dieux vengeurs. Claude entrait : quoi, dit Silène, sans Narcisse et Pallas? Sans eux et sans Messaline, Claude n'est qu’un personnage muet de tragédie...» On pouvait croire que le frère de son père trouverait grâce à ses yeux. Il avoue en effet que Constantin « n’était pas absolument dépourvu de vertu militaire;» mais il le représente comme amolli par les voluptés. Lorsqu’à la fin du banquet chaque César se choisit un Dieu pour pro-
(1) Les Césars, p. 5.
tecteur, Constantin qui ne trouve pas parmi eux de modèle, « voyant près de lui la déesse des voluptés , se réfugie dans ses bras: elle l’accueille, l'embrasse et le revêt d’un somptueux habit de femme. » Au milieu de ces traits de satire, le philosophe stoïcien se retrouve par intervalles. Le discours d'Alexandre est noble et vraiment royal : c'était le héros de Julien. Il avait pour Marc-Aurèéle une admiration raisonnée et en quelque sorte acquise; mais toute son âme le portait vers Alexandre, jeune, puissant , victorieux, disciple d’Aristote , enthousiaste d'Homère et n’ayant vécu que pour la gloire. On aime à l’entendre accuser la lenteur de Trajan qui n’a pas achevé la guerre persique : Trajan se rejette sur sa vieillesse; « tu as régné vingt ans, dit Julien!» Pour lui, quand il fut sur le trône, il ne connut pas de loisirs ; et s’il mérite un reproche, c’est pour avoir trop osé, pour avoir abordé à la fois, et de front, sans tempéraments, les entreprises les plus diverses et les plus grandes. En décrétant des lois, qui étaient à elles seules des révolutions, en supprimant d’un coup les charges innombrables de la cour, en créant une armée, en se portant de la Gaule à Ctésiphon, pendant son règne éphémère, il avait sans cesse devant les yeux ce reproche qu'il fait à Trajan dans les Ceésars : « Alexandre n’a régné que douze ans! »
Nous avons encore aujourd’hui l’ouvrage de Julien contre les chrétiens. Saïnt Cyrille et Théodoret, qui l'ont réfuté, nous l’ont conservé par extraits. Julien avait été précédé dans cette carrière par plus d’un
philosophe. Célsée et Porphyre sont les plus célèbres. Combien de fois, depuis cette épotjue, tous ces arguments ont-ils été repris avec une tritiquë supérieuré? Combien de fois ont-ils été réfutés? Mais si l'ouvrage de Julien contre le christianisme i'a fiefi à nous apprendre sut le christianisme, il hous apprendra beaucoup sur Julien lui-même, et sur Id situation véritable des esprits au motnent dé là féäction païeñne. Qu’est-te que Julien pour nous, #il n'était emperëtir? Un bel esprit des témips de décadencée , un littérateur brillant et f“iVole, ut philosophe capable de tout approfondit, 6t qui n’en à hi le temps, ni la volonté. MaiB parce que Julieti , après avoir été le disciple fervent d'Édésius &t de Muxiine, a tenté de réaliser tous $ës rêves, ét que lés sufitiments ét les désirs de l’écolé se sôht traduits, grâce à sa puissance Sotivérdiné, èn évéheménts historiques, en révolutions, il est l’expréssion là plus complète, la personnifitation de lu lutte sbutetitie contre les chrétiens par l’école d'Alexandrie. Gé livre, rapidement écrit Conte totit ce qu’il faisäit, faible» ment composé, si du iiüins Hous pouvons en jüget dans l'état de mutilation où il noûs résté, itiférieut même à la plupart de 5e altrés ouvrages, est pour nous, en queldue sorte; urie explication de la éoniduite de Julien fournie par Julieh lui:méthe. Si ést superficiel ou ignorant dañs la critique des Étritures, on ne doit pas s’en étohner; car tout 861 aout ust pour l'hellénisme , et il he voit que bafbaïië eh dehors des lettres grecques. Il ñe faudrait pas conclure
anne. . —
DOCTAINE DE JULIEN 359
de cette légèreté que Julien n’était pas convaincu de la fausseté du christianisme, ce serait mal raisonner. Au contraire, toute la teneur de cet écrit confirme ce que nous avons essayé dé mettré en lumière, en racontant la vie de Julieh, c’est-à-dire , qu’il regardait de bonne foi le christianisme comrhe une impuüsture, que la mythologie n'était pour lui tout hu plus qu’une enveloppe des dogmes phildsophiques, respedtable. datis soh ahtiquité, et qu'elifin, par une contradiction bizarre, mais qu'expliqué l'esprit du temps et toute l’histoire de l'école, à te mépris complet des formes poétiques de la mythologie, se joignait une croyance avetglé à l'efficacité den évocations, des talismans et des 8acrifices..
Les vbjectiôns de Julien, qtioique développées sähs art, nè tianquent pas d’habileté. On peut les divisér en trois parties, dont la première roulé uniquement sur les croyances particulières aux Juifs, I olte le commencement de la Genêse; qu’il compare avec In costhogonie du Tirhée, èt il ne manque pas d’attribuer la supériorité à Platon, Le Dieu de Moïse crée la terre, et le firmament, et Id lumière; mais on he dit pas s’il crée aussi l’abime et les ténèbres «: ce Dieu n’est donc qu’un organisateur du monde; il le forme et ne le crée pas, Voilà déjà le Dieu de Moïse impuissant, et la matière nécessaire et éternelle. La Genète décrit longuement la produttion des animaux et des hommes; élle ne dit rien de celle des anges, et dans tous les livres dé Moïse , oh ne voit pas s’il admet des êtres incorporels, de purs esprits, Cette question
des anges est importante pour Julien, car. c'est suivant lui la question même de la pluralité des dieux sous l'empire d’un dieu unique qui les a formés. 11] trouve bien dans les Écritures, des anges qui dépendent de Dieu et lui servent de ministres ; mais il n’y voit ni leur origine, ni leur nature, ni leurs attributs divers. Comment donc, si les anges ou. les dieux n’ont pas reçu des fonctions diverses, pourra-t-on expliquer la diversité du monde, la différence des races, celle des mœurs, celle des fortunes? Le grand Dieu qui domine tout, n’explique que l'unité; d’où il suit que l’hypothèse des chrétiens est impuissante en métaphysique. Ainsi, loin de rougir du polythéisme, Julien s’en glorifie, parce qu'il interprète. Et pourquoi n’aurait-il pas le droit de l’interpréter? Rien de plus ridicule que les fables du polythéisme : est-ce à de telles chimères que nous croyons ? Cette tour de Babel, avec laquelle les chrétiens expliquent la variété des langues et des mœurs, est-elle donc moins folle, si on la prend littéralement ? Si on l’interprète comme une allégorie , et il le faut bien , SOUS peine de passer pour insensés, nous avons donc le droit d'interpréter aussi nos poëtes ; et ce principe admis une fois, allégorie pour allégorie, la nôtre explique tout, et la tour de Babel ne rend compte de rien , et ne peut cacher un sens raisqnnable. Comment vient le péché et le mal , selon les Écritures? Dieu met Adam dans le paradis terrestre ; puis il se dit : il n’est pas bon que l’homme soit seul , et il lui donne une compagne. Cependant cette com-
DOCTRINE DE JULIEN. 361 pagne va tenter l’homme, et amener sa condamnation. Dieu ne le savait-il pas? Quoi que vous répondiez, vous êtes également perdus; car il est imparfait s’il l’ignore , et s’il le sait, il est méchant.
Êve elle-même, la tentatrice , est d’abord tentée. Le serpent la séduit. Dans quelle langue lui parle-t-il? Hésiode ou Homère ont-ils rien de plus difficile à croire? Ce serpent est l’ennemi du genre humain, c'est le prince des ténèbres. Cependant quelle est sa faute? Il conseille à Eve de goûter du fruit défendu, du fruit de la science du bien et du mal. Mais si Adam et Ëve ne connaissent pas la science du bien et du mal, ils n’ont ni vertu, ni sagesse. Ils sont audessous de l'humanité, tant qu'ils n'ont pas cette connaissance. Le serpent les conseille bien. Que dit Dieu lui-même dans Moïse : S'ils mangent du fruit de cet arbre, ils deviendront comme l’un de nous. Ainsi l'esprit de ténèbres veut élever l'homme. au rang des dieux, et c’est Dieu qui le rejette et le condamne au malheur et au crime. Dieu est donc un dieu jaloux; il a de l'envie, il n’est point parfait, ou plutôt il n’est point Dieu. Écoutez Platon dans le Timée : «Il était bon, et celui qui est bon ne peut concevoir d'envie». Où est la sagesse? Qui a vraiment connu la nature de Dieu, Platon ou Moïse? les Hébreux ou les Grecs ? |
Le dieu des Hébreux est en effet un Dieu jaloux et même un Dieu cruel. Il s’irrite de la moindre faute ; il condamne toute la nation pour la faute d’un seul. Il n’est apaisé que quand Phinée a partagé ses trans-
ports et l’a vengé avec barbarie, Voilà les exemples qu’il donne aux hommes. Il défeñd le culte des Autres dieux; il veut être adoré seul: Dans quel Béñis les Alexandrins, etJulien en particulier, interprétaietit ce précepte , nous le savons (1). Ce Dieu des Juifs n’althe aussi que son peuple. Ainei ce Dieu est le saul Dieu, et ce pétiple ést 18 seul péuple aimé dé Dieu. Com: ment donc Dieu a-t-il choisi, parmi toutes les nations de la terré, la plus misérable? Comment, apfés l'évoir choisie , ne lui a-t:il donné ni la tithébse , ni là puis sance, fi lu gloire? Le Dieu des Juifs est hussi le Dieu des nations, sélon Paul, qui 8e contredit säh$ cesse, Mais s’il est aussi le Dieu des nations, pourquoi pré: fère-t-il les Juifs? Et s’il n’est que le Diéu des Juifs, comméht les nations privées de Dieu l’ont-elles em: porté sur le peuple élü , en Baÿesse et en prospérité? On fait grähd bruit des lois de Moïse, Il ust vrai, ce sont des lois sages, Mais Ôtegs 18 précépte dé célé: brer le sabbat ét de ne pas adorer d’autres dieuk, ces lois sont la morale de tous les peuples, < Tu n6 ture pas, tu ne rendras pas de faux témoignage t » Sue blime inorale én effet, ‘et qué les Grécs n’ünt pas même soupcontée! Pourquoi Platon, Pythagore, Orphée n’ontils pas été en Judée, appreïñïdre du plus méprisé ét du plus äbject de tous les peuples , ces lois divines, inconnues au reste de la térre? Après cette discussion dés Écritutes juives, Julien s’efforte de montret que Jésus:Ghrist n’a pas été prédit. Il discute l’authenticité des passuges ullégués, (1) P'eges ci-dessus, pi 205. .
il'en rejette l'application. « Un chef sortira de Judas; » C’est David, ce n’est pas votre Jésus. On veut que Jésus aussi soit sorti de Judas : le témoignage en est-il plus clair? Mais en cela même, vous ne faites que vous contredire ; car si Jésus n’est pas fils de Joseph , il n’est pas de Judas; et s'il est fils de Joseph, il n’est pas Dieu.
Quand même les prédictions s'appliqueraient. à Jésus, qu’annoncent-elles? Un Dieu, un second Dieu ? Non certes ; « un prophète tel que moi, » dit David. Partout, en mille endroits, les Écritures in< sistent sur l’unité de Dieu : un seul Dieu, un seul sauveur, un seul maître, Lorsque Jean nous annonce le verbe fils de Dieu, et par conséquent un second Dieu, qu'il ne s'appuie dont pas sur les Écriturés, puisqu'il les contredit et les condamne,
Vous prétendez que Dieu nous à donné deux lois, une première, celle de Moïse, plus imparfaite, et la seconde, qui est cellé de Jésus-Christ. Mais-expliqueznous alors pourquoi Moïse a dit que la loi serait éternelle et due Dieu ne la changerait jamuis,
Infidèles aux livres juifs, que pourtant vous ac céptez, vous ñe l’êtes pas moins à ce Jésus, dont vous faites votre Diet, car les dogmes que vous fés pandeï , il ne les a pas enseignés ; ni lui, ni ses premiers disciples n’y avaient jamais songé. C’est qu'ils n'avaient pas organisé leur doctrine pour la durée et l'influence que la superstition lui a donnée. Ni Paul, ni Mathieu, ni Luc, ni Merc, n'ont oëé dire que Jésus-Christ füt un Dieu. Et qu'a-t-il fait, ce Dieu,
de si extraordinaire ? 1l a guéri des aveugles , des paralytiques! Mais a-t-il changé les mœurs ou la des-. tinée de son peuple? Ce Dieu qui se fait homme, meurt sans avoir rien renouvelé, rien fondé; il meurt obscur, condamné à une mort infâme. Voilà le Dieu que vous préférez aux Dieux de vos ancêtres, à l’hellénisme , à la philosophie, à la patrie!
Pourquoi, disciples de Jésus, n’offrez-vous point de sacrifices ? Pourquoi mangez-vous de toute chair? Pourquoi n’êtes-vous pas circoncis ? Votre Jésus n’est pas venu pour abolir la loi, c’est lui-même qui le dit, mais pour l’accomplir. Ou Jésus n’a pas dit la vérité, ou vous êtes des déserteurs de la loi.
Julien insiste encore sur le culte des martyrs, sur les tombeaux qui servent d’autels, sur l'abolition de la pâque et des azymes ; au moins, dit-il, les Juifs ont un culte raisonnable et digne des dieux; mais vous, après nous avoir quittés pour les suivre, vous recevez ce qu’ils ont de criminel et de sacrilége, et vous renoncez à leurs cérémonies et à leur culte. Ainsi les chrétiens paraissent doublement impies aux yeux de l’empereur apostat, pour n’admettre qu’un seul Dieu et pour rejeter les sacrifices sanglants et la théurgie.
Mais il avait beau s’écrier , en commençant son ouvrage : Répondez à mes reproches, ne récriminez pas ; ce que vous direz contre nos fables, ne prouve rien pour vous-mêmes : les apologistes chrétiens savaient trop bien l’odieux et le ridicule du paganisme, pour n'en pàs triompher à outrance, C'est en vain
que Porphyre et Julien réprouvaient ces récits infâmes ou puérils ; on avait le droit de leur demander compte de cette alliance avec un culte qu’eux-mêmes jugeaient si sévèrement. Qui les forçait à garder les noms, puisqu'ils répudiaient les doctrines? N’était-ce pas là véritablement tromper le peuple par une manœuvre indigne de philosophes et de gens de bien? lis voulaient sans doute concilier à leurs opinions cette espèce de consécration que donne une antiquité vénérable ; mais. il fallait tout rejeter ou tout admettre. Il fallait être franchement et uniquement philosophes; ou si l’on réclamait le privilége des temples et l'autorité des mystères, prendre le paganisme tout entier et quitter le Dieu d'Aristoté et de Platon pour Saturne et Jupiter.
Même en interprétant le polythéisme, n’était-on pas conduit à diminuer la perfection de Dieu ? Pour Platon, il est vrai, et pour Plotin, Dieu est tout, les véor npaovoyot ne représentent guère que la variété des lois de la nature; et telle est la prédominance du Dieu souverain, que l'on sent bien dans tout le système que l'unité de Dieu est acceptée sans réserve. Mais à mesure que la théurgie succède au mysticisme , à mesure que la philosophie , après avoir amnistié les religions positives comme des formes de la religion universelle , s’accoutume au contraire à leur emprunter leur consécration et leur prestige, dans cette réaction intérieure, à laquelle Porphyre s’était opposé, qui triomphe dans l’école avec Jamblique, et qui est définitive sous Julien, n'est-il pas évident
que, bien qu'on laisse toujours de sôté, comme des allégaries , les fables des poêtes, la multiplicité des dieux intermédiaires arrête et accupe les esprits, et les empêche de contempler avec la même ardeur l’unité parfaite, qu'ils appellent encore le Père des dieux et des hommes? C’est avec les dieyx que Jamblique, Maxime, Julien ont commerce; 6e sont eux qu'ils invoquent. Ils jeur offrent des sacrifices, ils Jeur élèvent des autels domestiques, ils décrivent leurs généslagies, leur hiérarchie, leur puissance, Le vulgaire qu’on rappelle dans les temples, reprend ses anciens préjugés, et les sages eux-mêmes, de plus en plus préoceupés des symboles, oublient et négligent la grande métaphysique, et deviennent polythéistes aussi, presqu'à leur insu. Qu'est devepu le temps où Plotin candamnait l'astrologie, aù Porphyre s’indignait contre les sacrifices sanglants , où l’auteur des Mystères proscrivait avec dédain le culte des idoles ? Les pages éloquentes eù saint Cyrille reproche au Dieu de Julien de n'être qu’un Dieu impuissant, qui a besoin de se décharger sur des dieux inférieurs, du gouvernement du monde, auraientelles pu être adressées à Plotin ou à Parphyre? C’est un Dieu unique et tout-puissant que veut adorer Julien ; mais la religion qu'il relève, et qu'il veut vainement épurer, n’en est pas moins le polythéisme. Qn a beau faire ges réserves ; an est toujaurs de son parti, et quand on a pris l'erreur pour auxiliaire, il faut tôt au tard qu'on la subisse,
Quels auxiliaires pour la raison et la philosophie
DOCTRINE DE JULIEN. àa47
que tout çel attirail sacerdotal, toujaurs ridicule quand il n’est pas vénéré, que ces miracles timidement allégués, réfutés par lea adeptes eux-mémes qui n'osent ai les rejeter, ni les admettre, que ess aracles imposteurs, ceq taliamans, ess tables sonstellées, ges sacrifices sanglantal Julien triamphe du culte que les chrétiens rendent aux martyrs: mais se eulte qui s'adreste à des tambeaux, na transforme pas en dami-dieux les saints et lea martyra: il a'altère point l’idée du Dieu tout-puissant ; il aa divinise pas le meurtre et l’adultère; il a quelque chose de touchant et de sacré, surtout pendant les persécutions, quand chaque famille compte ses morts, et quand on s’encourage à persévérer et à souffrir, en glorifiant la dépouille de ceux qui ne sont plus. Cette assimilation ne pouvait tromper Julien luimême ; c’est un argument de mauvaise foi. Le dogme de l’unité de Dieu, chez les chrétiens , est clair comme le jour ; il est très-équivoque chez les païens, il est au moins obscur chez des philosophes qui prétendent le concilier avec les fables du polythéisme, Ainsi, grâce à cette imprudente réhabilitation de la mythologie, les chrétiens seuls représentent désormais le dogme de l'unité de Dieu, hors duquel il n’y a que folie. Les philosophes se sont volontairement réduits à n'être plus que les prêtres des idoles ; prêtres sans foi, qui ne laissent aux dieux que leurs noms, qui détruisent leur religion parce qu’ils l'interprètent, et la philosophie parce qu’ils l’avilissent; et qui se croient vainqueurs de toutes les superstitions , parce
qu'ils ont remplacé les impostures des prêtres par les évocations et la théurgie. |
Ce n’est pas la philosophie qui a été vaincue avec Julien, quoiqu'’elle ait été nécessairement enveloppée dans la défaite d’un prince philosophe. La cause des chrétiens était gagnée avant Julien, rien ne pouvait plus prévaloir contre elle; mais dans cette lutte où Julien se précipita, la religion chrétienne avait deux raisons de vaincre : sa propre force, et les fautes de ses ennemis. | |