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vrai qu'Eunape dit tantôt qu'il se rendit à Athènes à l’âge de seize ans, pour y étudier les lettres sous Prohérésius (1), tantôt qu’il ne vint à Athènes que pour y trouver Chrysanthe (2), et qu'il avait vingt
-ans révolus lorsque Chrysanthe l'initia à la philoso-
phie de Jamblique (3); mais il n’en est pas moins certain qu’il vécut à Athènes auprès de Chrysanthe, qu’il passait à l’entendre exposer ses doctrines la seconde partie de la journée, après avoir donné la première à l’enseignement des lettres, et qu’à plusieurs reprises il donna ses soins à son vieux maître, comme médecin, car il avait appris la médecine à l’école d’Oribaze (4). Mais si le séjour de Chrysanthe dans Athènes ne paraît guère contestable, il n’en résulte pas que Plutarque ait reçu ses lecons. Eunape dit bien que Chrysanthe lui enseignait alors à lui-même sa doctrine, mais il ne dit pas qu'il l’enseignât aussi au public. Au contraire, il résulte des termes dont il se sert, que ses entretiens avec Chrysanthe se passaient entre eux et n'avaient pas d’autres témoins. Chrysanthe avait enseigné la philosophie à Pergame sous Édésius, à côté de Maxime ; mais lorsqu'il se retira, à la mort de Julien, dans les temples de la Grèce, il vécut désormais solitaire, retiré, occupé seulement d'écrire, et le faisant si constamment, que ses doigts
(1) Eun., Prohér.
(2) Eun., Chrys.
(3) Eun., Edésius. a Chrysanthe, dit Eunape, au commencement de la biographie d'Édésius, ne m’enseigna la philosophie de Jamblique qu’après que j'eus atteint ma vingtième anvée, quoique je fusse auprès de lui depuis mon enfance. »
(4) Eun., Chrys., ad fin.
s'étaient rebourbés, ét Se déläéhaitht aÿéé peine du Stylet (À). 11 n’y à donc pas vraisemblance à supposer due 6e disciple d'Édésius , ce représentant direct dès Alexandriris, ait tenu école dans Athénes, et relié äinsi par Plutarque, son disciple, Î& prentière école éclectique à la seconde. Dätis tous {es caé, Chrysanthé n'est guère qu'ur illüntiné, üh pontife (2), èt quoique Plutarque et ses successeurs présentent aussi au pluë haut degté ces deux caractères, on ne peut mécohhaîiré en ex uné vigueüf philosoptiique qu’il est impossible dé raftathet aux dérhiers débris de l'école d'Aléxatidtie. Noüs sommes dohc réduits à partir dé Piüutarque, comme Suidas, sans remonter àü delà, et ä répéter avec Priscien, que quel que fût son naître, l'influence à laquelle il a Surtott obéi, est celle de Jamblique.
1 antiquité he nous à tränsmis aucun détail sur les doctrines patticülières enseignées pät Plutaïquée. Est-ce de lui qu’il s’agif däns un passage du ecomfñéniaire d'Olympiodore sur le Phédoü (3), où Jainbliqüe et Plütarqué sont imentiôonnés comine les deüx intërprètes modernes qui admettetit l'opinion des deux interprètes anciens, Xéhotraté et Speusippé, à savoir que l'immortalité comprend jusqu'à fa partie ifraisonnäble de notté étre? Il ne parait
(1) Euvap., Chrye.
(2) CL ci-dessus, 1. 3, €. 6.
(3) Oxt. où pèv. ad TS Royce ox 4x pt rh ubüyou Eeux drofavart Pounv, de Noupvio- oi | MÉYEL TN PÜTEUS, D Nuwrivos Éve &mou- of 8È LÉXPL TRS &Aoytas , dÇ TV pèv rakmüov Eevoxpétns xai EneÜcirnoç, Tüv Ô vewTépov lép6Ayos xal I'hoûtapyoc. OI, Comm. Phéd., & bob .
PLÜTARQUE ET SYRIANUS. 379 pas qué lof puisse en düuter; Plütérqtié de Éhérd: fée h’était pas boür Olympiodote un ititerprèté moderne de Platôn ; il ne l’autait pag cité après Jathbliqué; eñfin, il l'aurait spécifié de quelque fcon, car fe grarid Pluiarqüé, pour Olympiodore , t'est 18 Hiaître de Syrianus (Â): Voilà donc ün poñit qui not est cotthu dé là doctrine dé Plutätqué, du prénrier représentant illustre de l’école d'Athèhes, de celtit qüi partage avec Syrianus l’honneur d’avoit été le iriaîtré de Proclus. C’ést que précisérhent Pfoclus à effacé sës maîtres ét rendu leurs livres inutiles. Un joùr Plutarque lit le Phéllon avec lui, en le côttinehtant à miesuré, et l’exhorte à rédiger les remärques qü’ils fdisaient ensemblé; cë serä, dit-il, pour 14 postérité, le commentaire de Prôclus sur lé Phédôn, ÉoTau nai Ipéxloù drouvhuata oeoduevx ele toy Daiduivor (2). La prédiction s’est vérifiée: le commentaire de Proclus Eét célèbre, ét personne ne soïge à pläcët ie nom du maître à tôté dt bloriéux disciple.
Plutätque moürant Fétominande ses élèves À Syfianüus, ui lui succède, et Proclus au-dessus dè tous les autres. Syriahus, en éffet, est le rnaître de Proélus, Soi ghide, son ami. 11 lui inspira une admiration, ühe confiance sans botriés. Protlüs, dans tous ses écrits, lé mét sätis hésitet ét lé rañg de Plotin ét dé Jamiblique. 1} lé cite Sätis Éèséé, toujours avec éloge, et ne s’écarte presque jamais de sa doctrine. 11 l’appelle mon maître, mon guide, mon péfe (4).
(1) Cf. M. Cousin, Fragm. hist., 2° éd., p. 558.
(2) Olymp., Comm. Phéd.; Cf. M. Cousin, 1. 1. (3) Proclus, Comm. T'im., pass.
Il voulut être enseveli dans le même tombeau, et se composa une épitaphe où sa vie et ses espérances d'avenir étaient unies à celles de Syrianus. L’enthousiasme d’un tel disciple dit assez ce que valait le maître. On pourrait reconstruire la doctrine de Syrianus, en prenant celle de Proclus pour base, ou plutôt c'est la même doctrine, enseignée par Syrianus, développée, régularisée, fécondée par Proclus. Maerinus va jusqu’à dire que la plupart des ouvrages que Proclus a composés dans sa jeunesse ne sont que des rédactions du cours de Syrianus. Il est certain du- moins que, dans le commentaire sur le Timée, composé par Proclus à l’âge de vingt-huit ans, il lui arrive souvent, après avoir discuté la doctrine de ses devanciers, d'exposer enfin celle de Syrianus, sans rien ajouter de lui-même, comme s’il se bornaïit au rôle de rapporteur fidéle et de disciple soumis. C’est ainsi qu’il adopte le sentiment de Syrianus sur le quatrième interlocuteur de la République, dont l’absence est signalée au commencement du Timée (1), sur la transmission des qualités morales et intellectuelles des pères à leurs enfants (2), sur le sens général de l’Atlantide (3), sur le rapport des diverses classes dont la république se compose avec la hiérarchie des dieux et des démons qui peuplent le monde (4), sur la distinction du + &: à et du +
(1) Comm. Tim., p. 7.
(2) Zb., p. 16.
(&) Ib., p. 47.
yevirov (1), sur le Smuoupyoç (2), sur le rapaderyua roù xécuov (3). Il pense avec Syrianus qu'il faut distinguer dans la création, la production même des corps de leur arrangement et de leur disposition dans un bel ordre qui compose l'harmonie de l'univers (4); il emprunte à Syrianus la réponse qu’il fait aux objections contre la perfection de Dieu tirées du mal physique et du mal moral (5); c’est d’après Syrianus qu’il explique les rapports de l’âme et du corps du monde (6), la nature des sept cercles del’âme (7), l'unité de l’âme malgré cette division en sept parties (8), etc. Cet assentiment aux opinions de son maître ne s'étend pas cependant à tous les points, et c’est en quelque sorte une preuve de plus pour établir l'influence de Syrianus sur son élève, car on peut en conclure que ce n’est pas en vertu d’un parti pris, et pour obéir à la maxime pythagoricienne, mais bien par une conformité de vues véritable, que Proclus s'attache si fidèlement aux doctrines de son maître. Ainsi, sans désapprouver l'explication de Syrianus sur la nécessité de deux moyens pour unir des solides , il a cru devoir en donner une autre. Voici ce
(2) Zb., p. 94.
(3) Zb., p. 98. |
(a) Ô 86 ye huérepoc iBdauadhoc, dy pnaiv mivoeiotar rhv xooponotav. Tè pèv yèp adrnç dort awparoupyuxbv, tù à dpyoatixdv toy cwpatwov, els Évèc xdruou auprAfpuauwv &AAo yap cri vd aûTa Tù cwpara mhdrrev, &à Tov synpétuwv, &Xdo vd évapudetv à mAugfévTL Tip HÉVTL, Xe Te À., pe 4109.
(6) Zb., p. 171 sq.
(7) Ib., p. 218.
(8) Zb., p. 224.
que disait Syrjanys : Il faut, entre les moyens termes d'ype proportion dont les extrêmes sont les solides, le même rapport qu'entre les côtés de ces salides ; il y a donc deux moyens entre deux solides, parce que leurs côtés ont deux dimensions (1). Proclus çomhat aussi l'opinion de Syrianus sur le sens des proportions 1, 2, 4,8, et 1, 3, 9, 27, d'après lesquelles le Sauryeyè: forme l'âme du monde. Syrianus expliquait, par cette double proportion, la nature à Ja fois divisible et indiyisible de l'âme : l’indivisible a pour symbole l'unité, et le diyisible, les six divisions qui yiennent après J’unité, les divisions en nombre pair indiquant la procession, l’ordre descendant de Diey à la créature, et les divisions en nombres impairs indiquant le retour, l'ardre ascendant de la créature à Dieu (2). Proclus réfute cette opinion par des raisons pythagoriciennes; mais en même temps il ne manque pas de déclarer que cette interprétation est féconde en applications admirables, et qu'il l'avait d'abord adaptée (à). oo Proclys n’est pas le seul qui place si haut Syrianus, Olympiodore, sur le point d'exposer une théorie, s’arrête, parce que son maître, dit-il, a traité ce sujet, Quand le maître a parlé, le disciple doit sg taire. Syrianus a compté un grand nombre de diseiples, parmi lesquels Hermias, père d'Ammonius, et Domninus, sont les plus célebres après Proclus. Son en- (1) Z6., p. 150.
(2) Cf. Etudes sur le Timée de Platon, par Th. Henri Martin, t. I,
p. 383 sqq.
(3) Comm. Tim., p. 207 sqq.
PLUTARQUE ET SYBRIANUS. 488 seignement embrassait, outre la philosophie, la philologie et la grammaire. En philosophie, il s'attachait comme Plutarque à montrer l'accord de Platon et d’Aristote, et il y joignait Orphée, dont les oracles prétendus contenaient à ses yeux par anticipation toute la sagesse humaïne. Avec la plupart des Alexandrins, il plaçait l’extase au-dessus de la raison, et réduisait le mysticisme à n'être guère que la théur- ” gie (4). Suidas eite de lui un Commentaire sur Homère, en sept livres, un autre sur la République, un autre sur la Théologie d'Orphée, un Traité des Dieux d'Homère , un Essai de conciliation entre Orphée, Pythagore et Platon, dix livres sur les Oragles, Il nous reste de lui un Lommentgire sur la Métaphysique d' 4ristote, dont le but est beaucoup moins d’éclaircir la doctrine d’Aristote, que de faire éclater la supériorité de Platon, et de répondre aux attaques des Péripaticiens. I] faut ajouter à ces ouyrages des commentajres sur plusieurs dialogues de Platon, sur le Premier Alcibiade (2), sur le Philèbe (3).
On nesait rien de sa vie, Il était néà Alexandrie (4), vers 380, Il se rendit à Athènes pour étudier sous Plutarque, dont il devint l’amij, et plus tard le successeur. Il mourut vers 450, |
(1) Cf. Marinus, Pie de Pr., c. 13.
(2) Cf. M. Cousiag, 1. L, p. 277 (3) Ib., p. 347.
(4) Suidas, V. Syrian.
38h VIE DE PROCLUS.