‹ Histoire de l'Ecole d'AlexandrieChapitre 26 sur 31 · IL · texte numérisé non relu

IL

5ShG DE LA NATURE ET DÉS FACULTÉS DE L’AME.

Plotin, chez lequel les distinctions ont cependant plus de fixité que chez Protlus , ne va-t-il pas jusqu'à l'appeler un mélange? Nous voyons dans Proclus l’ordre hiérarchique partout observé, mais nous voyons aussi toutes les hiérarchies soumises à la proportion et à l’analogie. C’est pour Proclus que la nature ne va pas par bonds; tout dans son système suit une pente facile, et les différences qui séparent deux essences voisines sont à peine établies qu’il met tous ses soins à les atténuer. Le wi;existe pour lui à divers degrés : peut-être au degré le plus humble se confondil avec l'essence immédiatement inférieure. Cest d’ailleurs un principe général de sa philosophie que ledernier terme d’une série est en mème temps le premier terme de la série placée au-dessous (1). C'est aussi un de ses principes que le semblable est connu par son semblable , et l'âme par conséquent ne peut connaître le v05: qu’à la condition de participer ellemême de la nature du wÿ, ou de s’en rendre participante par un développement puissant et régulier de ses facultés intellectuelles (2). Proclus parle quelquefois de la juyx Giavorruu , et de la Quy» doExoruxr (3); en peut-on conclure que ce soient là deux âmes rigoureusement distinctes? Pourquoi donc tenir plus de compte des divisions établies ailleurs? Ce serait ne rien comprendre à la philosophie de Proclus que de

(1) Zrowy. eo. , prop. 110 et 112.

7 (2) Sc yhp En rh Bobaorixd yivoxopev, xal be Gtavolg tù Btavonta, xal ik tp vospy Tp Ev Auiv Tà vontrèv, oÙtw xat ëv to évt td Ev, Comm. Parn., t. VI, p. 53

(3) Comm. Tim., p. 218.

ne pas voir avec quelle aisance il se joue de ses éternelles divisions. I1 les a tellement multipliées ; elles se croisent dans des sens si opposés, quesielles avaient une valeur fixe et absolue, il n’est point d’éclectisme, si large qu’on le suppose, qui pût les admettre simultanément. Mais Proclus se meut sans peine dans cette : trame si serrée, grâce à cette analogie universelle qui Ôte presque toute valeur au mot d’hypostase , et qui, enveloppant tous les effets dans les causes, n’est en apparence si prodigue de distinctions que parce qu’au fond elle se résout en un panthéisme complet (1). Nous retrouvons donc ici, dans l’ordre de la connaissance, cette même loi des analogies, ce même rapport des effets et des causes qui caractérisent la philosophie de Proclus dans la recherche des principes de l'être. Par la même raison, il ne faut pas s'attendre à une délimitation précise du point où finit la science, où commence l'enthousiasme. Il dit à plusieurs reprises que l’émoriur s'arrête à la diivoux.

-Mais la œérrax, qu'il donne pour intermédiaire entre

le »oüç et la %E:(2), semble pourtant embrasser la totalité des connaissances divines et humaines; et lon ne voit pas ce qui reste ensuite pour la »6nox

(1) Foyez ci-dessus, 1. 5, c. 4, t. II, p. 471.

(2) Méon yàp À ppdvnow vod xal Odéns. Comm. Tim.,p. 112 et 139.—Tix oùv à ppévnot aÜtn ; ewpla tv ÉAwv, Tov ve Ünepxosuiuv rpaypituv, dy Ov petà Tù nporiota Toy dyalowv & Ôn Tehetouoyà Tov duyov ëort, xal tov mrept tbv Blov tèv avbpwnivor drnpye vlc pastuivn éyoL pavrixnç Tpotoüoa xx latpixnç” Kat Tabtas, & AWG pèv èv vois dodvegtv aitlots, dAAwWG Où mept Tv xdopov, écydtuc à rept avlpuwmivwv, Emrnèeusiv tifeuévn' netÔn Yyap abAo éort coplu xaet yopirrh À Dedc aÜTn, due vouto xal œulc tpès atTiv auYyÉvESLV, . Expaiver Tà pipi névra the ppovioeus , Thc ve Belas xat vhs dvOpurrivns. Comm. Tim. , 0. 18, s.

duerabarw: , à moins que la distinction entre ces deux facultés ne porte sur le mode plutôt que sur l’objet.

La vor elle-même, si souvent élevée au-dessus de la science, est-elle l'enthousiasme mystique? Tout à l'heure nous avons vu deux acceptions difiérentes de ce mot. En voici un autre exemple : Dansle commentaire sur le Parménide, Proclus distingue différentes sortes de beautés, perceptibles par des facultés diverses. 11 y a, dit-il, une beauté perceptible par la sensation, une autre par le jugement empirique ou l’opinion, une autre par la raison discursive : voilà jusqu'ici toutes les facultés qui appartiennent purement à l’âme et qui concourent à lacquisition de la science : xiofnor:, d6Ëx, duévorx ; puis il ajoute : une autre est connue par la pensée qui emploie la raison, vorox era Adyou, Une autre par la pensée pure, vorous xxPæpa : Voilà sans doute la »6nsx qui appartient au voÿc mepmwtepoc, Et Une yorouc inférieure à celle-là , supérieure cependant à la Gi; est-ce la qpoyraus ? Est-ce la faculté propre du voÿ:, engagée dans l’âme raisonnable? Quoi qu'il en soit, la vônot; AU pepuxrepos voi; Seraii enCore un intermédiaire entre la raison (soit le 26706, ou la vérox de l’âme raisonnable) et l’extase ; car Proclus ajoute une autre beauté, et une autre source de connaissance, mais ici il n’y a plus de doute; et quelle que soit la nature des deux facultés précédentes, cette dernière ne peut être que l’extase : Il est, dit-il, une dernière beauté ,; absolument incompréhensible, renfermée en ellé-même comme dans un sanctuaire inviolable,

et qui ne peut être vue que par sa propre lumière, xai T@ éxurob quti uôvo xaBopäsbar Guvauevoy (1). Le sens de ces derniers mots peut paraître obscur (2), mais le sens général ne l’est pas, et l’on voit en même temps dans ce passage l’ordre des diverses facultés , la nature et le caractère du mysticisme, et la facilité avec laquelle Proclus multiplie les êtres ou les formes de l’être.

Proclus décrit à plusieurs reprises la nature de l’extase, considérée dans son plus haut degré d’exaltation. Elle a pour objet l'unité absolue, +0 énéxewæ toù ôvtoc;s Car la connaissance de la triade intellectuelle et de la triade psychique, ou peut-être même des termes inférieurs de la triade intelligible, peut être obtenue par la vorox xxbapt, vonox auerabdruc. Or, l’unité absolue n'existe pas ; la connaissance que nous en avons diffère donc nécessairement de toute autre connaissance. Pour tout le reste, notre connaissance ést positive, car elle consiste à déclarer l'existence des êtres ; mais l’extase ne peut déclarer l'existence de l'unité supérieure à l’être, elle voit que cette unité est non existante ; elle est donc négative ; elle est la seule connaissance négative, car ces deux mots semblent s’exclure. et ils s'excluent en effet, partout où il ne s’agit pas de l’absolu. C’est qu’il

(1) Mot’ où Gaupaorèv el éon © xx dv alsbiaer pdvn yvwotèv, &A ho 8 ÊdEn yrophdpevov , EXO Ôt Gavoroet Oewpobpevoy, &XXO vénaer era Adyou, &AXoO + voñser xadap&, &AXo GE xal &yvwgtov, xa0” aûtd ravre}ws ÉEppnuévov, xal éaurob url püvy xafopäsäar Buvépevov. Comm. Parm. , t. V, p. 217.

(2) 11 cesse de l'être, si on les rapproche de la citation qui suit in 4diatement.

n’y a que l'absolu en qui le non-exister soit meilleur que l'existence (1). Ce non-être supérieur à l'être, c'est évidemment cette plénitude de l'être qui sépare à jamais l’être parfait de tout le reste, et l'élève audessus de toute définition, au-dessus même du langage ; cette connaissance négative n’est, au fond, que la plus positive de toutes les pensées, la seule pensée positive; mais comme dans toute parole qui désigne Dieu , et dans toute pensée humaine qui le conçoit, un contraste profond s'établit entre sa grandeur et notre faiblesse, ces états si parfaits de notre âme où elle sort d’elle-même, où elle s’égale à son Dieu, ressemblent à une abdication de la raison. C’est une fureur, un délire, une ivresse. Nous nous sentons comme enivrés de ce nectar (2), ou plutôt de ce Dieu, qui coule comme un torrent au travers de notre cœur. Le monde s'enfuit, les passions, l’âme ellemême se tait, la personne humaine expire, et le Dieu qui se communique nous saisit et nous abîme en lui tout entiers.

(4) ANA pèv el vod xa a Beïar duyal xatà pèv Tèç Éaurév dxpétrntac xal rhc évorntas Evbouarwar nept tù Ev, xal eloi Betar duyal tù péAitTa Tabtnc Évexa trs Évepyelac xatk Où vès vospäc duvéuess Éfipnvvas mob vob, xal mepiyopebouav adtév- xath DE Tic vontixks ÉaUTÉS YiyvwgxQUEL xal Tv ÉauTY oÙglav dy pdvrux oÙgav, xal robe Éautwv Adyous âveAltrouot” xati ÔE thc Oobaotixdc, Th aisfnrà rüvea mpoetAfpaot re xal xateufüvouor Gedvrux. Kai nds pèv ai &Ada yussex adtov elol xatapatixal: tè yap Üvra toc ÉoTt ytyvwoxouat, ToUto ÔÉ ET watapdgeuw Tôov: th Où Evheuotixf mept rù Êv Evepyele td aropatixdv Eott xal Èv tabtat Ths yroceunx où yap bre Eat Td Ev yivcoxouarv, LAN Üer oÙx Éott Kat Td RPELTTOV roù értiv. H Gè vou bre oûx Éote vonau, àmdpaols Eotiv. Comm. Parm., t IV, p. 52 sq.

(2 ÂTopatixüc äpa yivwoxer Tù Eve Gicrdc Yap Ever Tüc yvuaex, Tv pèv &x voëc, Tv O uç Li voUc xaù Tv pv. dc équTèv yivwaauv, Tv 6 rette » PNE! tie, xat aûtèv EvhedEwv ti véxrapr, Ib. ,t, VI, p. 52.

DE. LA NATURE ET DES FACULTÉS RE L’AMF, 654 Il nous resterait, pour compléter la psychologie de Proclus, à montrer ce qu'est pour lui la volonté. Mais c’est un sujet qui ne peut être séparé de ses doctrines sur la Providence et sur l’origine du mal, et nous consacrerons un chapitre à comparer sa doctrine sous ce rapport à celle de Plotin

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