‹ Histoire de l'Ecole d'AlexandrieChapitre 28 sur 31 · TR · texte numérisé non relu

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puissance, qui s'exerce naturellement et säns choix, dit-il, ne fatigue pas celui qui l’exerce ; et c’est ainsi qu'agissent les dieux, et, parmi nous, ceux dornit la vie est vraiment divine, et s'écoule paisiblement selon les lois de la vertu. Arpéyuur yép % roinau Toy adt® T@ elva norobvrev Ô mouobot. Ai dE êmi tv Jeüv péliora To énpayuov ovywpely" ÊTRE at Rec ANPAYHOVÉOTEPOY Ra pdoy Gopev, tav 0 los uv Seiog h rai nat dperñv (1).

Pendant le cours de cette période agissante qui nous élève peu à peu, pat les conquêtes de la science, de la vie du vulgaire à la vie contemplative, de la * sensation à l’extase, trois vertus nous conseillent et nous soutiennent, l’amour, la foi et la vérité, miorw, xai &Affetay xai tpwra (2). Il faut y joindre l'espérance, Arida Toy dyalov (à).

Nous laissons de côté les belles pensées de Proclus sur l’idée de la justice, saris laquelle la liberté se dégrade et devient le caprice, et toutes nos facultés, détournées de leur voie, se confondent et se perdernit (4); sur la prière, qui n’est pas, dit-il, une petité partie de l'ascension des âmes, rs nc avédou rüv duyév (5), et dont l'essence est d’unir l’âme avec les dieux (6) ;

xaiç À swpaot peprxoïs. AAA xaÙ Tobtwv oÙte Ev ais obslais” réa yhp aûtuw ai oùotar Beotev” oÙte Ev taiç Ouvapeore xatk pÜov ykp adrai. Aelnetar &pa Ev Tax évepyelau , x. #. À. Comm. Tim., p. 115.

(1) Comm. Parm., t. V, p. 7.

(2) Com. Tim, p.65. Théol. selon Platon, 1. 1, ce. 26. Comm. Alcib., II, p. 166.

(3; Comm. Tim., p. 65.

(4) Comm. Rép., p. 354 (6) Oüoia yèp adrñç à cuvayuyès xal auvextix) sov duyov æpès roùs Beoûce Ib., p. 64 sqq.

sur l'usage que nous devons faire de la liberté (4); sur le châtiment, qui efface la faute et réhabilite le coupable, doctrine empruntée au Gorgias (2). Nous ne décrirons pas après lui l’extase (3) ; nous n’essayerons pas de développer le savant artifice de sa mythologie (4). Nous ne voulons voir dans Proclus ni le géomètre, ni l’astronome, ni le poëte, quoiqu'il ait, dans tous les genres, marqué sa place au premier rang. Il nous suffit d’avoir montré dans ses écrits la philosophie de Plotin achevée, rendue à ellemême; ce Dieu, supérieur à l'être et à la pensée, rétabli dans la possession de toute réalité et de toute intelligibilité; la chaîne des émanations immédiatement rattachée à la première hypostase de Dieu, et la védeëx de Platon, si longtemps obscure pour les platoniciens eux-mêmes, devenue enfin une doctriné complète et féconde.

Un point cependant mérite encore d’être signalé à propos de l’extase et de la prière, car il achèvera de nous dérouler les conséquences du principe de Proclus sur la réalité éminente de la première hypostase. Nous avons vu sortir de ce principe un déterminisme plus complet que celui de Plotin; car cette même loi de la proportion continue, à laquelle Plotin est si attentif, et qui l’oblige à remplir de moyens termes tous les intervalles, est encore plus strictement observée dans Proclus, qui, recueillant tous les tra-

(4) Comm. Rép., p. 355.

(2) Dix doutes, c. 8.

(3) T'héol. selon Platon, 1 1, c. 20, (4) Cf. #b.,1.4,5 et 6.

vaux antérieurs, divise les hypostases pour effacer les différences en les répandant sur un plus grand nombre de degrés. C’est bien là l'esprit de la dialectique; et ce doit être doublement celui des Alexandrins, puisqu'’à la hiérarchie des idées constituée par la dialectique, ils ont ajouté la hiérarchie des hypostases, fondée par la loi des émanations. Cette nécessité de tout unir est d’ailleurs propre au panthéisme, qui n’admet qu’une substance, et qui doit, plus que tout autre système, avoir l'horreur du vide. Cela était bien senti par Plotin, mais l’exécution était incomplète. N’avait-il pas exagéré, avec tout l’emportement du génie, la différence de la première hypostase à la seconde ? Ce seul passage de l’unité au multiple n'était pas seulement un vide; c'était, au premier pas de la science, un: abîme; la chaîne rompue à jamais, ou reliée par une contradiction et un paralogisme. Après lui, on commence à mettre les unités dans l'Unité absolue, c’est-à-dire toutes les perfections dans la perfection totale. Enfin, Proclus accomplit et régularise ce changement par sa théorie des éd. Cette plus grande régularité dans la métaphysique, Proclus l’apporte partout, en psychologie, en morale ; eten morale, que signifie-t-elle? Plotin laissait des vides dans l'ascension des âmes comme dans le péoûx. Notre âme, suivant lui, pouvait se diviser, la partie la meilleure appartenir à Dieu, et la pire rester dans le corps en proie à la sensation, à la passion. Il n’était besoin d'aucun secours pour arriver à Dieu; l'amour suffisait, ou la spéculation, notre propre

force par conséquent. Au sein de notre néant, la puissance de Dieu venait nous saisir et nous absorber. La dialectique même n’était que le chemin le plus long. L'âme, avec la dialectique, gravissait lentement, péniblement, tous les degrés, ne sachant pas elle-même si, à la limite du multiple, l’unité se laisserait apercevoir; mais tous ces degrés ne servaient qu’à soulager notre faiblesse; une âme plus vigoureuse les dépassait, les ignoraiït, et du monde à Dieu ne faisait qu’un seul bond. Tel était pour lui le caractère de l’äwox et de l’extase, et c'était là le vrai du mysiicisme.

Pour Proclus, qui a mieux mesuré , mieux assuré les degrés, l’érioroogs est proportionnelle comme le rededos. Les âmes s'arrêtent en chemin ou vont jusqu'au bout, elles volent ou elles rampent ; mais pour toutes il n’y a qu’une seule voie. Il ne nie pas cette double puissance de notre âme par laquelle, sans quitter le corps, elle peut habiter avec Dieu, mais pour lui, ce n’est pas l’âme quise divise; l’âme s'élève tout entière, elle tombe tout entière. Il rejette cette perfection surhumaine que Plotin avait rêvée , et qui nous rend dès cette vie incapables de faillir. Les puissances de notre âme sont diverses, mais nous n’avons qu'une âme (1). Il convient que nous pouvons arriver à Dieu (2), mais peu à peu, de degré en degré, et

(A) Uäsa peptx duyn xatiousu ele yévestv ÜÂn xdteusr, xal où vd pèv aürns vu péver, td Ô xatersiv. Etory. beoX., prop. 211.

(2) Ce qu’il dit à piusieurs reprises que Dieu est imparticipable, ne doit pas se prendre pour une négation de l’Évosx, mais pour une des formes de cette

doetrine suivant laquelle Dieu, quoique étant l’auteyr de tout ce qui est, n’a de mesure commune avec rien. :

comme de sphère en sphère, en nous unissant d’abord aux démons, et successivement à tous les esprits qui forment la hiérarchie céleste (1). Une pensée puissante, un ardent amour ne suflisent pas pour cela: il y faut une force plus divine que tout ce qui dépend de nous seuls. L'homme ne peut connaître Dieu sans Dieu, ni s’unir à lui sans son secours. Là se place toute la théurgie : mystères révélés, paroles efficaces par elles-mêmes, devant lesquelles tombent les barrières qui divisent les espèces. C’est ainsi que l’énergie de son principe le suit jusqu’à la fin, et qu'après avoir conclu en le résumant le travail de l’école sur la métaphysique, il embrasse aussi toute la théurgie de ses devanciers dans une harmonie puissante aveg le reste de la doctrine.

Proclus n’est pas sorti des voies où l’école était engagée ; il est allé, dans tous les sens, au bout des principes et des méthodes. Il a gardé la même neblesse dans les sentiments, la même pureté dans les conclusions morales qui font partout l'honneur de l’école. Il a laissé un nom immortel par l’immensité de son érudition, la variété et la fécondité de ses idées, la régularité d’un système où l’antiquité tout entière reparaissait avec tous les problèmes qu’elle avait agités, par la clarté nouvelle qu’il a répandue sur des principes mal compris jusqu’à lui, et dont il a le premier fait éclater toute la force. Cette grande

(1) Däv rù npotèv dnd tivwv rheudvwv aitlwv, à” Bswv rpderst, à Tosoûtuv xaëmotpépetas. Ka rüca Eniorpopà à Twv aütwv, Ô1 wv xal à rpdodoc. Frog. @eoh., prop. 38.

figure domine les derniers temps du paganisme , et les protége de sa pure et noble renommée. Quand il disparaît, on peut dire que c’en est fait, pour des siècles, de la littérature et de la civilisation, dont il avait gardé le dépôt. Il n’en était pas de même des idées sur lesquelles ils avaient vécu les uns et Îles autres. Les idées, grâce à Dieu, ne périssent pas. Une fois semées dans le monde, elles portent leur fruit tôt ou tard pour la postérité. Platon est encore vivant, tant de siècles après Proclus, et la méthode éclectique, entrevue par Platon, fondée par Aristote, exagérée, faussée par les Alexandrins, rendue par Leibnitz à sa véritable nature, relevée parmi pous avec tant de fermeté et de puissance, contient l'avenir de la philosophie.

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