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ne semble pas concluante., Pour établir qu’il est peu naturel d'attribuer le Traité du sublime à un écrivain du siècle d’Auguste, il s'appuie sur ce passage du septième chapitre: « Le législateur des Juifs, qui n'était pas un homme ordinaire, ayant fort bien conçu la grandeur et la puissance de Dieu, l'a exprimée dans toute sa dignité, au commencement de ses lois, par ces paroles : Dieu dit, que la lumière se fasse, et la lumière fut faite ; que la terre se fasse, et la terre fut faite (1).» Selon M. Boissonnade, les livres juifs n'étaient pas au temps de Denys assez connus , assez répandus, pour qu'un rhéteur grec ÿ allât puiser des exemples. Il est vrai; mais cette difficulté ne saurait, aux yeux mêmes de M. Boissonnade, balancer les raisons qui font remonter jusqu'au temps d’Auguste la production du Traité du sublime ; etil se montre en effet plus disposé à croire, que sous le siècle d’Auguste ou dans les premières années du siècle suivant, du temps de Philon et de Joséphe; un érudit ait cité les livres juifs, qu’à donner à Longin, dans le silence de toute l'antiquité, sur la foi d’un simple doute exprimé par un copiste, un oùvrage dans lequel n’est cité aucun des maîtres de Longin, aucun de ses amis, aucun de ses prédécesseurs, depuis plus de deux cents ans, dans les écoles d'Athènes.
Quant à la philosophie de Longin, il est malheureusement impossible de s’en faire une idée par les
(1) Traduction de Boileau.
fragments qui nous restent de lui. Nous savons qu'il différait d'opinion avec Plotin sur la nature des idées (1); mais nous ne savons pas sur quel point portait le dissentiment. Porphyre quittait l’école de Longin, lorsqu’en entrant dans celle de Plotin, il écrivit une dissertation pour établir, contre son nourveau maître, que les intelligibles sont en dehors de l'intelligence (2) ; peut-être était-ce la doctrine de Longin qu’il opposait à celle de Plotin, et cette conjecture est d'autant plus vraisemblable, que Porphyre s'étant rétracté et ayant chanté la palinodie, Longin'écrivit un traité contre cette rétractation (3).
Mais il resterait à déterminer le sens de cette proposition de Porphyre, que les intelligibles sont en dehors de l'intelligence. S'agit-il de l'intelligence humaine, ou de l'intelligence divine? Dans le premier cas la différence entre Plotin et Porphyre roulerait sur la psychologie et la dialectique ; dans le second sur la nature de Dieu et la Trinité. En quel sens Porphyre aurait-il pu dire que les idées sont en dehors de notre entendement? Cela pourrait signifier, pour un platonicien, qu'elles ont une existence concrète , indépendante de l'esprit qui les conçoit ; ou que la connaissance des idées concrètes et réellement existantes, n’est pas innée en nous, mais acquise par l’usage de la dialectique, ou enfin que nous ne percevons les idées ni en nous-mêmes, ni
(1) Porph., Vie de Plot , c. 20. (2) 1b., Ce 18.
en elles-mêmes, mais en Dieu, auquel nous sommes unis, et qui est proprement le lieu des idées. La première de ces interprétations doit être rejetée, puisque la proposition contraire n'aurait pu être soutenue par aucun platonicien ; la seconde, parce que Plotin attribuait l’acquisition des idées à l’usage de la dialectique ; et quoique la dialectique eût pour résultat d’éveiller en nous-mêmes la réminiscence el non de nous faire apercevoir les idées dans le. monde, où elles ne sont pas, la réminiscence n'est pas la vision présente des idées, actuellement possédées par nous dans notre âme, mais le souvenir d’une intuition passée. Quant à supposer, comme le fait Bayle, en termes explicites (1), que toute la doctrine du P. Malebranche, sur la vision en Dieu, est contenue dans ces simples mots, c’est évidemment une induction fort précipitée, et l’on ne voit pas d’ailleurs que Porphyre ait nié la possibilité de percevoir les idées en elles-mêmes, ou soutenu lunion actuelle et constante de notre esprit avec l’intelligence divine. Il est donc bien plus probable que la discussion roulait sur les rapports des intelligibles avec l'intelligence absolue ; et ce qui peut confirmer cette opinion c’est que le cinquième livre de la cinquième Ennéade de Plotin, dont le titre est précisément la proposition attaquée par Porphyre, roule tout entier sur la nature de l'intelligence pre-
(1) « Porphyre lui proposa par écrit plusieurs objections, pour prouver qué nos idées sont hors de notre entendement. Voilà ce que le P. Malebranche 4 renouvelé de nos jours.» Bayle, Déict., art, Amélius.
CONDISCIPLES DE PLOTIN, Gi
mière, et sur la démonstration de cette vérité, qu’elle possède en elle-même les intelligibles, qu’elle ne peut ni les ignorer, ni les oublier, ni par conséquent les trouver, que si les idées étaient distinctes d'elle-même, elle serait dans la situation de la raison humaine, qui, n’ayant point de contrôle , n’a pas la certitude absolue, et se trouve nécessairement dépassée , et en quelque sorte annulée par l'extase (1). Ce sont là les doctrines que Porphyre avait attaquées, et dont il finit par reconnaître l'exactitude. On a donc quelques raisons de penser que Longin, le premier maître de Porphyre, accordait aux idées une existence non-seulement distincte, mais séparée de la pensée divine; et qu’il n’aurait pas dit, comme Plotin, que Dieu est le lieu des idées, roy rüv sde rôrov (2). Aussi lisons-nous dans Proclus, que Longin plaçait les idées après le Ormoupyos, et conséquemment après l'intelligence, qui ne peut être qu’antérieure au Ommoupyos, Si elle n'est le druoupyoc lui-même (3). Plotin, au contraire, ne séparait pas les idées de l'intelligence, et plaçait le “x et les vorra avant le Grpuovpyéc (4). Cette différence est capitale, puisqu'elle porte non-seulement sur la nature de Dieu, mais sur l’essence de la dialectique,
(4) Enn. 5, 1. 5, c. 1 sqq.
(2) Enn. 5, 1.1, c. 5; Enn.5,1.5, ch. 2, etc.
(3) Commentaire sur le Z'imée de Platon, p. 98. Cependant il s’agit moins des idées dans ce passage, que des idées considérées comme rapañelypata rov 6Xwv.
(4) Ennéade 5, 1. 5,
62 €ONDISCIPLES DE PLOTIN.
et elle explique à la fois le propos de Plotin , répétié par Porphyre et par Proclus (1), et la déclaration précise de Longin qu'il désapprouve la plupart des doctrines contenues dans les Ennéades (2).
Nous avons dans Proclus quelques détails sur le commentaire du Timée par Longin, mais ce ne sont que des remarques littéraires sans importance (3). Parmi les fragments de Longin qu’on a publiés, quelques mots du second, qui établissent que Dieu a tout fait par poids et mesure (4), et le septième, qui contient, en deux ou trois pages, les preuves ordinaires de la spiritualité de l’âme (5), sont tout ce qui a rapport à la philosophie: et il n’y a rien dans tout cela qui contredise le jugement de Plotin, que Longin est plutôt un philologue qu’un philosophe (6). )
(1) Cf. ci-dessus, p. 51.
(2) Porph., vie de Plot., c. 19.
(3) On ne peut en effet attacher une grande importance philosophique aux réflexions que faisait Longin sur le passage où Platon déclare que Les enfants héritent des qualités de leurs pères. Longin demande si la semence contient aussi le germe des âmes ; maïs sur cette question, que Syrianus résolvait négativement, il ne propose que des doutes. F’oyez Comment. de Pr. sur le Z'imée de PI., p. 16. Dans d’autres passages, le Commentaire de Longin semble avoir eu un earactère purement littéraire; par exemple, à la page 19, il insiste sur le choix et la variété des termes : Tù pèv Épyov dpyaiov ëxdhege, tèv OÈ AUYOV æahatdv , Tov dE Evôpa où véov. CF. p. 27.
(4) HponAle dE Tù pétpoy Ex 0e0Ù , pLétpy Th Te oÙpdvia xal Ènfyex xEXOSUNxôtoç” dpuovia ydp Tls Eotr xal rois Emoupaviois xat myelors. H rüc äv &AAUX cuvéotn Tode rù nv, el pi pubpE Tivt xat Tééer dLexexoounto; xa Th Üp° AU 0 xatasxeualdueva dpyava LétTpw Trévra yivovrar. Fragm., Weiske, p. 160.
(5) Zb., p.189. Cf. Euseb., pr. ev., 1. 15,p. 822, éd. Paris, 1628.
(6) Éditions de Longin. Tollius, 1694; Pearce, 472%; Morus, 1769; Toup, 1778, avec des notes de Ruhaken; Weisko, Leipz. , 1800. La plus récente est celle de M. Egger, Paris, 1837.
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