HIST01BE
et, la deuxième année , eu un cours d'applications Après chaque leçon de celui-ci, il en est tait une sur les manipulations, dont les élèves doivent ensuite s'occuper sous les y eus du professeur, du préparateur général et de soti aide.
On eut peine à trouver place pour le cours de salubrité. Le Conseil décida qu'il aurait lieu « pendant « l'été. de sept heures un quart à huit heures du soir, » lorsqu'on n'éclaire pas encore les salles de dessin, « et qu'il n'y a plus assez de jour pour ce genre de « travail. »
La matinée du cinquième jour de chaque décade est occupée par les leçons de physique et d'histoire naturelle, pour les deux divisions, et par une leçon d'analyse de Lagrange, « laquelle, étant destinée au per- « fectionnement des sciences mathématiques, n'est « pas obligatoire. » En été, après ces leçons, les élèves doivent aller, ceux de deuxième année, visiter dei ateliers, manufactures, etc., sous la conduite du professeur de physique; ceux de première année, dam la campagne, voir ce qui aura fait l'objet de la leçon. L'année scolaire est réduite à dis mois. Le onzième mois est destiné aux examens; le douzième est un temps de vacances.
Le Conseil lu dresser et placer dans les salles d'études un tableau de la distribution des leçons , étude* et travaux de chaque jour, pendant une décade. Nou* y avons puisé les élémens du tableau de la réparlttioi du temps total des études, entre les diverses branci d'instruction, pour l'année 1799(1), laissant de côté la matinée du cinquième jour, ifoul
lit Voj« 1:1- rahlrau, à l'Appendice.
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avons dit plus haut l'emploi. Le lecteur peut rapprocher ce tableau de celui que noua avons présenté relativement au premier plan d'études (page 53), et, en observant que celui-ci s'étendait à trois années, il verra que, dans le dernier, le temps affecté à l'analyse et à la mécanique est plus que doublé, celui qui appartenait à la stéréotomie est diminué de plus de deux cinquièmes, l'architecture jointe aux travaux civils est réduite de plus de moitié , la fortification des trois quarts, la chimie de plus de moitié , et le dessin d'imitation de deux cinquièmes. Dans une école ou l'instruction se compose de plusieurs parties également obligatoires, la quantité relative de temps affectée à chaque partie est d'une haute importance. C'est pourquoi, malgré l'aridité de semblables détails, nous croyons utile de noter les variations un peu considérables de cette répartition , qui a été le sujet de beaucoup de débats au dedans et au dehors de ■ l'Ecole Polytechnique.
Après avoir réglé les objets de l'instruction, le Conseil s'occupa des moyens de la rendre profitable. 11 demanda au ministre , par forme d'essai , et pour cette année seulement , d'attacher & chaque division un répétiteur d'analyse, chargé de diriger les répétitions qui avaient lieu, le soir des jours de leçon, devant les chefs de brigade , dans les salles d'études. Les nominations devaient être annuelles, et porter, autant que possible, sur d'anciens chefs de brigade qui désireraient se vouer à l'enseignement. Les plates forent créées , et le Conseil y appela d'abord Francoeur et Dinet. On décida, dans le même temps, de remplacer le préparateur particulier de chimie par
igo HISTOIRE
deux aides-prèparaleurs annuels, choisis , autant qtu possible, parmi les anciens élèves qui se destineraient aux arts chimiques. Ces emplois furent donnes à Thénard et Desormes. Il lut enfin ordonné que chaque instituteur ferait le programme de ses leçons, pour être communiqué aux élèves, dans les salles-, et qne, pour mettre plus d'uniformité dans l'enseignement et faciliter la comparaison des élèves dans les résultats de leur examen, il serait aussi dressé un programme très-détaillé de tous les objets sur lesquels Us devaient être examinés.
Les soins donnés à l'enseignement n'avaient ps détourné l'attention du Conseil de la nécessité d'assurer, dans l'intérieur de l'Ecole, la tranquillité, le bon ordre et l'utile emploi du temps, conditions indispensables du succès des études. Le besoin dune punition de simple discipline se faisait depuis longtemps sentir. On a vu que la privation temporaire des rations de vivres, qui se distribuaient alors, avait été infligée pour des absences illégales; tout récemment, pour punir des élèves qui avaient occasioné un peu de désordre dans un théâtre, on n'avait pu que les réduire au minimum du traitement. Cette fâcheuse lacune fut enfin remplie. Un règlement de police intérieure, dans lequel les devoirs des élèves sont tracés dune .manière précise, établit les trois degrés de punition indiqués au projet d'organisation rejeté par les Anciens (voyez page 1 37 ), et en ajout un quatrième qui précède immédiatementl'expuUÎOD: celui-ci consiste dans « les averlissemens donnés à I « l'élève par le directeur.au nom et en présence « du Conseil assemblé.» La partie de ce règlement
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où sont exposes les devoirs des chefs de brigadeest fort étendue. On y aperçoit les efforts , souvent renouvelés depuis, ponr faire produire à cette institution tous les avantages qu'on s'en était promis dès l'origine; mais chaque effort nouveau constate trop évidemment combien les précédens avaient été infructueux. Après de longues exhortations et une ^numération complète des qualités morales que réclame leur emploi, on leur impose des fonctions relatives à l'administration , à la police , et à l'instrucr tion. Ils délivrent les bons généraux pour les fournitures de toute espèce, président à la distribution, et veillent à l'économie dans la consommation. Us sont chargés de maintenir l'ordre et le silence dans les salles, et peuvent même infliger les arrêts à ceux qui n'auraient pas égard à leurs avertissemens. Enfin, ils doivent inspecter le travail graphique, en indiquer les défauts*, et faire l'office de répétiteurs pour toutes les leçons de mathématiques. Ils s'a^emblent une fois par décade chez le Directeur, pour prendre compte de la marche de l'instruction et du travail, proposer ce qu'ils croiraient avantageux aux élèves , on la reforme des abus, etc. Sans entrer dans un plus grand détail sur les dispositions de ce règlement, nous dirons que le Conseil y mit sagement à profit les leçons de l'expérience -, nous ajouterons que , dans le cours de cette année , il avait porté une attention plus particulière sur la conduite d es élèves. Parmi plusieurs exemples de sévérité, nous croyons devoir rapporter ici qn'il refusa , aux sollicitations même du ministre, le rappel de trois élèves exclus pour divers motifs. Ainsi, tout s'améliorait progressivement : Tins-
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tructîoa, la discipline, et même la dotation de l'Ecole, qui, bien que limitée, l'année précédente, à trois cent mille francs, venait d'être portée à trois cent quatre-vingt-quatorze mille francs dans l'état général des dépenses du ministère de l'intérieur. Cette augmentation était destinée : 1" à reporter à leur fixation primitive les traitemens des professeurs et fonctionnaires, qui avaient été réduits aux trois quarts par un arrêté du Directoire du 3o janvier 1797 (n plu viose an v ) ; 20 à augmenter le traitement des élèves-, 3° à pourvoir aux frais des examens. Aucune réclamation ne s'éleva, dans les chambres législatives, contre un accroissement si considérable de dépense. Le rapporteur, au Conseil des Cinq-Cents, no dit que ce peu de mots ; « L'Ecole Polytechnique jouit k à sa naissance d'une réputation que n'ont acquise u qu'après des siècles , des écoles fameuses; elle la « doit aux talens de ses professeurs : l'ami de la liberté « a long-temps eu des inquiétudes sur les opinion* « d'un grand nombre de ses élèves; ils s'empresseront « sans doute de les détruire. » Mais, par une singularité assez remarquable, tandis que le Conseil des Cinq-Cents , qui avait retenti de tant de plaintes contre les dépenses de l'Ecole Polytechnique, le* voyait tranquillement se grossir de près d'uu tiers eu sus, le Conseil de l'Ecole se montrait étonné et comme embarrassé de ce surcroît de richesse. 11 déclara ai ministre de l'intérieur qu'il avait reconnu, peu ces deux dernières années , que la somme de cent mille francs était suffisante, et que si le servi' avait éprouvé quelques embarras, « c'était uni(
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« ment parce que cette somme n'avait pas été fournie « en entier à beaucoup près. » 11 fit ensuite observer, « que ses membres eussent désiré pouvoir n'accepter « d'augmentation que jusqu'à concurrence de cinq « mille francs ; mais qu'étant informés que les proie fesseurs du Collège de Francç* de l'Ecole de Santé « ( de Médecine ) , des Mines , etc. , étaient réinté- « grés dans le traitement de six mille francs, ils « eussent craint de manquer aux convenances , en « se rangeant dans une classe inférieure aux autres « établissemens publics analogues. » Le traitement des élèves , qui était de trente francs par mois , fut porté à quarante francs.
L'ouverture des cours futsolennisée, comme Tannée précédente, par une séance publique; et, cette fois, le ministre de l'intérieur y présida en personne, A cette séance , « où se trouvaient , dit le récit officiel , « un grand nombre d'amis des sciences et des arts , « parmi lesquels étaient beaucoup de représentai» « du peuple, » on prononça huit discours, presque tous assez longs. GuytondeMorveau, qui remplissait en l'absence de Monge les fonctions de Directeur, après avoir exposé les progrès que, pendant les quatre années de son existence et surtout pendant la quatrième , l'Ecole avait faits vers la perfection de son enseignement et de sa discipline, présenta, comme l'un des plus grands avantages politiques de l'institution, celui « de faire sortir en quelque sorte du k même berceau tous les aspirans aux différera « services , et un certain nombre de citoyens destinés « à porter dans les arts les lumières qu'il y ont
; de rapprocher, par le souvenir d'une commune , dans Fige le pi as propre à des Baisons durables , ceux qui , répartis les difféieus corps on appelés à d antres prône se connaissaient le pins souvent que par la différence de leurs fonctions, et les préventkms qu elle n est que trop sujette à produire. » hrfant easurte de l'estime et de rattachement que runirrvtnt pour rKcole tons ceux qui ont coopéré à sa formation* qui y ont rempli quelques fonctions, ou qui root vue dasset près pour en prédire les il désigne, parmi les premiers, mais sans Mooge, * celui qui y a jeté les précieuses «k^ l'Ecole de Mésières, et qui n a cessé de lui donner des témoignages de sa sollicitude,
les is—inionï importantes que le hn a confiées, et au milieu des dont l'Egypte est devenue le tftttifti* : » et parmi les derniers, « le héros de (Italie* s qne Ton a vu venir tant de fois à l'École talytecfcuique « chercher des débssemens en mesurant h hauteur à laquelle les sciences exactes elaîgnt parraines « en calculant l'influence que devait avoir, sur h masse de lumières de la nation . Impulsion extraordinaire donnée aux esprits vers les études mathématiques. Ceux qui en ont été témoins n oublieront pas sans doute et ne négligeront pas de transmettre ce qu'ils ont entendu de sa bouche, lorsque, parcourant les salles de leurs exercices, considérant les travaux différons dont ils étaient occupés « il les félicitait de cette réunion de connaissances diverses, seul moyen de
de l'école polytechnique. [1799] *65
« sortir de la routine des professions , et de rendre « à son pays des scyrvices éclatans. »
Après le discours du Directeur, Prony lut une introduction aux cours d'Analyse et de Mécanique, dans laquelle il développa, avec un talent remarquable , de belles considérations sur les sciences mathématiques , et sur les heureux effets qui doivent résulter, pour la géométrie et pour les sciences en général, de renseignement central établi à l'Ecole Polytechnique. Fourcroy lui succéda , et entra dans de très-longs détails sur les avantages de l'étude de la Chimie, et sur la manière dont elle est enseignée à l'Ecole Polytechnique. Ce discours , qui surpasse de beaucoup en étendue tous ceux qui furent prononcés dans cette séance, est écrit d'un style brillant et pur, et rempli de faits et d'aperçus intéressans. Ensuite Lagrange se leva. Ce qu'on appela son discours n'est qu'une simple note dépouillée de toute fortne oratoire. Il commença ainsi : « La théorie des fonc- « tions , que je me propose d'exposer cette année , a « pour objet de faire disparaître les difficultés qui se « rencontrent dans les principes du calcul diiférena tiel. » Et après avoir parlé uniquement de la théorie des fonctions , il se rassit , et continua d'y penser.
Hassenfratz et Neveu exposèrent le plan des cours de Physique générale et de Dessin. Gay de Vernon présenta des considérations générales sur l'enseignement de la Géométrie descriptive , et y joignit des notices sur les cours d'applications y qui étaient ceux des Travaux civils , d'Architecture , des Mines , et de Fortification. Il s'étendit beaucoup plus sur cette dernière partie dont il était spécialement chargé-,
1ÛO HISTOJRK
pois, entraîné par son sujet à rappeler quelques faits damnes récens, parmi lesquels «se trouvait la belle défense de Carence, il mit tout à coup sous les yeux de l'Assemblée une urne qui renfermait les ossemens do général Meusnier, savant ingénieur militaire, mort à la fleur de son âge, pendant ce siège mémorable. L'impression produite par cet épisode funèbre sur des esprits que les lectures précédentes n'avaient préparés il ce genre d'émotion , fut des plus pro- Une note jointe au discours imprimé rapporte, et des témoins oculaires confirment, que tous les veux étaient mouillés de larmes.
Le ministre prit la parole après tous les professeurs , il les premiers mots qu'il fit entendre furent grondants et menaçans : « Jeunes citoyens (et quand je
• vous donne ce titre sacré , ce nom chéri des repu- « hlkains, je sais sûr que vous en connaissez la di-
• gnité* quoiqu'elle n'ait pas été sentie par quelques « insensés qui heureusement ne sont plus parmi
• voosl ! » Après un court éloge des professeurs , du Directeur, et de l'Ecole elle-même « justement pla- « cée an premier rang dans l'instruction publique , » il s attache à Élire sentir aux élèves tout ce qu'ils doivent de reconnaissance à la patrie qui les * cherche « jusque dans leur berceau , pour les mettre en rap- « port avec tonte l'antiquité savante , et en relation
• avec les hommes que l'Europe moderne honore le
• plus de son estime. » « Si l'amour de la patrie , » dit-il plus loin , « agit par sentiment sur le reste des
• hommes, il est permis de penser que c'est aux € savans que l'existence de cet amour est géométri-
• qnement démontrée. Je peux le dire ici , dans la
« langue qui vous est familière , la liberté est le théo- « réme donné par la nature ; la république en est « la démonstration; l'amour delà patrie en est le * corollaire. » Aucune note ne fait connaître- l'impression produite par ces paroles du ministre, qui était d'ailleurs un homme d'esprit.
Peu de jours après cette séance, le ministre annonça au Conseil que Peyrard, bibliothécaire de l'Ecole, était nommé professeur de bibliographie. Le Conseil réclama vivement contre l'introduction de ce nouveau cours , et alla jusqu'à déclarer qu'il ne pourrait s'établir sans renverser le plan d'enseignement qui venait d'être adopté; ajoutant, que le seul changement désirable, s'il était possible, serait « d'allégei « études des élèves , dont tous les momens sonl « lement remplis, que c'est avec la plus grande dîffi- « culte qu'on parviendra à leur donner <fu tiques « leçons sur l'histoire naturelle. » U représente d'ailleurs que , dans le cas où le nouveau cours pourrait être intercalé dans l'enseignement , « le Conseil « devrait jouir du droit, que lui donne l'organisation, « de proposer au ministre le nouveau professeur ; « cette initiative étant fondée sur la constitution de « l'Ecole Polytechnique, dont l'essence est de pré- « senter l'enseignement par l'organe des hommes de « premier ordre , chacun dans sa partie. » Le cours de bibliographie ne fut pas établi.
Cependant, la renommée toujours croissante de l'Ecole attirant, de jour en jour, un plus grand nombre d'auditeurs à ses leçons générales, il devint nécessaire, au commencement de cette année, d'adopter quelques mesures d'ordre , dont les principales con-
eussent
l(jft HI5T0IIU-.
sislèrenl à n'admettre que les personnes qui en auraient reçu l'autorisation du directeur, el à donner plus d'étendue à l'amphithéâtre , en y établissant des tribunes pour les étrangers. Mais déjà ce n'était plus seulement le mérite de ses professeurs qui plaçait l'Ecole Polytechnique à un rang si élevé dans l'opinion. Déjà plusieurs de ses anciens élèves réfléchissaient par elle l'éclat de leurs talens hâtifs, et quelques uns faisaient apprécier, surtout dans l'exploration scientifique de l'Egypte, les avantages de l'instruction étendue et variée , dont Monge avait tracé pour eux le vaste plan. Ceux même qui suivaient encore les travaux et les études de l'Ecole sentaient se développer rapidement leurs dispositions pour les sciences, grâce au mode et à l'élévation de l'enseignement que des hommes supérieurs leur y distribuaient. On en vit alors un notable exemple. Lagrange, dans une de ses leçons consacrées au perfection nementdes sciences mathématiques, en expliquant sa théorie des fonctions, avait donné le développement général du Binôme de Newton. Un élève, dont l'admission nedalait que de six semaines, et dont l'âge n'atteignait pas dix-huit ans, fit quelques changemens à la méthode du maître; et. après les avoir discutés avec ses compagnons d'étude, rédigea une note qu'il envoya » Lagrange. L'illustre professeur lut celte note, a h leçon suivante, l'expliqua, annonça qu'il en fen usage, et en nomma l'auteur, qui était Poisson.
Le malheur des temps vint encore retarder «I prospérités qui, dans de meilleures circonstances, eussent été si rapides. La France, livrée à l'imper** du Directoire et aux discordes civiles, était déchue.
de l'école polytechnique. [ ' 79pj l6t)
en peu de mois, de celle hauteur de puissance où l'avaient élevée, deux ans auparavant, les merveilleux succès de ses armées. Celles-ci, décimées par l'expédition d'Egypte, étaient en outre privées des habiles généraux dont les noms s'associaient à leurs plus belles victoires. Jourdan, devenu membre du Conseil des Cinq-Cents, n'avait reparu un moment sur les champs de bataille que pour éprouver des revers , qui ne furent pas sans gloire, et s'était hâté de retourner aux obscurs travaiîx des Commissions législatives ^ Piehegru était banni du sol de la France; Moreau, tombé dans la disgrâce du Directoire, languissait enchaîné à des fonctions subalternes; enfin, Bonaparte, vers qui se tournaient alors tous les regards, séparé de la France par des mers, où, depuis Aboukir, le pavillon britannique n'avait plus de rival, portait la terreur de ses armes, des ruines de Thèbes aux ruines de Palmyre, tandis que l'Italie, sa première conquête, était envahie par les soldats de Suwarow. Aux Alpes, en Helvétie, en Hollande, les Français ne se maintenaient que par des efforts de valeur contre des ennemis partout supérieurs en nombre. Un prompt recrutement était nécessaire; la loi de la conscription fut rendue. Mais celte loi, qui alors préserva la France d'une invasion imminente, devint entre les mains du Directoire un véritable fléau pour l'Ecole Polytechnique.
D'abord le ministre de la guerre (Milet-Mureau) avait ordonné l'incorporation des élèves, réquisitionnâmes et conscrits, dans .'es troupes de la division militaire dont Paris est le chef-lieu; et des permissions de quatre mois, renouvelées au besoin, auraient donné
IJO HISTOIRE
à ces jeunes gens, qui étaient presque tous dans la deuxième année d'études , le moyen de compléter leur instruction, el d'arriver sans trouble à l'époque des examens (i). Mais la tranquillité que ces dispositions favorables avaient rendue à l'Ecole ne fut pas de longue durée. Les besoins plus pressons de la guerre, el la résistance ouverte ou cacbée que rencontrait en plusieurs provinces la levée des conscrits, obligèrent bientôt ]e gouvernement à redoubler de sévérité sur tout ce qui avait rapport a la nouvelle loi militaire. L'avantage accordé aux élèves parut d'ailleurs une dérogation à ces principes inflexibles d'égalité que la révolution idolâtrait. Cet avantage fut donc révoqué au bout de peu de semaines, même pour les Ecoles spéciales. Vainement le Conseil représenta que l'intérêt du service même de la guerre exigeait que les élèves conscrits pussent rester à l'Ecole jusqu'à ce que les besoins de l'artillerie et du génie les appelassent dans ces deux corps. Vainement il se réduisit à demander que ces élèves fussent au moins reçus à l'Ecole de l'Artillerie, comme faisant partie du concours qui venait d'avoir lien pour cette Ecole. Aucune réclamation ne fut écoutée; tout devait plier sous une règle uniforme; et, par un superstitieux respect pour cette uniformité, quatre-vingt-dix élèves allaient être enlevés à l'Ecole , laissant à peu près déserte la division d'où ils seraient sortis trois mois plus tard, pour entrer
Cl) Le ministre de l'iuicrieur, en faisant pari au Coiucit île en m»»gHMni, !,■ cliaigca d'aaininrr s'il ut sera il pas convenable de a les eleres. Le Conseil tiotuiua nie Commission i(ui , selon te KMt, ne lu pas He iani>or> . et l« rhoie en mil H
dans les services publics. ToutOTÛs un moyen s'offrait d'en conserver au moins quelques uns. La loi accordait aux conscrits appelés la faculté de se faire remplacer ;. mais il fallait que le remplacement eut lieu dans le délai de cinq jours. Un terme si court rendait la faculté illusoire pour la plupart des élèves, qui, éloignés de leurs familles , se trouvaient dénués d'argent et de répondant. Le Conseil autorisa l'administration à leur faire des avances de' fonds pour les premiers paiemens, et à intervenir en son nom pour garantir, sous l'engagement solidaire dç chacun de ses membres , la ratification des parens , dans un temps déterminé.
En môme temps, malgré le mauvais succès des premières réclamations, un nouveau mémoire fut présenté au gouvernement pour lui mettre sous les yeux toutes les conséquences de sa funeste mesure. D'abord , on lui fait envisager la perte énorme que ferait l'Etat « en employant comme de simples bras c des têtes fortement organisées pour les grandes « opérations de la guerre et de la marine. » On aurait, à la vérité, quatre-vingt-dix soldats de plus, mais on aurait plus tard quatre-vingt-dix officiers d'artillerie ou du génie de moins. Voilà pour l'intérêt public. Relativement à l'Ecole, « l'anéantissement « d'une division romprait l'équilibre établi pour la « succession graduelle des études, et reporterait l'en- « seignement à l'état où il se trouvait la première « année, avec les inconvéniens dont l'expérience « seule a fait connaître toute l'étendue. » Après l'intérêt de l'Etat et celui de l'Ecole , le Conseil défend les droits des élèves, « C'est sous la garantie de
t-« HISTOIRE
■ la loi que ces élèves et leurs familles ont fait i sacrifices nécessaires pour entrer dans la carrière « Déjà le pacte est accompli entre eux et la républi- « que, par l'entier abandon de leurs forces intellec-
■ tuelles; ils ont donc droit d'en réclamer l'emploi « jusqu'à la concurrence des besoins de l'artillerie et
■ du fjénie. » Le Conseil fléchissait sous l'empire des circonstances , en ne faisant mention ici que des services militaires , bien que, parmi les élèves dont il prenait la cause, beaucoup se destinassent à des professions civiles. Son zèle pour ses jeunes cliens l'entraîna même à une concession plus importante. Il reconnaît pour justes les plaintes excitées par la disposition qui n'ouvre qu'à eux seuls l'entrée des services publics: il demande qu'une loi nouvelle fasse cesser cette prérogative, « et que tous les citoyen* « qui croiront pouvoir subir les mêmes épreuves, « soient admis en concurrence. » Puis il se hâte d'indiquer les précautions que la loi doit établir pour que, dans ce nouvel ordre de choses, l'ignorance et les prétentions ne soient pas favorisées au préjudice du mérite. Il est permis de croire que l'abandon du privilège de l'Ecole n'était pas, de la part du Conseil, l'effet d'une pleine conviction, car nousalli
le voir, aprî's quelques semaines, publier un autre mémoire, signé des mêmes membres, et dans lequel le privilège est justifié avec beaucoup de foi et de raison. Les conclusions de celui que nous « nons d'analyser sont : « Que le gouvernement veuill* « bien ordonner l'ouverture immédiate d'un cm « cours pour l'artillerie et le génie, entre les étè* « conscrits et réquisitionnâmes . el que ceux d'enlre <
les
DE L ECOLE POLYTECHNIQUE. [1799] l'j'i
« eux qui , après cet examen , n'auront pas obtenu « de places dans ces corps, se rendent sur-le-champ « au poste où la loi. les appelle. » #
Tout ce que le Directoire jugea possible d'accorder aux élèves conscrits , ce fut uti arrêté qui les admet* tait dans les dépôts des régimens d'artillerie -, encore cette faveur fut- elle limitée par le ministre de la guerre à ceux qui auraient la taille et les qualités requises pour être canonniers. Le Conseil réclama vivement Mntre cette restriction. « Ce n'est pas à « vous , écrivit-il au ministre , qu'il est besoin de « représenter que les forces du corps s'agrandissent « par celles de l'esprit , que les arts sont des leviers « qui alongent les bras, et que c'est évidemment « parce que le service de l'artillerie exige spéciale- « ment des connaissances dans ce genre , que le « Directoire exécutif ouvre cette carrière aux cons- « crits de l'Ecole Polytechnique , sans distinction de « taille. » La plupart de ces conscrits furent donc incorporés dans les dépôts du corps de l'artillerie , où la sollicitude du Conseil ne manqua pas de les suivre, et leur fit donner toutes les facilités nécessaires pour y continuer leurs études, afin de pouvoir se présenter aux prochains examens (i). Le ministre de la guerre avait promis de les y appeler, de même que ceux qui avaient été placés dans d'autres corps. Quelques uns de ces derniers, dont les régimens étaient en
(1) Ceux qui forent envoyés au dépôt établi à Meta ajant informé le Conseil du aèle que déployait podr lear inatrnction le profestar de Picole regimentaire d'artillerie, Cl. Gardenr-Lebrun, le Conseil, par délibération expresse, adressa nne lettre de remerctmens à ce digne frère de l'administrateur chargé* de la surveillance des étude* a l'Ecole Polytcchnitrae.
garnison à Paris , furent autorisés à suivre les travaux delTcoIe.
Pour ne oas revenir sur les élèves conscrits et réquisitionnâmes, nous achèverons ici, par anticipation, le récit de ce qoi les concerne. Us arrivèrent dès la fin de juillet à Paris , afin de s y préparer aui examens qui devaient s'ouvrir en septembre. Le Conseil y fit appeler ceux même qui n'étaient que dans leur première année d'études, se fondant , pour leur faire cet avantage , sur ce que la loi éa aa octobre 1795 (3o vendémiaire an iv) donnait ia faculté de concourir, après la deuxième année, lorsque (instruction durait trois ans. 11 déclara aussi, par un arrêté formel, que ces jeunes gens devaient être considérés comme élèves , jusqu'après le résultat des examens, et il les fit comprendre sur letat des traitemens, à compter du jour de leur arrivée. Mais tous ces soins du Conseil, s'ils atténuèrent les effets de la fâcheuse mesure ordonnée par le Directoire, ne purent empêcher qne Ton n en trouvât des traces affligeantes dans l'examen des élèves dont les études avaient ete si troublées. On reconnut que quarante-et-un d'entre eux avaient besoin de perfectionner leur instruction; et, cette fois, ils reçurent du ministre de la guerre (autorisation de rester à l'Ecole jusqu'au concours d'avril. Biais aussi le gouvernement venait de passer en des mains plus habiles , et ne cheminait plus dans les voies étroites où s'était traîné si misérablement le Directoire. C'était quinze jours après le 18 brumaire.
Ce concours d avril , dernière espérance des élèves conscrits, est celui qui, malgré une loi formelle, et
de l'école polytechnique. [1799] l"j5
nonobstant toutes les réclamations du Conseil, continuait d avoir lieu , tous les ans , à Chftlons , pour J admission à l'Ecole de l'Artillerie. C'est un exempte, ajouté à tant d'autres, de la difficulté qu'éprouvent les institutions nouvelles à s'ajuster avec celles qui les ont précédées. Ce fait peut aussi donner une idée de l'espèce d'anarchie que le Directoire laissait subsister entre ses divers ministères, puisque le département de l'intérieur, excité par les plaintes du Conseil de l'Ecole , ne pouvait , depuis plusieurs années , obtenir du département de la guerre , qu'il se conformât à la loi qui fixait à Paris , et au mois de septembre , et entre les élèves de l'Ecole Polytechnique , le concours d'admission dans les services publics. Le ministre de la marine donna lieu, cette année, à des plaintes du même genre. Un ancien élève , sorti de l'Ecole Polytechnique par démission, fut admis à l'Ecole des Constructeurs de vaisseaux sans avoir concouru à l'examen. Nous trouvons encore ici le premier exemple d'une autre sorte d'abus qui, tout en devenant de plus en plus rare, s'est néanmoins perpétué jusqu'à présent. Plusieurs élèves du corps des Ponts et Chaussées et des Ingénieurs géographes ayant demandé au ministre de l'intérieur d'être admis, non pas immédiatement aux Ecoles de l'Artillerie et du Génie , mais au prochain examen de concours pour les places à donner dans ces Ecoles, le Conseil, interrogé par le ministre , fut, à la vérité, d'avis , en considération des besoins de l'artillerie , de les autoriser à concourir pour ce service seulement ; mais il eut soin d'accompagner cet avis de la déclaration expresse , « qu'il serait également con-
nsramik et aux intérêts de l'Etat, de que les élèves qui ont été admis dans TEcole spéciale d'un service public , pussent arbitrairement, et par quelques motifs particuliers ou des avantages momentanés, quitter ce service pour
., les hffoins de la guerre, alors malheu- , qne soutenait la Fiance contre la Russie, TAutricke , r Angleterre , la Turquie , dévoraient lewonrces financières , et à peine le gouosait-il en distraire quelques faibles parponr entretenir une espèce de vie languissante les /iililiwmfni qui n avaient pas un rapport avec le service des armées. L'Ecole Polyquoîque formant des élèves pour les corps de TirtiUme et du génie, n était pas mieux traitée. On a vu qne„ Tannée précédente, la somme allouée
« n avait pas été payée en entier, 1
près, » Sa situation n'était pas devenue
à cet égard. Au mois de juin , le traitement
de» élevés se trouvait arriéré de trois mois; celui des
et aulnes fonctionnaires Tétait de cinq : et les dépenses relatives au matériel excédaient dcja de beaucoup les fonds reçus pour cet objet. Le Conseil sottkàta de prompts secours pour la subsistance des élèves et pour le service courant de l'Ecole. Ces secourt se firent attendre ; et comme , pour justifier ce retard , on accréditait Topinion que les c 1ère* appartenaient • pour la plupart , à des familier riches ou domiciliées à Paris, d'où il était facile de conclure que le traitement leur était peu nécessaire, Tadministratàon fit dresser un tableau des élèves,
de l'école polytechnique. [1799] 177
classés tout à la fois suivant la fortune et suivant la profession de leurs parens. Le résumé de ce tableau peut offrir quelque intérêt. Si Ton avait un certain nombre . de documens semblables , mais avec une classification mieux appropriée, on en pourrait former une branche de statistique assez curieuse, qui indiquerait le mouvement des diverses classes de la société vers certains genres de professions. Voici ce
résumé :
Défenseurs de la patrie sortant des armées de la République ... i5
Fils d'artisans ou de cultivateurs 1 16
Fils d'artistes, employés , hommes de loi et officiers de
santé (1) » 67
Fils de fonctionnaires a la nomination du peuple ... 14
Fils de militaires, soit retirés, soit en activité de service* i3
Fils de représentans du peuple * g
Elèves dont les parens vivent de leurs revenus . . . . . 20
Fils de présumés ex-nobles 12
Sans qualification 8.
Sans fortune 160
Présumés dans l'aisance • jS
Présumai riches .
L'administration fut autorisée par le Conseil à donner à ce tableau toute la publicité qu'elle jugerait
(1) On 'comprenait tons la dénomination commune d'hommes et loi, les avocats et les avoués j et sous celle d'officiers dû santé, les médecins et les chirurgien».
«u*tu«iJaAe. Cn mois après, elle rendit rrimcce qu'il
«s -te délivre une ordonnance de cinc uj(ie francs
. ompte *ur les traitent ens. Cetait environ la cin-
laiêinv partie d'un mois (i). Le GroeL: décida, a
rammmitL1 . qu'aucun de ses mesure» ne partici-
wu i la répartition de cette socek. qui serait em-
mi***» tout entière en faveur de* ai-?ns ou élèves
as w»> imit^ens , et pour le*» besoins les plus près-
«*ir> le Tcolo. Ce trait rappel lr celui du voyajjeur
wrvte ^ „ qui, sur un navire dont la provision
l "»ï *tart presque épuisée. «• pm ait d'une partie <ic
* n\v . 3*ni insuffisante, pour en arroser la plante
*r-' -t\r^ ic<inée à augmenter la richesse d'une co-
Ttf
„..: -vx-t-^* cahier du Journal parut vers le milieu
^ au*. Les sortante premières pa^es soqf occupées
■..^ ^-x—s tvononcés dans la séance d'ouver-
^ «je •»■-««. an nombre de neuf, sont de
^.^ l^rLi^e. Monge. Prony, Hassenfratz,
v .-. .• termina. Le Conseil fit dt-pos-T.
. ^ ..- ^ : vtvde. la collection du Jcurul.
. - . .; la Théorie des Fonctions :ina-
^. .^. *-: .m de la Philosophie chimique de
-, ■ - ^ -svarA intéressans furent foifc
-£î* :•*.• :•> ^ laboratoires de l'Ecole. Noos
.... .„ . .^ ,z -, . f > i Hassenfratz sur la corabur
.. i. - ~ --> charbons dans le calo-
- -*.-<, * . ■ ■ -,* • ■ i;.-. ;oo de Morveau sur la cota-
!«■* : • ■ s -'•■' !*•"> H"*'' ?■*■?» pi* '* tre»orerie en monnaie *- "-■ *m ».s jj^. .. . i .*•!< : *>r v ■ it plu* de denx cents francs.
* I» ■* -.raaai: EW>:v«w \m» .'i:ticir Cffc du Dietionntift f+rtoir* «arvrrirt de Vlsjb: de K*«urc
de l'école polytechnique, £1799] 17g
bustion du diamant , et celle de* la conversion du fer donx en acier fonda par le diamant, lies procès-verbaux de ces expériences fnrent iiiséïés aux registres du Conseil. Les diatnans provenaient du cabinet dé' minéralogie de l'Ecole Polytechnique.
Le Conseil, sur la demande des examiriatebrs d'admission, s'était occupé, dans lé courant de l'annéç, de dresser un programme trèa-détaillé de* connaissances exigées des candidats. Mais, ce travail ne pouvant être publié assez tôt pour « que les candidats « fussent détournés, dès le commencement, des « fausses routes que l'ancienne routine leur avait trà- « ce es, et qu'il leur restât le temps nécessaire pour « être ramenés aux vrais principes de l'instruction « exigée, * on résolut de s'en tenir , pour cette fois encore , à l'énoncé succinct du programme des derniers examens (page i55), en y ajoutant \4 k l'arithmétique , la théorie des logarithmes ; a* à l'algèbre, la démonstration du Binôme de Nevrton ; 3* à la trigonométrie rectiligne, qu'elle serait démontrée aynthétiquement avec des applications h là résolution des triangles par les logarithmes; 4* &n* élémens de la statique , la théorie des machines aimples. Le Conseil, en soumettant ce programme au ministre, lui fit connaître son vœu unanime pour que lêa can* didats ne fussent examinés que sur les Jeuis objets qtrî s'y trouvaient indiqués. Ceci fait soupçonner qu'il f avait, sur ce point, une différente d'opinion entre te Conseil et quelques uns au moins de^ etaminatéura. Relativement à l'époque des concours, le ministre ayant refusé son consentement à la proposition de faire coïncider le commencement de Tannée scolaire avec
l8# HISTOIRE
cehii de Tannée républicaine , qui avait lieu le 23 septembre, le Conseil avança d'un mois l'ouverture des examens. a6n que les cours pussent être ouverts un «ois phis tôt que les années précédentes. Le refus du ministre est motivé sur ce qu'il est « .nécessaire de « lier sans interruption l'enseignement des Ecoles « centrales avec 1 examen pour l'admission à l'Ecole « Polytechnique. » Quarante-trois élèves furent admis dans les services publics. Cent vingt candidats les remplacèrent à l'Ecole.
À h suite des examens intérieurs, une conférence col Ke«. comme Tannée précédente, entre les membre* du Conseil et les examinateurs, popr discuter le mode et l'étendue de chacun des cours pendant fi— r r qui allait s'ouvrir. Après en avoir formé le tableau . do*t aousfarlerons plus loin , il fut arrêté : r». <Vail «rut pris les mesures les plus efficaces tccr q« les êtres eussent le temps nécessaire pour tnniivr ivec sucws aux mathématiques;
a*, t^fee îesrcpKitions (de mathématiques), tant delà part de* chefs de brùpde que de celle des répétiteurs, seraient rew>muundèts et surveillées, comme un des plus puissaus moyens d'assurer les succès des élèves ; iv V^kr les instituteurs d'analyse et de mécanique seraient invites a donner des cours plus élevés pour les cièves les plus forts qui voudraient en profiter; que ce* cour* auraient lieu une fois par décade, et ne seraient point obligatoires pour les élèves ;
4*. l^ue. au moyen de ces cours particuliers, l'instruction de (analyse, en général , serait rabaissée à la portée du plus grand nombre des élèves. 5». Que l'instituteur de mécanique rédigerait soû
DE l/ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1799] l8l
programme d'enseignement de manière à le rendre complet, quanta l'exposition des principes fondamentaux , et cependant plus élémentaire que les années précédentes : les théories difficiles devant faire partie de son cours de perfectionnement, qu il abrégerait son cours habituel, en renvoyant à ses collègues tous les développeraens d'analyse et de géométrie pure.
6°. Que le programme des examens sur la mécanique contiendrait un assez grand nombre d'applications, pour que les examinateurs ne fussent jamais obligés de sortir de ses limites ; qu'il serait communiqué aux examinateurs, convenu avec eux, et imprimé un mois ou deux avant l'examen ; que les élèves seraient bien avertis de ces dispositions, afin qu'ils cessassent d'être détournés du cours de l'Ecole par des préventions contraires, qui, jusqu'à présent, ont beaucoup nui à leur avancement
70. Que l'on continuerait les interrogations on répétitions qui avaient eu lieu, cette année, après la leçon de chimie , et qui avaient beaucoup contribué à l'avancement de l'instruction en cette partie, avancement constaté par l'examinateur, qui annonce avoir trouvé le tiers des élèves instruits suffisamment-, et onze supérieurement.
8°. Que le témoignage des examinateurs et de ceux qui avaient assisté anx examens n'ayant pas été aussi favorable sur les progrès des. élèves dans la physique, le directeur se réunirait à l'instituteur pour concerter les mesures propres à obtenir, en cette partie, des résultats plus satisfaisais.
Ce document , le premier que nous ayons rencontré wr l'état réel de l'instruction acquise par les élèves,
mérite d'être remarqué. Il fait connaître, qu'à Ja fin de la cinquième année de l'Ecole, les élèves avaient été trouvés un peu faibles sur l'analyse et la mécanique, et que cela paraissait provenir , d'une part , de ce qu'ils n'avaient pas assez de temps pour étudier ces deux cours; d'autre part, de ce que renseignement était trop eleve ; et aussi , pour la mécanique en particulier, de ce qu'il n y avait pas une parfaite concordance de \ues entre les examinateurs, ou l'un d'eux, et l'instituteur. Oa y voit, de plus, que renseignement de la chimie avait assexde succès, et qu'il n'en était pas de mèo>s de la physique. 11 n'aura pas échappé au lecteur qu'U n est point parlé de la géométrie descriptive, ni des cours d%applications , d'où Ton peut inférer que l'instruction • dans cette partie, ainsi que dans toutes celles de la deuxième aunée qui donnaient lieu à des travaux graphiques « était satisfaisante. Enfin, nous ferous observer le témoignage qui est rendu des bons effet* produits par les interrogations, ou répétitions, qui avaient lieu pour les cours d'analyse, de mécanique et de chimie. Ces bons eflus se sont perpétués: ]cs interrogations journalières ont été successivement appliquer à tous le> cours qui en étaient susceptibles, et forment. d.pu:s longtemps, l'un des plus utiles juvili^rcs de l'enseignement.
Le tableau des cours, arrête dans la même conférence* pour I an iSoo. présente, relativement à leur étendue* les changemens suivans:
Première ann/e.
Anal y** purv et appliquée. • . . réduite de 120 leçons à 85
Géométrie descriptive iqô no
de machines 37 i*
de l'école polytechnique. [179g] l83
Deuxième année.
Aoalyse réduite dt Ifi leçons a 4o
Mécanique augmentée de 7a 80
Travaux civils • . idem 54 60
Fortification idem 54 60
Architecture réduite de 45 56
Mines idem vj 1$
Les antres cours n'éprouvèrent aucun changement. ( Voyez, à l'appendice, le tableau de la distribution du temps pour 1799.)
Les leçons de chimie des deux divisions, qui avaient lieu à des heures différentes, afiu que les élèves de deuxième année pussent suivre, encore une fois, s'ils le désiraient, le cours élémentaire de la première année, sont replacées à une même heure, a attendu , est- Gjjï- « il dit, que ces élèves sont généralement assez ins- d « truits en chimie. *
Le Conseil, en donnant ses soins aux détails de l'instruction, suivait, avec non moins de sollicitude, l'importante affaire de l'organisation de l'Ecole. Une commission du Conseil des Cinq-Cents était chargée de modifier, dans le dernier projet, les dispositions qui n'avaient pas obtenu l'assentiment du Conseil des Anciens; on a vu qu'elles se réduisaient à deux : le privilège, dont on demandait la suppression, et le maximum d'âge des candidats , que l'qn voulait élever en faveur des militaires. La Commission eutL§vec le Conseil de l'Ecole, plusieurs conférences dont le privilège fut le principal, ou plutôt, Tunique objet. Le Conseil en avait offert le sacrifice , dans son mémoire pour les élèves conscrits j mais ce sacrifice, corn-
mandé alors par la nécessité de soustraire ces jem yens aux rigueurs aveugles de la conscription , n'avait pas élé accepté ; les circonstances qui lavaient imposé n'existaient plus : le privilège fut donc défendu avec vigueur, mais non avec succès, devant la Commission des Cinq-Cents. Les Observations présentées à celle Commission, et dans lesquelles les questions qui rattachent à celle du privilège sont traitées avec étendue, fureul imprimées à deux mille exemplaires, et distribuées aux deux Conseils législatifs, aux autorité constituées, et aux amis des sciences.
Cet écrit, que signèrent tous les membres du Conseil et les quatre examinateurs pour l'admission daas les services publics, commence par une protestation d'attachement inviolable aux principes d'égalhé qui constituent un gouvernement libre. On y développe ensuite l'idée fondamentale d'âpres laquelle a été jeté le plan de l'Ecole Polytechnique, dont la principale destination fut de a retremper, dans une înst « centrale et vigoureuse, lesélémens des services puk blics qui exigent la connaissance approfondie dis « sciences mathématiques et physiques, m Elle est propre aussi à donner une culture convenable lux génies supérieurs qui se montrent de loin en loin, cl à former des hommes pour l'instruction publique, on pour la direction des manufactures et autres enlreprîseï industrielles; mais ces divers objets ne sont i|i)C subsidiaires. Le but essentiel est de remplir les besoins des services publics. Or, ces services ont aussi de* écoles, par lesquelles, ceux qui aspirent à en faire partie, doivent nécessairement passer. « Pourquoi donc k celte imputation de privilège exclusif 'est-elle torn-
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1799] l85
« bée sur l'Ecole Polytechnique , tandis qu'elle n avait « jamais frappé jusques là aticune de ces écoles partici culières ? » C'est parce que les élèves étant entrés à l'Ecole Polytechnique, sans, au préalable, avoir déclaré leur choix pour un des services publics »il était difficile d'apercevoir que ces élèves sont déjà élèves de tel ou tel de ces services. Afin qu'il ne reste plus d'incertitude sur ce point , le Conseil exprime le vœu formel, que la loi impose à chaque élève l'obligation de choisir, dès son entrée à l'Ecole, le service auquel il se destine-, et il ajoute, que « le défaut de « destination primitive pour les divers services avait « encore plusieurs autres inconvéniens graves : par « exemple, à l'époque des examens, il est arrivé que « les jeunes gens qui n'avaient point d&deslinatipn « spéciale, se sont jetés en masse vert certains servi- « ces, de préférence aux autres; de sorte que ceux-ci, « manquant de sujets instruits à l'Ecole, ont été obli- « gés d'en chercher dans des concours particuliers, « qui offraient une instruction bien moins élevée : ces « services ont ainsi perdu une partie des avantages « qu'ils devaient retirer de cet établissement. »
Cette demande du Conseil n'était-elle pas encore une concession arrachée par les circonstances; et, de même qu'il avait, peu de semaines auparavant, renoncé au privilège pour conjurer la conscription , ne sacrifiait-il pas ici au maintien de ce même privilège là faculté dont jouissaient les élèves de ne choisir un "service qu'au moment de suttr leur examen de sortie? Ce qui nous fait élever ce doute, c'est que la condition du choix préalable et' irrévocable d'an service n'avait pas été admise dans le projet de Prieur , bien
que la demande en eût été faite par le Comité de» fortifications, par le ministre de la guerre , et par le Directoire lui-même. Or ce projet de Prieur avait certainement été dressé de concert avec le Conseil de l'Ecole. Quoi qu'il en soit, il nous a paru important de faire connaître les motifs d'après lesquels avait élé résolue, à cette époque, une question quia reçu,dcui fois depuis, une solution toute contraire.
Après avoir établi l'identité de l'Ecole Polytechnique et des écoles d'application , le Conseil demaiiilc comment on pourrait appeler privilège exclusif l'obligation de recevoir l'instruction de la première avant d'être admis dans les autres, u C'est absolument « comme si l'on appelait aussi privilège exclusil « l'obligation de passer par les Ecoles d'application « pour entrer dans le Génie civil ou militaire, l'obli- « galion d'être fusilier avant d'être caporal , etc. Sous h quels rapports, et a quels individus potirraît-on « dire que celte obligation forme une prérogative, o tandis que l'Ecole Polytechnique est ouvert'.' à « tout le monde ; que les examens pour y être admis « sont publics; qu'Us ont une formi? à l'abri de toui « soupeon de partialité} qu'ils se fout sur toute lë- •' tendue de la France, et assurent la préfère lu-eJ" ■ mérite? Si, au contraire , on p'.ut, sans passeï pai « le grade à'Elève des seivices publics à ÎEtok * Polytechnique , être reçu dans les Ecoles d'appH- « cation, il arrivera que les riches el un petit nonibiv « de jeunes gens élevés à Paris pourront seuls e»- " pérer d'arriver au degré d'instruction analogue i « celle de l'Ecole Polytechnique. C'est alors qn il v « aurait évidemment un privilège en leur faveur.
DE L ÉCOLE POLYTfcCHHIQUE. [1799] 187
Les auteurs du mémoire prévoient ensuite « qu'on « dira peut-être que les élèves seront aussi bien in- « struits auprès de leurs parens que dans une école « nationale. •» Pour résoudre cette question , ils mettent en parallèle l'Ecole Polytechnique et les éducations particulières ; et , après avoir opposé les vastes ressources de la première à l'exiguïté des moyens qu# les secondes peuvent offrir, ils concluent que « il est « impossible d'établir urïe lutte réelle entre deux « conçu rrens préparés si différemment au combat. * Supposant, enfin , que la loi ait autorisé ce concours , ils demandent s'il « sert-jpifible aux juges de com- « parer , dans l'espace du petit nombre d'heures qui « y sont consacrées, on élève de l'Ecole Polytech- « nique , quune suite de deux ou trois années d°ob- « servations a prouvé avoir une conduite sans ne- « proche j une moralité et des principes assurés , a l'œil et les mains exercées , et enfin la tête meu- « blée des fruits de ses communications habituelles « avec les grands maîtres > les grands exemples et « les grandes conceptions; s il sera possible, disons- « nous, de le comparer avec l'élève d'une instruction « privée , dont la conduite ne sera constatée que « par des certificats, dont les principes pourront « être équivoques, ou même contraires au gour « vernement, et enfin dont la tête peut n'être meu- « blée que de théories apprises littéralement dans « les livres f sans aucune aptitude aux applications « heureuses et savantes , qui seules utilisent les « sciences et caractérisent le génie. La pratique des « arts physiques et chimiques , l'habileté , la justesse « dans les manipulations , l'esprit d'observation dan»
■ les expériences; comment apprécier toutes ce» a qualités dans des élèves qui n'auront pas été exercés « sous les yeux de maîtres habiles, pendant un temps
■ considérable, incompatible avec la tonne durée
■ d'un examen ? Ce concours ne serait donc qu'une
■ faculté illusoire, ou plutôt ce serait une porte ou- • verte a tous les abus ; ce concours serait la dernière
« espérance des riches et des puissans , qui veulent h à toute force continuer à introduire dans les m corps des ignorons protèges ,- il serait la dernière « ressource enfin de l'orgueilleux, qui craindrait de « voir son ftls obligé de travailler, dans la même école « nationale, à côté de l'enfant de l'humble citoyen.» Nous ignorons quelles considérations la Commission législative opposa à ces observations en faveur du privilège; tout ce que nous trouvons sur ce sujet est renfermé dans ce peu de lignes du rapport qu'elle présenta au Conseil des Cinq-Cents: « 11 est à espérer qu'avec le temps, les Ecoles cen- « traies des départemens pourront fournir jftid- « quejois des élèves, aussi instruits quti ceux de « l'Ecole Polytechnique-, il se peut aussi que W-
■ dneation particulière conduise jusque là, et il « suffit que cela puisse arriver, pour ne pas con- « sacrer un privilège de droit. » Ainsi la proposition d'abolir le privilège était fondée sur des possibilités éloignées , que la Commission elle-même hasardait timidement sous les formes du doute. Mais, le privilège ayant été le principal motif du rejet de la précédente résolution par le Conseil des Anciens, il n'était pas possible de le maintenir dans celle-tt Cette suppressioo du privilège, l'élévation du nuii'
mum d'âge en faveur des candidats militaires, la dénomination de Conseil de Perfectionnement substituée à celle de Jury d' Instruction , avec de légers changemens dans la composition de ce Conseil, et le nombre des élèves porté à trois cents , dont cinquante non entretenus par l'Etat , tels sont les points essentiels dans lesquels le projet de la dernière commission diffère de celui de Prieur : on y avait introduit un article qui avait pour but de mettre fin à ces examens de Châlons , objet de tant de réclamations; et l'on donnait même à cette disposition une sorte de rétroactivité , au moyen d'un second article portaut » que les élèves qui se trouvaient à Châlons concourraient, pour y être maintenus , aux examens qui auraient lieu à l'Ecole Polytechnique, et que ceux qui ne seraient pas reçus seraient versés dans cette dernière école , et y feraient partie des élèves destinés pour le service de l'artillerie. Le projet fut adopté par le Conseil des Cinq-Cents, le 3o octobre (22 vendémiaire an vm ) , et envoyé au Conseil des Anciens.
Deux jours après, le Conseil eut un autre sujet de joie. Bonaparte, accouru des bords du Mil pour sauver la France de l'invasion des étrangers et de la faiblesse du gouvernement directorial , avait ramené avec m Monge et Berthollet. Le premier s'empressa de se rendre au sein du Conseil ; et , pour peindre l'effet produit par sa présence , nous nous bornerons à en extraire le récit du procès-verbal de la séance. « Le Conseil suspend toute délibération, pour se « livrer à l'effusion de ses sentimens de joie sur le « retour de Monge et de Berthollet. Monge était pré-
Affronts
■P* j^furf/teavec sensibilité les doux épaa-
• f*[L, de r*mkié qai lui sont prodigués par
• TjLrow; puis, par une heureuse diversion,
• fvL^c les souvenirs sur les jeunes élèves de ëL ^Polytechnique qui les ont accompagnés. ' Toiptetont distingués par leur conduite et leurs
ttJrns. Ils «e sont montrés hommes faits avant l'âge.
4u combat, ils égalaient les vieux grenadiers; au
travail périlleux des sièges , ils rivalisaient de sa-
g gesse et de sang- froid avec les ingénieurs con-
f tommes. Les membres du Conseil s'arrachent avec
c peine aux douces émotions qu'ils éprouvent; et,
« reprenant le cours des délibérations, le Conseil
« arrête, à l'unanimité, qu'il sera fait mention sur
a ses registres du retour de Monge cl de Berthollet,
a comme d'un événement heureux pour l'intérêt pu-
« blic en général, et, en particulier, pour l'Ecole
« Polytechnique , à laquelle ils continueront de con-
« sacrer leurs soins et leurs lumières. » Monge reprit
les fonctions de Directeur de FEcole, que Guy ton de
Morveau avait remplies en son absence à la plus
grande satisfaction du Conseil.
Par une triste compensation, la retraite de Lagrange suivit de près le retour de Monge. L'illustre géomètre, alors âgé de soixante-quatre ans, écrivit au directeur que la faiblesse de sa poitrine ne lui permettait plus de continuer ses leçons, sans s'exposer à des accidens graves. Il ajouta : « Comme ces « leçons n'avaient pour objet que l'avancement de « l'analyse 9 et n'étaient par conséquent destinées qu'à « ceux qui désiraient la cultiver dans toute son éten- « due, elles n'entraient pas nécessairement dans le
« système d'enseignement de l'Ecole , et je pense « qu'elles seraient remplacées plus utilement par des « leçons ordinaires et suivies sur les parties des ma- « thématiques dont l'étude est de rigueur et fait la « matière des examens. » Sa lettre est terminée par ces mots, qui, venant d'un tel personnage, méritaient d'être consignés dans les annales de l'Ecol* Polytechnique : « Recevez les assurances de l'intéa rét sincère que je conserverai toujours pour un « établissement que je regarde comme un des plus « beaux orne mens de la République. » Cette détermination de Lagrange causa les plus vifs regrets à tous les membres du Conseil. Plusieurs proposèrent de nommer une députât ion pour se rendre auprès de lui , et lui renouveler les sollicitations les plus vives. Le Directeur assura qu'elles seraient inutiles, et peutêtre nuisibles à sa santé, qui demandait des mena* gemens. Alors, « le Conseil, » dit le procès-verbal que nous nous bornons encore à transcrire , « le « Conseil , regardant comme un de ses devoirs de « déférer sans résistance h un vœu motivé sur une « santé aussi précieuse aux sciences , invite le pré- « sident à se rendre auprès de Lagrange l'interprète « de ses sentimens de regret , d'estime et de recon- « naissance, et à lui déclarer que les fonctions d'ins- « tituteur, dont il se démet , ont paru indépendante* « de celles de membre du Conseil qu'il remplissait « avant d'être instituteur \ et qu'en conséquence * « le Conseil espère qu'il Continuera de lui apporter « le secours de ses lumières et de ses talens , si né*- « ceasaires au succès de rétablissement dont il fat « un des principaux fondateurs. » Après s'être de-
iga HISTOIRE
quille d'un hommage si légitime envers l'auteur de Û Mécanique analj tique , le Conseil délibérant sur l'événement dont il venait de s'affliger, jugea devoir adopter lavis contenu dans la lettre de Lagrange, et lui donner pour successeur un troisième instituteur d'analyse, dont les leçons régulières feraient partie des cours obligés. L'unanimité des sulTrages se port) sur Lacroix, déjà membre de l'Institut.
Cependant, une grande révolution venait de s'accomplir : le Directoire était tombé ; la domination de Bonaparte commençait. Cet événement, qu'il .Test pas de notre sujet de considérer dans ses rapporls avec la prospérité de la France , eut des suites heu reuses pour l'Ecole Polytechnique. D'abord , dans U formation du nouveau ministère , après la fameuse journée de Saint-Cloud , le portefeuille qui intéresse le plus l'Ecole , celui du département de l'intérieur, avait été donné à Laplace , l'un des examinateurs de mathématiques; et la perte, que faisait ainsi le Conseil , d'un nom que l'estime des savans plaçait anprè» du nom de Lagrange , était compensée par l'avanlage d'avoir pour organe, près du gouvernement, un homme qui connaissait si bien la constitution, la destination, les besoins, les vœux de l'Ecole Polvtechnique, et dont l'opinion en cette matière devait avoir un si grand poids. En second lieu, celle loi d'organisalion , dont la destinée semblait être de ne pouvoir sortir du Conseil des Anciens, ne portait encore que le caractère de résolution , au mornenl où le dix-huit brumaire avait dissous les deux Conseils. Le nouveau ministre de l'intérieur mit à profil cette circonstance. Le projet fut révisé avec soin,
de l'école polytechnique. [1799] !9^
reçut en quelques points d'importantes modifications ; et le Gouvernement le fit présenter dans cet état aux deux Commissions de vingt-cinq membres , qui , jusqu'à l'achèvement de la nouvelle constitution, formaient une sorte de législature intermédiaire. Il fut adopté le i& décembre (a5 frimaire an vin). Nous allons indiquer les dispositions qui ne lui sont pas communes avec le premier projet de Prieur, dont nous avons donné une notice étendue (page i35à i47J> ni avec le même projet modifié par le Conseil des Cinq-Cents (voy. page 189).
Dans le nombre des services publics qui reçoivent leurs élèves de TEcole Polytechnique, la nouvelle loi ajoute Y Artillerie de la Marine, et retranche Y Aérostation.
Le nombre des élèves est élevé de deux cent cinquante à trois cents.
Les limites de l'âge des Candidats sont reportées à seize et vingt ans. Ils doivent être porteurs d'un certificat de l'administration municipale attestant leur bonne conduite et leur attachement à la République ; mais on ne leur impose plus l'obligation d'avoir fréquenté une des écoles nationales d'instruction publique, ni de répondre à une interrogation sur les droits et les devoirs du citoyen, et sur la constitution. « Tout français qui aura fait deux campagnes « de guerre dans les armées de la République, ou « un service militaire pendant trois ans , sera admis à « l'examen jusqu'à l'âge de vingt-six ans accomplis. »
« Chaque candidat déclare à l'examinateur le sei* «c vice public pour leqyel il se destine ; sa déclarait tion est insérée an procès- verbal de son examen ,
« et les élèves n'ont pas la faculté de changer leur « destination primitive. » Les ministres doivent indiquer, avant l'ouverture des examens, le nombre des élèves nécessaire pour remplir les besoins présumés des différens services pendant l'espace de Tannée , afin qu'il soit assigné à chacun de ces services nn nombre d'élèves au moins égal à celui indiqué par les ministres.
Les élèves admis ont le grade de sergent d'Artillerie , et ils en reçoivent le traitement.
Les objets de l'enseignement sont indiqués dans la loi , comme dans le projet de Prieur, avec cette seule différence que , parmi les cours & application de la Géométrie descriptive, on ajoute aux Travaux civils, à la Fortification, à F Architecture, et aux Mines, les Constructions navales; et l'on retranche les Travaux des arsenaux.
La loi ne contient , sur le régime et la discipline des élèves, que les dispositions suivantes, renvoyant les détails à un règlement de police qui doit être arrêté par le Conseil de Perfectionnement sur la proposition du Conseil de l'Ecole. — Ceux des élèves de seconde année, qui, à la fin de leur cours refuseraient de se présenter à l'examen pour le service public de leur choix, doivent se retirer de l'Ecole. — Ceux qui n'auront pu être admis dans les services publics doivent se retirer après leur troisième année. Le Conseil de l'Ecole peut leur accorder une quatrième année, « soit pour cause de maladie , soit pour raison « du défaut de places dans les services publics , soit « enfin en raison du talent reconnu de ceux qui dé- « sireraient augmenter leurs connaissances : mais le
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1799] f9^
« nombre de ce$ «51ères restons ne peut excéder « vingt. » — La troisième division établie par le projet de Prieur n'est paqgpaintenue.
Dans le cas d'inconduite , les élèves peuvent être renvoyés de l'Ecole par le Conseil d'Instruction ; mais ce Conseil doit pour cela être composé de douze membres au moins ; il ne peut prononcer le renvoi qu'après avoir entendu les élèves, et qu'aux deux tiers des voix. Les élèves qui quittent l'Ecole , pour quelque raison que ce soit , ne peuvent y être reçus de nouveau qu'après l'intervalle d'une année, et suivant le mode déterminé pour la première admission.
Les élèves sont tenus de porter un habit uniforme $ mais on n'avait pas conservé la disposition de l'ancien projet qui prononçait l'exclusion contre ceux qui seraient trouvés dans un lieu public sans en être revêtus, ni l'article qui infligeait une détention correctionnelle de trois mois à eeuit qui abandonneraient l'Ecole sans permission.
Le mode d'examen de sortie , en usage depuis la fin de la quatrième année (voy. page i55 ) , est conservé. Les anciens élèves, sortis de l'Ecole l'année précédente, peuvent y concourir pour cette fois seulement. L'examen pour chaque service doit être fait en présence d'un officier général ou agent supérieur de ce service , désigné chaque année par les ministres respectifs. Le Jury, pofir la formation de la liste par ordre de mérite, est composé des qtiatrf examinateurs et du directeur de l'Ecole.
Les deux examinateurs pour Jes mathématiques ont en outre des fonctions permanentes & l'Ecêff e ,
ig6 HISTOIRE
pour prendre connaissance , dans le courant de Tannée , des progrès des élèves.
Les élèves de première a^iée subissent aussi un examen régulier pour passer dans la division de seconde année. Ceux qui ne sont pas jugés capables d'y être admis peuvent rester encore une année, après laquelle ils se retirent de l'Ecole , si, par l'effet de l'examen , ils n'ont pas mérité de passer à la division de seconde année.
« Les agens chargés en chef de l'instruction , de la surveillance et de l'administration de l'École , sont :
Quatre instituteurs d'analyse et mécanique ;
Quatre instituteurs de géométrie pure et appliquée ;
Trois instituteurs de chimie;
Un instituteur de physique générale ;
Un instituteur de dessin $
Un inspecteur des élèves ;
Un adjoint à l'inspecteur des élèves, chargé du cours d'architecture ;
Un administrateur ;
Un officier de santé ;
Un bibliothécaire , faisant les fonctions de secrétaire.
« Ces dix-huit instituteurs ou agens en chef composent le Conseil d'instruction et d'administration, lequel est présidé par le Directeur ou son suppléant, pris l'un et l'autre parmi les instituteurs. •
Au-dessus de ce. Conseil, seul chargé, depuis U création de l'Ecole, d'en diriger ou surveiller tous les services , la loi nouvelle établit un autre Conseil, aa-
quel est dévolue une partie des attributions du» premier.Cette institution avait paru, dans les deux projets de l'année précédente , d'abord sous le nom de Jury à? Instruction , ensuite sous la dénomination plus convenable de Conseil de Perfectionnement, que la loi lui conserve. Sa composition est un peu différente de celle que l'ancien projet donnait au Juryci7 Instruction ( voyez page 1 3g). Aux deux examinateurs de mathématiques sont ajoutés les deux examinateurs pour la géométrie descriptive, la physique et la chimie. Il y a trois membres de l'Institut au lieu de deux , et quatre commissaires du Conseil de l'Ecole au lieu de trois. Enfin, les officiers généraux ou agens supérieurs des services publics doivent être ceux qui auront été présens aux examens de sortie. Le Conseil de perfectionnement tient ses séances de la fin d'octobre à la fin de novembre (en brumaire). 11 fait, chaque année, un rapport sur la situation de* l'Ecole et sur les résultats qu'elle aura donnés pour l'utilité publique. Il s'occupe , en même temps , des moyens de perfectionner l'instruction , et des rectifications à opérer dans les programmes d'enseignement et d'examen. i
Ce Conseil, avec la composition qui lui était Assignée , se trouvait éminemment propre « à fixer la « relation nécessaire entre l'Ecole Polytechnique et « les Ecoles d'application des services publics. » Un article de la loi ordonne « qu'il soit fait incessamment a toutes les dispositions » pour atteindre ce but ; et l'article suivant porte que « chaque ministre , en ce « qui le concerne, chargera les officiers généraux « ou agens supérieurs des services publics, faisant
h partie dit Conseil de perfectionnement, de propo- « ser audit Conseil des programmes d'instruction n pour les Ecoles d'application , de manière qael'cn- <. seignement y soit en harmonie et entièrement « coordonne- avec celui de l'Ecole Polytechnique,» G's programmes doivent être approuvas et arrêta* définitivement par les ministres respectifs , pour être ensuite rendus publics, et suivis dans les Ecoles d'application. Vik disposition spéciale a pour objet de faire cesser désormais les examens abusifs de Cillions.
Sans rien statuer sur le nombre et le traitement des agens secondaires de l'instruction et de l'administration, la loi fixe la somme qui ne pourra être excédée par leurs traitemens(tii,4oo francs), et laisse le soin du reste au Conseil de l'Ecole, sauf l'approbation du ministre.
Les deux examinaUurs de mathématiques en service permanent sont nommés par le gouvernement sur la présentation du Conseil de perfectionnement. Les autres examinateurs sont appelés, chaque année, à leurs fonctions par le ministre de l'intérieur. La présentation du Conseil de l'Ecole n'est plus nécessaire pour la nomination du directeur ni des autres membres qui composent le Conseil. Ces nomination» sont faites directement par le ministre. Celle du directeur doit être renouvelée après la troisième année- Le suppléant du directeur est choisi , chaque année, par le Conseil de l'Ecole. C'est aussi ce Conseil <]") nomme les agens secondaires; mais ils doivent èlt* approuvés par le ministre de l'intérieur.
La loi ne détermine pas la quotité du traitemen'
des membres du Conseil d'instruction et d'administration. Elle se borne à dire que le traitement de chacun d'eux sera égal à « celui affecté aux fonctions « analogues, au Muséum d'Histoire Naturelle eLà « l'Ecole de Santé (de Médecine) de Paris. » Cet article avait sans doute pour objet de faire droit aux plaintes élevées par le Conseil , à la fin de l'année précédente , sur ce que les professeurs de quelques autres établissement avaient un traitement supérieur à celui de ses membres. * Les deux examinateurs de « mathématiques en service permanent jouissent du « même traitement que les instituteurs. Les autres
* examinateurs jouissent aussi du même traitement,
* mais pendant trois mois seulement , sauf une in* m demnité pour frais de voyage. » Le directeur reçoit, avec son traitement d'instituteur, une indemnité annuelle de deux mille francs.
Outre la solde de sergent d'artillerie (98 centimes par jour) accordée & tous les élèves, il est alloué une somme de vingt mille francs par an, dont la distribution doit être réglée par le Conseil d'Instruction , à raison de dix-huit francs par mois au plus , aux élèves qui lui auront justifié ne pouvoir se passer de ce secours.
La somme affectée aux consommations journalières des élèves, aux expériences de physique et de chimie, au perfectionnement des portefeuilles et collections , aux dépenses d'entretien des bâtimens et aux frais de tournée pour les examens, ne peut ex* céder soixante et un mille cinq cents francs. Cette somme doit être répartie d'après les arrêtés du Conseil
aOO HISTOIRE
de perfectionnement et les états estimatifs de l'administration , approuves par le ministre de Y intérieur, La nouvelle loi -d'organisation fut reçue avec reconnaissance. Non-seulement elle mettait fin aux iucertitudes et aux langueurs d'un état provisoire qui pesait sur l'Ecole depuis plus de trente mois , mais elle satisfaisait complètement aux vœux des membres et des amis de cette institution. L'enseignement était fondé sur de larges bases et doté de moyens suffisans. La trace des premières idées des fondateurs s'y voyait encore profondément empreinte dans ces Cours d* Application, dont l'Ecole Polytechnique tendit toujours depuis à se dégager, jusqu'à ee que son enseignement ne fut plus composé que des sciences et des arts d'une utilité commune à tous les services dont elle est le séminaire. Le Conseil de Perfectionnement était un précieux régulateur, qui allait entretenir l'harmonie entre elle et les services publics , en l'empêchant de dévier de sa destination essentielle , qui est de former des ingénieurs et non pas seulement des savans. Le privilège sortait vainqueur de tous les assauts qu'il avait sontenus pendant deux ans. Enfin cette nouvelle naissance de l'Ecole , datant de la création d'un gouvernement nouveau, qui semblait offrir nn gage infaillible de durée, la force unie à la modération ^ tout concourait à faire présager un avenir tranquille et prospère; et cet avenir lie trompa point les espérances dont chacun se plaisait alors à l'embellir.
de lVcole polytechnique. [1800] aoi