LIVRE QUATRIÈME
i8oo«-i8o5. — VI-XI dk l'école.
Peu de jours après l'ouverture des cours de la sixième année, Monge, Bertholkt, et plus tard Laplace, qui remit le portefeuille de l'intérieur à Lucien Bonaparte , furent promus à la dignité de Sénateurs. La joie que le Conseil en ressentit fut sans mélange à Fégard des deux premiers, qui , en lui annonçant leur élévation dans l'ordre politique , se hâtèrent de déclarer qu'ils continueraient leurs fonctions de professeurs, sans autre titre que celui de membres du Conseil d'Instruction , et en laissant à l'Ecole les appointemens attribués à ces fonctions, pour être consacrés aux travaux de perfectionnement entrepris par les instituteurs. Le dbnseil accepta ces offres avec une vive reconnaissance; puis, d'un vote unanime, il désigna Guy ton de Morveau pour remplacer Monge dans la charge triennale de directeur. Le célèbre géomètre Legendre obtint l'emploi d'examinateur permanent, laissé vacant par Laplace -, et la quatrième chaire de mathématiques établie par la nouvelle organisation fut donnée à Labey, ancien professeur à l'Ecole royale Militaire , puis à l'Ecole spéciale de l'Artillerie, et traducteur estimé de X Introduction à l 'analyse infinitésimale d'Euler.
!M>a HISTOIRE •
La disposition récente d'après laquelle chaque candidat était tenu de déclarer le service pour lequel il voulait concourir , reçut une application rétroactive à Tégard des élèves. Ils forent appelés à faire cette déclaration, suivant le rang qu'ils occupaient dans h liste par ordre de mérite , et après qu'on eut dressé le tableau que voici :
Services.
Artillerie <U terre
de marine. . • .
Génie maritime
Génie militaire .......
Ingénieurs-géographes .
Mine»
Ponts H Coalisées....
Nombre de places à remplir.
Nombre de
concurrens
jugés nécessaires.
IO
ISO
Nous n'avons pu découvrir les motifs qui déterminèrent le Conseil à adopter une répartition d après laquelle le Génie maritime , le corps des Milieu et celui des Ingénieurs-géographes avaient trois concurrens pour une place, tandis que le Génie militaire et le corps des Ponts et Chaussées n'en recevaient qu'un peu plus de deux , et qu'il n'en était donné qu'environ un et demi à chacun des corps d'Artillerie de terre et de mer.
Tout étant ainsi réglé conformément à la nouvelle organisation, le Conseil porta son attention sur l'instruction des élèves, et il lui sembla urgent de prendre quelques mesures pour rendre Tenseignenent de*
de l'école polytechnique. [1800J io5
parties mathématiques plus fructueux. Le cours de mécanique, qui était tout entier dans la seconde année d'études, fut partagé entre les deux; années; on fit une nouvelle distribution des conrs et travaux de la première année, dans la vue de fortifier l'étude de l'analyse ; mais ces moyens n'eurent pas le succès qu on en espérait, et le Conseil reconnut, d'après le rapport des instituteurs, des répétiteurs et des chefs de brigade, qu'un grand nombre d'élèves de la dernière promotion n'avaient pas le degré d'instruction nécessaire pour suivre les cours de l'Ecole. Afin de prévenir le retour d'un si grave inconvénient, un nouveau programme d'admission, présenté par Monge, fut envoyé au ministre , avec une invitation pressante de luidonner la plus prompte publicité. Ce progitiMne, dont les divisions principales sont les mêmes qufe fennec précédente, se rapproche, par les détails qu'il renferme à l'égard de l'algèbre et de son application à la géométrie, de celui qui est aujourd'hui en usage. 11 est terminé par des observations sur les méthodes k suivre dans quelques parties de l'enseignement des candidats.
Ces mesures ne tranquillisèrent pas entièrement le Conseil sur un objet qui est en effet d'une grande importance v puisque , de l'instruction des candidats admis, dépend le succès de l'enseignement qu'ils reçoivent à l'Ecole , et par conséquent l'utilité et la gloire de l'Etablissement. On obtint du ministre qu'il adresserait le nouveau programme directement k tous les professeurs de mathématiques des Ecoles centrâtes , en accompagnant cet envoi d'une lettre qui donnerait k ces professeurs quelques directions pour
leur enseignement. Cette lettré, écrite depuis plus de trente ans, et dont il ne subsiste peut-être plus un seul exemplaire, nous a paru digne, par les questions qui y sont traitées et par les aperçus qu'elle renferme, d'être consignée dans cette histoire. C'est un des plus anciens monumëns de l'influence exercée par l'Ecole Polytechnique sur renseignement des mathématiques dans les écoles de France.
Le début est un hommage « à la liberté qui doit « régner dans la république des lettres. » Le ministre reconnaît « qu'il serait funeste au progrès des n lumières d'exiger que l'enseignement fût uniforme « dans toutes les écoles publiques. On étoufferait « ainsi l'émulation des maîtres , on éteindrait en eux « Je désir de travailler à perfectionner les méthodes; « enfin ,' on ferait disparaître cette heureuse variété « que la diversité d'enseignement répand on entre- « tient dans l'esprit de ceux qui cultivent les sciences, « et qui les porte à s'y frayer des routes nouvelles. « Mais il y aurait aussi des inconvéniens très-graves « à ne pas engager les professeurs à tendre, en gé- « néral, vers un même but, et à n'employer, pour y « parvenir , que des moyens qui soient d'accord avec « l'état de la science. A ne considérer que la vérité « absolue des propositions , la partie élémentaire des « mathématiques ne parait pas susceptible de ces ré- « volutions que de nouvelles découvertes amènent « nécessairement dans les sciences physiques. Ce- « pendant, l'enseignement de cette branche de nos « connaissances doit changer de forme lorsque des « progrès ultérieurs ont fait apercevoir de nouveaux * rapports entre des propositions qui paraissent iso-
de l'école polytechnique. [1800] no5
« lées les ont rattachées à des méthodes générales « qui ont fait sentir la nécessité de coordonner sur « un nouveau plan les résultats anciennement obte- « nus. Les leçons données à l'Ecole Normale par La- « grange et Laplace sont la preuve la plus directe « de cette assertion, et contiennent en même temps u d excellons matériaux pour former un cours assorti « aux progrès que les mathématiques ont faits de nos « jours. Déjà , depuis plusieurs années , on a publié « des ouvrages élémentaires , où Ton s'est empressé « de suivre la direction donnée par ces deux illus- « très géomètres, » Le ministre termine cette espèce de préambule, en faisant connaître que les vues qu'il va exposer « sur les moyens de mettre renseignement « des Ecoles centrales en contact avec celui de TE- « cole Polytechnique/* lui ont été soumises par les instituteurs de cette Ecole, qui, « en développant « les parties les plus transcendantes des mathéma- « tiques à des élèves formés dans les divers départe- « mens de la France, ont eu de fréquentes occasions « de remarquer le trop grand intervalle que la marche « ordinaire des élémens laisse à franchir pour s'éle- « ver aux idées générales sans lesqrifelles on ne peut « suivre les théories nouvelles. » Nous rapportons textuellement le reste de cette circulaire :
« Les jeunes gens ne peuvent saisir les méthodes « générales de l'analyse , lorsque le mécanisme du « calcul absorbe seul toute la partie de leur atten- « tion qu'exigeait le développement de la marche et « de l'esprit de ces méthodes. Il faut donc exercer « de bonne heure vos élèves aux opérations arithméti- « ques et algébriques, et leur faire faire de fréquentes
m6 MSTOfBE
applications des méthodes que ▼ou» leur enseigne- Vous aurez observé uns doole que la diîlgç'hriqoc et lai recherche dn plus grand diviseur sot* ami mal présentées dans U plupart des élémens d'algèbre, et Méritent pourtant «ne attention pédale ; tous aura sûrement cherchée y suppléer, soit par vooi mfrmr, aoit en consultait quelque outiage récent où Ton ait exposé ces opérations dans lenr véritable jour. Préférez dam renseignement les mtéikodes générales ; attachez vont à les présenter de la musnière la plus simple; et vous verres en même temps qu'elles soni presque toujours les plus faciles y a dit La place ( Journal des Séances de l'Ecole Normale). En tous attachant à celles de ces méthodes qui cou- Tiennent ans élémens d algèbre et qui renferment souvent le germe des antres, vous prépareres vos élèvesà saisir ces dernières dès qu elles seront mises sous leurs yeux, et tous rendrez la langue analytique uniforme dans toute leur étendue ; avantage qui n est point à dédaigner. Il convient aussi d apporter le plus grand soin à montrer, dès les premières no* rions de l'algèbre, que ce n'est qu'une écriture abrégée propre à représenter les raisonnement généraux que Ton fait sur les grandeurs , à les réduire en règles aussi évidentes que faciles, et qu'on peut toujours en traduire les résultats en langage ordinaire , lorsqu'ils ne sont pas très-compliqués. En suivant cette marche, vous pourrez employer arec succès I algèbre à la démonstration des principales propriétés des proportions , des progressions et des logarithmes. On s'est plaint quelquefois que ces dé*
1>E LÉCOLfc POLYTECHNIQUE. [l8oo] Ï07
* monstrations n'exerçaient pas autant le jugement
* que celles que l'on donnait des mêmes propositions, « lorsqu'on ies présentait en arithmétique. Mais « cette objection , qui peut être fondée quand l'élève « se contente d'effectuer pour ainsi dire méeani- « quement le calcul pour arriver au résultat, tombe
* d'elle-même, s'il développe la marche de son cal- « cul , et s'il en déduit le raisonnement qui s'y trouve « implicitement écrit. » La deruière partie de la lettre renferme des considérations sur l'enseignement de la géométrie, « La rigueur dans les démonstrations géo- ■■ métriques, que l'on abrège par la considération « de l'infini, ne pouvant s'obtenir que par des rai- « sonnemens délicats, et avec le secours de propo- « sitions préliminaires dont l'ensemble est très-propre « à exercer l'esprit et à fortifier l'attention , doit être « scrupuleusement observée, parce quelle préparc n l'élève aux considérations difficiles qui l'occuperont « dans la suite. En insistant sur les plaus et les soa lides , on accoutume les jeunes gens à se représeno ter les formes des corps et à imaginer de nouvelles « combinaisons de cesformes : exercice indispensable a aux candidats qui se destinent à l'Ecole Polytech- « nique, où ils recevront des leçons de géométrie '• descriptive , et qui n'est pas moins utile a tous ceux o qui auront a diriger des constructions , à concevoir h des machines, ou à se rendre compte de leurs ef- ■ fets, d'après un dessin ou une description. La théorie > des sections coniques, surchargée autrefois de « propositions minutieuses, et pour la plupart de « pure curiosité, oe doit plus être considérée au- « jourd'hui que comme un cas particulier de celle
■ des courbes représentées en général par une équi-
■ tion algébrique à deux indéterminées. Le premier « anneau de cette chaîne est la ligne droite , dont les « propriétés sont aussi renfermées dans l'équation k du premier degré qui lui correspond. Tel est le a point de vue qu on a indiqué dans la partie du pro- « gramme qui concerne l'application de l'algèbre à « la géométrie, et sous lequel cette matière a élélrai- « tée dans plusieurs ouvrages assez répandus. »
Le Conseil reçut deux lettres contenant des observations relatives au programme et aux examens d'admission. La première, qui était pseudonyme, n'indiquait aucun point d'une discussion utile. La seconde, adressée au ministre de l'intérieur par le professeur Gergonne, qui occupait alors la ebairede mathématiques de l'Ecole centrale de Nismes (i), fut transmise au Conseil pour avoir son opinion sur les quatre articles qu'elle renfermait. Les deux premiers avaient simplement pour objet de demander que le programme d'admission fût publié long-temps avant les examens, et que ceux-ci fussent toujours ouverts dan» chaque ville à l'époque annoncée. Dans le troisième article, l'auteur de la lettre proposait « qu'un était men, par compositions écrites, fût employéconcur- « remment avec l'examen oral, pour donner à Veii- « minateur toute la certitude possible sur la véritable « capacité des candidats. » Le Conseil déclara que celte question avait déjà fait plusieurs fois l'objet de ses délibérations ; que la nécessité de perfectionner le mode d'examen était généralement reconnue; nuu
{■) Cm le .nv.,r,t «timable .jui (iïriKc l> publication <ir. Aneil»* M*lticra»ii<]uct pu ici ci «pptiquec».
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qne cette tâche était réservée au Conseil de perfectionnement, auqnel elle serait présentée comme l'iftie des plus intéressantes pour le succès de l'Ecrite. Le quatrième article n'est pas moins digne d attention. Le professeur y témoigne la crainte * que le plus « grand nombre des places ne soit accordé aux candi- « dats examinés à Paris, ce qui détruirait l'émulation « dans les départemens, et serait même injuste, en ic ce qu'une moindre instruction acquise sans secours « prouve quelquefois plus de capacité qu'une instruc- « tion supérieure acquise avec tous lès secours que « fournit la capitale. » Le Conseil , dans sa réponse, reconnaît la sagesse de ces réflexions, et pose en principe, que « les places à l'Ecole Polytechnique doivent « être le prix d'encouragement pour ceux qui se seront distingués dans les Ecoles centrales. » Puis il fait voir que les deux derniers examens, loin de fournir nu motif aux craintes manifestées, ont offert un rés^tat tout opposé -, puisqtfë* Sur trois cent quarante-cinq candidats examinés dans les départemeûs, il en a été admis cent vingt-cinq, ou trente-six sur cent ; tandis que sur quatre cent trente-trois examinés k Paris, il n'en a été reçu que cent quarante-quatre, ou trentetrois sur cent(i). * UEcole Contribuait encore d'une autre manière, moins directe et moins prompte, mais peut-être plus certaine, à la propagation des bonnes méthodes d'en* seignement, en formant elle-même des professeurs
;») La proportion est différent*, fi Ton considère Ja totalité des promotions. Sur 5765 candidats examines dans les départemens arant Tannée 1817, il en a cle admis a3o6, on 4° *ur '<>'> i «t, sur 4io3 examines à Paris, dans le mlaafty espace de temps , il en a été reçu 1887, ou 4^ sur 100.
tpt
a I 2 HISTOIRE
en somme; ensuite la répartition entre tel ou tel nombi$ d'élèves, désignés seulement par les deux premières lettres de leurs noms, et les quittances étaient déchirées aussitôt après la vérification.
Les observations faites, dans le cours de Tannée, sur la faiblesse du plus grand nombre des candidats admis, n'avaient pas donné lieu d'espérer que les examens' intérieurs offriraient des résultats bien satisfaisans-, et, en effet, plus de la moitié des élèves de chaque division ne furent pas trouvés assez instruits pour passer , soit aux cours de la deuxième année, soit aux écoles d'application. Vingt d'entre eux , qui avaient achevé le temps déterminé par la loi, se retirèrent. Telle était la situation de l'Ecole, lorsque le Conseil de perfectionnement ouvrit sa première session. ,
Ce fut sans doute une heureuse idée, que de placer près de l'Ecole Polytechnique, et hors d'elle, une réunion d'hommes éclairés , dont la mission est d'observer sa marche et de la diriger. Il n'est que trop ordinaire aux établissemens livrés à eux-mêmes de s'assoupir dans les mouveraens uniformes de leur routine, ou de s'ordonner d après certaines idées fixes et stationnaires, et même d'après de simples convenances privées. Cet état, qui caractérise la vieillesse, achemine rapidement vers la mort, à moins qu'une main régénératrice ne vienne rajeunir des organes émoussés et y répandre un nouveau principe dévie. Mais de telles révolutions, dépendantes d'ailleurs des chances ignorées de l'avenir, ne réparent pas le mal produit, et n'empêchent pas le cours des années d'en ramener les causes. Il est donc préférable
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que l'action vivifiante soit régulière, continue, ou du moins fréquemment renouvelée, parce qu'alors le bien s'opère avec promptitude et avec suite, le mal est bientôt aperçu et comprimé-, tout s'accroit, s'améliore, et rien ne dépérit : une longue et robuste jeunesse est suivie d'une perpétuelle virilité. L'institution dont nous allons faire connaître les premiers travaux était avantageusement combinée pour produire ces précieux résultats. Toutefois, une chose était à craindre. Des hommes étrangers h l'Ecole pouvaient apporter ou des préventions contraires ou des notions incomplètes sur sa constitution , et tenter de faire prévaloir des vues systématiques en discordance avec les vrais principes de l'Etablissement. Mais, d'abord , la loi avait beaucoup atténué cet inconvénient , en introduisant dans le Conseil de perfectionnement un assez grand nombre de membres de l'Ecole : le Directeur , quatre commissaires du Conseil d'instruction , et même les quatre examinateurs pour l'admission dans les services publics, dont deux avaient des fonctions permanentes dans l'Ecole, et formaient ainsi une sorte d'intermédiaire, un lien réciproque entre les deux Conseils. En second lieu, si quelque inquiétucfe avait pu s'élever sur ce sujet, 'la composition du premier Conseil de perfectionnement ne pouvait y donner aucun prétexte. Les trois membres envoyés par l'Institut étaient ceux que J'EcoJe aurait choisis elle-même : Laplace, Monge, Berthollef (1)5 et, parmi les fonctionnaires des service?
(1 ) Le mfcine choix se renouvela pendant plusieurs années consécutive» , après lesquelles Monge siégea long-temps comme commissaire <fa Conseil d'instruction , et lut remplacé, en qualité de commissaire <U
■ti,\ nisTninp
publics , on voyait siéger Prieur, comme officier supérieur du Génie, cl Prony, en qualité rie Directeur (Je l'Ecole des ingénieurs-géographes. Les représentons des aiilrc-s services étaient les généraux Gassendy et Duboucha^e, pour l'artillerie de terre et de mer; l'inspecteur général Lebrun, du Corps des l'onls et Chaussées, le Directeur de l'Ecole des ingénieurs de vaisseaux , Vial de Clairbois-, et Lclièvre, membre du Conseil des Mines.
L'instruction, la discipline, et l'administration devaient occuper tour à tour la sollicitude du Conseil de perfectionnement. Ses premiers soins furent pour 1 insliuetion. Le pmgmmme de l'examen d'admission ne demeura ni aussi élevé, ni aussi détaillé que l'avait l'ait dernièrement le Conseil de l'Ecole-, mais il y fut ajouté celte condition toute nouvelle ; « Los
■ candidats sont tenus d'écrire, sous la dictée île « l'examinateur, quelques phrases françaises, ponr « constater, qu'ils savent écrire correctement leur « langue. » L'un des motifs présentés à l'appui Je cette addition fut m l'exemple assez commun d'élèves « déjà avancés dans l'étude des sciences exactes, qui « cependant ne savaient pas même l'orthographe. " On avait proposé d '^joindre la connaissance de la langue latine et même de la littérature française. Le Conseil jugea « que les circonstances actuelles ne
■ permettaient pas d'exiger des connaissances aussi * étendues. » Tant était déjà large et profonde h plaie que trois ou quatre années d'interruption Je éludes classiques avaient faite dans riustructiûB'k
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la jeunesse ! Le cours d'analyse, divisé en analyse algébrique, calcul différentiel, et ealcul intégral, subit de légères modifications. Notablement réduit Tannée précédente, û éprouva, cette année, une diminution nouvelle et assez forte dans le nombre des leçons (i).Le cours de mécanique, au contraire, reçut une augmentation assez considérable; et k partage qui venait d'en être fait entre les deux années fut maintenu. La distribution des matières de l'un et de l'autre cours fift laissée , sous l'approbation du Conseil de l'Ecole, aux instituteurs eux-mêmes , qui, sans pouvoir rien cbanger au nombre et à la nature des objets contenus au programme, eurent pleine liberté d'établir entre ces objets l'ordre et lel proportions qui sembleraient les plus utiles au succès des cours. L'enseignement de la géométrie descriptive, comprenant la stéréotomie, la perspective, la projection des ombres , des notions de gnomonique et de géographie , et l'analyse appliquée à la géométrie des trois dimensions , ne fut l'objet d'aucune disposition nouvelle. Le cours de physique, qui était renfermé dans la première année d'études , fut réparti entre les deux «années , et le nombre de ses leçons presqne doublé. On y fit entrer des notions cT astronomie physique assez étendues. Le cours sut les élément des machines , qui avait subi, cette année, npe forte réduction, n'est plus indiqué an prograjupe, quoique prescrit par la loi d'organisation. L'enseignement de la chinpie reçut la distribution suivante : première aniuîe, cours de chimie
(t) Voyei, a l'Appendice, le tableau de Ja répartition proportion neUe;dti teraps4*tr« kf dj jraraef fannobei de Veaêéftkemtnt : «net 1601 .
théorique, par Foureroy : seconde année, cours chimie minérale appliquée aux arts, par de Morveau ; cours de chimie végétale et anl appliquée aux arts , et cours de chimie pratit par lierlholli-t : celle dernière partie émît destinée dirigerles élèves dans l'art des expérieneeschimiqi et 'ii les familiariser avec les manipulations. Le noml des leçons de^elûmie tut diminué d'un dixième. dessin de la figure et du paysage éprouva aussi légère réduction , quoique le rrombre des élèves arrivaient saint aucune pratique de cet art fût ali très-considérable. Le programme renferme une position portant qu'il y aura, tons les (rois mots, un concours où les élevés seront obligés de faire un dessin dans un espace de temps déterminé. Tous ces dessins de concours doivent être présentés à l'eiaminateur. Les meilleurs seront exposés dans les- salles de travail. Les trois maîtres qui secondaient l'instituteur de dessin, et que ion nommait maîtres BTternes, lurent soumis, comme les répétiteurs, à In réélection annuelle.
A ces branches d'enseignement, dont l'utilité pour toutes les professions ouvertes aux élèves n'était pu mise en doute, succédèrent, dans les délibérations du Conseil , celles dont la spécialité avait déjà HcM beaucoup de réclamations ; c'étaient les cours d'application de la géométrie descriptive a la Fortification. aux Travaux civils ou publics, aux Travaux <fa Mines et a l'architecture. Le rapport qui accomplir le programme i\u premier de ces cours en renferma commune apologie. Ou y t'ait remarquer que rrllc instruction « diffère essentiellement de celle quia lie" l
de l'école polytechnique. fi8oo] 217
(( dans les écoles spéciales, en ce que les professeurs « de l'Ecole Polytechnique présetftent, à la vérité, le « tableau complet de l'art, mais en ne le considé* « rant que par ses masses et les vues générales dont il « est susceptible. Les seuls détails, » ajoute-t-on, « que « le professeur s'y permette, sont ceux qui peuvent « être utiles k la totalité des élèves, ou qui donnent « lieu à des applications de la géométrie descriptive, « propres à leur donner l'habitude des différentes a sortes de dessin. » On fait pareillement remarquer, dans le préambule du programme du cours relatif aux Travaux des Mines, que les notions qu'il renferme, quoique très-générales, auront cependant une grande utilité , « soit comme introduction aux » études nécessaires des élèves voués au service des « Mines, soit comme indication , aux élèves des autres « services , de plusieurs connaissances , procédés , « méthodes ou instrumens qu'ils peuvent aussi mettre « à profit , soit enfin pour tous les élèves, comme ap-* « plication de la géométrie descriptive, tendant à les « former de plus en plus & la pratique des projec- « tions. » Le Conseil de perfectionnement adopta ces vues sur l'utilité des cours d'application, qu'il présente, dans son rapport au gouvernement, comme « devant servir, tout à la fois, h préparer plus direct <( tement , pour chaque service , les sujets qui s'y « destinent , et k donner aux autres les premières « notions qu'ils ne trouveraient plus occasion d'acte quérir, et qyi servent si utilement dans l'exercice « même des professions auxquelles elles paraissent le « plus étrangères. » Nous dirons bientôt quelles objections s'élevèrent , peu d'années après , contre ces
a»8 hi^is.hz
mêmes cour», et leur tirent cppliq^c-r «*» a-;ii f.:lion» qui équivalaient a peu près * Iï-lz «ujnr*s*:-: r. Pour cette foi*, ils demeurèrent >sns jqctli ijUtî-ment, si ce n'est clans le nombre de* ieocs*. ;- : réduit de près d'un tiers pour les Travaux ^tlj. -;: d'un sixième pour l'Architecture et les Trznzi. =:* Mines; tandis que le nombre des dessins eu:» :* élèves pour ces trois cours fiit au contrais lamenté. Le nombre des leçons et des epur» vie S\ttification resta comme Tannée précédente t \
Le Conseil termina la révision des prograïucf:*. -.: exprimant le vœu de les voir « développes duc* Je* « ouvrages rédigés par les professeurs , pour fu- « sage spécial de [Ecole; » et il invita le Coqs*. d'instruction «à prendre les mesures les plus activa « pour l'exécution de ce projet, dès la présente aanre. »
Le règlement de police et discipline de i-cfi ii: conservé. On y introduisit seulement une di>pc>;l'\on9 d'après laquelle le chef d'une brigade, ou s:: suppléant, encourait la peine des arrêts, lorsque la chefs de l'Ecole apercevaient, dans sa brigade, uz désordre dont les auteurs ne pouvaient être re.jo^::* Cet article semblerait indiquer que le zèle ou n fermeté des chefs de brigade avait besoin d'ë.re soutenu. Cependant le Conseil, dans son rapport, se loue des heureux résultats de l'autorité confiée ai.i chefs de brigade, tout en demandant néanmoins qu'une légère marque distinctive soit ajoutée à leur uniforme, pour ieur « imprimer plus puissamment le * senti meut du devoir de la surveillance, et aux élèves « celui de la subordination. »
(I) VojMk t*J>k»W rie U u>Jiriiti<m du tnnps, années 1799 et 1I01.
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [l8oo] 219
La répartition de la somme affectée aux dépenses annuelles du matériel devait être faite par le Conseil de perfectionnement. Sur cette somme , que la dernière loi d'organisation avait fixée à soixante-et-un mille cinq cents francs, il en fut assigné quatorze mille pour les dépenses directes de l'instruction. Mais J'Ecole en reçut à peine les trois quarts pendant Tannée 1801; Ja réduction fut encore plus forte, pendant les années suivantes; et il fallut recourir de nouveau à la bourse des membres du Conseil.
Après tous ces soins consacrés à l'Ecole Polytechnique, un travail important restait à faire. La loi d'organisation chargeait le Conseil de perfectionnement de réviler les programmes d'instruction des Ecoles de services publics , 1 de manière que l'cnset- « gnement y fût en harmonie et entièrement coor- « donné avec celui de l'Ecole Polytechnique. » Ces programmes devaient en effet sortir améliorés des discussions d'une assemblée devantlaquelle, en présence des hommes les plus célèbres dans les diverses branches de connaissances enseignées à l'Ecole , les services publics venaient en quelque sorte rendre compte de l'emploi qu'ils faisaient de la culture scientifique que leurs élèves y avaient reçue, et soumettaient il une mutuelle et bienveillante censure le plan d'instruction de chaque école spéciale. Ces précieuses communications ne pouvaient manquer de tourner k l'avantage commun. Une combinaison heureuse, utiti idée utite apparaissait-elle dans un programme, eHri allait bientôt enrichir et perfectionner tous les autre»; modifiée selon la nature d« service qui se l'apptopriait. Les résistances, courent si formidables., des
aao histoire
anciennes habitudes ne pouvaient faire obstacle . l'introduction de» vues nouvelles, dans un Conseil composa d'hommes éclairés, parmi lesquels chaqur corps, trop attaché à d'aveugles traditions, se sérail trouvé seul contre tons. Enfin l'enseignement de 1 Ecole Polytechnique elle-même devait aussi s'améliorer, c'esl-à-dire, s'adapter de mieux en mieux à m vraie destination , par des discussions dans lesqutlks charpie, service exposait ses besoins scientifique!, faisant ainsi connaître quelles parties de l'instruction de l'Ecole commune étaient ou trop étendues ou trop restreintes, ce qui était il créer, à retrancher, ;i modifier. Les premières pages de cette histoire contenant nu aperçu de la situation des écoles des servicepublics au moment où fut établie l'Ecole Pal ffa -. I;nique, il ne semblera pas hors de propos d indiquer ici à quelle situation ces écoles étaient parvenues, après six années d'existence de celle qui a pour but essentiel de leur préparer des élèves.
L'Ecole d'artillerie n'avait fait aucun propre- Nous avons dit plusieurs fois qu'elle avait continué <li' recevoir des élèves, d'après des examens particuliers. suivant le mode en usage avant la création de l'Ecole Polytechnique. Ces élèves y faisaient leur occupation principale de l'étude des mathématiques; easoftnearil l'exception de quelques dessins de fortification, cl de la manœuvre, en blanc, des bouches à feu. rien n'y était relatif au service de l'artillerie ni à l'inslnu'tiou propre aux officiers de celte arme. En MON) lieu, « la ville de Châtions, » ainsi qu'il est dit daiw«« rapport présenté- au Conseil , « n'offrant aucun movtn t< d'appliquer la théorie à la pratique, l'enseigncnu"!
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de l'école polytechnique. [1800] MI
« devait se réduire à de pures spéculations, que l'ab- « sence des objets rendait sans intérêt comme sans « fruit pour les élèves. » Aussi, le besoin était généralement senti de doter cette Ecole de moyens d'étude plus abondans, et de la transférer dans une ville, telle que Metz ou Strasbourg, où Ton trouvât de bons modèles de fortification, les établissemens relatifs au matériel de larme, un système de frontières, et la réunion de toutes les armes qui composent les armées. Mais les embarras de la guerre et la pénurie des finances faisaient ajourner , d année en année, ce changement si désirable. Le moment en fut avancé par le travail du Conseil de perfectionnement, qui, dans sa première session , décida qu'un même programme serait présenté pour l'Artillerie et le Génie , et demanda que, « si les deux écoles ne pouvaient être « réunies dans un même établissement, elles fussent « du moins formées sur un même plan, et pourvues « des mêmes secours , » alléguant pour motifs de cette mesure > que « les deux services ont entre eux des « rapports continuels , et que les officiers de l'un ou « de l'autre ont été souvent obligés de se suppléer « mutuellement dans leurs fonctions. » On rappela aussi que, peu d'années auparavant, un Comité mixte, composé d'officiers des deux armes, avait reconnu que leur réunion en un seul corps serait très-utile. En conséquence, le programme de Y Ecole du Génie, qui parut offrir un bon système d'instruction , reçut les modifications nécessaires pour qu'il pût convenir également à ï Ecole de V Artillerie, et fut déclaré commun aux deux écoles. Le gouvernement, par un arrêté du 8 février 1801 (19 pluviôse an nt), sa ne-
■IPTOiRE
v et annonça formellement Je 4* Msrférer l'Ecole d'Artillerie dans une de deux ans après , on antre arrêté .
""jiiolirr 180a (ta vendémiaire an xi ) , ordonna l^Mbbmemewi à Metz d'une Ecole commune aux jèves de F Artillerie et du Génie, posa les bases de Jtopeigaement, qui embrasse tontes les parties théoriques et pratiques de l'an et de l'autre service , et créa one Commission temporaire d'officiers des deoi corps, pour choisir, clamer et compléter, dans l'année», lés ouvrage» nécessaires aux études des élèves. Cdtte Ecole renferme aujourd'hui les moyens d'instracttoo les plus complets.
% Le Conseil demanda la création d'une Ecole d'application poor XArtMtrie de la marine, dans l'un des grands porta militaires. Les élèves auraient passé une aanée dans l'Ecole de l'Artillerie de terre, et une antre année dans l'Ecole spéciale de leur arme. Mais l'arrêté qai renaît les élèves de l'Artillerie et du Génie dans une même école, la rend commune aux élèves de l'Artillerie de la marine.
A Tégard de Y Ecole des Ponts et Chaussées, le voeu: de Lamblardie, ce vœu qui avait conduit à la fondation de l'Ecole Polytechnique , était rempli. Les élèves de et service y entraient avec une instruction déterminée et constatée par des examens. 11 n'était plus nécessaire de leur donner des leçons sur les mathématiques, on de les envoyer 11 dey cours extérieurs de physique et de chimie. Tout l'enséigneittént consiste en objets d'application relatifs à la science et à Itotdt Hngémeurdes Ponts et Chaussées. Cependant losélèfea allaient encore recevoir an dehors des le-
DF. l'ÉCOIE rOIÏTECBMIQUE. [ I Hoo] 3«3
cous sur la minéralogie, quoiqu'elle leur eût été enseignée à l'Ecole Polytechnique ; " mais , » dit le programme, « il sera convenable que les élèves ne perm dent pas de vue une science qui intéresse par lieu-
* lièrement l'ingénieur des Ponts et Chaussées, soit « pour ses applications aux arts de construction, soit « pour les observations qu'elle le rend capable de
* faire dans les fréquentes occasions qu'il a d'observer « l'intérieur du globe. » Parmi les moyens d'enseignement en usage dans cette exole, nous remarquerons les deux suivans : « i° Chaque année, on envoie « dans les départemens où il y a des ouvrages impor- « tans relatifs aux routes, ponts, canaux , navigation « et ports de mer, un certain nombre d'élèves (i) a employés sons les ordres des ingénieurs chargés de « ces ouvrages, et qui sont tenus de rapporter à l'E- « cole des notes, attachemens et dessins, tant des « objets de pratique auxquels on les a occupés, que « des autres choses remarquables dont ils ont été à » même de prendre connaissance. » -x" Les divers projets que les élèves doivent faire chaque année sur tous les genres de construction , forment l'objet ■ d'autant de concours annuels, pour lesquels il y a « des prix et des accessit, w Un décret, du ?.5 aont 1804 (7 fructidor an xn ) , portant organisation du Corps des Ponts et Chaussées, consacre les grandes divisions de ce programme, en établissant trois professeurs, le premier, pour ]a stéréotomie appliquée et la pratique des constructions; le deuxième, pour l'architecture civile ; le troisième , pour la mécanique appliquée. 11 y a de plus aujourd'hui un professeur
[1) Aujourd'hui on Ici y rntoîe (DM.
ttJSTOlKE
utut-taiogie et géologie , et un professeur de
i 'Fcote des Ingénieurs de vaisseaux était tououre jl Paris. Les élèves y trouvaient des modèles de toutes les espèces de bâtimens de mer, à diffcrens degrés de construction ; ils étaient exercés au trace cl aux calculs sur le bâtiment lége et sur le bâtiment armé; et les travaux annuels se terminaient par des instructions sur la qualité des bois et métaux, et sur l'exploitation des forêts. Nous ferons remarquer, dans ce plan d'études, la disposition d'après laquelle la totalité de l'enseignement est donnée dans le cours d'un an, et renouvelée Tannée suivante, mais avec des applications plus étendues et plus compliquées de la théorie aux calculs sur le bâtiment armé. Cette disposition se trouvait aussi dans le programme de l'Ecole du Géuic. Après ces deux années , les élèves subissaient un examen , auquel étaient admis ceux même qui croyaient pouvoir s y présenter après une seule année d'études. Une troisième année était ac- , cordée h ceux qui n'étaient pas jugés suffisamment instruits et que le ministre de la marine jugeait dignes de cette faveur. Le Conseil de perfectionnement approuva ce programme , et crut devoir le maintenir sans aucun changement, après que l'Ecole du Génie maritime eut été transférée à Brest (en 1801 ). Mais il saisit cette occasion pour demander que le gouvernement instituât, dans cette Ecole, a deux places « d'élèves pour les ports de commerce ; et que ces « places fussent données aux élèves de l'Ecole Po/ytique qui se trouveraient sur la liste de mérite imédiatement après ceux qui seraient admis. »
DE l'école PQLÏ TECHNIQUE. [l8on] lia
Cette demande n'ayant point eu de résultat, le Conseil , dans sa troisième session , la reproduisit modifiée en ces termes : m Que , chaque année , un élève n soit admis à l'Ecole Polytechnique , par la voie « du concours, entre ceux qui seraient présentés « comme ingénieurs -constructeurs du commerce, « par l'une des villes du commerce maritime de « France, qui serait désignée par le ministre de « l'intérieur; que, lorsqu'il aurait subi son examen « de sortie, il soit reçu à ('Ecole d'application, et « qu'après y avoir complété son instruction , il lui « soit donné par le gouvernement un brevet d'îugé- « nieur- constructeur dii commerce. » Le même voeu, renouvelé dans les deux sessions suivantes, et appuyé de nouvelles et puissantes considérations, ne fut point exaucé. Mais, en iHoii, le ministre de la marine ayant consenti à recevoir à l'Ecole de Brest quatre élèves constructeurs pour le commerce, à condition qu'ils s'y entretiendraient à leurs frais, le chef de l'Ecole Polytechnique fit demander aux priucipak's villes maritimes, si elles voulaient pourvoir à l'entretien d'un ou plusieurs de ces élèves. Une seule, Poulogne-sur-Mer , se montra disposée à faire cet utile sacrifice. Mais la France, à cette époque, n'avait plus de commerce maritime.
L'Ecole des Mines était organisée à Paris selon la loi du 11 octobre 1795 ( 3o vendémiaire aniv), concernant les Ecoles des Services Publics. Mais l'instruction qui devait être donnée aux élèves, en les attachant, par moitié, à l'Ecole pratique et aux inspecteurs en tournée, n'avait pas encore eu lieu, par la raison que l'Ecole pratique n'étail
aa6 histoirb
pas établie, et que les inspecteurs ne faisaient pas de tournées. Le Conseil des Mines avait supplée!, autant que possible , à ces moyens d'enseignement. Les élèves suivaient les cours publics institués par la même loi , et qui avaient pour objet la géologie, h minéralogie, l'exploitation des mines, la docimasie et la minéralurgie ; ils étaient exercés aux dKersci "• constructions graphiques relatives aux mines et am machines, etc. Ils devaient étudier la langue allemande, appelée dans le programme la langue des mineurs, et acquérir la connaissance des lois et des principes d'administration qui concernent les mines. Us faisaient, sous la direction des inspecteurs, des courses minéralogiqnes autour de Paris, clans les carrières, et visitaient des établissemens intéressons pour les arts. Enfin , pendaut la saison qui n'était pas consacrée aux cours publics , on faisait pour eux des cours particuliers, dans lesquels on les exerçait a In docimasie pratique, au lever des plans, et à reconnaître et distinguer au premier aspect les substances minérales. Pour exciter le zèle des élèves, et constater leurs progrès , il y avait des examens de mois, des examens généraux, et un concours oral, écrit et pratique, entre les élèves de première classe, lequel servait à connaître leur force relative et i déterminer l'ordre de leur promotion à un grade plus élevé. Ge plan d'études obtînt l'assentiment d'i Conseil , qui, dans son rapport général, demanda le prompt établissement de l'ËccHe pratique des Mines- Cette demande eut un plein succès. Le 12 fefnwr 180a (î3 pluviôse an x), un arrêté* du gouvernement ordonna la création de deux écoles pratiqua.
DE LÉCOLS POLYTECHNIQUE. [iSoo] ÎÏJ
l'une à Pescy en Savoie, l'antre à Geislautern près Saarbruck (i). Enfin , le Conseil , dans sa session de 1804, émit un vœu unanime pour que l'élève des Mines, qui, chaque année, obtiendrait le premier rang dans la promotion, pour passer au grade d'ingénieur, fût envoyé, au* fiais de l'Etat, dans les pays étrangers les plus renommés par leurs richesses minérales et leur manière de les extraire.
L'Ecole des Ingénieurs-Géographes , d'abord réunie à celle de l'Aérostaliou établie à Meudou , avait été placée de nouveau au Dépôt général de la Guerre. Mais le corps pour lequel elle formait des élèves était lui-même, depuis son rétablissement provisoire en 1793, dans une situation fort précaire. Un arrêté du Directoire, du 1" juin 1799 (i3 prairial an vu ) , avait bien conservé les iiigénieurs-^éograpties employés aux armées; mais, désignés comme Topographes dessinateurs , et payés sur les fonds extraordinaires accordés aux généraux en chef, ils étaient censés supprimés, s'ils n'étaient portés, chaque année , dans un état arrêté par le ministre. Un projet d'organisation, destiné à leur assurer nue existence réclamaient l'utilité et la constance de leurs ces , fut soumis, en 1802 , au gouvernement, qui î prit aucune décision , et laissa les choses dans le ême état. Aussi, depuis Tannée 1798 jusqu'en 1809, 1 ils furent organisés en corps spécial militaire, trois :ves seulement entrèrent dans ce service , deux quels se hâtèrent d'en sortir, pour passer dans iiities corps. L'Ecole d'Application fut même sup-
1 |>lui aujourd'hui qu'une Ecole [italique , qui en Établie, 1816 , ■ Saini-Eiienne, dtpailcnjent delà Loire.
îtlSTOIKE
nbre i8oï ( yentUn
lés en septembre i8oï [ vendémiaire an xi ). Le Conseil de perfectionnement n'en continua pas moins, à chaque session, d'en réviser le programme, en renouvelant ses instances pour que l'Ecole fût recréée. et le corps lui-même réorganisé. Une partie de chaque rapport annuel est consacrée à démontrerai! gouvernement l'importance de ce service , et l'inconvénient de le confier a des hommes qui n'auraient pas une instruction suffisante.
Les programmes des Ecoles d'Application examinés et arrêtés, le Conseil de perfectionnement ne regarda pas sa tâche, à cet égard, comme entièrement remplie. Persuadé qu'un des plus puissam moyens de rendre l'instruction efficace était d'assurer à chaque élève le pris de son travail , il s'occupj d'introduire , dans chaque école, un mode d'examen qui fût une garantie contre toute possibilité d'arbitraire ou de partialité dans les promotions; et ici se firent encore sentir les avantages de cette communication intime que le Conseil établit entre les écoles diverses, Le mode indiqué dans le programme commun de l'Artillerie et du Génie avait obtenu l'assentinK nt unanime : il consiste à faire porter l'examen sur la totalité des objets d'instruction, et à le confier jury composé du Commandant de l'Ecole, d'un officier général ou supérieur du corps , désigné chaqut année par le ministre, et de l'un des Examinateurs permanens de l'Ecole Polytechnique. Ce mode fui d'abord imposé à l'Ecole du Génie maritime, ii« cette disposition nouvelle, « que le Jury, en pronon- " cant sur le classement et le rang des élèves, aoriil « égard aux examens subis à l'Ecole Polytechnique.
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1800] Mg
Cette disposition fut ensuite étendue aux autres écoles. Pour celles des Mines et des Ponts et Chaussées , il fut réglé que l'appréciation de tous les genres de mérite serait faite au moyen de nombres, et que le maximum du nombre attribué à l'Ecole Polytechnique serait égal au tiers de la somme des plus grands nombres de chaque école spéciale. La somme de tous les nombres de chaque élève déterminait son rang pour la promotion au grade d'ingénieur; l'addition en était faite par un Jury composé du Directeur de l'Ecole et des Inspecteurs généraux. Cet usage des nombres de mérite fut adopté pour l'Ecole du Génie maritime, tout en maintenant la composition du Jury d'examen empruntée à l'Ecole du Génie militaire. Aucun mode d'examen ne fut institué pour l'Ecole des Ingénieurs-Géographes, qui, d'ailleurs, comme nous l'avons dit , ne recevait déjà plus d'élèves , malgré les pressantes réclamations du Conseil de perfectionnement.
Si ces réclamations n'avaient eu pour motif que le désir d'assurer des emplois à un plus grand nombre d'élèves, le Conseil aurait eu de quoi se consoler de leur longue inutilité. Le gouvernement ouvrait chaque jour à l'Ecole de nouveaux débouchés. Dès la première année du consulat, Bonaparte décida qmç les élèves , qui, après avoir achevé le cours d'études, et avoir été jugés admissibles aux écoles d'application* ne pourraient y être reçus , faute d'emplois vacans , ou préféreraient de servir dans les troupes de ligne , seraient promus aux premières sous - lieutenances vacantes dans, ces troupes, ou obtiendraient, sur leur demande, une place d'élève-commissaire des
aJo HISTOIRfc
guerres (ij. Très-peu d'élèves profitèrent de cette disposition. Il y eut plus d'empressement à accepter l'olTre qui leur fut faite, un mois après, pour ieser- : de la marine. Ceux qui n'avaient pas vingt ans, et qui présentaient un certificat du Directeur de l'Ecole, constatant qu'ils avaient l'instruction théorique exigée pour être aspirans de première classe, recevaient sans autre formalité le brevet de ce grade, après en avoir rempli les fonctions pendant deux ans, à la mer. Le Conseil demanda vainement que la condition d'avoir reçn l'instruction complète de l'Ecole Polytechnique, et subi les examens, fût substituera celle de n'avoir pas vingt ans. Une trentaine d'élèves donnèrent leur démission dans le cours de Vannée 1801 , pour se jeter dans celte carrière nouvelle. Quelques uns, qui ne s'en accommodèrent pas, obtinrent de rentrer à l'Ecole. Dans le même espace de temps, deux élèves seulement avaient demandé des sous-lieulenances d'infanterie.
Pendant les trots années suivantes, le gouvernement renouvela plusieurs fois des offres du même genre, au risque de priver les services en relation avec l'Ecole de sujets qui s'y destinaient et t|tii leur étaient nécessaires. Vers le milieu de l'année 1801, le premier Consul fit annoncer que cinq des souslieutenances alors vacantes seraient données à des élèves que le Conseil désignerait; on eut beaucoup de peine à en faire accepter quatre. Peu de mois
(1} La note du Miniurc de la Guerre
l'a vii de cène Jm'-
a pai juge qu'il (ùl ncccsiaire de 11 e»'
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [l8oi-l8o5j a3t
après , le ministre de la guerre demanda vingt élèves de l'Ecole Polytechnique pour les placer à l'Ecole Militaire, qu'un décret venait de rétablir; il fallut lui représenter qu'une telle destination empirerait ': la position de ceux auxquels on voulait l'imposer, et - serait contraire an but de l'Institution. Cependant, l'Ecole militaire ne satisfaisant pas sans doute assez ' promptement au désir qu'on avait d'augmenter, dans ~ les troupes de ligne, le nombre des officiers qui a eussent quelque instruction dans les mathémati- ■ ques , etc. , les sous-lieutenances qui avaient été pro* "* posées, en 1 800 , aux élèves , furent offertes, en 1804, e aux simples candidats , et aux mêmes conditions rela- ^ tives , c'est-à-dire , d'avoir satisfait aux examens , et ~ de n'avoir pu être admis à l'Ecole, faute d'un nombre 3 suffisant de places. Les Conseils s'empressèrent de • demander que cette disposition fût appliquée plus * particulièrement à ceux des candidats que leur âge mettrait dans l'impossibilité de se présenter à un con- " cours subséquent, en faisant observer que, pour le$ autres , elle aurait l'inconvénient de les détourner de la carrière des sciences qu'ils auraient pu cultiver avec succès. Dix candidats du dernier examen reçurent ainsi le brevet de sous-lieutenant d'infanterie. Le ministre de la guerre n'en demanda pas moins , dans le même temps, un état des élèves de seconde année , avec l'indication du service auquel ils seraient le plus propres, dans le cas où ils ne seraient pas placés, Fintention du gouvernement étant de les utiliser pour V armée. Il fut répondu, que les besoins des services publics réclamaient , cette année, tous les élèves qui allaient terminer leurs t'tjides; et l'on
saisit cette occasion de faire sentir au ministre qu'il pouvait èlre donné à ceux qui ne trouveraient pas de places dans les Ecoles d'application , une destination plus utile que celle qu'il proposait, et plus conforme au but de l'Institution, qui ne fut pas créée seulement pour fournir des élèves aux divers corps d'ingénieurs, mais pour u devenir la pépinière des profesm seun des écoles spéciales , des lycées , des grandes m écoles secondaires, et même des chefs de grands « ateliers. » Après ce qui vient d'être rapporte, paraît ia-t-il croyable qu'au bout de quelques mois, le même ministre écrivit de nouveau pour offrir am élèves des emplois de sergent dans la ligne? A la vérité, il yjoignoit la perspective d'être faits onîciers à la première occasion.
Les étrangers semblaient mieux apprécier les services que l'Ecole Polytechnique devait rendre aiiï sciences, et ceux que l'on pouvait obtenir de ses élevés. Plusieurs la visitèrent avec intérêt pendant le court intervalle de paix qui suivit le traité de Luné ville (i 80 1). Les uns, tels que Volta, Brugnatelli, liumford(i), venaient parcourir ses laboratoires, ses collections, et s'entretenir avec les savans illustres qui s'y partageaient les principales branches de l'enseignement; les antres , parmi lesquels nous citerons les ambassadeurs de Russie et d'Espagne, s'acquittaient envers l'Ecole de cet hommage de curiosité, que lui rendirent depuis un grand nombre de personnage» d'un liant
(I) Mous ne n'iriimmik jilii ici la rtppctiU avec l'Ecole Polucclmi.pm rilild.cl <|u'il prit (Datent paiL ai pmir l'avancement des tcîcncei.
w Hnubnldf , parce que *• e bornèrent pas a de tuiipl"
/rang (i). Il en est un parmi ceux-ci dont Je nom réj clame d'une plume française une mention plus spéciale, et, en quelque sorte, plus solennelle. Le 5 juin 1801 (16 prairial an ix) , un petit fils de Henri îv et de Louis xrv, cet infant de Parme, que Bonaparte avait fait souverain de la Toscane, sous le titre de roi d'Etrurie, se fit conduire dans l'Etablissement par le ministre de l'intérieur , s'y arrêta assez long-temps , et reçut du Conseil la collection des ouvrages imprimés et gravés par l'Ecole. Cette collection fut aussi donnée, sur leur demande, à d'autres étrangers de distinction. Le général russe Hitrof , chargé d'une mission de sa cour près le gouvernement français, obtint tous les ouvrages relatifs à l'Ecole pour les envoyer à son souverain. Le ministre des affaires étrangères de cette République Italienne qui devint le Royaume d'Italie, demanda quelques uns des modèlfcf de stéréotomie pour les académies de Bologne et df Milan, et pour l'Institut de Modène. D'autres établissemens célèbres mettaient du prix à ce que leurs membres pussent assister aux cours de l'Ecole. L'évéque de Luck , recteur de l'université de Wilna , dans une lettre adressée collectivement à tous les prof esseurs , leur recommande deux élèves et adjoints de cette université (1), qui avaient été conduits à Paris , dit le vénérable prélat , par un noble désir de rapporter un jour, au milieu de leurs concitoyens, un rayon dujoyer des lumières que t Ecole Poly*
(1) Les grands ducs de Ruine» Constantin, Nicolas, aujourd'hui empereur, et Michel; l'archj^nc Jean d'Autriche, le prince royal de Danemarck, le duc de Glocester, le prince Auguste de Prusse.
(1) Voyes, à l'Appendice, la liste de» étrangers admis aax cours de l'Ecole Polytechnique.
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technique fait briller en France. On vit la diplomatie elle-même placer renseignement de l'Ecole Polytechnique au nombre des avantages stipulés en faveur des nations avec lesquelles la France contractait. Un article de la capitulation conclue , le 27 septembre 180 3 (4 vendémiaire an xii), entre la France et la Suisse , porte que « il sera admis, sur la présen- « tation du Landammann de la Suisse , vingt jeunes « gens de THelvétie à l'Ecole Polytechnique de France, « après avoir subi les examens prescrits p^r les ré- « glemens. »
Ce dernier fait ne laisse aucun doute sur la haute opinion que Bonaparte avait conçue de VEcole , et dont il lui donna souvent des témoignages, quoique, pendant toute la durée de son gouvernement , il ne Fait pas visitée une seule fois. Cependant les élèves, .éblouis, comme presque toute la jeunesse française, J^par l'éclat de ses victoires, et touchés de la protec- ; tion éclatante qu'il accordait, aux sciences et aux lettres , lui donnèrent plusieurs marques de dévouement dont il dut être satisfait. 11 en est une que nous devons rapporter, parce qu'elle fait connaître les ressources que, dans certains cas extraordinaires , l'Ecole Polytechnique peut offrir.
Lorsque cette trêve de quelques mois que Ton nomme la paix d'Amiens eut été rompue (mai i8o3), et très-peu de jours après la notifie a tion durenouvellement des hostilités entre la France et l'Angleterre, les élèves versèrent au trésor public une somme de quatre mille francs, pour les fiais des immenses préparatifs de ces flotilles qui devaient porter une armée française au sein de la Grande-Bretagne. Cette offrande
de l'école l'OLTTECHMQUE. [i{^>i-i8o5] l35 était à peine acceptée , que , dans une adresse au premier Consul, ils y ajoutèrent celle de leurs services personnels pour la construction et l'armement d'une péniche de trente hommes. Des ordres furent immédiatement donnés pour l'accomplissement de ce patriotique désir. Les quatre mille francs versés à la trésorerie sont remis à l'administration-, le ministre de la marine envoie un modèle de bateau canonnier du premier rang, et, dès Je lendemain, le chantier de construction est établi sous les murs de l'Ecole. Le ministre de l'intérieur invita le Conseil à tirer parti de celte circonstance pour instruire les élèves dans l'art de la construction ; mais celte invitation fut bientôt convertie en un ordre formel. Le ministre delà marine, après avoir demandé huit élèves pour être admis sur-le-champ à l'Ecole du Génie Maritime, et employés aussiLôt dans les travaux qui s'exécutaient à l'aris, manda, au bout de quelques jours, que l'intention du premier Consul était que trente autres fussent désignés poursuivre toutes les opérations relatives a la construction des embarcations mises sur les chantiers devant l'hôtel des Invalides, a 11 dé- « sire « ajoute le ministre, « que ces jeunes gens ac- « quièrent , dans le cours d*un mois, assez d'ins- « liuction sur les travaux graphiques et mécaniques « de celte espèce d'embarcations, pour qu'ils soient « alors en état d'être envoyés dans ceux des dépar- « temens de l'intérieur où des constructions de ce « genre s'effectueraient, et de pouvoir les diriger. » La désignation de ces élèves fut faite par le Jury d'examen, d'après les notes et les témoignages fournis par les instituteurs et les chefs de l'Ecole. Ils furent prit
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dans h division de deuxième année , à l'exception de quatre qui se destinaient au service militaire de la marine, et Ton eut soin de les choisir dans une exacte proportion entre tons les services. En même temps, un plan d'instruction est formé de concert avec les ingénieurs de la marine, de manière à faire alterner les études de la théorie et les travaux de la pratique. L'Ecole devient un atelier; des gabarits sont tracés dans la bibliothèque ; d antres localités sont occupées par les forgerons et les voiliers. Enfin , ces ingénieurs auxiliaires des constructions navales sont envoyés dans les divers chantiers établis, soit dans] es ports, soit sur les principales rivières navigables ; et , après y avoir rempli leur mission, ils se rendent aux Ecoles d'application des divers services auxquels t4s étaient destinés (i). L'embarcation construite par les élèves, et à leurs irais, fut nommée la Polytechnique, et placée sous le commandement d'un ancien élève , lenseigne de vaisseau , Charles Moreau , de la promotion de 1794*
L'expérience que le gouvernement avait faite, en cette occasion , de la possibilité de préparer rapidement des élèves pour un service spécial , fut mise à
(1) De ce» trente élèves , il n'y en «Tait qne detix qni eussent cte admit pour le Génie wuaitùme s Ch. Dopin et Penoy. Voici la destination de* vingt-ksit antres. MÊmrimm militaire: Lamarck; Artillerie : Barrillot, Cabamet , Casa-Bianca , Chandon v Chenin , Daaty, Ducbach, Goilleman) (passe dans le Génie maritime), Javenat, M. J. Leclerc, C. M. F. U Gendre, Parxhans, J. M. If. Prévost. Génie: Augoyat, J. A. Bitck ( passé dans le Génie maritime et entai le dans l'Artillerie ), J. J. Foocaud , Gifoonoos de Verdon, Lebcschu, Lecaron , Segond. Ponts et Cham- 9éms: H. G. F. de Bagnac,A. L. C. Basset de Châteaohonrg, L. J. M. Cro- Mtfi. B. C. GaràW-Ltbron , L. J. Ifasqocles A. J. P. PoleJ, Vipo- — Vefe* «m noms dmns U liste générale.
de l'école polytechnique, [i8oi-i8o5J a3^ profit quelques mois après. Des besoins I rès-pressans du corps de l'Artillerie exigeant une promotion extraordinaire et nombreuse, le ministre de la guerre ordonna, dans le mois de l'ouverture des cours, que les élèves de seconde année qui se destinaient à ce service, et tous ceux de la même division qui se présenteraient pour y entrer, reçussent ies leçons particulières que le conseil jugerait nécessaires pour compléter leur instruction, et qu'à la suite de ces cours extraordinaires, dont la durée était ûxée à quarante ou quarantecinq jours, ils fussent examinés, classés, et envoyés à l'Ecole d'application. Le Conseil arrêta aussitôt les programmes de l'enseignement rapide auquel devaient être soumis ces élèves de l'artillerie. 11 y fit entrer cinq leçons d'analyse et seize leçons de mécanique, dont il indiqua les matières ; beaucoup de manipulations chimiques, composées des expériences qui sont d'une plus fréquente application dans les travaux de l'artillerie, et le cours ordinaire de fortification en entier, parce qu'il devait s'achever dans l'espace de temps marqué par le minisire. Ce cours d'études accéléré fut terminé par un examen régulier , à la suite duquel soixante-douze élèves se rendirent a l'Ecole de l'Artillerie , à l'époque prescrite. Ce fut en cette même année (i8o4), que Bonaparte, qui venait de prendre le titre d'empereur, décréta, pour l'Ecole, une nouvelle organisation, d'après laquelle les élèves devaient être formés en corps militaire et casernes. On a beaucoup disputé sur les motifs de cette disposition. Les uns ont cru y découvrir les combinaisons d'une profonde et noire politique-, les autres n'ont voulu y voir qu'une simple mesure
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de police ; il en est même , parmi ces derniers , qui en attribuent la résolution à un mouvement J humeur. Mais quelle cause y avait donné lieu? Les rapports de Napoléon avec l'Ecole étaient bienveillant Il avait été touché du dévouement que les élèves avaient montré pour ses desseins contre l'Angleterre , et leur avait l'ait exprimer sa satisfaction en des termes flatteurs (i). Ils furent admis, soit en corps, soit par détachement, à quelques unes des solennités qui suivirent son avènement à l'Empire. Dans la plus éclatante de toutes, celle du sacre, une députât ion de sept élèves fui appelée, a l'instar de ce qui eut lieu pour tous les corps de l'armée, et représenta le bataillon des élèves dans tous les actes de cette cérémonie (a). Si donc le décret du casernement n'est que le produit d'un accès d'humeur de Napoléon, cette humeur ne pouvait avoir pour cause les senti mens manifestés par les élèves envers sa personne ou son gouvernement (3). Nom ferons aussi remarquer que, parmi les hommes en possession de sa confiance, ceux avec lesquels il devait naturellement s'entretenir de l'Ecole, étaient on
moins dallât (Tau
r national deTicni on
(a) Les dépu talions militaire! Etaient composées d'un officia , At Idi sous-officicrs ci de quatre soldai». On fit remplir In fonction! d'officier par lYlivf J. E. Raymond, qui avait fait plusieurs campagne* a «m entrée à l'Ecole; et l'on clé si g tu , pour tepréscntei el soldat», lei premiers do la liste par ordre de mérite arrêtée pat lr j* d'ciamen pour chaque tanrïce : c'étaient F. Arago ci C. F. H. de Bo leiller pour l'artillerie , P. D. Bai ai ne pour les Pou P. J. F. licionrnc pour le Génie maritime, G. M. Cousi: et Séa , dit Soye, ponr le Génie.
(3) Lorsque les elerrs furent assemblés pout prêter le serment 1 l'Ea- , perrur, un seul .'» refusa , cl quitta aussitôt l'Ecole.
de l'école polytechnique. [i8oi-i8o5J 239
avaient été des membres de l'Institution. Monge et Berthollet jouissaient de sa plus haute faveur ; Gbaptal occupait le ministère de l'intérieur ; et le directeur de l'instruction publique , intermédiaire entre l'Ecole et le ministre , était Fourcroy. Il resterait donc à examiner si la conduite des élèves , au dedans ou au dehors de l'Ecole , avait pu donner lieu à la mesure qui venait d'être prise. Voici ce que nous apprennent , sur ce sujet, les documens qu'il nous est permis de consulter.
Pendant les quatre années (1801 à 1804) qui précédèrent le casernement, alors que la tribune et la place publique se calmaient peu à peu sous l'influence d'un gouvernement ferme et prudent, le théâtre; où les élèves allaient chercher de trop fréquentes distractions, même aux dépens des études de la soirée, était souvent troublé par des scènes de désordre dans lesquelles le nom de l'Ecole Polytechnique fut plus d'une fois mêlé. Des plaintes réitérées, soit du ministre de l'intérieur, soit des magistrats préposés à la tranquillité de la capitale , et l'arrestation de plusieurs élèves accusés d'être les provocateurs de ces tumultes, avaient vivement excité la sollicitude du Conseil. Après avoir infligé quelques -punitions légères et inefficaces, il arrêta que tout élève qui serait reconnu dans un lieu public sans être revêtu de son uniforme , serait exclus de l'Ecole , « sans autre délibération que celle qui aurait pour « objet de constater le fait. » Instruit d'ailleurs qu'un journal qui circulait parmi eux les entretenait de spectacles» occasionait des croissions, et pouvait être une des principales causes de la part que plu-
sieurs avaient prise aux scènes dout nous parlons, il dépendit provisoirement l'introduction faucon joumal,dans les salles d'études. Hais ces mesures n'eurent qu'un effet momentané; de nouveaux, troubles, de nouvelles arrestations vinrent encore affliger le Conseil, et le forcèrent à prononcer l'exclusion d'un élève et la destitution d'un chef de brigade, il est pourtant juste de dire que le plus grand nombre des élèves demeuraient étrangers à ces désordres. 11 arriva même , un mois au plus avant le décret sur l'organisation militaire, qu'une lettre anonyme, par laquelle on les provoquait a se compromettre dans mie lutte du même genre, fut remise par eux au Directeur, et, ce jour-là, pas un ne s'absenta des études de h soirée. Mais le fait qui leur fournit l'occasion de mi infester le bon esprit dont ils étaient généralement animés, révile en même temps combien l'imprudence de quelques uns avait pu affecter défavorablement l'opinion, puisque les chefs d'une cabale de théâtre osaient s'adresser aux élèves comme à leurs auxiliaires naturels, et que le Directeur crut devoir faire connaître au public , par la voie des journaux , la manière honorable dont cette tentative avait été repowsee. C'est maintenant an lecteur de juger s i la tradition d'après laquelle l'ordre du casernement serait parti du cabinet impérial, le lendemain d'une de ces futiles querelle; du cirque, a droit à quelque créance.
Cet-état de choses nuisait beaucoup à l'instructiw des élèves. II était difficile, en effet, que l'agitation du parterre ne pénétrât pas un peu dans l'Ecole, et n'y devint pas quelquefois le sujet d'entretiens animés dans lesquels se dissipaient les heures destinées m
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [l8oi-l8o5j *$ l
trayait. On a vu combien étaient insuifisans les moyens institué* pour la police des salles d'études. La présence de l'inspecteur pouvait seule y ramener le silence , qui s'en éloignait avec lui. Alors la surveillance en était abandonnée à de simples élèves , à ces chefs de brigade, dont l'institution, nommée précieuse et salutaire, lorsqu'on la considérait spécula* tivement, ne répondait nullement, dans la réalité, aux espérances qu'elle avait fait concevoir. Le Directeur se plaint , dans plusieurs rapports, que la discipline laisse beaucoup à désirer , que la surveillance est fort pénible *, et il en indique pour cause la mollesse des chefs de brigade « qui ont peine à se revêtir « de toute l'autorité que leur donne le règlement. » Le Conseil , en leur refusant des faveurs qu'ils sollicitent , donne pour motif « qu'ils n'ont pas encore « réussi à assurer la tranquillité et la discipline dans « les salles. » Il arriva pourtant une fois qu'un chef de brigade mit un élève aux arrêts. Le Directeur s'empressa d'en informer le Conseil , qui fit témoigner sa satisfaction à celui qui avait donné cet exemple de fermeté. On voulut trouver un nouveau moyen de police, et même d'instruction, dans rétablissement de deux nouveaux fonctionnaires choisis parmi les élèves qui, ayant terminé leur cours d'études et satisfait aux derniers examens, n'étaient pas encore admis, faute de places vacantes, dans les Ecoles des services de leur choix. Sous les titres de chefs-surveillans, chefs de division, sous-inspecteurs, chacun d'eux était chargé de la police d'une division, et veillait à ce que les chefs de brigade remplissent exactement leurs fonctions. Ils devaient aussi lever
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les difficultés qui leur seraient soumises par les élèves, et même seconder les répétiteurs dans les interrogations. Moreau et Marestier, du Génie maritime, Derché, Vivier, et Atthalin9 du Génie militaire, occupèrent successivement ces emplois : les deux premiers furent aussi répétiteurs-adjoints pour les mathématiques.
Le Conseil de perfectionnement , dans sa troisième session (novembre 1801), s'étant convaincu des bons effets de ce dernier moyen de surveillance , proposa de lui donner une grande extension. Dans un excellent Mémoire sur ce sujet, il expose que l'institution des chefs de brigade est frappée de vices capitaux. « Élèves eux-mêmes, ayant leur travail à faire et leur « examen à subir, ils ne consacrent une partie de « leur temps à leurs camarades qu'en le perdant pour « leur propre instruction. » Relativement à la discipline , « chargés de régenter leurs camarades , ridi- « cules , s'ils affichent trop' de sévérité , et punis , s'ils « n'empêchent pas le désordre, ils n'ont d'autres « moyens de le prévenir ou de l'arrêter , que l'affec- « tion même de leurs compagnons , qui peuvent quel- « quefois rougir *ou craindre de faire retomber sur « le chef de brigade la peine de leur faute-, car on « n'obtiendra jamais de celui-ci qu'il défère les au- « teurs du trouble. » On proposa, pour échapper k ces graves inconvéniens , « de placer à la tête des « brigades, et pour un temps limité, de jeunes in- « génieurs sortant des Ecoles d'application, » et dont ces Ecoles fourniraient, autant que possible, un nombre égal. Us porteraient le titre de chefs d'études, et les chefs de brigade seraient conservés comme
DE I.'ÉCOLE rOLÏTECHMQUK. [tSoi-i8o5J ajS leurs adjoints « Un intervalle assez grand, un rang « assez supérieur séparera les chefs d'études des « élèves, pour que toute idée d'égalité disparaisse, « et que les premiers puissent exercer une autorité « modérée, mais suffisante. » Voila pour la discipline; voici pour l'instruction : « Encore pleins des travaux. « auxquels ils viendront de se livrer sur les applica- « tions des sciences mathématiques et physiques , de « l'architecture, et du dessin d'imitation, aux ser-
■ vices qu'ils ont embrassés, et, par une suite néces- « saire, familiers encore avec l'instruction de l'Ecole, « ils pourront guider les élèves clans leurs études, « dans leurs travaux graphiques, et leur faire sentir, « à chaque pas, futilité dont ces connaissances leur « seront unjour. Les communications habituelles des « chefs d'études avec les professeurs contribueront « même à éclairer ceux-ci sur les besoins des divers a services, et a leur faire connaître les méthodes H d'enseignement qu'on suit dans les Ecoles d'appli- « cation. » On développe ensuite les avantages que les services publics tireraient eux-mêmes de cette institution. Tous ont besoin que quelques uns de leurs membres excellent dans les applications qui dérivent des sciences mathématiques et physiques. « Tous les « corps ont leur école, pour laquelle ils doivent « trouver, dans leur sein, des chefs et une partie « des instituteurs. C'est pour se former à ces travaux, « à ces fonctions spéciales, et qui demandent, pour h ainsi dire, une vocation particulière, que ceux des « jeunes ingénieurs qui se seront distingués aux
■ Écoles d'application viendront a l'Ecole Polytechl nique reprendre la théorie, et cherclterde non veaux
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a instrumens pour agrandir ou perfectionner les ap- « plications. » On espèce que « l'honneur d'être dc- « signé pour cette éducation particulière ne tardera « pas k devenir, dans ces écoles, une source nou- « velle d'émulation. » Le reste du Mémoire est consacré & résoudre quelques objections et k discuter des moyens d'exécution.
Les vues du Conseil de perfectionnement furent adoptées par les ministres de l'intérieur, de la guerre et de la marine. Mais ce dernier fit connaître que le corps du Génie maritime ne pouçroit de long-temps fournir des chefs d'études. Le ministre de la guerre , sur la proposition des premiers inspecteurs généraux, choisit pour ces fonctions les lieutenans d'Artillerie Oudin et Clermont-Tonnerre , et les lieutenans du Génie Jules Paulin et Destutt de Tracy ; le Conseil des Mines y appela l'ingénieur Trémery $ le directeur des Ponts et Chaussées désigna les élèves Poullet de Lisle, d'Astier et Gouilly, qui étaient au moment d'être nommés ingénieurs. L'Ecole des géographes n'existait plus.
Le Conseil de perfectionnement déclara, l'année suivante, au gouvernement, que « ce premier essai « avait pleinement justifié les motifs qui l'avaient « déterminé à proposer l'institution des chefs d'é- « tudes, quoique les circonstances n'eussent pas perce mis d'en compléter le nombre , ni même de laisser « à ces fonctions ceux qui avaient été détachés de « leurs corps pour les remplir.» Parmi les causes qui éloignaient de ces emplois ceux qu'on désirait y appeler, Tune des principales était le refus fait par les divers ministres de prendre en considération , dans
de l'école polytechnique. fi8oi-i8o5] a45 h fixation du traitement ou du grade de ces jeunes ingénieurs on officiers, lesdépenscs du séjour de Paris. Il y en avait aussi de particulières aux corps militaires. On eut des raisons de « craindre que les f'oncu lions de chefs d'études ne jetassent quelque défa- « veur sur ceux qui les exerceraient pendant la « guerre; » et l'on demanda pourquoi , tous les officiers de l'Artillerie ou du Génie ne pouvant être employés à l'armée, « il serait moins honorable de rem- « plir les fonctions de chefs d'études à l'Ecole Poly- « technique, c'est-à-dire ji l'Ecole primaire du service h auquel ou appartient, qu'à l'Ecole secondaire ou « d'application du même service. » H s'était aussi manifesté des craintes sur ce que « ces fonctions et « une application trop prolongée aux sciences maie thématiques et physiques pourraient empêcher les b jeunes officiers de prendre l'esprit militaire. » On opposa à ces craintes l'exemple de plusieurs officiers dont la mort glorieuse sur les ehamps de bataille avait prouvé ■ que les mêmes hommes pouvaient tout « à la fois servir l'Etat de leur sang et de leurs lu- « mières. » On proposa d'ailleurs, pour atténuer l'inconvénient que l'on redoutoit, de choisir les chefs d'études , non plus parmi les élèves sortant de l'Ecole d'application , mais parmi les jeunes officiers qui auraient déjà un ou deux ans de service, etc. , etc. Les efforts réunis des Conseils de perfectionnement et d'instruction , pour le maintien de l'établissement des chefs d'études, furent infructueux', il fallut en revenir aux chefs de brigade , auxquels la nouvelle organisation donna des titres et des insigne» militaires, qui
n'ajoutèrent rien à leur utjlité , sous le rapport de la discipline.
Cependant la discipline était évidemment le principal objet qu'avait eu en vue l'auteur de cette organisation , qui porte la date du 16 juillet 1804 0*7 messidor an xii). Elle ne change rien au moded'admission, non plus qu'au mode et à l'objet de renseignement. Elle se borne, sur ce dernier point, à ordonner qoe * les élèves seront plus particulièrement occupés do « dessin; qu'ils ne seront admis à l'Ecole, qu'après « les premières études de la figure \ et qu'avant d'être t admis aux examens de sortie, Us devront avoir t présenté quatre dessins d'architecture, lavés-, quatre « idem de machines, lavés; six idem de fortification , « avec profils , et six idem de cartes , tant en plan géo- « métrai qu'en perspective , conformes anx modèles « qui seront arrêtés par le Conseil de perfectionne- « ment. » Tous les autres articles du décret se rapportent à l'administration, et surtout à la police. Voici les dispositions principales qu'ils renferment : La direction de l'Ecole est confiée à un gouverneur, qui a sous lui un directeur des études , commandant en second.
11 y a , pour la police des élèves, et pour leur instruction militaire, un chef de bataillon, deux capitaines, deux lieutenans, et un quartier-maître.
Les élèves sont formés en un bataillon de cinq compagnies. — La cinquième devait être composée des élèves des Ponts et Chaussées ( 1). — Chaque com-
(1) La disposition relative aux âtres des IVmcs et Chaussée* ne fut point exécutée. •
ds l'école polytechnique. [i8oi-i8o5J 247 pagnie est commandée par im des capitaines ou des lieutenans chargés de la police , et composée de soixante-quinze élèves, dont un sergent-major, un fourrier, deux sergens , el qualre caporaux. — > Ils doivent être casernes sous un mois, soumis à la discipline, police, tenue et instruction militaires, comme dans un régiment; armés et équipés comme l'infanterie de ligne; et marcher militairement pour se rendre de la caserne à l'Ecole et de l'Ecole à la caserne. — ils conservent la solde de sergent d'artillerie.
Le gouverneur est seul chargé de tout ce qui concerne la police, discipline, tenue et exercices militaires; mais il ne peut choisir pour ces exercices que les momens consacrés par les réglemens qui seront faits pour l'enseignement théorique et pratique des sciences et arts. — Il accorde toutes les permissions et congés, inflige toutes les punitions; mais il ne peut renvoyer un élève sans l'autorisation du ministre de la guerre. Les peines de discipline ne peuvent dispenser les élèves de se trouver aux cours et travaux de l'Ecole. — Il préside les Conseils et les Jurys; il y a voix prépondérante. Il travaille avec le ministre de la guerre, pour tout ce qui a trait ;t l'Ecole. Il lui propose les officiers qu'il croit propres a commander les élèves. 11 nomme et révoque les sons-officiers, les agensde l'Ecole, les examinateurs, et les instituteur», en se conformant au mode prescrit par la loi du 16 décembre 1J99 (iS frimaire an vrn). — Il assiste aux cours, leçons, répétitions, lorsqu'il le juge convenable-, mais il ne peut, en présence des élèves, s'immiscer dans lesdits cours ou leçons.
Le Conseil de perfectionnement est au reste main-
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tenu dans sa composition et dans ses attribution: Le Conseil d'Instruction est déchargé de tout ce qui est relatif à la police, ainsi qu'aux recettes et aux dépenses. — Cette dernière partie de ses fonctions est remise à un Conseil d'administration compose du gouverneur, de deux instituteurs ou examinateurs désignés par le ministre de l'intérieur, et de deut capitaines désignés par le ministre de la guerre.. Le quartier-maître est secrétaire de ce Conseil et des deux autres.
Le général Lacuée , conseiller d'Etat, fut nommé gouverneur, et entra aussitôt en fonctions (août i8oj). Gay de Vernou eut l'emploi de commandant en second, directeur des études.
Il était dillicile d'exécuter ponctuellement l'article du décret qui fixait, pour le casernement des tit&vet, Je court délai d'un mois; et, pour le dire en passant, cet article était bien propre à confirmer le bruit qui s'était répandu, que l'ordre du casernement était le produit d'un premier mouvement d'humeur. Quoi qu'il en soit, ou se mit incontinent à l'œuvre pour l'accomplissement des volontés de Napoléon. Lue commission du Conseil fut envoyée à Foula tactil au, où était alors l'Ecole Militaire , pour y recueillir tous les renseigne™ eus nécessaires sur le régime de celte Ecole, dont la discipline et la distribution intérieure devaient, aux termes du décret, servir de modtli pour l'Ecole Polytechnique. On s'occupa en mêiw temps de la recherche d'un édifice propre a servir ik caserne. On jeta d'abord les yeux sur les chateidi royaux de Saint-Germain-eu-Laye et de Vincenues. Mais un cm placement hors de Paris aurait fait renon-
df. l'école polytechnique. [i8oi-i8o5] a49
cer à J avantage de choisir les professeurs parmi l'élite des savans qui résident dans la capitale; ce qui fut toujours regardé comrhe une des conditions essentielles de l'Ecole. D^ns Paris, après avoir balancé entre la Sor bonne, l'ancien couvent de Sainte-Marie de la rue Saint- Jacques , celui des Minimes, l'hôtel de Biron, l'ancienne maison des Jacobins de la rue Saint-Dominique, et Je collège de Navarre, on se décida pour ce dernier local, par des raisons de convenance et d'économie. Ces recherches , et les travaux nécessaires pour adapter les bâtimens de ce collège à leur nouvelle destination, employèrent plus d'une année , pendant laquelle le décret du 16 juillet 1804 (27 messidor an xn), reçut deux modifications importantes : i° la réunion de la caserne et de l'Ecole dans un même emplacement; a° l'obligation imposée aux élèves de payer une pension.
Nous inclinerions à penser que Napoléon n'avait pas une résolution arrêtée «sur ce dernier point, lorsqu'il signa l'ordre du casernement. Mais, en s'occupant de déterminer les fonds nécessaires pour ce régime nouveau, il reconnut, avec l'administration de l'Ecole, que le traitement de trois cents élèves, qui, en y joignant la masse de secours, formait une somme d'environ cent vingt-sept mille francs (1), ne pouvait suffire ; et alors il consentit à ce que le déficit fût rempli par des pensions jusqu'à concurrence de cent
(1) La solde de sergent d'artillerie, allouée anx élèves par l'organisation de 1799, leur formait un traitement annuel tTcnriron 36o francs. Les deux cinquièmes d'entre eux participaient en outre à la distribution' du fonds de secours e'iabli par la ménic loi , pour une somme moyenne de 19 à i5 francs par mois; ce qui portait le traitement annuel de ceux-ci à 5oo ou 53o francs.
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mille francs. Le Conseil de perfectionnement, dans sa session de noyembre 1804, demanda que la pension fût d'abord fixée à cinq cents francs, « sauf au « gouvernement à en exempter cinquante élèves , et « à en baisser le taux Tannée suivante , si l'expé- « rience prouvait qullsfut plus que suffisant. » Cet objet ne fut définitivement réglé que le 9 septembre i8o5 (aa fructidor an xiu), par un décret impérial, portant, que chaque élève paiera une pension annuelle de huit cents francs, se pourvoira d'un trousseau semblable à celui qui a été- déterminé pour ÏEcole Militaire , et se fournira à ses frais les livres de tout genre , les règles , compas et crayons qui loi sont personnellement nécessaires. L'administration doit pourvoir , de son côté , an logement des élèves 9 à leur nourriture, habillement, équipement, chauffage, éclairage, tant en santé qu'en maladie, et à la fourniture des plumes, papier, encre et autres menus objets nécessaires àleor instruction. Les élèves, alors à l'Ecole, sont tenus de remplir les mêmes conditions de pension et de trousseau. Ceux à qui l'état de leur fortune ne le permettraient pas doivent adresser au gouverneur les pièces qui constatent cette impossibilité.
Le dernier article du décret est ainsi conçu : « Nous
« nous réservons de statuer sur le sort des sujets dis- « tingués qui se seraient présentés au concours , et à « qui la modicité de leur fortune ne permettrait pas « de payer la totalité de la pension. »
Plus d'un an après la date -de ce décret, aucune disposition n'avait encore été faite pour la réalisation de cette promesse; et, lors de l'ouverture des cours de la douzième année (novembre i8o5 ), trente-quatre
r>E l'êcoi-f. polytechnique. [i8oi-i8o5] a5i élèves ancien», dont la plupart étaient absolument sans ressource , auraient été forcés d'abandonner l'Ecole, si le Conseil d'administration, sur la proposition du gouverneur, ne fût venu à leur secours par îles moyens extraordinaires, et n'eût payé pour eux le premier quartier de la pension. Le Conseil de perfectionnement, qui était alors assemblé, applaudit à cette bienfaisante mesure, et la présenta , dans son rapport annuel, comme digne, «non-seulement de « l'approbation mais des éloges du gouvernement. » Le Conseil reconnaît, dans le même rapport, les avantages de la pension « qui ne laisse plus à la charge du h trésor public que les dépenses de l'instruction, et « quidonneau gouvernement, dans la fortune qu'elle « suppose, le gage le plus ordinaire d'une éduca- « tion soignée et d'un désintéressement plus facile. » Maïs il se liâte d'ajouter que, « pour que cette dispo- « silion soit exempte d'inconvéniens, il faut qu'une " mesure complémentaire conserve à l'Etat ces sujets « d'élite qui manquent de fortune et non pas de « génie , qui , dépourvus des moyens de s'instruire , « surpassent leurs rivaux en instruction comme en « talens ; » et il demande !a formation, sur les fonds des services publics, n d'un pelit nombre de bourses u applicables aux candidats qui se trouvent les pre- <. miers sur la liste du Jury d'admission , et justifie- » ront qu'ils sont hors d'état de payer la pension. » Tous ces vœux furent exaucés. Un décret, du 6 février 1806, ouvrit, sur les fonds généraux de l'instruction publique , un crédit de quarante-deux mille francs, pour tenir lieu des pensions dont on fit la remise, totale ou partielle, aux élèves, anciens ou
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nouveaux, qui furent jugés avoir besoin de ce se cours. Pour les élèves de la nouvelle promotion, la faveur fut restreinte à ceux qui se trouvaient au nombre des trente premiers de la liste d'admission, laquelle éiait de cent vingt-cinq. Une somme de trente mille francs fui ensuite accordée annuellement pour être employée de la même manière, en faveur des élèves placés parmi les quarante premiers de la liste de mérite. Monge y ajouta, chaque année, une partie de son traitement d'instituteur, qu'un sénatus-eonsulte. du 4 a°ût 180a (16 thermidor an x), lui avait rendu le droit de toucher. Ce traitement, qu'il laissa toui entier à l'Ecole, l'année qu'il eut la présidence du Sénat, subvînt aussi quelquefois au paiement de divers agens de l'instruction, répétiteurs ou dessinateurs , lorsqu'on jugeait nécessaire d'augmenter temporairement le nombre de ces emplois.
Pendant les six années 1800 à i8o5, cinq cent quarante-trois élèves furent admis dans difTérens services; près de cent autres se retirèrent volontairement (1); et plus de quarante furent obligés de quitter l'Ecole, pour n'avoir pas complété leur instruction dans le temps prescrit. Ce dernier résultat doit-il être attribué à la trop faible instruction des randidiU admis? Tout ce que nous pouvons dire à ce sujet, c'est que le Conseil. qui avait cru nécessaire, en 1800, de prendre des mesures contre cet inconvénient capital (voy. page ao3), le reconnut, en 1804, pourli cause du mauvais succès des examens subis par un y.[-M\i\ nombre d'élèves de première année; et prit
unit nombre i!t> demi
ret.ldcp.ix
DE l'ÉCOL& POLYTECHNIQUE. [l8oi-l8o5j *53
immédiatement un arrêté portant «que le premier « travail des répétiteurs d'analyse, à l'ouverture des « cours, serait dirigé par les instituteurs, de manière « à s'assurer que les élèves nouvellement admis posai sèdent parfaitement les matières comprises dans le « programme d'admission. » Une Commission fut en outre chargée de faire des recherches sur cet objet ; et, d'une comparaison qu'elle établit entre le nombre des élèves admis chaque année à l'Ecole, et le nombre de ceux qui n'avaient pu , après un an d'études , passer au cours de deuxième année, elle crut pouvoir tirer cette conclusion, « que les élèves qui, dans la <c liste générale, sont placés au-dessus du nombre cent u dix, suivent difficilement le cours de la première « année. » Toutefois, après avoir exprimé l'espoir « que, les Lycées et les Ecoles secondaires «étant « multipliés dans ces derniers temps, l'instruction « mathématique serait désormais plus complète, et « que, par la suite, il n'y aurait pas d'inconvéniens à « admettre de cent vingt à cent trente élèves , » elle fit décider l'envoi, comme en 1800, d'une circulaire « tendante à diriger le? professeurs de mathémati- « ques (Jans leur méthode d'enseignement. »
Une des 'suites fâcheuses de la difficulté qu'éprouvaient quelques élèves k se tenir au courant de l'instruction, était le travail excessif auquel il leur devenait nécessaire de se livrer pour se préparer au concours. On lit , dans un rapport du Directeur au Conseil de perfectionnement (1801), que « les mala- « dîes se sont multipliées sur la fin de l'année, et « que l'excès de travail , aux approches des examens*, « a âté à un très-grand nombre la faculté de les subir
a54 histoire *
n à leur avantage. » Dans le rapport de Tannée suivante (1802), le Directeur se félicite de ce que, « à « Tapproche des examens, il s'est trouvé moins de « malades; » il en donne pour raison, « que les élèves a ont été plus constamment tenus au courant, au « moyen des exercices par écrit, et qu'ils ont suivi « les conseils qui leur OBt été répétés, de ne pas « passer des nuits à l'étgde (1). »
Ces exercices par écrit, auxquels le Directeur attribuait une si heureuse influence, avaient été établis en 1802 pour le cours d'analyse, sur la demande
(1) On a dit, dès les temps les plus voisins de la fondation de VEeole , et Ton a repente* quelquefois depuis , que les études imposées aux élèves les obligent à àtê efforts excessifs qui leur occasionent soa* vent des maladies graves , et en conduisent quelques uns à une mort prématurée. Des recherches ordonnées en 1897, par les chefs de l'Ecole, ont établi les faits suivant:
1*. Pendant les orne années antérieures au casernement, de 1795 à i8o5,
3a84 élèves — 4$ décès — 1 sur 73.
9°. Pendant les onze années , du casernement an licenciement, de 1806 a 1816,
3445 élèves — 39 décès — 1 sur 1 rg.
3*. Pendant les orne années qui ont suivi la réorganisation , de 18 r a 16*37,
1979 élèves — 9 décès — 1 sur aao.
Or , d'après les tables de mortalité les plus récentes , la proportion des décès, parmi les hommes de 18 à ai ans , Age moyen des élevés , est, a Paris , de 1 sur 80. Ainsi , dans la première période , les pertes de l'Ecok ont dépassé celte proportion d'un dixième $ mais elles sont restées «Tan tiers au-dessous dans la seconde période, et de près des deux tiers dam la troisième. Il serait d'ailleurs facile d'indiquer quelques unes des causes de la plus grande mortalité qui a en lieu dans la période antérieure ta casernement. Nous nous bornons à. rappeler la pénurie où se trouvaient en ce temps beaucoup d'élèves, le mauvais régime alimentaire qui en était la suite, et la faculté que tous avaient alors de s'imposer des veilles plus on moins longues , pins ou moins fréquentes , et qui n'élaient pas toujours consacrées a l'étude.
DE LÉCOLE POLÏTF.CHNIQUF.. fl8oi-l9o5] ^55
«te l'un des instituteurs, qui, après avoir exposé an Conseil combien iJ est utile au succès d'un cours d'imposer aux élèves l'obligation de rendre compte, a des époques très-rapprochées , des leçons qu'ils ont reçues, et d'en faire de fréquentes applications, remontra que des interrogations verbales ne pouvaient remplir cet objet à l'égard d'un cours de mathématiques suivi par un très-grand nombre d'auditeurs, a cause des calculs et des constructions que nécessite toujours une question relative à l'analyse où à la géométrie, et qui emploient un temps considérable. Il allégua aussi la variété des questions , qui ne permet pas de comparer avec précision les candidats, et enfin les effets de la timidité sur des examens oraux. Quoique ce genre d'épreuves n'eût été proposé que pour les mathématiques , il fut appliqué bientôt ap^ès aux cours de physique et de chimie-, et le Directeur déclara au Conseil de perfectionnement que « ce moyen, « combiné avec les interrogations au tableau, était le
■ plus sûr pour bien connaître la capacité des élèves.» Après une seconde année d'expérience, il assura que o les compositions par écrit avaient le plus contribué
■ à entretenir l'émulation et l'habitude du travail
»■ parmi les élèves. » Le Conseil de perfectionnement lui-même eu détailla les avantages dans son rapport de 180a, et insista sur ce qu'elles exerçaient les élèves au travail de la rédaction. Il paraît toutefois, comme nous le dirons plus loin, que ces témoignages favorables ne furent pas confirmés par l'expérience.
D'autres moyens furent mis en œuvre pour assurer de plus en plus le succès des études. Nous indiquerons au premier rang les ouvrages élémentaires com-
^56 Bwwm
poses par les instituteurs eux-mêmes, d'après le vont exprimé en 1800 (voy. pagu 218) et renouvela en i8o5 par le Conseil de perfectionnement. Voici ceux que l'Ecole possédait à la fin de l'année iSo5 : le Traité de Mécanique, rédigé d'après les méthodes del'rony, par F rancœur, son répétiteur; Prony donna en outre le Plan raisonné de sou cours, et divers Mémoires sur des questions de mécanique; le Cours d'analyse algébrique de Garnier, suppléant de Fourier, alors en Egypte; les Feuilles d'anal y.r appliquée à la géométrie, par Monge; V application de l'algèbre à la géométrie, par Monge'ct Hachette; le Cours de fortification, de Gay de Veroon-, les Leçons d'architecture, de Durand (1). Ces ouvrages, imprimés aux frais de l'Ecole, étaient vendus à bas prix atfc élèves qui pouvaient les payer, et donné* gratuitement à ceux qui participaient au fonds uV secours créé par l'organisation de 1799. Les dépendes qui restaient ainsi à la charge de l'Ecole étaient prélevées sur le produit du Journal. Le Conseil mît au nombre des onvrages dont les élèves devaient I0*B être pourvus, la Physique céleste d'Hassenfrair; le Traité élémentaire de calcul différentiel et de calcul intégral de Lacroix; le Résumé des leçons du cours de Travaux civils ou de Constructions , p»r Sganzin; le Traité de géométrie descriptive ii;
(1) Durand a otté* h PEeol »»ec 64 planche» gravies ] , ri et Parallèle d'à ' que moderne* ( i voluuj J. G. Ugramt), toi!» I rie ion <<pouiï, le pi-mli
1 dVIere
de l'écolb polytechnique. [i8oi-i8o5] ?57
Monge, la Philosophie chimique de Fourcroy, le Traité de Physique de Haiiy, Y Optique de Lacaille^ avec des notes de quelques élèves de l'Ecole , et la Minéralogie de Brochant.
Ou ouvrit aux élèves -^ne autre source d'instruction, en leur accordant larfaculté de parcourir, à des heures déterminées, les diverses collections de l'Er cole, lesquelles avaient reçu, depuis i8o3, 4es accroissemens assez considérables, surtout en .«st rumens de phjtique. Nous avons parlé des objets expédiés d'Italie pafNonge (i)£fteveu avait aussi envoyé d'Allemagne, où il remplissait une mission à la suite de l'armée de Moreau , quelques caisses de minéraux recueillis dans le territoire de Salzbourg. Enfin, plusieurs anciens élèves « s'étaient lait un honneur , » suivant les expressions du Conseir de perfectionnement, « de « placer, dans ces dépôts qui avaient serift \ leur « première instruction une part des richesses #atu~ « relies qu'ils arpent été à portéç d'observer et de « recueillir en différentes contrées. »
Les répétitions étaient encore considérées comme on des .principaux secoura1$Nfttff&^ l'enseignement. Instituées d'abord pour l^MBUlb^yrfiques, on leaavait étendues à la physiqu^j^f^ie. Afin d'afipnenter le nombre de celles to cours d'analyse , on donna des adjoints aux répétiteurs, et ceux-ci fnrent invités à loger dans l'Ecole. Mais, en i8o5, on remplaça le» répétitions par des interrogations générales, en plot
(i) Dan» le dernier envoi ,,<rui n'arriva qu'en 1801 , se treoTaient de* destins inédits du Voyage pittoresque de la Grèce de QugsejiJ-Gaa(fier. Ils furent remis trois ans «près a leur illnsire propriétaire, de mai ]*EeoJe reçut en retour la promesse de trois exemplaires de ce bel 00- *ragt, un modèle en relief dn temple de Minerve à Aibeuee, etc. etc.
grand nombre, faites à l'amphithéâtre. Dès /'année précédente, la durée des leçons avait rtcu une augmentation assez considérable, afin que les instituteurs pussent en employer la première moitié à interroger. Il leur fut aussi recommandé de terminer leurs cours par des récapitulations, dam lesquelles ils remettraient devant les yeux des élèves les points capitaux des grandes théories , dégagés des détails qui n'en sont que des accessoires ou des développemens.
La distribution du temps entre les diverses partics de renseignement frit aussi l'objet d'une vire et constante sollicitude. Ce travail a toujours été fort aadu. Assigner à chacroe branche d'instruction la portion de ce temps qui lui eit nécessaire , établir entre les différeus genres d'étude| une succession combinée de manière à soulager l'esprit , placer les plus difficjjes dans les momens de la journée les pins favorables à l'application de l'intelligence , telles sont les données de cerproblème , dont tm difficultés propres se compliquant encore des prétentions des divers instituteurs, qui, dans leur zèle inquiet pour le succès de leurs cours, sont rarement satisfaits de la quantité de temps affectée à la science qu'ils enseignent. Le premier exemple un peu remarquable d'une réclamation de cette espèce fut donné en i8o* par Fourcroy, k l'occasion d'une distribution des études qui venait d'être adaptée à la période hebdomadaire, et dans laquelle la chimie ne lui semblait pas assez bien partagée. «Les mathématiques, » écrivit-il au Conseil, « ne devraient pas, malgré leur importance, occuper « les élèves pendant les deux tiers de leur temps. Le « tiers qui reste pour les autres sciences , et surtout
ni l'école polytechhique. [i8oi-i8o5] i5g « pour la physique el la chimie, est insuffisant pour « leur en apprendre même les élémens. » II demande qu'un temps plus Ion» soit donne" pour l'étude de la chimie, et se plaint de ce qu'il n'y a plus pour celle partie qu'une leçon par semaine , ce qui a <i l'incon- « vénient de faire prendre au* élèves une idée mes- « f ruine de celte science, et de les habituer à la ren garder comme moins utile que d'autres, m Tourmenté de celte idée, il y revient encore deux fois. II lui parait «que le premier»but de l'ancienne Ecole « n'est plus rempli ; qu'on sacrifie trop de choses aux ■i mathématiques, et qu'il est a craindre que l'opi- " nion ne continue à regarder celles-ci comme le « seul véritable objet des études de l'Ecole. » Il termine en demandant l'insertion de sa lettre dans les registres du Conseil, «.afin, » dit-il, a qu'elle puisse •i me servir quelque jour à prouver que j'ai réclamé ■ contre cet arrangement, qui ne me paraît pas aussi h avantageux qu'il aurait pu l'être à l'avancement des l élèves et aux notions qu'ils doivent acquérir de l'u - « tilité respective des sciences qu'on leur enseigne. » lim: réclamation si solennelle, appuyée de toute l'aulorilé que donnait à Fourcroy le savoir, l'expérience , et les fonctions de directeur de l'instruction publique, n'eut d'autre effet que de faire retrancher quelques heures a la fortification et au dessin, pour les ajouter aux éludes el aux manipulations de chimie; mais le nombre des leçons demeura réduit d'un tiers. Les plaintes de Fourcroy avaient d'ailleurs un trop juste motif. Malgré le mérite éminent des trois instituteurs, l'enseignement de la chimie n'avait qu'un médiocre succès. Le Conseil délibéra>phtsieurs fois
a6o HISTOIRE
sur les moyens d'obtenir de meilleurs résultats. Ceux qu'il jugea les plifs efficaces consistèrent principalement, comme il a été dit, à établir des répétitions, et en outre & donner plus de régularité , d'intérêt et de durée aux manipulations/
Ce ne fut pas seulement la chimie qui éprouva des réductions pendant les années 1801 à i8o5. La géométrie descriptive fut diminuée df vingt leçons et d'une part proportionnelle du temps destiné au travail graphique ; le dessin dti&Umion perdifctla moitié du temps qui lui était affecté en 1800. On voulut, par compensation, augmenter le nombre*! es maîtres externes ; mais on ne tç^uva pas de fonds pour ce surcroît de dépenses. Les retranchemens les plq» sensibles tombèrëht sur les cours de fortification, de travaux civils, et $ exploit ation^des mines. Le premier ne conserva que la moitié , les autres que les deux tiers , du nombre de leurs leçons. Les épures de ces trois cours furent aussi beaucoup diminuées; on devait y suppléer par des gravures, lorsque la chose serait possible. Ces réductions furent opérées en grande partie au profit de X analyse et de la mécanique. Le nombre des leçons resta le même; mais le' temps que les élèves pouvaient employer à l'étude de ces sciences fut presque doublé pendant ces cinq années; et, pour aiguillonner leur émulation, on régla qu'ils seraient interrogés, deux fois chaque année, en présence des examinateurs permanens. On arrêta de plus que les professeurs et les répétiteurs suivraient les mêmes élèves pendant toute la durée de ces cours , qui se partagent entre les deux années d'études. Une augmentation encore plus considérable de temps et
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [l8oi-l8o5] a6 1
de leçons fut accordée au cours ft architecture. Il fallut aussi trouver place pour quelques séances destinées à l'exécution des cartes topo graphiques et des lavis exigés par le décret qui instituait le régime militaire ( voyez page i/fi ). Enfin , cette organisation nouvelle laissant plus de temps disponible, le Conseil d'instruction proposa d'en profiter pour rétablissement d'un cours de grammaire et de belles-lettres. Le Conseil de perfectionnement s'empressa de soumettre cette proposition au gouvernement , et lui présenta même d'avance le professeur dont il avait fait choix. Il alla encore plus loin : l'année scolaire étant sur le point de s'ouvrir (novembre 1804), le nouveau professeur, qui était Andrieux (i) , de l'Académie Française, fut autorisé à commencer son cours, sans attendre la réponse du ministre. Mais Napoléon ne partagea pas d'abord cette pleine conviction sur l'utilité du cours de belles-lettres. Après avoir laissé écouler une grande partie de l'année (i8o5) sans manifester sa volonté à cet égard, il fit connaître qu'il ne déciderait rien avant l'organisation définitive de l'École ; et le ministre , en permettant d'achever le cours qui était fort avancé , prescrivit de le suspendre pour l'année suivante. Le Conseil renouvela donc sa proposition, et s'appliqua , cette fois , à en dévolopper les motifs avec plus de force et d'étendue. Il s'appuie , en premier lieu, de l'opinion exprimée en i8o3 par la Commission d'officiers d'Artillerie et du Génie, chargée de rédiger un plan d'instruction pour l'École commune des deux armes. Cette commission avoit demandé qu'un "cours sur
(t) Il araii et pour compétiteurs Thurot et Ginguené.
aba histoire
l'art d'écrire fût établi à l'Ecole Polytechnique , afin de donner aux élèves « la méthode et le goût néu cessa ires pour ranger avec ordre leurs idées, et * les exprimer avec pureté, concision, simplicité," ajoutant que u ces leçons doivent succéder sansl;iu cune aux humanités ; qu'elles forment une branche » d'instruction première, commune, également utile « à tous les services; qu'il convient de l'enseignera « l'École Polytechnique, et que nulle part on ne « peut, comme à Paris, attacher à ce cours un pro- « fesseur distingué par son goût et ses cormais- « sances. » Le Conseil, après avoir fait observer qu'il a rempli ce"dernier vœu dans le choix du professeur, annonce, u qu'une courte et heureuse expériences il déjà prouvé que ce eours est, pour les élèves, « moins une étude qu'un délassement; qu'il se lie et « s'applique au reste de leurs études; qu'il les abroge u et les rend plus faciles, en donnant aux élèves les « moyens d'exprimer leurs idées avec plus d'ordre, u de clarté,de promptitude. Le temps, «dit il ensuite, « produira de plus grands résultats; les élèves arri- « veront possédant les langues française et latine; le « cours n'embrassera plus que l'art d'écrire et ses « applications au service de l'ingénieur. Le proies- « seur pourra s'attacher davantage à former le goût u des élèves, à leur inspirer le sentiment des conu- « nances, a corriger en eux le penchant de l»j* « nesse vers les amplifications, les faux ornemens, "■ et tous ces travers de style, plus ridicules « qu'une incorrecte simplicité, u Enfin, s* élevant des considérations d'un ordre supérieur , le Conseil termine ainsi ; « Celte étude influera même sur leur*
de l'école polytechnique. [i8oi-i8o5] llM « mœurs et leur caractère. Tels sont les résultais de « l'éducation littéraire : le commandement acquiert a plus de noblesse et perd de sa dureté ; l'obéissance « est plus prompte et moins servile; entre égaux, a les relations détiennent plus faciles, plus favo- « râbles à l'harmonie qui doit régner, surtout parmi <i des hommes qui , placés en des postes divers , ont >< un même but, la gloire et le bien de l'État. Enfin, <i l'étude des lettres, en accoutumant l'esprit à des u plaisirs plus délicats , prévient ou combat les goûts n honteux et grossiers, modère la violence des pas- * sions, et, dans leurs excès même, conserveà l'homme « quelque chose de sa dignité. » Cette seconde tentative eut un j.uci'ès complet et assez prompl. Deux mois environ après la présentation du rapport, le ï8 février i8o(i, Napoléon rendit sa décision, d'après laquelle le cours et le professeur furent agréés (l).
De 1801 a i8o5, le programme d'admission n'éprouva prcsqu'aucun changement dans sa partie scientilique ; mais on y introduisit, avec une prudente gradation, quelques conditions nouvelles relatives au dessin et à l'instruction littéraire. Ainsi, a l'obligation imposée aux candidats, en 1801, de prouver qu'ils savaient écrire correctement leur langue, on ajouta, l'année suivante, celle de l'écrire lisiblement. La proposition, renouvelée en i8o3, d'annoncer que la connaissance de In langue latine serait exigée pour les concours subséquens, avait semblé encore prématurée; mais, en 1804, les candidats furent tenus de faire l'analyse grammaticale des
(1) V.iyei, a l'Appendice, le tabkau comparatif de la clîil du tculpt eulie lea (litciiea parti» de l'eme ignenwm : année r
phrases françaises qu'ils écrivaient sous la dictée de l'examinateur; et ce fut seulement, clans le programme pour Tannée iflo6, nue l'on inséra une note portant « qu'a compter de 1807 , les candidats devraient être * assez instruite dans la connaissance de la langue « latine pour expliquer les Offices de Cicéron. » Usant de la même circonspection à l'égard du dessin, le Conseil s'était borné à faire annoncer, dans ïavis publié par le ministre pour le concours de i8oï,
■ que, toutes choses égales d'ailleurs, la préférence « serait donnée aux candidats qui, avant l'examen, « auraient déjà fait quelques progrès dans l'étude dn « dessin. » Mais le décret sur le régime militaire ayant prescrit que les élèves ne fussent admis à l'École qu'après les premières étude* de la figure, on ajouta au programme pour i8o5 , que « les candidats « seraient tenus de copier une tête, d'après l'un des n dessins qui leur seraient présentés par l'examina-
■ leur. »
La fin de cette année i8o5 est remarquable pr changement assez important dans quelques parti» de l'instruction.
D'abord, le cours de chimie dont s'était chargé Berthoellt disparut de l'enseignement, mais sans y laisser de lacune réelle, toute la partie élémentaire ea ayant été séparée, eu 1802, pour être rejointe au couri de chimie appliquée aux arts. Sont les noms de Chimie pratique, de Principes de chimie appliqua aux opérations de chimie, de Cours de perfectionnement de chimie, les leçons de l'illustre professeur n'avaientplus pour objet que celte Stattquechimiqut, l'un de ses litres de gloire, et qu'il publia vers «
DB L ÉCOLE POLYTECHMIQ0E.fi 80I-180 5] l65
même temps. Le cours de Berthollet n'était donc f comme celui de Lagrange, qu'un sublime horsd'oeuvre; et cette chimie transcendante ne pouvait convenir aux élèves, qui avaient à peine le temps nécessaire pour acquérir les connaissances exigées. Aussi, te cours de perfectionnement fut-il supprimé sur la proposition de Berthollet lui-même, qui se démit ertméme temps des fonctions d'instituteur (i). Peu 4e jours après, ces cours cT application y attaqués en 1797 par le Comité du Génie, supprimés la même année par le Directoire , rétablis par l'organisation de 1799, et dont le Conseil de perfectionnement, dans sa première session, avait entendu et répété .la timide apologie ( voyez page a 1 7 ) , ces cours succombèrent enfin sous une nouvelle attaque. Déjà h Commission mixte, dans son travail sur le plan d'études préparé pour l'École de l'Artillerie et du Génie 1 avait proposé, en 180$* de les remplacer par des cours sur Y histoire naturelle, la topographie et Y art décrire; mais oa avait trouvé moyen d'introduire ces deux derniers cours sans en retran-
(1) Qu'il nous soit permit de rapporter ici quelques lignes de la lettre
que Berthollet écrivit a cette occasion au gouverneur; les unes sont
honorables pour l'Ecole, les autres pour un de ses membres les
plus distingue*. «J'ai vu avec regret arriver le terme qui me sépare
m (Tune institution qui m'inspira, dès son origine, le plus vif intérêt.
c Si je n'ai plus le bonheur de coopérer avec mes célèbres confrères a
« cultiver des talens consacrés a la patrie, je leur resterai uni par l'a-
c initié et par les vœux que je fais pour l'Etablissement le plus utile a la
« propagation et aux progrès des lumières. Je laisse dans cette Ecole ,
« dont vos soins paternels conserveront lVclat, un jeune ami que je re-
« commande à votre bienveillance. Gay-Lussac commença ses essais
« chimiques aux laboratoires de l'Ecole Polytechnique ; etc. etc. » Nous
n'avons pas besoin de dire si le jeune ami de Berthollet s'est montré
difne de cet illustre et touchant patronage.
éG6 HISTOIRE
aucun autre. L'année suivante , le Conseil de perfectionnement ayant décidé que les fooctiossde directeur des études, auxquelles venait d'4tre appelé Gay de Vernon , étaient incompatibles avec celles d'instituteur , et la question relative au cours de fortification se trouvant ainsi dégagée de toute considération personnelle, les adversaires des cours d'application en profilèrent pour demander la suppression de celui-là , alléguant que « cet enseigue- « ment , quelque utilité qu'on lui reconnut en loia même, n'était, pas convenable k l'École Polytech- « nique, où il prenait aux élèves up temps quiJeur a manquait pour acquérir & fond les connaissances a plus générales qui constituent l'ingénieur habile « dans tous les services. » Les sentimens furent trèspartages sur cette proposition. Quelques membres, se bornant à reconnaître que renseignement de la fortification devait être restreint aux notions les plus générales , proposèrent de le réduire à dix leçons , et de le réunir au cours de Travaux civils. D'autres soutinrent que le cours de fortification devait être conserve sans aucun changement, se fondant sur les motifs qui, dans l'origine, avaient déterminé 1'établissemebt à l'École de tous les cours de géométrie descriptive appliquée, motifs puisés dans la conviction où Ton « était dès lors , « que chacun des services publics « possède des principes généraux et même des pra- « tiques particulières qu'il est utile de rendre corn- « munes aux. autres corps d'ingénieurs; que ces « difierens corps, dans leurs travaux habituels, « ont entre eux différent» points de contact, dans a la discussion desquels il est nécessaire qu'ils aïeul
de l'école polytechnique. [i8oi-i8o5J 267
* la même langue et qu'ils reconnaissent les mêmes « axiomes, ce qui ne peut être que l'effet des lu- « mières qu'ils ont acquises ensemble à une école « commune. » Le Conseil de perfectionnement, jugeant qu'une telle question devoit être mûrement examinée, et considérant d'ailleurs que la suppression imprévue d'une branche d'instruction dans l'Ecole Polytechnique pouvait laisser une lacune dans renseignement de quelques Ecoles spéciales , maintint provisoirement le cours de fortification pour l'année i8o5, et renvoya la désignation du professeur au Conseil d'instruction.
Ce Conseil se montra fort opposé à toute suppression des cours d'application. La Commission nommée dans son sein pour s'occuper de ce sujet déclara « que la question touchait de très-près à la conservait tion de l'École, ou du moins a celle du grand c caractère qui la place au-dessus de tous les éta- ■ blissemens du même genre , et qui lui a mérité « la réputation qu'elle a obtenue dans toute I'Eu- « rope. » Puis , après avoir retracé les vues qui ont présidé à la création de l'École, pour la substituer à toutes les Ecoles spéciales, et avoir fait observer que ce plan a été réduit et modifié , la Commission ajoute « que c'est toutefois parce qu'elle offre un système a complet d'enseignement , dont les branches sont « tellement liées les unes aux autres qu'on ne peut '■. en soustraire une seule sans détruire toute la sy- « métrie du système , et parce que les cours ont tou-
* jours été confiés à des hommes qui ont marqué « dans la science qu'ils professaient, que l'Ecole Po- « lytechnique se trouve encore à la tête de luistruc-
a£jg HISTOIRE
* tion publique. » Les conclusions furent que Je cours de fortification devait être conservé, et que l'on ne pouvait en charger un maître d'un ordre inférieur, attendu que ce ne sont pas des détails minutieux qui doivent composer ce cours, mais des principes transcendans. Le Conseil, adoptant l'avis de la Commission, arrêta que Gay de Vernon demeurerait, en i8o5, seul chargé de l'enseignement, et qu'il lui serait donné un adjoint de son choix pour diriger, sous ses ordres , la partie graphique de la fortification et de la topographie. Ce dernier emploi fut confié m capitaine de Castres (i), du corps des Ingénieursgéographes, lequel fit aussi le cours, comme suppléant de l'instituteur.
Fidèle à une opinion si bâillement manifestée, le Cotir seild*instructionmaintint,pourl'annéesuivante(i8o6}, sansaucunesmodifications, les programmes descoun de fortification, de travaux civils et des raines, et les présenta ainsi au Conseil de perfectionnement. Mais alors la question qui donnait lieu à ces débat* s'évanouit tout à coup, pour faire place à uae question nouvelle, sur laquelle les esprits furent beaucoup moins divisés. Il ne s'agissait plus de supprimer le cours de fortification, mais de substituer aux trois cours dont on blâmait l'étroite spécialité , des cours. d'une utilité moins restreinte, sur Xart militaire ,l« constructions , et les machines. Celte proposition était appuyée des considérations suivantes :
L'instruction donnée à l'Ecole Polytechnique » doit embrasser que les connaissances communes'
(l) Aujourd'hui I Rio ut ■ l'y ": '"■■'» ■
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dç l'école polytechnique. [i8oi-i8o5] s6g
tous les services, également utiles à tous les élèves , et qu'ils doivent tous appliquer dans les Ecoles spéciales. Les cours de fortification , de travaux civils , et de travaux des mines , ne sont pas sans utilité pour les élèves qui doivent entrer dans les services auxquels ces cours, sont relatifs; et encore le développement des connaissances premières et générales serait-il plus utile , même à ceux-ci. Pour le reste des élèves , cet enseignement est étranger aux professions qu'ils doivent exercer. Dira-t-on qu'il laisse du moins dans leur esprit des notions qu'ils n'auront plus occasion d'acquérir? Mais, le temps de l'instruction étant limité, convient-il de l'employer à enseigner des matières de pure érudition, et ne serait-il pas sage de s'assurer d'abord si l'on ne peut rien enseigner de nécessaire , de plus utile du moins , d'un usage plus direct et plus général ? Or, il est évident que les trois cours proposés rempliraient cette dernière condition. « Tous les corps d'Ingénieurs font usage de machines « semblables ou analogues* Dans celles mêmes qui « sont particulières à tel service, on «marque la « même application des forces motrices, les mêmes « élémens, et des combinaisons soumises à un cer- « tain nombre de principes et d'observations géné- « raies. 11 en est de même des constructions* Tous « les ingénieurs , dans les ouvrages qui les distin- « guent, emploient également l'homme et les atri- « maux, comme moyens de travailles substances des m trois règnes, comme matériaux; des procédés ana- « logues pour les assembler, et, dans ces assemblages, « un certain nombre de combinaisons élémentaires « que reproduisent toutes les constructions. » A l'é-
a*0 HISTOIRE
yard du troisième cours , on peut objecter que h tous les élèves ne doivent pas être militaires. Mais « un grand nombre , principalement en temps de « guerre , doivent entrer dans les corps de l'Artillerie « et du Génie, et tous ceux itui ne sont pas admis « dans les corps d'ingénieurs ont I espoir de trouver n un débouché dans les autres corps de l'armée. On « peut doue, et l'on doit, sous quelques rapport* , « placer Yart militaire au nombre des connaissances a premières et utiles à tous les élèves. Mais, sous ce « même point de vue, il faut que le cours embrasse « les diverses branches de cet art, la tactique éJé- » mentairc, l'usage de l'artillerie, de la fortification « passagère, des procédés d'attaque et de di'len*es cl « leurs rapports avec le service et les manœuvres des o troupes dans la guerre de campagne ou dans le» n sièges; et l'on doit renvoyer, à l'Ecole spéciale de « l'Artillerie et du Génie, l'art de fabriquer les mi- « chines de guerre et celui de projeter el de bîtir les « places fortes, etc. etc. » Le Conseil de perfectionnement, après s'être fait donner communication du plan d'instruction préparé pour l'Ecole d'à pplieati onde l'Artillerie et du Génie, et avoir entendu le» observations du Conseil d'instruction , qui approuva les bases des changemens proposés, arrêta que le nouvel enseignement ferait partie du cours d'études de 1807. (* que le Conseil d'instruction s'occuperait, pendant l'année 1&06, d'en préparer les programmes.
Pour compléter le récit des événemens de queJqoe intérêt qui eurent lieu dans l'espace de temps • pris entre la première session du Conseil de perfi tionnement et la mise en activité du régime militaire
DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [l8oi-l8o5] VJ\
nous rapportons ici les mutations arrivées parmi les fonctionnaires de l'Ecole , pendant cette période de cinq années. t a,
La première qui 16 présente, dates Tordre des temps, fut le sujet d'un deuil profond, ^'inspecteur dm élèves , Charles Gardc^Lébfun jt-mAirut le *5\out 1801, laissant une mémoire chérie et vénérée de ton* ceux sur lesquels il avait exercé sa judicieuse et bienveillante sévérité. Le C%seil d'instruction multiplit l'expression de sa douleur et de son eitime. ïï cou- , signa d'abord dans ses registres un hommage aux tih lens de Lebrun , et à son dévouement extrême aiêèe, devoirs pénibles de sa place; plus tard, il fit placer son portrait dans la salle où s'assemblaient les Conseils de l'Ecole ; enfin , une notice biographique* lue par le dii%ctear , Goyton de Morveau , à la séance d'ouverture des cours de 180a (6 frimaire an x), et insérée au onzième cahier du Journal , fut envoyée ^ avec ce cahier, aux membres de la famille de Lebhmjr et au préfet de Metz , sa ville natale , lequel fut prié de donner à cette notice lajphy grande publicité. Le Conseil de perfectionnement honora peut-f tre encore mieux sa mémoire, en lui donnant pouffeuécesseur un frère digne de le remplacer. Claude Gardeur-Lebrun, professeur de mathématiques du corps de l'Artillerie* le même qui avait reçu en 1709 les remerctmens dm Conseil , pour ses procédés envers les jeunes gens que la conscription avait enlevés i l'Ecole; fut nommé in* specteur des élèves , le »g septembre i8ei (7- ton* démiaire an x ). '
Bosio se démit , à h fit» de la même année, dt l'en** ploi de maître externe de defcsh ^dans lequel il fut
IM mnoïKt
aussitôt remplacé par Lemire aîné, qui avait déjà
exercé ces fondions en 1795 et 1796.
Fouiier, a son retour d'Egypte , au mois de janvier 180a, annonça l'intention de reprendre immédiatement son cours d'analyse. Nommé, deux mois après, à la préfecture de Grenoble, il déclara vouloir conserver le titre d'instituteur, en laissant le traitement à II disposition du Conseil, pour être appliqué aux besoins de l'Ecole. L'année suivante, le Conseil d'instruction lui donna pour suppléant, I'oisson , qui, dans le rang de simple élève, et avec le modique traitement de chef de brigade, faisait, depuis plus de deux ans, le service d'adjoint aux répétiteurs d'analyse. Aprésavoir professé trois ans, comme suppléant , il fut élevé , le ao novembre i8o5, au rang d'instituteur titulaire.
Guyton de Morveau, dont les fonctions de directeur triennal expiraient à la fin de 1803, tut nclu pour trois autres années, par le suffrage unanime du Conseil de perfectionnement, qui, en mentionnant cet acte dans son rapport au gouvernement, ajoute ■ qu'il a saisi avec empressement une occasion aussi « favorable pour donner un témoignage authentique ■■ de son estime à un professeur qui réunissoit, à l'é- « clat d'une grande célébrité dans les sciences, llia- « bitude des affaires dans toutes les parties d'admi- € nistratîon.11
Les emplois annuels de répétiteurs avaient Été cupés, depuis leur création en 1799 jusqu'en 18 par Francœur et Dinet pour le cours d'analyse: Thenard et Desormes pour la chimie-, et leur réel; tion, toujours unanime, avait été accompagnée, chaqi année, des plus honorables témoignages de la salis
de l'école polytechnique. [i8oi-i8o5] ^3
lion du Conseil. En i8o4* tous ces emplois devinrent vacans. Dinet et Francœur furent nommés examinateurs pour l'admission à l'Ecole (i); Thenard obtint Ja chaire de chimie dn collège de France, et Desormes donna sa démission, que le Conseil n'accepta qu'avec regret , pour consacrer ses talens à la fondation d'un grand établissement de produits chimiques.
Des noiqs devenus célèbres se rencontrent parmi leurs successeurs. Gay-Lussac , qui avait renoncé, en 1800, aux fonctions de chef de brigade adjoint, pour se livrer tout .entier à l'étude de la chimie dans le laboratoire de Berthollet, et que le Conseil avait choisi, deux ou trois ans après, pour adjoint aux répétiteurs de chimie et de physique, obtint l'emploi laissé vacant par Thenard. Celui qu'abandonnait Desormes fut accordé à Drappier, ancien élève, alors à l'Ecole des Mines. Les nouveaux répétiteurs d'analyse furent A. À. L. Reynaud, ancien élève admis dans le corps des Ponts et Chaussées, et Ampère, alors professeur de mathématiques transcendantes au Lycée de Lyon. Une troisième place de répétiteur d'analyse fut créée, dans ce même temps, et donnée à J. J. Livet, ancien élève, et répétiteur adjoint.
L'emploi de préparateur général de chimie, qui était toujours occupé par Bouillon-Lagrange , fut supprimé en novembre i8o4»,sur la demande du Conseil de perfectionnement.
Le 21 dn même mois, fiarruel, ancien instituteur
(1) Le nombre des examinateurs d'admission n'était pas de termine'. ]1 y en avait en qnatre les années précédentes : Louis Mongc, Lcvcsque, Fiot, et Maurice. Ce dernier se retira en 1804 ; et, la même année, on en porta le nombre à cinq.
adjoint de physique, et, depuis six années, réélu sans interruption examinateur annuel de physique et de chimie, fut nommé bibliothécaire, en remplacement de Peyrard, qui s'était démis de cet emploi. Le Conseil de perfectionnement décida, a cette occasion, que le bibliothécaire, eu égard ans fonctions qu'il remplit dans l'Ecole, demeurerait, en cette seule qualité, membre du Conseil d'instruction, dont il avait cessé , d'après le décret du casernement, d'être le secrétaire.
4 Deux savans distingués se partagèrent, en i8o5, les fonctions d'examinateur, que Barruel irait quittées. Haûy fut chargé de la physique, et Vanqnelin de la chimie. L'examen sur la géométrie descriptive et les arts graphiques, que Ferry ne put conserver, fut confié, la même année, à Malus, élève et chef de brigade de la première promotion, alors* officier supérieur du Génie , et qui s'illustra bientôt après par sei belles expériences sur la lumière.
Pendant les années i8o3, 1804 et i8o5 , les fonc tions d'adjoints aux répétiteurs de mathématiques furent successivement remplies par d'anciens élèves. Nous en avons déjà indiqué quelques uns. Les autres sontL. J. M. Crozet, Terquem, Debout, M. Mathieu, Dupau , et Teysseyrre,
Quand le moment fut venu, a l'ouverture des cour» de la douzième année ( novembre i6o5 ), de nommer un instituteur de fortification et d'art militaire, en remplacement de Gay de Vernon, le Conseil d'instruction jugea qu'il serait préférable , au lieu de pourvoir définitivement à cet emploi , de le donner pour un an , par simple commission , à un officier du
db l'école polytechnique [i8oi-i8o5] %>]S
Génie retiré du service, et d'en laisser la désignation au gouverneur. Maïs le Conseil de perfectionnement n'adopta que la première partie de cette proposition 4 et , « considérant que le choix des instituteurs teinte poraires doit offrir, relativement à l'instruction, « la même espèce de garantie que celui des instituât teurs permânens, » il décida qu'il n'y aurait pour les uns et les autres qu'un inertie mode de nomination. En conséquence, un scrutin fût ouvert, et le choix tomba sur Duhays, « qui avait rempli, avec beaucoup. « de distinction, les fonctions de major à l'Ecole « d'application du Génie » ( Rapport du Conseil de perfectionnement pour l'an *iv ). Sa nomination fut renouvelée Tannée suivante, et déclarée alors définitive. Le capitaine Nicolas , du corps des Ingénieursgéo graphe^ succéda au capitaine de Castres dans la direction du travail graphique de la fortification et de la topographie. Cet emploi fut donné, un an après, au capitaine Clerc , du corps des sapeurs , auquel on doit un beau travail topographique sur le golfe de la Spezzia ; il reçut le titre de Chef de la Topographie.
Le capitaine Marielle fut nommé quartier-maître secrétaire des Conseils de l'Ecole.
Les officiers chargés de l'instruction militaire et de
ria police des élèves furent le chef de bataillon Davi-
|gnon , les capitaines Richard et Redon , les lieutenant
Letoublon et Bourdillet , UHMf de l'infanterie de la
garde.
La translation de l'Ecole Polytechnique dans les bâtimens du collège de Navarre eut lieu le 1 1 novembre i8o5, et les cours de la douzième année y lurent ouverts , sans aucune solennité , le 22 du même
MtSTOiRE
*r .rmréseot*t àès ce moment, un appareil ***• Oxpc ^fe reÇQt» avec f babk uniforme , ^ZiïfgrdoM**106 et une giberne. L'école du ^VL ^ /«foftro » le maniement des armes, les fjyLgf, /«««race à feu, occupèrent une partie *\!Zfl7<fe» récréations. Les élèves fournissaient *!L 00 potte de police, avec un factionnaire. Le A--KO qoi fut donné au jeune et studieux bataillon ^0jt cette inscription :
POUR LA PATEIB