LIVRE PREMIER
1794. CRÉATION DE l'ÉCOLK- -
Vers la fin de cette année 1 793 , si fertile en calamités pour la France , tout enseignement public des sciences et des lettres avait cessé dans le royaume de Charlemagne et de François ier-, tous les collèges étaient fermés ou déserts ; et tandis que la plupart des professeurs, membres de Tordre ecclésiastique, partageaient la proscription qui pesait sur le sacerdoce, un décret de la Convention , en appelant aux armées les hommes de dix-huit à vingt-cinq ans, avait enlevé à nos villes presque toute cette partie de la jeunesse qui se destinait au professorat. Ainsi, les études classiques se trouvaient interrompues pour les diflerens âges de l'enfance et de l'adolescence , sans que l'on pût prévoir le moment, peut-être trop tardif pour un grand nombre, où les chefs de la révolution, si empressés à détruire, auraient enfin le loisir de réédifier.
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Quelques écoles spéciales subsistaient encore an milieu de cette vaste destruction; mais, en même temps qu'une suspension prolongée de renseignement classique les menaçair. de baanquer bientôt de candidats , ces écoles ellqtrjpëmes étaient dans un état de langueur et dç ^jpérissement qui réclamait de prompts et puissanrfsjê&ours. Un coup d œil rapide sur leur situation né'ftçra pas inutile pour apprécier les motifs qui dététtriinèrent la création de l'École Polytechnique. \#;«"
L'Ecole défi .élèves du corps de l'Artillerie, établie à La Fère evkj^S69 transférée dix ans après k 6a paume, Mippriimj&'èh 177a, et remplacée depuis 1779 parla créât ion' dé six places d'élèves dans chacune des sept itaoJ«:s'féginieiitaires, avait été rétablie par un décret de J' Assemblée Nationale, du i5 décembre 1790. Plusieurs villes, cl entre autres Toul et Châlons-sur- Marnc, s'étaient disputé l'avantage de la posséder. Ghillon* avait obtenu la préférence. Les motifs allégué* devant l'assemblée, pour justifier un tel choix, •oui . u que cette ville est à peu près au centre des « «Impart mmis réputés militaires, et qu'elle est ordi- « imii entent *ans garnison \ circonstance précieuse ! » iijoule le rapporteur.
Aiiifii, les élèves de rArtilleric devaient recevoir leur première, éducation militaire dans une place où il HtttiMiûl , non-seulement aucun établissement d'artillerie, mais |kih même un établissement militaire M11"!! nuque, pas même un bataillon ou un escadron, |>** même un renie de fortification.
l'^n rtim ml mis h l'École de Châlons, il fallait être Af|é il« mjl/0 MU Iu moins, et subir, devant un membre
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de l'Académie des Sciences, désigné par le ministre de la guerre , un examen de concours sur les matières comprises dans les deux premiers volumes du cours complet de mathématiques que Bezout avait rédigé à l'usage des officiers d'Artillerie. Cet examen se faisait publiquement dans une des salles de l'Ecole. Deux professeurs enseignaient aux élèves les matières des deux derniers volumes du même ouvrage, et devaient leur donner aussi quelques notions de physique. Il y avait en outre un professeur de fortification et un professeur de dessin. L'examen de sortie avait lieu devant le même examinateur, en présence de tous les élèves.
Quelques pièces de canon de siège et de campagne composaient tout Je matériel de l'instruction. Point de cabinet de physique (i) , de laboratoire de chimie , de bibliothèque , de collections d'aucune espèce. Ce dénuement était le résultat des déplorables circonstances au milieu desquelles le nouvel établissement venait de se former.
L'Ecole du Génie Militaire, fondée à Mézières en 1748, jouissait d'une brillante réputation et la méritait-, nous verrons qu'elle a servi, en plusieurs points, de modèle à l'École Polytechnique. On en louait surtout la méthode d'instruction , qui consistait à faire exécuter par les élèves les objets de toutes les leçons, en sorte que l'exercice manuel y était toujours joint aux opérations de l'esprit. Ce fut là d'abord , et, pendant plusieurs années , là seulement , que Monge en- Ci) L'Ecole des ëlères de l'Artillerie, lorsqu'elle était à Bapanme, ■fait an beau cabinet de physique, qui fut transporte4 à l'École regltaire de Douai , quand celle de Bapanme fut supprimée.
«ngoa b géométrie descriptive . d aprss éléginte* dont il est rinventenr.
L exam«m d'admission se faisait a Pans en partieslier chez T examinateur, qui était. a»ae poorTArfillerif f on membre de l'Académie des Sbemco, nommé par le ministre de la guerre. Le «■^ «fc»*— devait répondre sur les parties des maibématîqvcs démentaire* exigée» poor l'admission à FÊcole de rArlillerie, et de plus sur la mécanique et le traité «Hydrodynamique de BossuL
Le coors d études durait deox années, et les chose étaient disposées de telle sorte qne les élèves, aa nombre de vingt , se renouvelaient tons les ans par moitié, La première Innée, ils construisaient deux épure» de géométrie descriptive , et passaient aussitôt apn'r* k celles de la coupe des pierres, de la charpente, de la perspective et des ombres. Il n'était point fait de Ifcon» sur ces constructions, mais les élèves avaient (\en cahiers, et le professeur était constamment dans I''» «ailes pour leur donner des explications. La tlfux'ihm; année, les travaux avaient pour objet la fortification et les levers de terrain, de bltimens et de machine». Comme ceux de la première année, ces travaux n'étaient point précédés de leçons. Lorsqu'un éW've avait terminé un dessin, il allait l'expliquer au i,om mandant en second.
Il y avait un professeur de mathématiques, dont les fonction* constataient, comme nous l'avons dit, k faciliter aux élèves I intelligence des épures de géométrie descriptive pure et appliquée, et qui faisait aimi un petit cours de physique, en une douzaine de leçons -, un professeur de chimie, qui donnait une
vingtaine de leçons sur les principes de cette science; enfin , un maître de dessin , qui , malgré son titre, n'avait aucune relation d'enseignement avec tes élèves, et se bornait à faire des modèles.
À la fin de chaque année , les élèvôp subissaient un examen sur toutes les matières de l'instruction, en présence des chefs de l'Ecole , de l'examinateur et du professeur de mathématiques. Ils y apportaient tous les cahiers et dessins.
L'Ecole possédait une bibliothèque de cinq à six mille volumes, des modèles en relief de fortification et de coupe des pierres ; un laboratoire de chimie où se donnaient les leçons , et dans lequel les élèves pouvaient s'exercer aux manipulations chimiques , sans qu'on leur en fit une obligation.
Telle étoit, en 1789, cette Ecole de Mézières, où se formaient les élèves du premier corps d'ingénieurs militaires de l'Europe. Mais , peu d'années après , la Convention laissa tomber sur elle sa main de fer, et en joignit les débris à tant d'autres ruines. Un décret, du mois de février 1794» en ordonna la translation à Metz. Rien de plus vague et de plus frivole que les motifs allégués par le Comité de salut public à l'appui de cette mesure. « Cette Ecole , dit le rap- « porteur, se trouve entièrement désorganisée par « suite d'un conflit d'autorité, d'abus de pouvoir, de « jalousies, d'intrigues, d'ambitions et de violations • de toute espèce , qui ont rendu l'instruction des « élèves absolument nulle. Le Comité pense qu'il « sera impossible de !a régénérer, tant qu'elle restera « dans ce séjour de haines, d'intrigues, d'habitudes « et de préjugés enracinés par le temps et l'ancien
« régime. » A la suite de cette vaine aocumnlatka de paroles qui n'apprennent rien, le rapportée ajoute des raisons pins spécieuses : « La ville de Mé- « zières est en première ligne ; il est dangereux , a « temps de guerre, d'y faire des simulacres de siège; « elle est petite et ne saurait rénnir les grands moyeas « nécessaires à l'instruction des élèves. » Et c'en après avoir présenté cette dernière considération, que le Comité propose de priver ces élèves d'une partie de leurs moyens d'instruction , en faisant « rappor- « ter à l'Ecole des Ponts et Chaussées , à Paris , tout « ce qui ne concerne que la théorie et les construc- « tions. Par ce moyen, dit le rapporteur, les jeunes « citoyens qui voudraient passer dans le Génie milite taire , mais qui ne seraient pas jugés suffisamment p instruits pour passer à l'école de siège, pourraient « acquérir en moins de temps tout ce qui leur man- « querait pour y être admis. »
Pour comprendre ceci , il faut savoir qu'afin d'augmenter le nombre des ingénieurs militaires, qui n'était plus en proportion avec les besoins de la vaste guerre que la France soutenait alors sur toutes ses frontières à la fois, la Convention, par deux lois des 9 mars et 16 septembre 1793 , avait mis les élèves des Ponts et Chaussées à la disposition du ministre de la guerre, et que plusieurs d'entre eux avaient déjà passé dans le corps du Génie militaire.
Cela explique sans doute, mais cela ne justifierait pas entièrement une mesure qui privait une école des moyens de son instruction spéciale, pour en doter une autre à qui cette instruction était étrangère. Le Comité de salut public avait donc été guidé par d'autres
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vues ; et la dernière phrase du rapport nous les ré* vêle. « Cette mesure procurerait facilité dans le choix , « célérité dans l'instruction, et tous les avantages « attachés à un centre de réunion de toutes les « branches de r instruction relative aux travaux « publics. » On ne peut douter que dès lors le plan de l'Ecole Polytechnique ne fut jeté, et que sa destination principale , pour ne pas dire exclusive , ne dût être de former des ingénieurs civils et militaires \ d'où résultait la nécessité de joindre, aux élémens de l'instruction propre aux élèves des Ponts et Chaussées , tout ce qui concernait la géométrie descriptive et la fortification, et qui ne pouvait être tiré que de l'Ecole du Génie.
Cependant, l'Ecole de Metz, héritière dépouillée de celle de Mézières , satisfaisait à peine aux besoins les plus pressans. On y donnait rapidement aux élèves les premières notions de la fortification, de l'attaque et de la défense des places ; on les envoyait ensuite dans les différentes armées , où ils aidaient les ingénieurs sous lesquels ils étaient employés , et se formaient ainsi à la pratique de leur art. Enfin, malgré le peu de rigueur que l'on mettait alors dans l'examen d'admission , il se présentait un si petit nombre de candidats, que Ton fut réduit à laisser l'examen ouvert pendant les mois de juin, juillet, août et septembre 1794 , en invitant les candidats à faire connaître Y époque à laquelle ils pourraient se présenter à l'examinateur.
L'Ecole des Ponts et Chaussées, fondée en 1747 par le célèbre Perronet , sous le ministère de Trudaine, avait un mode d'admission et un système d'en-