‹ Histoire de l'École polytechniqueChapitre 7 sur 75 · S1ST0OE · texte numérisé non relu

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seignement toiil différens de ceux qui étaient en usage dus les écoles dont nous venons de parler. La faveur décidait seule da choix des candidats. Ceui-d ne subissaient pas d'examen préalable. Aucune condition d'instruction ne leur était imposée.

Les élèves recevaient deux sortes d enseignement, l'un dans l'Ecole , lequel comprenait les mathématiques , la coupe des pierrres , dont les épures étaient très-compliquées, le dessin, le lavis, etc.; l'autre, qui se donnait hors de l'Ecole , consistait dans des cours d'histoire naturelle, de physique et de chimie. Ces cours extérieurs étaient faits par des savans de la capitale, chez lesquels on envoyait les élèves à dei jours et heures déterminés.

L'Ecole n'entretenait aucun professeur. Tous les cours intérieurs étaient faits par les élèves les plus anciens et les plus forts , qui instruisaient leurs camarades , suivant l'état des connaissances acquises de chacun de ceux-ci.

A la fin de Tannée , il y avait des concours, d après lesquels les élèves prenaient des degrés. C'est le nom que Ion donnait à l'expression numérique du mérite relatif des objets présentés à ces concours. Parmi les élèves qui avaient parcouru toute la série de l'enseignement, les neuf dont les degrés étaient les pins «levés, étaient nommés les gradués. C'était parmi loa çmdiécs* et toujours par la tête, d'après Tordre •le mérite , que Ton prenait les ingénieurs , à mesure de» x.n'uuees.

Mai* % d'après les lois titres plus haut, qui riettaient \v* tM*ven des Ponts et Chaussées à la disposition du minuit ie d» la guerre , les plus instruits de ces élèves

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avaient été requis pour le service du Génie militaire ; et, dès ce moment, l'enseignement^de l'Ecole s'était trouvé interrompu , faute de maîtres.

L'instruction donnée aux Elèves-ingénieurs de la Marine était divisée en deux parties. La première consistait dans les principes de mathématiques et de physique qu'ils recevaient, soit chez les maîtres de l'Ecole , soit chez des maîtres particuliers de Paris. Il y avait, à côté de l'Académie des Sciences, au Louvre, une salle dite de Marine, où les élèves étaient exercés à la construction des plans et des projections des vaisseaux , sous les yeux d'un habile constructeur. La seconde partie de l'instruction avait lieu dans les ports et les chantiers de construction , où les élèves allaient apprendre à faire l'application, à la pratique de leur art, des principes théoriques qui leur avaient été enseignés dans Paris. Les élèves étaient admis à cette Ecole, d'après un concours; et ils n'en sortaient, pour être envoyés dans les ports, qu'après avoir satisfait à des examens. Leur nombre étoit de dix k douze.

Lors de la suppression de l'Académie des Sciences , les scellés avaient été mis sur la salle de Marine en même temps que sur celle de l'Académie ; et , par suite, la partie de l'enseignement que les Elèves-constructeurs recevaient dans cette salle, n'avait plus lieu depuis le mois d'août 1793.

Il avait été créé , quelques années avant la révolution, une Ecole des Mines, composée de quelques professeurs et de douze élèves. On y enseignait la chimie et l'exploitation des minéraux, mais les connaissances qu'on y donnait étaient de pure spécula-

tion ; pour la pratique, il fallait aller la chercher chez les nations étrangères. Le peu d'hommes instruits que la France possédait en ce genre avaient puisé leurs connaissances en Allemagne.

Le service des mines se trouvait entièrement désorganisé ; les ingénieurs étaient tenus dans une inaction complète : plusieurs avaient même pris d'autres emplois , et les mines étaient entièrement abandonnées, lorsque le Comité de salut public, après avoir, par un arrêté du rr juillet 1 794 , créé une Agence des Mines , institua, le 5 du même mois, le personnel du corps, dans lequel il comprit quarante élèves. Ceuxci étaient admis au concours, après un examen public sur les connaissances relatives à la métallurgie , à la docimasie et à l'exploitation des mines. Us devaient voyager huit mois de Tannée avec les inspecteurs et ingénieurs, de manière que chacun de ces fonctionnaires eût deux élèves qui lui fussent attachés pendant toute la durée de la campagne. Pendant les quatre mois d'hiver, les élèves devaient être envoyés par l'Agence à Tune des mines les mieux exploitées de la France, pour y prendre des leçons de pratique. Un autre arrêté, du a septembre suivant, fixa les conditions d'admission et le mode d'examen. 11 n'est plus question de métallurgie, ni de docimasie, ni d'exploitation des mines. Les connaissances exigées des candidats sont : i° les élémens de géométrie, jusques et compris les sections coniques; 20 les élémens de statique ; 3° l'art des projections, le lever et le dessin des plans ; 4° des notions de physique générale et de chimie. L'examen devait être fait par les inspecteurs et ingénieurs qui se trouvaient à Paris; à chaque exa-

men, ils nommaient l'un J entre eux pour faire les questions aux candidats.

Les inspecteurs étaient chargés de faire, à Paris, pendant les mois dé novembre, décembre et janvier, des cours publics et gratuits ; mais on voit , par ce qui a été dit plus haut , que les élèves n'assistaient pas à ces cours, puisqu'ils étaient envoyés, pendant ces mêmes mois, à une exploitation de mines.

Il 7 avait , avant la révolution , un corps d'ingénieurs-géographes distinct et séparé du corps des ingénieurs-militaires. Par une bizarrerie qu'on aura peine à comprendre, les ingénieurs-géographes n'avaient aucune école pour apprendre leur art, tandis que toutes les connaissances, qui y étaient relatives, étaient données, avec beaucoup de soin et de succès, aux élèves du corps du Génie à Mézières; et cependant ceux-ci ne devaient pas faire usage de ces connaissances, car une ordonnance leur en interdisait l'application dans leur service.

Un décret , du 1 7 août 1 79 1 , avait supprimé le corps des ingénieurs-géographes, et réuni leurs fonctions à celles des officiers du Génie ; mais les états-majors les ayant redemandés dès le commencement de la guerre de la révolution , et les anciens membres de ce corps n'ayant pu y être rappelés, on choisit quelques jeunes gens instruits, desquels on forma, en quelques mois, trois brigades d'ingénieurs-géographes, chacune de douze sujets. On établit , à la même époque, au Dépôt de la guerre , un cours d'instruction théorique et pratique pour douze élèves. Cet état provisoire, qui date des premiers mois de 1793, dura assez long-temps, même après la création de l'École Polytechnique.

De toutes les écoles dont nous venons d'exposer la situation, c'était sans contredit celle des Ponts cl Chaussées qui devait «citer le plus de sollicitude. Ses élèves les plus instruits, qui étaient en même temps ses professeurs, lui ayant été enlevés par le ministre de la guerre, elle se trouvait ainsi privée des moyens d'en former de nouveaux. Que faire cependant des jeunes gens qu'on allait y admettre, et dont quelques uns possédaient à peine les premières notions de l'arithmétique? Que faire de ceux même qui en suivaient l'enseignement depuis plus ou moins de temps, mais qui n'avaient pas encore acquis les connaissances nécessaires aux études spéciales de l'ingénieur? Ou eût évité un si grave embarras, en exigeant que les candidats, avant leur admission , fussent pourvus de ces connaissances préliminaires. Mais le moment était-il favorable pour leur imposer celte condition nouvelle, quand les établissemens où ils auraient pu se mettre. en état d'y satisfaire n'existaient plus? La création d'une école préparatoire s'offrit à l'esprit de Lamblardie , directeur de l'École des Ponts et Chaussées, comme le moyen- le plus simple et le plus prompt de lever celtedifficullé; et bientôt, agrandissant ses premières vues , il pensa que cette école pourrait devenir commune à tous les corps d'ingénieurs, en y enseignant les sciences et les arts qui leur sont d'une égale utilité.

Ce savant ingénieur, que Ferronet avait désigué luimême pour sou successeur dans l'important emploi qu'U exerçait alors , alla communiquer à Mongc le projet qu'il venait d'entrevoir. On ne pouvait désirer, pour son accomplissement , des circonstances plus fa-

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yo râbles. Tons les établissemens d'instruction publique étant fermés, il en était d'autant plus facile, et de faire reconnaître la nécessité de créer la nouvelle école , et de lui donner pour professeurs les hommes les plus distingués, qui se trouvaient alors sans emploi. Il était convenable , en effet, qu'une école, destinée à être la pépinière des services publics qui exigent des connaissances physiques et mathématiques , puisât elle-même ces connaissances aux sources les plus élevées. Il fallait aussi que le mode d'enseignement qui y serait introduit , fût calqué sur celui dont une longue expérience aurait fait connaître la supériorité. Quelle école pouvait sur ce point soutenir le parallèle avec celle de Mézières ? et qui était plus capable de reproduire l'esprit et les détails de ce mode d'enseignement, que Monge, qui avait professé, pendant vingt ans, i cette école , les mathématiques et la physique? Monge s'empara de cette idée avec chaleur, et tous ses soins eurent dès lors pour objet d'en procurer la plus prompte réalisation. Sa situation lui offrait à cet égard beaucoup de facilités.

Il y avoit alors , auprès du Comité de salut public, une espèce de congrès de savans , où la plupart des sciences exactes et naturelles se trouvaient dignement représentées. C'est de là que partaient, à la voix du comité souverain , ces instructions lumineuses , ces inventions soudaines , ces expédiens ingénieux et rapides, qui, dégageant les procédés des arts des vieilles ornières de la routine , élevaient tout à coup leurs produits au niveau des immenses besoins de la révolution. Dans cette réunion, que son éminente utilité recommandait si puissamment à la bienveillance du

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gouvernement, Monge se distinguait par cette infatigable activité qu'il portait d'ordinaire sur tout objet qui avait saisi fortement son imagination 5 et il s'était ainsi concilié la prédilection particulière des chefs de la république.

Ses premières ouvertures sur la création d'une grande école préparatoire pour toutes les classes d'ingénieurs furent donc favorablement accueillies. Elles trouvèrent même de zélés approbateurs dans deux membres du Comité, anciens élèves de Monge à l'Ecole de Mézières; l'un était Carnot, et l'autre, Prieur- Du vernois, plus connu sous la désignation de Prieur de la Côte-d'Or. Celui-ci ne cessa point, dès le premier aperçu du projet , de se livrer, avec une ardeur persévérante , à tous les travaux qui devaient en préparer l'exécution. Une circonstance heureuse (nous ne pouvons dire si elle fut un effet du hasard ou le résultat d'une combinaison) vint seconder les vœux de ses auteurs.

Avant que la Convention supprimât le Conseil Exécutif et les six ministères , pour leur substituer douze commissions entre lesquelles elle répartit leurs attributions principales, une loi du 11 mars (ai ventôse an 11 ) , créa une Commission des Travaux publics , expression un peu vague sous laquelle étaient compris « les ponts et chaussées, voies et canaux publics;

* les fortifications, ports et établissemens formés

* pour la défense des côtes \ les monumens et édin fices nationaux; les ouvrages hydrauliques et de

* d assèchement', la levée des plans, formation des

* cartes $ et enfin toutes les espèces de travaux dont " ■*» fonds sont faits par le trésor public , » k i'ex-

db l'école polytechnique. [ 1 794 j i5

ception de « ceux qui concernent la fabrication des « armes et l'exploitation des mines, et provisoiret ment la construction des vaisseaux. »

On introduisit dans la loi une disposition portant que la Commission s'occuperait « de l'établissement « d'une Ecole centrale des Travaux publics , et du « mode d'examen et de concours auxquels seront « assujétis ceux qui voudront être employés à la di- « rection de ces travaux. » Voilà, dans les documens publics, la première trace de l'Ecole Polytechnique.

D après le texte que nous venons de transcrire , il est évident que l'Ecole devait former des élèves pour les travaux dont la Commission prenait la direction, c'est-à-dire , pour le Génie militaire , les Ponts et Chaussées, et, plus tard, les Constructions navales. Or, ces trois services dépendaient de trois départemens ministériels, la guerre, l'intérieur et la marine, dont les vues différentes , et peut-être même opposées, n'auraient pas manqué d'entraver l'institution nouvelle. C'était donc, comme nous l'avons fait remarquer, une circonstance heureuse que la création d'une autorité qui , réunissant la direction de tous ces travaux, présidait seule à la 'naissance et à l'organisation de l'établissement projeté.

Il pourra sembler curieux de connaître les motifs présentés par le Comité de salut public à l'appui d'une mesure qui enlevait l'administration des fortifications et des ports aux départemens de la guerre et de la marine. Les voici , dans les termes mêmes du rapport : t Les différeus travaux de l'architecture mili- « taire, civile et hydraulique, sont tous fondés sur t les mêmes principes; ils dépendent tous d'une

* même théorie , exigent tous les mêmes études pré- « liminaires. Cependant, les artistes et les agcns char- « gés de ces travaux forment trois corps diffère ns et « totalement étrangers l'un à l'autre; et l'administ « tion qui doit les surveiller est divisée, morcelée ei

■ autant de portions qu'il y a de ministères: leui « rations se croisent et se rivalisent. Il résulte de « plusieurs inconvéniens majeurs : défaut d'écono- « mie, défaut d'ensemble, mauvaise exécution ; nul

■ progrès dans l'art, qui, réduit, faute de principes k certains , en principes vagues et particuliers a cha- 'i que administration partielle, tend graduellement à m un anéantissement absolu. »

Ces considérations, sur l'utilité d'une administration commune pour les divers services, s'appliquent avec autant de force aux avantages d'une commune école ; excelle école , seule création durable de la loi où elle occupe si peu de place, est à peine indiquée dans le rapport.

La Commission des Travaux publics s'établit au palais Bourbon, et désigna pour l'Ecole quelques dépendances de ce palais, telles que les écuries, les remises , la salle de spectacle et l'orangerie. La direction des travaux ordonnés pour approprier ces localités à leur nouvelle destination, fut confiée à Lainblardie, auquel on adjoignit Casser, autre ingénieur des Ponts et Chaussées, et ion se mit à l'oeuvre avec toute l'activité possible.

En même temps, on partagea entre plusieurs commissaires, tous destinés à remplir des fonctions dans l'Ecole, le soinde la pour voir des diverses collections, scientifiques et autres , nécessaires à l'instruction. La

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Commission temporaire des arts , établie près Je Comité d'instruction publique, reçut ordre de leur indiquer les objets de ce genre qui se trouveraient parmi les « effets nationaux » (provenant de la couronne, dn clergé, des académies, et des confiscations révolutionnaires), de requérir la levée des scellés apposés sur ces objets, et d'en présenter les états au Comité <le salut public.

La formation du cabinet de physique coûta peu de temps et de recherches. Un grand nombre d'instramens rassemblés par le savant Charles étaient en dépôt dans l'hôtel d'Aiguillon: Barruel y fit choix, pour l'École, de deux cent soixante articles, évalués à près de trente mille francs. Une partie de ces instrumens de physique appartenaient au garde-meuble de la couronne , quelques uns à l'Académie des Sciences ; tous les autres étaient des propriétés particulières. Le cabinet des modèles, la collection de minéralogie, le laboratoire de chimie et la bibliothèque, furent d'abord composés d'objets d'une semblable origine. Le sentiment pénible excité par de tels souvenirs est & peine adouci par la pensée qu'en cette occasion, ce fut la science, la patrie, et non la cupidité, qui profita de ces tristes dépouilles.

Neveu fit une riche et abondante récolte de modèles pour le dessin d'imitation , dans les dépôts de l'hôtel deNesle, des Petits-Augustins, de l'Académie de Peinture, à la salle des Antiques du Louvre , et au Cabinet des Estampes. Plus de trois cents gravures et dessins de l'hôtel de Nesle, trois épreuves de chacune des planches qui se trouvaient k l'Académie de Peinture et au Cabinet des Estampes *, vingt tableaux copiés

d'après les grands maîtres d'Italie , et six copies de la Galerie du Luxembourg de Rubens- huit bustes en '! marbre d après l'antique, autant de copies à choisir parmi les statues de Marly ; les figures en marbre de Pascal par Pajou , et de La Fontaine par Julien, et cinq copies de statues antiques; tel fut le premier fruit des recherches de Neveu. Il obtint de plus les fonds nécessaires pour acquérir une cinquantaine de figures, autant de têtes , et d autres objets moulés en plâtre. Enfin, il reçut l'autorisation de faire exécuter, sur les fonds de l'instruction publique , quarante creux, d'après les plus belles statues antiques.

La mission de rassembler les dessins et modèles d'architecture avait été donnée à Lesage, inspecteur de l'École des Ponts et Chaussées , assisté de Baltard et de Lomct. La Commission des arts leur fit donner communication de ceux de l'Académie d'Architecture, et des portefeuilles dans lesquels étaient conservés les projets des concours qui avaient lieu tous les mois et du concours général annuel, ainsi que les projets composés par les pensionnaires de France à Rome, et ceux de restauration qu'ils y faisaient la troisième année. Les Commissaires choisirent dans ces divers dépôts, et tout ce qu'ils demandèrent pour l'Ecole fut accordé. Les trois Comités avaient approuvé antérieurement l'acquisition, au prix de deux mille cinq cents francs, de dix modèles en plâtre, représentant différens monumens d'architecture antique et moderne.

L'enseignement de la géométrie descriptive et de ses applications, d'après les méthodes nouvelles inventées par Monge, exigeait aussi un grand nombre

de dessins , dont la plus grande partie devaient être gravés. La Commission des Travaux publics fut autorisée à employer vingt-cinq dessinateurs, e un plus grand nombre, s'il était nécessaire.

Pendant que les travaux des bâtimens et la formation du matériel s'avançaient avec rapidité , le gou- Temement préparait les dispositions législatives qui devaient imprimer à l'Ecole le mouvement et la vie. Un projet de loi fut rédigé, dans lequel on régla les conditions d'admission, l'époque de l'ouverture, le traitement des élèves, et leur destination au sortir de l'Ecole. Mais , avant de soumettre ce projet à la Convention , il fallait lui rappeler , ou peut-être lui apprendre , que , dans uq paragraphe obscur d'une loi rendue sans discussion six mois auparavant, elle avait décrété l'établissement d'une Ecole centrale des Travaux publics. Il fallait surtout faire connaître à la France le plan et le but de cette nouvelle institution, pour laquelle on allait faire un appel à tous les jeunes Français qui avaient quelques connaissances des mathématiques. Fourcroy fut choisi par le Comité de salut public, dont il était membre, pour présenter à l'assemblée, en même temps que le projet de loi, un rapport étendu sur là constitution de l'Ecole , et sur les mesures que le Gomité avait prises pour son établissement. Ce document, où sont exposées les premières vues des fondateurs de l'Ecole, est aussi un monument curieux de l'époque, et mérite, à ce (

double titre, d'occuper une assez grande place dans cette histoire.

C'était peu de semaines après la chute de Robespierre. La Convention , ou plutôt le parti qui la do-

minait alors , était encore dans l'ivresse de la violon . non sans quelque reste *T inquiétude sur la solidité d'un triomphe si rapide el si récent; et cette inquiétude prolongeait la fureur du combat : aussi , n'élaiton écouté avec faveur, que lorsqu'on prodiguait les imprécations au parti qui venait de succomber. Fourcroy dut se conformer à cette situation des choses et des esprits; mais il se tint le plus près possible de son sujet , en n'attaquant, dans les vaincus du Neuf-Thermidor, que des ennemis de l'instruction qui i vou- « laient faire disparaître de la France les lumières « dont ils redoutoient l'influence. Les comités , dit-il, « ont recueilli trop de preuves, pour qu'il soit permis a de douter de l'existence d'une conjuration conlre « les progrès de la raison humaine. 11 leur est dé- « montré qu'un des plans des conspirateurs était d'a- « néantir les sciences et les arts, pour marcher à Ut « domination à travers les débris des connaissances « humaines, et précédés par l'ignorance et la supers- ■ tilion. u

Ici le rapporteur présenta une véritable apologie des lumières, dont ce n'est pas la moindre singularité, que d'avoir été prononcée dans le siècle qui se décorait de leur nom, et devant les chefs d'une révolution dont on attribuait la naissance à leurs progrès; puis, revenant sur « les derniers conspirateurs, » il développa rapidement le système qu'il leur imputa d'avoir suivi dans l'exécution de leur plan, et dont un des élémens consistait à « anéantir toutes les choses « et tous les hommes utiles à l'instruction. *

Ranger ainsi les sciences, les arls et ceux qui les cultivent, au nombre des proscrîlsque le Neui-Tbermîdor

db i.kcole polytechnique. [179,4] ai

venait de dérober aux fureurs de Robespierre, c'était un sûr moyeu d'attirer sur eus l'intérêt de l'assemblée ; maïs cela n'eut peut-être pas sufti pour en obtenir la création d'un établissement d'instruction scientifique, conçu sur un pfan vaste et nouveau, et qui devait entraîner des dépenses considérables. Continuellement obsédée du soin de se maintenir contre ses nombreux ennemis, pressée a;' dedans par les armées royalistes, au dehors par celles de l'Europe, la Convention, dans le cours de son orageuse carrière, avait à peine jeté quelques regards distraits mit l'instruction publique; mais son attention se portait fortement sur tout ce qui intéressait sa puissance militaire. Ce fui donc au nom de la guerre, ; fut en les présentant comme d'utiles auxiliaires es soldais républicains, que Fonrcroy lui recomi.im la les arts et les sciences. « La guerre , dit-il , est devenue pour la république française une occasion icureuse de développer toute la puissance des arts, n faisant fabriquer des armes , du salpêtre t de la poudre , c'est en tirant le cuivre du métal des cloches, en élevant dans les airs des aérostats d'observation auprès de nos armées, en élablismt les) courriers télégraphiques, en apprêtant, tour l'usage de nos frères d'armes, du cuir en huit lOurs, c'est en multipliant et en inventant des arts e défense inconnus jusqu'ici, à l'aide de moyens i nouveaux puisés dans les sciences géométriques et * physiques, que le Comitéde salut public a reconnu

■ l'importance de ces sciences, et la nécessité d'en

■ recueillir soigneusement l'industrieuse activité. Les » conspirateurs, qui voulaient tes bannir du sol de la

u république, avaient la coupable espérance de prr- « ver la France d'ingénieurs et d'artilleurs instruits, « de généraux éclairés, de marins habiles; de la « faire manquer d armes, de poudre, de vaisseaux, u de laisser les places et les ports sans moyens de <( défense, et de donner ainsi à nos ennemis des <« avantages certains et des victoires faciles. » / Après ce long préambule , que les circonstances

rendaient nécessaire , le rapporteur annonça que le Comité n'avait cessé de préparer tous les moyens d exécution nécessaires pour rétablissement de l'Ecole des Travaux publics, et que, s'étant assuré de leur succès prochain, il demandait à la Convention de décréter la dernière mesure à prendre pour la mettre en activité. Alors, entrant tout-à-fait en ma» tière, il commença par exposer la situation où se touvaient les Ecoles « des cinq genres d'ingénieurs a qu'exige impérieusement le service des armées, et « dont le besoin de plus en plus pressant se fait sente tir à chaque instant. » Ce sont les ingénieurs militaires, les ingénieurs des ponts et chaussées, les ingénieurs géographes, les ingénieurs des mines, les ingénieurs constructeurs pour la marine.

Ce que nous avons dit de la nécessité où se trouvait Fourcroy de se servir des besoins de la guerre comme du moyen le plus propre à émouvoir la Convention (i), explique suffisamment pourquoi l'on

(i) S'il en fallait une autre preuve, nous la trouverions à la fin de ce même rapport, où , après avoir annonce' que le Comité prépare un projet sur an mode d'instruction destine* h répandre révolutionna ire ment les connaissances nécessaires au perfectionnement du premier des arts , de f si g ri culture , Foarcroy se hâte d'ajouter qne cette instruction <7e-

DE L ECOLE POLYTECHNIQUE. [1794J a3

trouve ici, au nombre des ingénieurs « qu'exige im- « périeusement Je service des armées, » ceux des Ponts et Chaussées et des Mines. Mais il est d'autant plus difficile de comprendre comment on avnit pu, dans la destination primitive de l'Ecole, oublier les Artilleurs, qui construisent et manœuvrent toutes leurs machines, et qui font, dans ces deux branches essentielles de leur service, une application continuelle des théories mathématiques, comme ils emploient journellement les notions de la physique et de la chimie , dans leurs fonderies, dans leurs forges, dans leurs poudreries ? Serait-ce que les fondateurs de l'Ecole centrale des Travaux publics étant préoccupés de Vidée d'y former des ingénieurs de tous les genres, les Artilleurs, auxquels ce titre d'ingénieurs manquait , avaient par là échappé à leur attention ? Cette explication ne semblera pas futile à ceux qui ont eu occasion de reconnaître l'influence d'un mot.

Nous ne suivrons pas le rapporteur dans les détails où il entre sur le plan de l'enseignement; nous allons l'ex|0ter tout à l'heure avec les développemens les plus complets. Il ne serait pas moins superflu de reproduire les raisonnemens et les faits sur lesquels il s'appuie pour démontrer que les mathématiques cl la physique « doivent servir de bases solides aux études « nécessaires pour tous les genres de construction. » Mais nous devons insister avec lui sur la méthode adoptée pour l'enseignement de ces deux ordres de connaissances. Cette méthode , en usage à l'Ecole de Mézières pour la géométrie descriptive, a consistait

vient, en ce moment, indispensable pow rassurer Papprovismnncmcnl de» années de terre et de mer.

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à faire exécuter ou pratiquer aux élèves les leçons qu'on leur donnait , de sorte qu'il ne suffisait pas qu'ils comprissent, il (allait encore qu ils exécutassent avec précision. La physique et la chimie, dk à ce sujet Fourcroy, n'ont encore été montrées en France qu'en théorie ; l'Ecole des Mines de Scbennitz , en Hongrie, nous fournit un exemple frappant de futilité de faire exercer ou pratiquer par les élèves les opérations qui font la base de ces sciences. Des laboratoires y sont ouverts et munis des ustensiles et des matériaux nécessaires pour que tous les élèves y. répètent les expériences, et voient par leurs yeux tous les phénomènes que les corps présentent dans leur union. Le Comité de salut public a pensé qu'il fallait introduire dans l'Ecole des Travaux publics cette méthode , qui a le double avantage de faire concourir tous les sens à la fois aux progrès de l'instruction, et de fixer l'attention des élèves sur une foule de circonstances qui échappent presque toujours , dans les leçons , ou au* professeurs ou aux auditeurs. Les élèves serof| distribués dans des salles particulières, où ils exécua teront les opérations de géométrie descriptive que « leurs instituteurs leur auront enseignées dans les « salles communes; ils répéteront de même, dans des « laboratoires particuliers , les principales opérations « de chimie, et ils s'accoutumeront à trouver la plus « grande simplicité dans les procédés, et la plus « grande perfection dans les produits. »

Après avoir dit que le cours complet d'instruction devant durer trois années, « les élèves seront divisés « en trois classes , de sorte que chaque année ceux

DE t'ÉCOI-E l'OLTTECHNrQUl:. [ijp^j a5

« qui auront termina le cours de leurs études quit- <■ ii oui l'Ecole, » Fourcroy ajoute : « soit pour être « employés par le gouvernement aux travaux de la ■< république, s'ils en sont jugés capables, soit pour « reporter dans leurs foyers l'instruction qu'ils au- « ront puisée à Paris, et y prodiguer, en quelque « sorte, les connaissances vraiment utiles. »

Ainsi , l'institution de l'Ecole n'avait pas seulement pour but de former des « ingénieurs de tous genres , » mais, en même temps, comme il est dit dans un autre endroit du rapport : n de rétablir l'enseignement des « sciences exactes, qui avait été suspendu par les n crises de la révolution. ■

En conséquence de cette division des élèves en trois classes, il eût fallu n'admettre la première année dans l'Ecole, que le premier tiers des élèves qu'elle pouvait recevoir, y appeler le second tiers l'année suivante, en sorte qu'elle n'eût été complète que la troisième année, n Mais les besoins de la république n ne permettant pas de suivre une marche aussi lente, « il a fallu, dit le rapporteur, trouver le moyen de « fonder à la fois toutes les parties de l'instruction , et n l'enseignement révolutionnaire a présenté au Co- « mité le moyen d'atteindre ce but(i). Des cours

• concentrés, en quelque sorte, de la durée de trois

• mois, et donnés eu même temps, renfermeront « l'enseignement total de l'Ecole, formeront une îns-

(1) La distance on nom sommes du temps de la Convention rendpeutftre déjà nécessaire d'eipl iquec le mol révolutionnaire dan» le tena irae lui donne ici Fourcroy. Ce mol .tait devenu le iVDOnvnw énergique à'aecèleré, lortque l'accélération iftait obtenue aux de'peua dei Ibnne» et de la régularité" dei procèdes. Une upitation révolutionnaire n'était p» «ne bonnr opération , mail elle .atiilkiiaïi am bemina dn moment

u truction complète quoique accélérée, et permet - « tront, à la fin de ces premiers cours, de partager « le* élèves en trois classes, dont chacune suivra suret le-champ l'étude affectée à chacune des trois an- « nées, en sorte que l'Ecole sera en activité dans « toutes ses parties , dès sa première institution. »

Le gouvernement avait conçu, sinon le projet, du moins l'espoir de substituer l'Ecole des Travaux publics à toutes les Ecoles d'ingénieurs. Le passage suivant du rapport ne laisse aucun doute sur ce point : « Quoique l'enseignement qui doit être donné dans « l'Ecole des Travaux publics doive en rendre l'ins- « truction plus complète , que celle qui a été donnée « dans les établissemens destinés jusqu'ici pour les * différentes classes d'ingénieurs, le Comité a pensé « que , pour n'exposer aucune des ressources de la « république , il convenait de ne supprimer aucune « des écoles existantes, au moins jusqu'à ce que la h mwelfa Ecole ait pris une marche assurée. Ces « Ecoles continueront donc leurs exercices accoutu- « mes; seulement les élèves qui les fréquentent, et « qui auront les dispositions requises, pourront se « présenter à l'examen pour être admis à l'Ecole cen- « traie des Travaux publics. » L'intention de réunir dans cette Ecole, à la théorie des sciences, l'enseignement des connaissances spéciales nécessaires aux in* génieurs des divers services, n'est pas moins clairement exprimée dans un des articles de la loi que Fourcroy était chargé de présenter, et dont nous rapttTons plus bas les dispositions.

Telle n avait pas été la proposition de Lamblardie. Mais il arriva probablement quVn dressant le plan dç

DE L ECOLE POLYTECHNIQUE. [l7<)4] *7

J Ecole, on s'enthousiasma pour une création qui surpassait tout ce qui avait jusqu'alors existé en ce genre; on pensa qu'une telle richesse de moyens d'enseignement suffirait à tout, que des élèves si bien préparés devaient acquérir, en peu de temps, dans l'exercice des professions qu'ils embrasseraient, le complément d'instruction spéciale qui pourrait leur manquer, et que les Ecoles particulières ne seraient dès lors qu'un intermédiaire superflu entre la grande Ecole et les services publics. Peut-être au&i cette combinaison se présenta-t-elle à l'esprit des fondateurs de l'Ecole, comme propre à lui épargner le reproche de former des doubles emplois , et d'occasîoner un accroissement inutile de dépenses.

Le Comité de salut public cru t devoir se justifier de n'avoir pas proposé, pour l'appel des élèves, «une répar- « tition uniforme sur tout le territoire de la république, . « comme il fallut le faire pour lever des bataillons. » Son rapporteur en donna la raison : « On a besoin ici « de jeunes gens qui aient fait des études prélimi- « naires, qui se consacrent à une profession particu- « lière, dont l'état d'élèves à l'Ecole des Travaux « publics sera en quelque sorte le premier grade. « On veut appeler ceux qui sont déjà les mieux pré- « parés, pour que la république puisse jouir plus tôt « de l'exercice de leurs talcns. La seule manière de a les reconnaître est de les faire passer à un examen « qui donne la mesure précise de l'intelligence et <( des dispositions de chacun d'eux. » Cette apologie d'un privilège accordé aux talens et à l'instruction , cette explication des motifs qui avaient déterminé le Comité à ne pas lever des ingénieurs comme on lève

a8 HISTOIRE

des soldats, ne paraîtra pas superflue à ceux qui savent combien la jalousie de l'égalité était prompte à s'alarmer chez les hommes qui influaient alors sur les affaires publiques. Nous verrons, quelques années plus tard, l'Ecole Polytechnique elle-même accusée k h tribune législative, de constituer un privilège contraire au principe d'égalité , par l'admission exclusive de ses élèves dans les services publics ; nous verrons une loi d'organisation rejetée, parce que ce privilège y était implicitement maintenu.

La disposition du projet de loi qui alloue aux élèves un traitement annuel , est ainsi motivée dans le rapport : « Il est nécessaire de donner une indemnité aux « élèves , parce que là plupart des citoyens n'auraient « pas les facultés nécessaires pour entretenir leurs « enfans à Paris pendant trois ans , parce qu'ils ont « déjà fait des dépenses pour leur donner les pre- « mières instructions, et parce que les élèves auront « obtenu, d'après leur examen, un premier grade « dans les Travaux publics. »

Fourcroy entretint aussi l'assemblée du régime auquel les élèves devaient être soumis pendant les heures non employées aux exercices de l'Ecole, « Un « des objets, dit-il, qui ont le plus exercé la solKci- « tude du Comité de salut public, ce sont les précau- « tions nécessaires pour la conservation des mœurs « des élèves à Paris ; il a pensé que , pour cet objet , « ils ne devaient être ni casernes ni réunis danS'un « pensionnat commun , mais qu'ils devaient être mis « en pension séparément ou en très-petit nombre , « ches de bons citoyens qni , par leur exemple dote mestique, les formeraient aux vertus républicaines,

de l'école polytechnique. £1794] *9

m qui leur inspireraient l'amour du travail , et qui se « chargeraient des soins paternels qu'exigent la vie , « la santé et l'entretien (1). 11 a pris aussi des mesures «. pour assurer le choix des citoyens qui recevront « les élèves en pension. 1» Ce choix fut fait, et il tomba sur des personnes, à la vérité bien famées, mais qui n'acceptèrent celte espèce de paternité que dans des vues purement mercantiles. On doit néanmoins reconnaître que cef régime mixte avait été imaginé pour procurer aux élèves , et même avec profit, les avantages du casernement, ou plutôt, pour leur faire retrouver ceux de la maison paternelle. Il ne manquait à un tel projet, comme à beaucoup d'antres du même temps , que d'être approprié à nos mœurs, et par conséquent exécutable.

Fourcrty termina ainsi son rapport : « Le Comité « doit vous dire que la grandeur de cette Ecole est « digne du peuple auquel elle est consacrée -, qu'elle « sera sans modèle en Europe ; qu'elle satisfera don- « blement et aux besoins de la république et à 1 1ns- « truction générale que le peuple réclame depuis * cinq ans; qu'elle répandra, de proche en proche, et « dans toute la république, le goût si avantageux de « l'étude des sciences exactes, et que c'est enfin un « des pluspuissans moyens défaire marcher, d'un pas « égal , le perfectionnement des arts utiles et celui de « la raison humaine. »

La loi proposée à la suite du rapport fut rendue le

(1) Us furent aussi charges de surveiller la conduite de% élèves et d'en reudre compte a l'administration de l'Ecole.

L'administration réglait les prix et conditions des pension» et logement , et devait en asanrer le paiement.

(Organisation du 6 frimaire an 3)

3o HISTOIRE

a8 septembre (7 vendémiaire an 3), sans aucune op- |>osition. Un seul député prit la parole. C'était Calon, ancien ingénieur-géographe-militaire, et alors directeur du Dépôt de la guerre. Etonné sans doute du projet de substituer la nouvelle Ecole à toutes les écoles spéciales, il dit quelques mots sur l'impossibilité d'y former des ingénieurs-géographes, et, réclamant pour ceux-ci «un institut pratique, » il demanda que le Dépôt de la guerre fût l'école spéciale où les élèves de ce service viendraient achever leur instruction.

La loi établit, pour l'admission, les conditions suivantes :

Une bonne conduite; l'attachement aux principes républicains; la connaissance de l'arithmétique et des élémens de l'algèbre et de la géométrie ; l'âgfe de seize à vingt ans ; et , pour ceux qui feraient partie de la première réquisition, ou qui seraient attachés à d'autres services publics, l'autorisation expresse du Comité de salut public.

L'examen doit avoir lieu en même temps dans vingtdeux villes (1) que la loi désigne; s'ouvrir le aa octobre, et se fermer le 3i du même mois (du ier au 10 brumaire an 3). Il est public. Les vingt-deux examinateurs sont nommés par la Commission des Travaux publics. Us sont chargés déjuger « des qualités « intellectuelles» et de l'instruction des candidats sur les mathématiques.

Faisons remarquer, en passant, que les qualités in-

(1) Dunltercrue, Amiens, Me'zières, Caen , Rouen, Reims, Paris, Metz, Strasbourg, Brest, Rennes, Nantes, Tours, Auxerre, Dijon, Ro~ cbefort , Bordeaux , Bayonne , Toulouse , Montpellier , Marseille et Grenoble.

DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [»7^4J 3l

tellectueJles sont indiquées à l'examinateur avant l'instruction.

Le jugéhient sur la moralité et kt bonne conduite est confié à a un citoyen recommandable par la prau tique des vertus républicaines , » nommé , dans chaque ville d'examen, par l'agent national du district. Chaque candidat doit être porteur d'une attestation de la municipalité du lieu de son domicile, « qui prouve qu'il a toujours eu une bonne conduite, « et qu'il a constamment manifesté l'amour de la lift berté et de l'égalité , et la haine des tyrans. »

Dans les trois jours qui suivront la fin de l'examen, les deux examinateurs doivent rendre compte, en commun, de son résultaUà la Commission des Travaux publics , qui déterminera ensuite le nombre des élèves de chaque examen à admettre, pour porter le nombre total à quatre cents, de manière que ceux qui, par leur moralité et <c leur intelligence, » donneront plus d'espérance y soient compris. La Commission ne pouvait, pour cette admission , intervertir l'ordre de mérite dans lequel les candidats avaient été présentés par les examinateurs respectifs.

Remarquons encore qu'il est parlé ici de l'intelligence, et nullement de l'instruction.

Les élèves appelés doivent être rendus à Paris avant le 3o novembre ( 10 frimaire an 3), époque fixée pour l'ouverture de l'Ecole. Il leur est accordé, pour ce voyage, le traitement de route alloué aux canonniers de première classe ( quinze sols par jour, en assignats, équivalant alors i quatre sols en numéraire). A compter du jour de leur arrivée, ils doivent jouir du traitement de douze cents livres par

3? HISTOIBB

an (i), pour tout le temps qu'ils resteront à l'Ecole. Mais ce temps ne peut, dans aucun cas, se prolonger de plus d'un an au-delà des trois années nécessaires aux cours ordinaires des études.

« Les élèves, après ce temps d'étude, seront em- « ploy es aux fonctions d'ingénieurs pour les différées « genres de travaux publics , d'après la capacité et « l'aptitude qu'ils auront montrées. Ceux qui n'auront « pas acquis les connaissances suffisantes retourne- « ront chez eux , et cesseront de recevoir le traite- « ment.» Cet article est celui que nous avons indiqué « plus haut, comme exprimant l'intention des auteurs de la loi ( nous ne disons pas des fondateurs de 1Ecole), de supprimer les Ecoles d'application; et, en effet , celle des Ponts et Chaussées demeura fermée pendant l'année 1795.

Par l'article suivant, le Comité de salut public est autorisé « à tirer de l'Ecole les élèves qui pourraient « être employés utilement pour la république, lorsque « les circonstances l'exigeront. »

Enfin, la Commission des Travaux publics, sous l'autorité de laquelle l'Ecole était placée, fut chargée, par l'article dernier , de préparer toutes les mesures de détail nécessaires pour en achever l'établissement et la parfaite organisation ; elle devait soumettre ces mesures à l'approbation des trois Comités (a).

(!) D'après le coan dit assignats, ce» douze cents livres représentaient, à l'époque où la loi fut rendue , trois cent trente-six livres en numéraire; dans le mois qui suivit l'ouverture de l'Ecole, elles ne valaient déjà piu» que deux ccut quarante livres.

(1) C'étaient les Comités de salut public, iV instruction publique, et des travaux publia. Ils exerçaient en commun la haute direction de l'Ecole, par des arrêtes collectifs. Noos dirons , pour abréger, les trois Comités.

de l'école polytechnique. [1794] 33

L'examen des candidats fut Je premier objet des soins de la Commission. Après avoir pourvu à ce que la loi que nous venons de rapporter reçut toute la publicité nécessaire, elle prescrivit aux municipalités des villes désignées parcetteloi, les dispositions de détail propres à assurer la régularité des examens, et ordonna, entre autres choses, qu'un ou plusieurs officiers municipaux y fussent constamment présens, « afin de « donner à ces examens la dignité et la solennité « qu'exige tout ce qui tient à l'instruction publique.» Une lettre circulaire, écrite sur le même sujet aux Àgens nationaux des districts dans lesquels étaient situées les villes d'examen, renfermait des directions pour le Commissaire chargé de prononcer sur la moralité et le civisme des candidats. Il est recommandé aux Agens nationaux d'apporter beaucoup de discernement dans le choix de ce Commissaire , qui « doit u concourir avec l'Examinateur à fixer le jugement « que l'on doit porter sur le degré d'intelligence des « candidats, et particulièrement sur leurs disposi- « tions à apprendre de nouvelles choses, soit en « ayant égard à leur âge et au temps qu'ils auront « donné à leurs études, soit au plus ou moins de vi- « vacité et à la plus ou moins grande précision qu'ils « mettront dans leurs réponses aux questions qui « leur seront proposées. »

Nous retrouvons ici, comme nous l'avons déjà remarqué dans deux articles de la loi, les qualités intellectuelles préférées aux connaissances acquises. Les instructions adressées à chacun des Examinateurs donnent encore plus de développemens à cette idée. On en jugera par l'extrait suivant.

« Une description pure et simple des connaissances « acquises par les candidats ne peut suffire. Il est « encore essentiel de s'assurer de leurs dispositions « naturelles pour en accroître retendue. Le but de « l'institution de l'Ecole centrale des Travaux publics « étant de donner une grande instruction , le choix « doit se fixer plutôt sur les candidats dont les heu- « reuses dispositions les rendent propres à mieux « profiter de cette instruction, que sur ceux qui , avec « plus de connaissances , auraient cependant moins « de moyens intellectuels de les augmenter; et c'est « dans ce sens que celui qui sait le mieux doit être « naturellement préféré à celui qui sait le plus. Cest « donc à reconnaître le degré d'intelligence et la « disposition des candidats que tu dois(x) principa- « lement t'attacher, et c'est sur cet objet que tu dois « bien t'entendre avec le Commissaire que l'Agent « national du district aura nommé , puisqu'il pourra t reconnaître aussi, sous d'autres rapports, et les dis- « positions et le degré d'intelligence. »

Ce n'était pas seulement sur « le degré d'intelli- « gence » que le Commissaire était appelé à prononcer en commun avec l'Examinateur; il devait exprimer aussi son opinion sur « les connaissances acquises « et supplémentaires ( ou non exigées), » et l'Examinateur concourait avec lui au jugement des «qualités « morales et civiques. » Sur ce dernier point, l'un des Commissaires, pour l'examen qui eut lieu à Paris, personnage fameux, à cette époque, par l'exaltation et l'austérité de ses sentimens républicains , déploya une

(i) L'étiquette révolutionnaire prescrirait encore le tutoiement dans les communications officielles.

excessive rigidité. Il obtint d'abord, à force d'instances, que Y examen au moral serait fait préalablement à tout autre , afin , disait-il , que, si le candidat satisfaisait mal au premier, « il ne fût pas même ad- « misa l'examen pour les sciences, de peur que Ton t ne fut tenté de violer les principes, en faisant la t compensation sacrilège des vertus par les talens. » Puis, n'ayant découvert, entre les candidats, aucune différence qui put fournir matière à des notes individuelles, il les comprit tous dans un rapport commun, dont voici quelques passages :

« La manifestation du patriotisme a été en général « nulle. A l'exception du très-petit nombre , ils sont « ignorans et indifFérens. lndifférens! tandis que les « enfans même balbutient déjà les principes et les « hymnes de la liberté 1 C'est en vain que j'ai tâché, « par des questions brusques, imprévues, et même t captieuses, de suppléer à l'insignifiance des actes t (certificats de civisme et de moralité) qu'ils ont « produits^ presque tous m'ont prouvé, par leur « ignorance , qu'ils avaient toujours été indifFérens « au bonheur de leurs semblables , au leur propre , t et même aux événemens. — Je n'ai vu, en les cont sidérant en masse, qu'une fraction de génération t sans caractère, sans élan patriotique. » La conclusion est, que ces quarante et un jeunes gens, « par t leur insouciance pour tout ce qui est bon, vert tueux et utile , méritent d'être rejetés. » L'anathème fulminé par ce patriote atrabilaire ne fut pas ratifié par la Commission des Travaux publics -, mais nous avons cru devoir le rapporter, parce qu'il est le commencement de cette série de plaintes dont les

sentimens politiques des élèves furent l'objet, pen-

dant les quatre ou cinq prew

s années de l'Ecole.

Les examens devant s'ouvrir le même jour dans toute la France, la Commission en chargea des processeurs de mathématiques et d'hydrographie, et des ingénieurs des Ponts et Chaussées, qui résidaient, les uns et les autres, dans les villes d'examen, à un petit nombre près que l'on lit venir de quelques lieux voisins. Il fut établi deux examinateurs à Strasbourg, et six à Paris.

Ces dispositions faites , la Commission pressa , avec un redoublement d'activité, les préparatifs de tout genre qui devaient mettre l'Ecole en état de recevoir les élèves à l'époque fixée par la loi. Lamblardie , nommé directeur , fut chargé de proposer et d'exécuter toutes les mesures relatives au premier établissement. On lui donna , pour le seconder , deux sousdirecteurs. L'un de ces emplois , auquel était spécialement attachée l'administration du matériel, fut confié à l'ingénieur Gasser; l'autre, qui avait pour ■attribution le personnel et la surveillance immédiate des élèves, fut donné à Charles Gardeur-Lebrun, qui, de l'éducation des enfans du duc d'Orléans, venait d'être appelé à la Trésorerie nationale.

C'est sans doute à ce dernier que l'on doit faire honneur des précautions sagement minutieuses qui furent prises, quelques jours après sa nomination, pour que les pensions des élèves répondissent aux sollicitudes manifestées dans le rapport de Fourcroy. L'instruction , rédigée dans cette vue , est dictée par une prévoyance vraiment paternelle. Après les recommandations les plus détaillées sur tout ce qui in-

de l'école polytechnique. [1794] 37

léresse les besoins du corps , il est dit que les hôtes des élèves « veilleront leur conduite, tiendront la « main à ce qu'ils soient rentrés aux heures indiquées, a et observeront les sociétés qu'ils fréquenteront. » Us doivent aussi <■ leur donner des avis et des ins- « tru étions comme à leurs propres enfans, et rendre « un compte fréquent à la direction de l'Ecole de ce t qu'ils auront remarqué sur la conduite et le carac- « tère moral des élèves. » On désire « que le loge* « ment de ceux-ci soit disposé de manière qu'ils ne « puissent y entrer ou en sortir qu'en traversant l'hat bitation ordinaire de leur hôte.» Enfin, pour rendre la surveillance plus facile, on ne veut pas que le même particulier puisse loger plus de quatre élèves. Les Comités civils des sections de la capitale, les plus voisines de l'Ecole , furent invités à nommer quatre commissaires pour visiter tous les citoyens qui s'engageraient à recevoir des élèves en pension, prendre sur eux des renseignemens , et diriger le choix des Comités « sur ceux qui jouiraient d'une réputation « bien établie de probité, de bonnes mœurs, et qui « auraient constamment donné l'exemple du travail « et du civisme. »

Cependant, le jour de l'ouverture des cours s'approchait, et l'on manquait encore d'une grande partie du matériel nécessaire à quelques branches principales de l'instruction. Il fallut recourir à l'énergique assistance du Comité de salut public. Ce n'était plus, il est vrai, la formidable oligarchie, qui, avant le Neuf- Thermidor , disposait souverainement des biens et de la vie des Français. Mais le nouveau comité jouissait encore de pouvoirs assez étendus T et

38 H1STOIU

n'avait pas entièrement épuisé les ressources extraordinaires amassées par son terrible devancier. Quelques arrêtés, aussitôt exécutés que rendus, pourvurent largement aux premiers besoins. Voici des exemples de la manière dont ces affaires se conduisaient.

Carny, chargé de rétablissement des laboratoires, ne pouvant, ni trouver d'ustensiles en cuivre, ni en faire fabriquer, faute de matière première , le Comité ordonna à la Commission de commerce et approvisionnera ens de fournir sans délai six mille livres de cuivre et deux mille livres d'étain. Trois jours après, nouvel ordre à la même Commission de livrer, pour le même service, quatre-vingts voies de charbon de terre et de bois; et, pour l'éclairage de l'Ecole, vingt mille livres d'huile de spermaceti, à prendre dans les magasins nationaux du Havre. La semaine suivante, il est enjoint à l'Agence des Poudres et Salpêtres de donner deux barils de potasse et cinq cents livres de salpêtre, pour être employés aux expériences de chimie. Enfin, la Commission des Armes est chargée de mettre à la disposition de l'Ecole près de deux cents vaisseaux et ustensiles en cuivre qui étaient en dépôt dans réalise de Saint-Severin , sans parler de plusieurs autres objets assez considérables pris en différens lieux. Ce qui manquait encore aux approvisionnemens chimiques fut fourni par les victoires des armées républicaines. On obtint d'abord cent livres de l'alun tiré de la Belgique; et, plus tard, lePalatinat du Rhin, nouvellement reconquis, s étant trouvé assez bien pourvu de mercure, dont la France avait un pressant besoin, il en fut expédié à Paris plus de

de l'école polytechnique. [1794] 39

douze mille livres, dont la sixième partie environ fut donnée aux laboratioires de l'Ecole.

L'interruption de tout commerce, au dehors par la guerre, au dedans par le papier-monnaie, mettait souvent la Commission des Travaux publics dans la nécessité de faire donner aux ouvriers qu'elle employait, non-seulement les matières, mais même les outils dont ils étaient dépourvus. Ainsi, pour fabriquer la quantité assez considérable de compas qui devait être distribuée aux élèves, il fallut demander au Comité de salut public le cuivre , l'acier, le zinc , les limes, et enfin l'huile, la chandelle et le bois nécessaires pour éclairer et chauffer les ouvriers.

Des moyens semblables furent mis en usage pour pouvoir continuer les travaux de construction qui allaient être interrompus. Un architecte avait été chargé, sous le titre d'inspecteur général , de diriger ces travaux , pour lesquels des marchés avaient été passés avec des entrepreneurs. Mais ceux-ci manquaient tout à la fois de matériaux , d'ouvriers et de moyens de transport. Le Comité en fut instruit , et aussitôt ouvriers et voituriers sont mis en réquisition , et reçoivent (autorisation , alors très-rare , de se faire remplacer pour le service de la garde nationale. En même temps, 'la Commission de commerce et des approvisionnemens reçoit l'ordre de fournir, pour divers genres d'ouvrages, une centaine de voies de bois, du charbon, dix-huit mille livres de plomb, deux cents limes à scies, et une énorme quantité de fer. Une horloge était indispensable : la Commission des rêvenus nationaux est chargée de livrer celle de la maison des religieuses carmélites du faubourg Saint-Germain.

4o H1STOIBE

Pour les objets d'an certain poids, l'arrêté est quelquefois terminé par une injonction « à la Commission « des transports, postes et messageries » de les faire transporter à l'Ecole.

Nous avons cru ces détails utiles pour faire comprendre comment, dans ces temps de pénurie, oo est parvenu , en quatre ou cinq mois , à porter les constructions et les approvisionnemens au point de pouvoir commencer tous les cours.

Le nombre des élèves admis, d'après les premiers examens 9 fut de trois cent quarante-neuf. Pour atteindre ce nombre, il avait fallu accorder des dispenses d'âge à beaucoup de candidats. Soixante-dix d'entre eux avaient plus de vingt ans; il s'en trouvait vingt-sept qui en avaient moins de seize $ un de ces derniers n'avait que douze ans et demi. Plusieurs étaient au service militaire ; l'un de ceux-ci , âgé de plus de vingt-cinq ans, avait perdu un bras dans l'Inde sur l'escadre de Suffren. On dérogea , en faveur de ceux qui appartenaient à des familles nobles, à une loi du 16 avril de cette même année ( 37 germinal an 11), qui interdisait l'entrée de Paris anx membres de la noblesse. Enfin, le Comité de saint public ayant autorisé les élèves des Ecoles de services publics i se présenter au concours, il en vint un du Génie militaire, deux du Génie maritime, et vingtdeux des Ponts et Chaussées, dont quelques uns sortaient de l'Ecole provisoire établie à Toulouse pour ce dernier service.

Relativement à l'instruction des candidats, la commission no se montra pas très-sévère; et, suivant ce qui avait été recommandé aux examinateurs, on prit

de l'école polytechnique. [ 1 794J 4»

l'intelligence en plus grande considération que les connaissances acquises.

Le 26 novembre (6 frimaire an 111), nn arrêté des trois Comités réunis régla tout ce qui concernait l'organisation de l'Ecole. Les deux premiers titres renferment , avec la concision propre au style des lois , les bases de l'enseignement. Hais nous éprouverions quelques regrets de présenter , d'une manière aussi succincte, un plan d'études médité par des savans du premier ordre , et tracé pour une école à laquelle ils promettaient de si brillantes destinées. Heureusement le Comité de salut public avait fait imprimer, deux mois auparavant, pour servir de suite au rapport de Fourcroy, des « Développemens sur l'enseignement « adopté pour l'Ecole centrale des Travaux publics.» Ce précieux document , où la main de Monge est fortement empreinte, nous sera d'un grand usage pour suppléer les détails qui n'ont pn trouver place dans l'arrêté d'organisation.

Les fondateurs de l'Ecole destinée à former des ingénieurs pour les divers services publics, considérèrent que les connaissances nécessaires pour ordonner, diriger et administrer les travaux dont ces ingénieurs peuvent être chargea, sont de deux genres. Les unes sont relatives aux formes et au mouvement des corps ; elles sont de nature à être acquises par le raisonnement; elles exigent ou l'emploi du calcul, ou l'usage de la règle et du compas : elles dépendent des mathématiques. Les autres ont rapport à la composition même des corps, aux propriétés des molécules qui les composent $ elles s'acquièrent par l'expérience dans les laboratoires, dans les ateliers: elles font partie de

la physique. Les mathématiques et la physique formèrent donc les deux branches principales de l'enseignement de l'Ecole (1).

Mathématiques.

Les élèves n'ayant obtenu leur admission qu'après avoir satisfait à un examen sur l'arithmétique , les élémens de la géométrie et ceux de l'algèbre, cet état de leur instruction dut être pris pour point de départ, et il fut établi que les connaissances mathématiques enseignées à l'Ecole comprendraient X analyse et la description graphique des objets.

Le cours d'analyse a pour but de mettre entre les mains des élèves un instrument à l'aide duquel ils puissent résoudre les questions de la géométrie descriptive, de la mécanique et de l'hydraulique. Les artistes des travaux publics n'ont pas seulement à s'occuper des formes et des positions respectives des objets ; ils sont aussi destinés à considérer les corps dans l'état d'équilibre et dans celui de mouvement, à employer de la manière la plus avantageuse la force des hommes et celle des animaux, à modifier et tourner au profit de la société les mouvemens de tous les genres que la nature produit sans cesse, et à ne lais-

(i) « La réunion de la physique et des mathématiques dans les étndes d'une école, a l'avantage bien précieux de doubler, pour ainsi dire, le temps. Les jour» consacrés aux travaux de la chimie , dont les appareils forment un spectacle, et dont les résultats ont de l'attrait, sont des jours de relâche par rapport aux opérations géométriques qui exigent des spéculations plus abstraites et des méditations plus longues ; et les élèves , après avoir pris dans 1rs laboratoires un exercice de corps qui convient à leur âge , en seront plus propres à reprendre le lendemain l'étude des objets mathématiques.» {Extrait fies Développement, etc.)

ser, pour ainsi dire, a l'homme d'autre travail que celui qui dépend de ses facultés intellectuelles, que rien ne peut suppléer. Or, les premiers principes qui régissent les compositions et les décompositions des forces, soit dans l'équilibre, soit dans le mouvement, sont simples et peu nombreuses; mais leurs développemens généraux et leurs applications particulières exigent des raisonnemens profonds qui ne peuvent se passer du secours de l'analyse et de la géométrie la plus savante.

Le motif qui avait fait admettre l'enseignement de l'analyse ne fut pas perdu de vue dans la distribution de ce cours. Après avoir exposé les règles générales de l'analyse, on se hâte de l'appliquer successivement, 1° à la géométrie des trois dimensions; %" à la mécanique des solides et des fluides; 3° au calcul de l'effet des machines.

L'application de l'analyse à la géométrie descriptive a pour objet de mettre les élèves en état de résoudre, par le calcul, toutes les questions dont la géométrie descriptive donne la solution graphique , et de se représenter, dans l'espace, le spectacle des objets dont les opérations de l'analyse sont l'expression. Cet exercice a deux avantages précieux , celui de porter dans l'analyse l'évidence qui est particulière à la géométrie, et celui de donner aux opérations géométriques la généralité qui est propre à l'analyse,

La description graphique des objets comprend ta géométrie descriptive, qui fournit les procédés, soumis 3 des règles précises, pour décrire les objets dunt les formes sont susceptibles d'une définition rigoureuse ; et ['art du dessin , au moyen duquel oo

décrit, par la simple imitation, les objets qui nom pas de formes assez simples pour pouvoir être définies.

La géométrie descriptive avait trois parties , la stéréotomie, Y architecture, h fortification.

Dans le cours de stéréotomie y après avoir donné les règles générales et les méthodes des projections, on doit passer rapidement à l'application successive de ces règles :

i°. Aux traits de la coupe des pierres.

Les élèves devaient exécuter en plâtre le modèle (différent pour chaque élève) d'an de ces traits. On 'devait en outre leur faire pratiquer en grand Fart de l'appareilleur,%leur faire connaître les ouvrages de traits qui existent en grand nombre dans Paris , leur en montrer l'usage , et les prévenir contre les abus qu'on en a souvent faits 'en architecture.

*°. Aux traits de la charpenterie et à tari de piquer les bois.

Chaque élève devait exécuter le modèle en bois d'un de ces traits. On fait observer, dans les Développemens , que ces deux dernières applications réunissent deux avantages bien précieux, celui d'offrir des exemples très-variés de l'art des projections, et celui de le faire connaître aux élèves jusque dans les plus petits détails , dont ils feront dans la suite un usage presque continuel.

3* Aux ombres des corps.

La détermination des ombres que les objets supposés éclairés par le soleil doivent, en vertu de leurs positions respectives, porter les uns sur les autres ♦ est une des applications des méthodes de la géomé-

trie descriptive. La forme, l'étendue et la teinte de :es ombres faisant juger sur une même projection de la grandeur des dimensions qui ne peuvent y être exprimées, on en obtient cet avantage qu'une seule projection donne l'idée complète des objets qu'on y a représentés, et qu'on ne pourrait décrire autrement qu'en composant deux projections , ce qui exige du temps et de l'attention. Les élèves devaient faire des applications variées et multipliées des règles qui servent à la détermination géométrique des ombres.

If. A la perspective linéaire et aérienne. La perspective linéaire y qui consiste dans le tracé du contour des corps et dans la forme des ombres qu'ils portent les nns snr les autres , est entièrerem ent du ressort de la géométrie descriptive. La perspective aérienne, qui a pour objet de déterminer l'intensité et les modifications des teintes des surfaces des corps suivant leurs positions, par rapport à la direction de la lumière, et par rapport à l'œil qui les voit, a des règles générales dont l'étude rend plus facile la représentation des objets, et qui d'ailleurs sont, très-propres à exercer le coup d'oeil et à le perfectionner.

Les élèves, pendant le temps qu'ils sont occupés de la détermination des ombres et de la pratique de la perspective, ont l'occasion de s'exercer aussi dans l'art raisonné du lavis et de se familiariser avec l'usage du pinceau. ^

5°. Aux cartes et plans, et au nivellement. Pour les plans de bâtimens, on devait exercer les élèves à faire les coupes nécessaires à l'expression de tous les détails, exiger que partout les ombres soient

déterminées géométriquement, et choisir de préférence des bâtimens dont la destination fut une nouvelle occasion d'instruction. Pour s'exercer sur le ' lever des cartes et sur le nivellement, les élèves devaient être envoyés dans la campagne, en choisissant pour cela des pays où les inégalités du terrain fussent bien prononcées.

6*. Aux machines simples et aux principales machines composées.

Les élèves devaient d'abord dessiner, d'après des modèles , les élémens des machines. Cet exercice les mettait à portée d'en étudier les détails et d'en connaître mieux l'usage. Us devaient dessiner ensuite les plans et profils des principales machines employées dans les travaux publics, en observant que, dans la même salle , deux élèves n'eussent pas les mêmes machines à dessiner. On devait leur donner les plans gravés des machines qu'ils n'auraient pas eu occasion d'étudier.

L'enseignement de ï architecture comprend tout ce qui concerne :

ï*. Le tracé, la construction et r entretien des chaussées, des ponts, des canaux et des ports.

Dans l'étude de la construction des ponts, il n'était plus question du trait, que les élèves avaient appris précédemment, mais de tous les travaux relatifs à la construction , tels que ceux qui ont rapport aux épuise mens, aux fondations, au cintrement et décintrement , etc.

Relativement aux canaux, tant de navigation que d'arrosemept et de dessèchement, dont les élèves s'occupaient ensuite, ils devaient entrer dans les dé-

DE LÉCOLK POLYTECHNIQUE. [1794] fy

tails du rassemblement et de la distribution des eaux, de la construction des écluses, et de tous les bâtimens nécessaires au service des canaux. Pour ce qui regarde les ports de /wer(i), les élèves devaient étudier la manière de construire les bassins, la distribution des édifices , et la nature des machines nécessaires au service des ces établissemens; ils apprenaient aussi à profiter des ressources que présentent les marées dans les ports de l'Océan , et à y suppléer dans ceux de la Méditerranée.

a\ La conduite0 des travaux des mines.

11 n'est pas question ici de la nature des métaux ni des procédés d'affinage , objets qui font partie d'un autre genre de connaissances*, mais de la conduite des galeries d'exploitation, de la construction des galeries d'écoulement, des moyens d'épuiser les eaux, d'extraire le minerai , des plans des bfttimens et fourneaux nécessaires à l'exploitation , en un mot, de ce qu'il y a de relatif à l'architecture et à la géométrie descriptive dans l'exploitation des mines.

3». La construction, la distribution, et la décoration des édifices particuliers ou nationaux. C'est l'architecture proprement dite.

4*. L'ordonnance des fêtes publiques.

Il ne s'agit ici que de l'art de la décoration, que les élèves devaient étudier pour l'appliquer aux monumens et pour diriger les fêtes nationales.

La fortification devait être considérée sous les rapports les plus étendus. L'enseignement de cet art avait pour objet le tracé , le défilement et la cons-

(t) Le plan <Pccndec exposé dans les Développement renvoyai l le» porta de mer à la troisième année, avec la fortification.

^8 DESTOIRK

tniclion des fortifications des postes, des | des frontières; l'art de miner et conlreminer les places de guerre; l'attaque et la défense des places; la connaissance de l'ensemble et de la correspondance des ditTérens postes fortifiés sur toute l'étendue des frontières; enfin, les élèves qui avaient suivi le cours complet des études, devaient se transporter devant une place qui leur serait indiquée ; là, se diviser en deux brigades, dont l'une serait chargée des opérations de l'attaque , et l'autre de celles de la défense. Les deux brigades devaient ensuite alterner pour un second simulacre de siège , afin que chacune d'elles eût occasion d'étudier les deux parties, et de pratiquer les leçons reçues à l'Ecole. Deux mois devaient être employés à cet exercice ; mais ils n'étaient pas compris dans les douze mois de la troisième année (i), laquelle était ainsi de quatorze mois.

L'art du dessin s'apprend principalement en copiant la bosse et la nature.

La plupart des objets n'ayant rien de précis dans leurs dimensions, les procédés de la géométrie descriptive ne leur sont pas applicables; ce n'est qu'en les copiant qu'on peut étudier leurs formes. Cet exercice procure aux élèves deux avantages : celui d'acquérir la facilité d'exprimer tout ce qu'ils conçoivent, et celui d'être attentifs aux formes, d'en étudier les beautés, d'en saisir les convenances et les rapports, et d'être en état d'en faire l'emploi le plus avantageux dans les travaux publics.

(il Dan» la première dîitriliulinn <In temp*, il n'en a meune partis, ioû pour da T.ncancc», tait pour la p

DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE, f 1794] 4$

Les élèves devaient être exercés à dessiner h figure, l'ornement, et le paysage, et se familiariser avec les règles du goût dans les ouvrages de composition. ^

Physique.

Wy

La physique se divisait en deux branches, que Y arrêté ainsi que les Développement désignent par les noms de physique générale, c'est la physique proprement dite; et de physique particulière ou chimie.

La physique générale devait être traitée séparément dans tous les développement que comporte son objet.

Elle comprenait :

i°. Les propriétés générales des corps.

2°. Les propriétés dont ils jouissent en vertu de l'état solide ou liquide , ou de fluide élastique.

3". Les propriétés des substances qui agissent sur tous ou la plupart des corps de la nature , telles que la calorique, la lumière, V électricité; on y joignait l aimant.

4°. Les propriétés de l'atmosphère; ce qui donnait lieu d'exposer les principaux phénomènes de la météorologie et de l'hygrométrie, les causes des vents, etc.

5*. Tout ce qui est susceptible de généralité dans la chimie , tel que les lois des attractions chimiques , et des compositions générales qui en résultent.

La physique particulière, ou chimie, formait trois branches, dans chacune desquelles on devait donner des applications aux arts qui emploient des matières

5o HISTOIHE

de différens genres, et spécialement à ceux qui ont pins de rapport aux travaux publics.

La première branche comprenait les substaaos salines.

La deuxième, les matières organiques, végétales oc animales.

I*a troisième , les minéraux.

Les élèves devaient exécuter toutes les opérations nécessaires pour avoir la connaissance parfaite des arts qu'ils seraient chargés un jour d'exercer on de diriger.

Après avoir ainsi déterminé et motivé les objet* de renseignement, les documens que nous analysons font connaître les moyens adoptés pour rendre cet enseignement efficace.

L'un de ces moyens, celui que les fondateurs de l'Ecole regardaient comme le plus fécond en succès, et que Fourcroy avait indiqué, dans son rapport, comme formant le caractère distinctif de la nouvelle Ecole, consistait clans une alternative habilement combinée de leçons orales et de travaux manuels correspondant à ces leçons. Ce mode avait clé en usage & l'École de Mézières, où l'on en avait éprouvé d'heureux effets. Son introduction à l'Ecole des Travaux publics est l'objet d'un article formel de l'arrêté d organisation.

«Les instituteurs, y est-il dit, professeront aux « élèves réunis des cours sur les différentes parties de « l'instruction, et feront, en leur présence, les opéra- « tions et expériences nécessaires pour l'intelligence « des cours. — Les élèves exécuteront eux-mêmes, « dans des salles et des laboratoires particuliers, toute

de l'école polytechnique. [1794] 5f

« la série du travail propre k rendre leur instruction « complète. Enfin ils iront au dehors faire les opéra- « lions que ne comporte pas le local de l'Ecole. »

Le cours entier des études est de trois années, entre lesquelles les objets de renseignement sont répartis de la manière suivante :

Première année.

Les principes généraux de l'analyse et son application à la géométrie des trois dimensions.

La stéréotomie.

Le cours de physique générale, qui sera répété de même chaque année , en sorte que chaque élève aura l'occasion de le suivre trois fois.

La première branche de la physique particulière ou chimie, appliquée1 aux substances salines.

L'étude du dessin, selon, la force particulière de chaque élève.

Deuxième année.

Application de l'analyse à la mécanique des solides et des fluides.

L'architecture.

Cours de physique générale, comme la première année.

La deuxième branche de la chimie , concernant les matières organiques, végétales et animales.

L'étude du dessin, comme il est dit pour la première année.

Troisième année.

Application de l'analyse au calcul de l'effet des machines (0.

La fortification.

Cours de physique, comme les deux autres années. La troisième branche de la chimie, comprenant les minéraux.

Le dessin , comme les années précédentes. Tous les jours de travail , les élèves devaient être à l'Ecole, depuis huit heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi, et depuis cinq heures jusqu'à huit heures du soir.

Dans chaque décade (selon la division des mois établie par la Convention ), six jours sont consacrés aux objets qui dépendent des mathématiques, et deux jours sont donnés à la chimie , avec faculté de continuer le lendemain, qui était jour de repos, les opérations non terminées. La leçon de physique générale, pour les trois divisions, a lieu dans la matinée du cinquième jour. Repos le reste de ce jour et tout le dixième.

Le tableau ci-après fait connaître la part proportionnelle attribuée à chaque branche de l'instruction dans le temps total des études partagé en centièmes. Mous n'y comprenons pas la physique, parce que les leçons relatives à cette science se répétaient dans les trois années, n'étaient suivies (Uaucune étude, et n'avaient pas une durée déterminée.

(i) Dans les Développement il n'était pat question du calcul de V effet dm machines; la deuxième année était consacrée à la mécanique dm taUdm, et la troisième année k la mécanique des fluides.

de l'école polytechnique. [1794] 53

}i". année, à la géométrie V des trois dimensions. I

a*, année , à la mécanique. \ 0.o8. 3*. année , an calcul de I l'effet des machines. I

Géométrie descriptire / ir«. année, A la stéréotomie, %

pure c a*, année, â l'architecture. I o.5o.

et appliquée , \ 3e. année , â la fortification. J

Chimie • * o.aS.

Dessin 0.17.

Le nombre des instituteurs et dqp autres agens de rinstruction est réglé d'une manière conforme à la variété et à l'étendue de renseignement. -

On lit dans les Développement; a qu'il y aura , « pour l'analyse , un seul instituteur, qui, à des jours « différens, donnera les leçons aux élèves des trois « années, » et qu'il convient que cet instituteur soit seul; i°. parce qu'il peut remplir toutes les fonctions qu'on exige de lui ; a°. parce qu'il est important que la manière d'employer l'analyse pour les recherches dans la géométrie descriptive , dans la mécanique, et dans l'hydraulique , soit la même. Toutefois , l'arrêté d'organisation ne décida pas cette question d'une manière aussi absolue *, il porte seulement « qu'il y aura « au moins un instituteur pour l'analyse. »

Il y a un instituteur et un adjoint pour chacune des parties suivantes : la stéréotomie , l'architecture , la fortification, la physique générale, et pour chacune des trois branches de k chimie.

54 HISTOIBR

Le dessin doit être enseigné par un instituteur et trois maîtres.

En tout, neuf instituteurs, sept adjoints, et trois maîtres.

Chacun des trois instituteurs de géométrie descriptive a un dessinateur pour l'aider dans les ouvrages qu'il doit préparer pour l'instruction de l'Ecole. Ces instituteurs doivent visiter, tous les jours , toutes les salles de leur dépendance.

Au cours de géométrie descriptive sont aussi attachés un appareilleur et un charpentier exercés dans Part du trait; un menuisier et un serrurier > pour la confection et l'entretien des modèles de tout genre ; et un modeleur qp plâtre. Ces artistes, outre qu'ils sont chargés d'exécuter les objets commandés par le directeur , doivent encore concourir directement à l'instruction des élèves, en leur expliquant les différens procédés de leurs arts respectifs. Enfin , il y a un cabinet des modèles et dessins, composé de trois pièces, dont chacune doit renfermer les modèles et dessins relatifs à renseignement d'une année, et en nombre suffisant pour l'instruction de tous les élèves. Le Conservateur est chargé du soin de faire compléter et d'entretenir cette collection. U doit aussi faire remarquer aux élèves ce que les modèles présentent d'intéressant, et leur communiquer les mémoires qui en contiennent les explications.

L'instituteur de physique générale et les trois instituteurs de chimie ont chacun, près d'eux, « un ar- « tiste , » pour faire les préparations des cours dans les laboratoires, et aider l'instituteur «dans les re- « cherches auxquelles il pourrait se livrer. »

DK L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1794] 55

11 y a, en outre, un artiste pour les instrumens de mathématiques et de physique, et un autre pour les instrumens de verre. Tous deux doivent, comme ceux qui sont attachés an cours de géométrie descriptive, expliquer aux élèves les procédés de leur art.

Il y a un conservateur du magasin de chimie, qui est chargé de pourvoir à ce que les instrumens , ustensiles et matières nécessaires chaque jour aux opérations des élèves ou des instituteurs, se trouvent en bon état sous leurs mains.

V arrêté ne fait aucune mention d'un cabinet de physique. Cette omission est d'autant plus singulière que Ton trouve dans les Développemens « qu'il y aura un « cabinet de physique renfermant les machines et Its « instrumensnécessaires aux expériencesdu cours; un ce laboratoire particulier destiné aux préparations du m même cours; un atelier pour l'entretien et la cbns- « truction des machines ; un conservateur du cabinet « de physique, qui devra aussi aider l'instituteur « tats ses travaux ; et enfin , un aide de laboratoire « attaché à ce cabinet, lequel sera un artiste capable « *de concourir aux travaux du cours (i). » Rien de tout cela n'est dans Y arrêté, à l'exception d'un artiste pour les instrumens de physique et de mathématiques, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Enfin , il y a une bibliothèque , dont le Conservateur doit fournir aux instituteurs et aux élèves, sur

(1) On lit aussi dans les Développement, «qu'il faujdra perpétue)- « lement enrichir le cabinet de tous les appareils propret à démontrer « les propriéte's nouvelles, et à faire connaître les phénomènes non- « veau , afin que, dans l'Ecole des Travaux publics, l'instruction suif e m constamment le progrès des lumières dans toutes les parties relative* < a son objet. »

leurs récépissés, lis livres qu'ils voudraient cou sulter.

A des moyens d'instruction si abondans, on en joignît deux autres dont nous ne croyons pas. qu'il exi; tât de modèles; nous voulons parler des chefs brigade et des aides de laboratoire.

Les premiers doivent être choisis parmi les élèves qui auront fini leurs trois aimées d'études. Leurs fonctions principales sont de tenir chaque jour le rote des élèves présens aux cours; de se trouver avec eux dans les salles et laboratoires particuliers; de leur applanir les difficultés qu'ils éprouveraient dans leurs opérations, en leur donnant les explications nécessaires. Ils exercent ces fonctions pendant trois ans, en suivant constamment les mêmes élèves; ils sont ensuite remplacés par d'autres, et quittent l'Ecole. 11 en est attaché un à chaque brigade; et il y en a cinq en sus du nombre di's brigades , pour suppléer à ceux qui ne pourraient, par quelques circonstances, remplir leurs fonctions.

Les aides de laboratoire , dont le nombre devait égaler celui des brigades d'élèves, étaient des jeunes gens qui trouvaient dans ce service des moyens d'instruction. Leurs principales occupations étaient de faciliter, dans les laboratoires de brigades, les opérations des élèves, dr. manière à rendre l'emploi de ur temps plus utile, d'entretenir Tordre et la propreté dans le laboratoire, de soigner les instrument, ustensiles et matières; enfin, d'exécuter ce qui leur serait prescrit par le Conservateur du magasin chimie, sous la surveillance duquel ils étaient spécialement placés. L'emploi de leur temps devait être

de l'école polytechuique. [1794J 57

réglé de manière qu'il pût leur rester quelques heures pour l'étude des mathématiques.

Tels furent les objets et les moyens de l'enseignement adopté pour l'Ecole centrale des Travaux publics, à sa création. Mais la distribution du temps des élèves entre les différens genres d'études , telle que nous venons de l'exposer, ne devait avoir lieu que lorsque les travaux de l'Ecole prendraient leur cours ordinaire , c'est-à-dire , après que les élèves auraient suivi les cours révolutionnaires dont Fourcroy, dans son rapport, avait annoncé le plan et le but.

L'objet de ces cours préliminaires était , comme on l'a vu , de se procurer le moyen de répartir les élèves dans les trois divisions correspondantes aux trois années d'études, quoiqu'ils fussent tous entrés à la fois à l'Ecole, et de parvenir ainsi en très-peu de temps à l'ordr# régulier de l'enseignement. Us devaient durer trois mois , et présenter , d'une manière raf$e, l'ensemble de tout ce qui devait être enseigné pendant les trois années de l'instruction ordinaire. Voici quelle était la distribution des leçons pour chaque décade :

Tous les jours, excepté le cinquième et le dixième, à huit heures du matin, leçon d'analyse-, à dix heures, leçou de chimie : pendant le premier mois, sur les substances salines \ pendant le second mois, sur les matières végétales et animales; et pendant le troisième mois, sur lçs minéraux.

A midi, leçon de géométrie descriptive 5 le premier mois , sur la stéréotomie -, le second mois , sur l'architecture ; le troisième mois > sur la fortification.

A cinq heures après midi, leçon pratique de dessin.

Les cinquième et dixième jours, à dix heures du malin , leçon de physique générale.

Le cinquième jour, à midi, leçon orale sur le dessin.

Vers la fin des cours révolutionnaires, le classement des élèves , dans les trois divisions, devait avoir lieu à la suite d'un examen, dont le Conseil de l'Ecole était chargé de déterminer le mode et de juger les résultats. Les études habituelles' devaient commencer immédiatement après.

C'est une idée qui peut paraître singulière que celle de concentrer, suivant l'expression de Fourcroy, dans un espace de trois mois, un enseignement reconnu assez considérable pour exiger trois années de travaux et d'études. Cette idée serait même extravagante, si ceux qui l'avaient conçue fce s'étaient pro- 1 posé d'autre but que de pouvoir commencer à la fois les cours des trois divisions, et c'est pourtant l'unique motif allégué, soit dans les Développement, soit dans Y arrêté d'organisation. Le rapport en avait indiqué un autre qui serait plus plausible, c'est «le besoin , a pressant que, dans les circonstances où se trouvait « la France, on avait d'ingénieurs éclairés. » Il est permis de conjecturer que d'autres motifs encore s'étaient joints à celu?-là. Au moyen de l'établissement des cours révolutionnaires, on pouvait porter d'abord le nombre des élèves au complet de quatre cents; on attirait ainsi, dans les divers corps d'ingénieurs, beaucoup de jeunes gens qui avaient un commencement d'instruction dans les sciences, et qui, plus tard , auraient pu se trouver engagés dans d'autres profes-

de l'école polytechnique, f 1 774 J 5g

sions. L'ouverture simultanée des trois degrés de renseignement présentait en outre l'avantage, alors considérable, de procurer sur-le-champ de l'emploi, et, par suite , un traitement , à des savans qui n'auraient pu autrement commencer leur service à l'Ecole que la seconde et la troisième année. Il n'était pas d'ailleurs sans vraisemblance, qu'à une époque si voisine de la clôture des établissemens d'instruction publique, il arriverait à la nouvelle Ecole des jeunes gens d'une instruction très-inégale , et dont un certain nombre auraient des connaissances assez avancées dans les sciences physiques ou dans les mathématiques. C'était exposer les plus forts d'entre eux à consumer en pure perte un temps qui pouvait être plus utilement employé pour l'Etat et pour euxmêmes, que de les ramener aux premiers élémens des sciences. Les cours révolutionnaires, et les examens qui devaient les terminer, donnaient le moyen de placer chaque élève-dans la classe d'instruction à laquelle il appartenait* Ainsi, sous les divers rapports où elle peut être envisagée , la mesure dont nous nous occupons offrait des avantages importans pour l'Etat, pour les sciences, pour l'Ecole, et pour I06 élèves.

Le désir d'obtenir immédiatement les bons résultats que l'on se promettait de l'institution des chefs de brigade, suggéra l'idée d'une disposition analogue à celle qui avait été adoptée à l'égard de l'enseignement général. De même que l'on avançait, en quelane sorte, de deux années dans le passé , l'ouverture de l'Ecole , au moyen des cours révolutionnaires, où l'on devait former par anticipation des élèves de seconde et de

troisième année, ainsi Ton voulut avoir, dès le commencement des cours ordinaires, les vingt-cinq chefs de brigade, qui, dans Tordre régulier des choses, devaient être choisis parmi les élèves qui auraient accompli les trois années d'études. L'analogie qui existait entre les deux projets se reproduisit dans les mesures d'exécution. Ainsi, peu de jours après la clôture des examens, et environ six semaines avant l'ouverture des cours, la Commission des Travaux publics fit agréer par les trois Comités la proposition de donner à vingt-cinq élèves , sous le titre d'aspiransinstructeurs(i), «les connaissances préliminaires in- « dispensables aux Jonctions de chefs de brigade , » et de les établir à cet effet dans une maison séparée que la Commission indiquait.

Ces jeunes gens travaillaient à a géométrie descriptive depuis huit heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi, et aux sciences physiques, depuis cinq heures du soir jusqu'à neuf.

L'enseignement était donné par trois instituteurs : Barruel , pour la physique générale-, Jacotot, pour la physique particulière (chimie), et Hachette, pour la géométrie oescriptive.

Chaque décade , les instituteurs donnaient des renseignemens sur le travail etles progrès de ces élèves , à la conférence qui avait lien relativement à l'établissement de l'Ecole.

Soit que les vingt-cinq élèves désignés pour aspirans- instructeurs -particuliers n'eussent pas tous

(0 Onze de ces jeunes cens avaient été tirés des Ecoles des Ponts et Chaussées et des Mines, Les autres fnrcni choisis d'après leurs notes, d'examen.

de l'école polytechnique, f i7p4l Si

les qualités convenables pour l'emploi de chefs de brigade, soit que l'on eut jugé utile d'aiguillonner leur zèle par l'émulation, la Commission des Travaux publics proposa, deux jours avant l'ouverture des cours révolutionnaires, d'en porter le nombre jusqu'à environ cinquante, en faisant un nouveau choix parmi les candidats examinés qui avaient reçu les notes les plus favorables. Les vingt-cinq chefs de brigade devaient être choisis , à la fin des cours révolutionnaires , d'après un concoure entre les cinquante aspirans.

La Commission obtint aussi que des cours d'architecture et de fortification fussent ajoutés à ceux que suivaient déjà les aspirans-instructcurs ; et, sur sa demande, le Comité de salut public fit appeler à Paris huit jeunes officiers du génie formés à l'école de Metz, pour concourir avec les élèves aspirans-instructeurs aux fonctions de chefs de brigade. Le but de cette mesure était d'augmenter l'instruction sur la fortification (1).

L'augmentation du nombre des aspirans -instructeurs rendit nécessaire de transférer 1% petite Ecole préparatoire dans une maison plus spacieuse et moins éloignée. On fit choix dc^l'hôtel Pommeuse, qui renfermait déjà un laboratoire de chimie, dirigé par Guy ton de Morveau , et un atelier pour la fabrication des lames de sabre. Pendant la durée de$ cours révolutionnaires, les aspirans-instructeurs y travaillèrent, chaque jour, depuis cinq heures du soir jusqu'à huit.

(i) Cet boit officiers do Génie furent Bruliey, Ca*int Huait, B*rtrand, Prott , Ferrât, Bontemps, et H. Say. Ce dernier fat ensuite adjoint à Hinsti tuteur do fortification.

6a HISTOIRE

Le matin, jusqu'à deux heures, ils assistaient aux leçons avec les autres élèves.

Quoique Monge ne fût pas du nombre des instituteurs chargés de l'enseignement à l'Ecole des aspirans-instructeurs , il en suivait assidûment les exercices, et y passait chaque jour de longues heures, aidaut ces jeunes gens dans leurs travaux , les échauffant de l'ardeur dont lui-même était animé , pour le succès d'un établissement qui était en grande partie son ouvrage, et ne f 'épargnant ni fatigues ni soins pour en fonder, sur des bases solides, la durée et la prospérité. Voici dans quels termes il parle lui-même du succès de l'Ecole préparatoire :

« Ces jeunes gens, qui , dans les trois m#is suivans, « fréquentèrent aussi les cours préliminaires, firent « de grands progrès. Tous montrèrent le plus grand « *èle, et quelques uns d'entre eux développèrent « de grands Ulens.Jlén-seulement ils étudièrent avec « fruit ce qu'ils étaient destinés à enseigner aux nn- « très-, mais ils s'occupèrent encore de recherches « nouvelles, et firent faire à la géométrie descriptive « quelques progrès (i). » ^

Nous avons dû exposer d'abord, avec l'étendue convenable, toutes les dispensions fondamentales ou accessoires qui se rapportent à l'enseignement, puisque c'est là l'essence même de l'institution. Nous allons maintenant faire connaître lès parties de l'organisation qui touchent à la police et à l'administration de l'Ecole.

Un directeur est chargé de la police tant intérieure qu'extérieure de l'établissement. Tout ce qui con-

(i) Journal de l'Ecole Poljlrchnique, premier cahier.

cerne la conduite morale, les sentimens politiques et les devoirs particuliers des élèves , des chefs de brigade, des conserva teuis, et généralement de tous les fonctionnaires et agens domiciliés dans l'Ecole, est confié à sa surveillance. C'est à lui que doivent s'adresser les élèves en arrivant 4 Paris ; il prend soin de leurs intérêts , pourvoit à leur logement , s'il en est besoin, et entretient correspondance avec leurs parens et leurs pères de famille, titre donné par l'organisation aux personnes qui se chargeaient, pour un prix convenu, de loger et nourrir les élèves.

Le directeur de l'Ecole est aussi chargé de l'administration et de la comptabilité, tant pour le matériel que pour le personnel. 11 est aidé dans ses fonctions par deux sous-directeurs , dont l'un s'occupe plus particulièrement de l'administration, et l'autre de la police. Celui-ci a sous ses ordres trois substituts, dont les fonctions principales sont de surveiller les élèves lorsqu'ils sont répartis dans les salles ou laboratoires particuliers , pour exécuter les op^ rations manuelles. Chacun des substituts est attaché, pour ce service, à une dits trois grandes divisions des élèves.

Malgré la dénomination de directeur donnée au fonctionnaire dont nous venons d'énumérer les principales attributions , on trouve dans le même titre de 1 arrêté d'organisation , que l'Ecole sera « dirigée , » tant pour l'instruction que pour l'adminiataation , par un Conseil composé des instituteurs et w leurs adjoints, du directeur, des sous-directeurs, et d'un secrétaire, qui est en même temps conservateur de la bibliothèque.

64 HIST0IHE

Par rapport à l'instruction , le Conseil s'occupe du mode de renseignement, du perfectionnement des sciences et des arts qui en sont l'objet; de l'emploi du temps; du choix des ouvrages et modèles les {dus propres à assurer les progrès des élèves. 11 fait les réglemens, et statue sur lès propositions particulières relatives à ces objets.

Pour ce qui concerne l'administration , le Conseil entend les rapports du directeur sur cette matière, examine les propositions d'amélioration ou d'économie à introduire dans le régime de l'Ecole, fait les réglemens de police , et détermine les dépenses extraordinaires à demander aux autorités supérieures de l'Ecole, ainsi que toutes les matières à soumettre à leur approbation.

Enfin, le Conseil prononce sur les plaintes portées contre les élèves et contre les agens de l'Ecole ; et si ces plaintes sont assez graves pour exiger plus qu'un avertissement aux personnes, il en réfère à la Commission des Travaux publics.

La surveillance du Conseil sur l'Ecole est exercée immédiatement par un iijppcteur choisi dans son sein. Cet inspecteur est nommé tous les mois au scrutin par les membres du Conseil, et n'est pas éligible pour le mois suivant ; il est président du Conseil et rapporteur de l'ordre du jour.

L'inspecteur est chargé de tenir la main à ce que l'ensembkfcjle l'Ecole se maintienne de manière à remplir Iront de son institution. Il doit s'informer des progrès des élèves, surveiller tous les agens de l'Ecole , et rendre compte de ses observations au Conseil.

Au nom et d'après la délibération du Conseil , il donne aux élèves, artistes, conservateurs, et autres agens , les témoignages de satisfaction que leurs travaux méritent-, il leur donne aussi, au besoin, les avertissemens que leur conduite morale et leur défaut d'assiduité paraîtraient devdir exiger.

Le Conseil présente à la Commission des Travaux publics les citoyens propres k remplir les places qui viendraient à vaquer dans son sein. A l'égard des autres agens , la présentation en est faite au Conseil par ceux de ses membres dont les agens dépendent immédiatement; le Conseil les agrée, s'il le juge convenable.

Nous ne nous arrêterons pas à relever les défectuosités trop évidentes de cette organisation administrative. Ce Conseil , chargé de la direction suprême de l'Ecole, et l'exerçant par un de ses membres renouvelé chaque mois nécessairement, porte l'empreinte du temps où il fut institué : la Convention 1 avait fait à son image. La nature des choses le voulait ainsi ; et , dans les vicissitudes qu'éprouva , depuis cette époque, 1»; constitution politique de la France, nous verrons plus d'une fois l'autorité directrice de l'Ecole se modifier selon les formes et l'esprit du gouvernement d£ l'Etat. Ce qu'il est plus important de faire remarquer dans les attributions du Conseil , c'est le devoir qui lui est prescrit « de s'oc- « cuper du perfectionnement des sciences et des arts « qui sont l'objet de renseignement. » Si l'on fait at* tention que toutes les Académies étaient alors supprimées, on sera frappé de!1 l'importance qu'une telle attribution , dans de telles circonstances , donnait à

ce Conseil. Aussi ses membres mirent-ils de l'empressement à l'exercer. Dès sa première séance, nous le voyons, sur la demande des instituteurs de physique , charger le directeur de leur procurer une certaine quantité d'or pur et sans alliage « pour des a expériences intéressantes qu'ils se proposaient de « faire (i). » Peu de jours après , il institue un mode propre 4 recueillir les observations faites par ses membres sur les sciences ou les arts. Sa cinquième séance est en partie consacrée à des considérations sur l'origine et les progrès de l'architecture chez les peuples anciens et modernes. Une des suivantes renferme une discussion étendue sur la distinction des fluides en compressibles et incompressibles. Enfin, dans celle du 4 janvier 1795 (i5 nivôse an m), qui est la huitième, il est rendu compte de l'expérience, faite dans l'Ecole môme , pour congeler le mercure \ expérience qui n'avait pas encore été faite à Paris , et que favorisait un des hivers les pltrê rigoureux du siècle. La séance suivante fut encore remplie par des réflexions sur les résultats de cette opération.

Ce mélange, dans un même Conseil, d'attributions administratives et académiques, pouvait se tolérer-, mais il devenait alors nécessaire d avoir des séances particulières pour l'exercice des unes et des autres. C'est ce que reconnut bientôt Monge, dont l'esprit était sans cesse attentif à ce qui intéressait les sciences ou l'Ecole; et, la présidence du Conseil lui ayant été déférée pendant le deuxième mois (elle avait été exercée le premier mois par Lagrange), il fit arrêter

(x) Les trois Comités ordonnèrent a l'agence monétaire de fournir cinq onces d'or et quatre marcs d'argent pars.

de l'école polytechnique. I r794J 67

que Tune des deux séances, qui se tenaient chaque décade, serait exclusivement consacrée aux moyens de perfectionner renseignement et d'accélérer les progrès des sciences et des arts, et Vautre aux affaires d'administration et de police; que les séances affectées aux sciences seraient principalement remplies par la lecture des mémoires que les instituteurs auraient composés sur les sciences ou sur les arts; et que, chaque mois, les mémoires seraient imprimés dans le « Bulletin de renseignement, » dont nous parlerons tout à l'heure. Ce bulletin, tiré à trois mille exemplaires, devait être distribué aux élèves de l'Ecole normale, à ceux des Travaux publics, aux instituteurs et ageus principaux de l'Ecole, aux ingénieurs et aux savans connus dans toutes les parties de la France. Enfin, le Conseil pourrait inviter les hommes les plus célèbres dans les sciences à assister à ses séances, et y réunir aussi des artistes , lorsqu'on jugeroi t utile de les entendre.

Voilà bien une organisation académique ; et c'était une heureuse idée que de rétablir une compagnie savante sous les yeux des mêmes hommes qui avaient supprimé les académies comme des corps privilégiés , dont l'existence était opposée au principe absurde d'égalité que l'orgueil envieux défendait alors avec tant d'opiniâtreté. Rien ne prouve mieux aussi ce besoin de communications intellectuelles qui tourmente les hommes placés à un degré un peu élevé sur l'échelle de la science , que cette tendance insurmontable à se réunir en dépit de tous les obstacles.

Toutefois, les travaux scientifiques du Conseil, même dans le temps où il n'avait qu'une seule espèce

de séances, ne dérobaient rien aux soins que lui imposait la prochaine ouverture de l'Ecole. Chacun des instituteurs lui avait soumis le programme de son cours. C'était même quelquefois à l'occasion des programmes que s'élevaient, dans son sein, les savantes discussions que nous avons indiquées. Il s'était surtout occupé, avec une vive sollicitude, des moyens d'accélérer les constructions et les approvisionnemcns. Mais, malgré ses efforts, l'Ecole ne put être mise en activité que trois semaines après l'époque fixée ; et il s'en fallait encore beaucoup que les dispositions matérielles fussent complètes, lors de l'ouverture des cours révolutionnaires, qui eut lieu le %i décembre (i" nivôse an m).

Ces cours ne consistèrent qu'en des leçons orales , lesquelles n'étaient suivies d aucun travail exécuté par les élèves , ou plutôt , chaque instituteur se borna à y présenter le tableau concis de la science qu'il devait traiter, et à exposer, non-seulement de quelle manière son cours serait distribué, mais aussi comment il emploierait ce qu'on nommai ta la méthode de « l'exécution» pour le succès de renseignement; car, il faut le répéter, l'un des principaux caractères de la nouvelle Ecole était « dans la pensée de ses fondateurs, ce passage continuel de la théorie à la pratique, qui avait le double objet de mieux fixer les connaissances théoriques dans l'esprit des élèves , et de pouvoir constater , en quelque sorte , matériellement , le travail fait par chacun d'eux.

Vers la fin du premier mois, le Coaseil fit imprimer , à deux mille exemplaires , les programmes présentés par les divers instituteurs. L'avertissement

mis & la tête de ce recueil fut rédigé par Prieur , de la Côte* d'Or. On y remarque la première annonce d'un bulletin destiné à rendre compte, chaque mois, de ce qui se sera passé de plus intéressant dans renseignement, et des progrès des élèves. La rédaction de 6e bulletin avait été ordonnée par un arrêté des trois comités , en date du 17 janvier (18 nivôse an m ).

Le même avertissement nous apprend qu'on avait eu à se louer de l'attention et de l'intelligence de la plupart des élèves, et « que Ton concevait les plus « grandes espérances du succès de tous, lorsqu'ils « auraient joint la pratique aux études de la théorie. » Mais déjà s'était fait sentir cet inconvénient, inséparable de tout enseignement composé de sciences diverses, et qui consiste en ce que les élèves, suivant les dispositions ou les vues particulières de chacun d'eux, se livrent presque exclusivement à l'étude cFune ou plusieurs des parties de l'instruction, et négligent plus ou moins toutes les autres. Dès les premiers jours du second mois , la proposition fut faite au Conseil de demander aux trois Comités une lettre destinée à faire connaître aux élèves , « qu'ils doivent « cultiver , avec le même zèle , toutes les sciences « que l'on enseigne k l'Ecole. »

Cet inconvénient , qui semblait d'ailleurs amplement racheté par les avantages de la réunion de la physique et des mathématiques dans le plan d'études de l'Ecole , n'empêchait pas le Conseil de songer'! Fintroduction de nouvelles branches de connaissante*. Le 9 janvier (20 nivôse an m), il avait applaudi & l'idée de former, dans l'Ecole , un observatoire astrono-

mique, où les élèves auraient appris à faire usage d instrumens qu'ils devaient employer dans la suite pour les opérations topographiques. Peu de jours après , en s'oceupant de faire établir un hospice pour les élèves malades, il voulut trouver dans cet établissement une nouvelle source d'instruction ; et il demanda que le médecin , qui serait attaché à cet hospice , fût chargé de faire un cours de salubrité et d'auatomie comparée. Voici les motifs présentés à l'appui de celte proposition :

« On ne peut faire des progrès certains dans l'art « du dessin sans connaître les diverses parties du a corps humain, leur position et leurs formes. Cette « connaissance n'est pas moins nécessaire aux ingé- « nicurs qui ont à déterminer l'action que les mo- « teurs animés exercent sur les machines. Ceux qui « dirigent les travaux publics en font souvent exé- « culer dans des lieux isolés, humides et malsains, ■ où les ouvriers, qui sont attaqués de maladies, « manquent de secours, parce qu'ils sont trop éloi- « gnés des villes. Il serait donc à souhaiter que les n ingénieurs eussent assez de connaissances générales « dans l'art de guérir, pour leur donner des secours « convenables et provisoires, en attendant qu'ils « pussent en recevoir de plus eflicaces. Enfin, il i n'est pas moins important que les ingénieurs soient « assez instruits pour donner aux édifices nationaux « ou particuliers qu'ils font construire, l'exposition « et la distribution les plus propres à favoriser la « circulation d'un air pur et à conserver ainsi la santé " de ceux qui doivent y habiter. » La proposition fut agréée; et Chaussier, nommé médecin de l'E-

de l'écols polytechnique. ["794J 71

cole, prit séance au Conseil parmi les instituteurs.

Pendant la durée des cours préliminaires , les personnes qui s'étaient chargées du logement et de la nourriture des élèves , pour la somme annuelle de neuf cent francs, vinrent déclarer que cette somme (qui représentait alors un peu plus de cent cinquante francs en numéraire) ne les couvrait pas même de leurs frais. Cent vingt-cinq élèves avaient été placés dans des pensions choisies par l'administration de l'Ecole. Le Conseil autorisa le directeur à porter le prix de ces pensions à douze cents francs ( environ deux cents francs ): c'était la somme entière du traitement des élèves -, et encore le directeur écrivit-il aux parens de ceux-ci de se mettre en correspond dance avec les hôtes, ou, pour parler le langage adopté , avec les pères de famille de leurs fils , et de suppléer à l'insuffisance de ce prix.

Cependant, de nouveaux candidats venant chaque jour se présenter , le Conseil , pour mettre un terme aux admissions nouvelles, sollicita et obtint des trois Comités un arrêté qui fixa, pour cette année, le nombre des élèves à trois cent quatre-vingt-six, y compris les chefs de brigade. Ce nombre fut atteint au moyen d'un second concours ouvert i Paris et dans les départemens , pendant les mois de janvier et février. En même temps , le moment étant venu de choisir les chefs de brigade , il fut décidé , sur la proposition de Monge , que ce choix serait fait au scrutin et à la pluralité relative, par les aspirans-instracteurs, entre lesquels il devait avoir lieu. (1) Ceux qui

(1) Quarante- trois aspi m as-instructeur» prirent part à ce scrutin. Les vingt-cinq cfcatre eux <rni furent nommes chefs de brigade eureui loua

ne furent pas élus prirent rang parmi les élèves des deuxième et troisième divisions.

Lors de ta formation des trois divisions, à la fin des cours révolutionnaires , le nombre des élevés était réduit à trois cent quatre-vingt-deux. La première division , dont le cours d'études devait être de trois ans, comprit cent cinquante-deux élèves répartis en huit brigades, et fut composée des plus jeunes, des moins instruits et de ceux qui venaient d'être admis à la suite du second concours.

Les deuxième et troisième divisions furent composées chacune de cent quinze élèves , répartis en six brigades, et devaient rester, l'une et l'autre, deux ans encore a l'Ecole, en alternant entre elles à la fin de l'année, pour compléter leur instruction. Ou reconnut même la nécessité de faire suivie à ces deux divisions, pendant les premiers mois des cours réguliers, les leçons et les exercices de la géométrie descriptive qui avaient lien dans la première année d' tudes.

Quoique les deux dernières divisions dussent n ter encore deux ans à l'Ecole, on espérait recevoir de nouveaux élèves, dès l'année suivante. On comptait pour bar trouver place, sur les retraites et les changemens de destination qui laisseraient des emplois vacans, et aussi sur ce que, a cette époque , les chel

la majorité bImoIoc. Presque Ions oblinrcnl pli» des deui lier* d TOil , et dix-sept en réunirent plus des trois quarts. Voici leurs n Mal», Dupuit. Payolte, lies», F. ,n. -..-irr . Bruslc, Pâturai, Callier, lliot, Bouici, LnLure, Sninl-Genjs, LnaN, Uuutcrre, flinj, I, Donop, Ancelir. , Coveniic, Drbaadre, Riche , Umandc", L/Evetqni-Drjroslu, Le MjJ'ï, ci Duriiau. — /-'ore; ces noms dans lu liste géWralr. Promotion de i-\)',. — L, • boit officiers du Génie ne concoururent pas.

de l'école polytechnique. [1794] 73

de brigade seraient pris en dehors du nombre des élèves.

Parmi les opérations qui préparèrent la mise en activité de l'Ecole, la plus importante était sans contredit le choix des hommes qui allaient concourir, dans des fonctions diverses, aux premiers progrès du nouvel établissement. Nous en plaçons ici le tableau.

Analyse et Mécanique* — Lagiahci et Pion Y.

Stéréotomie. — Mongb et Hachette.

Architecture. — Dxloami et Baltaid. *

Fortification. — Dobihheim et Maatix de Campiidok t auxquels succédèrent bientôt Cirons et S AT. ,t%

Physique. — Hassentsatz et Baeeuil.

Chimie. — iT9. année : Fourceot et YiUQtJïUif. a*, année : Biethollit et Chaptal.

3e. année : Guytow de Moryiau et Pxuifrta.

Dessin. — Niviu, instituteur. M il mil, Lbmub jeune et fioeio, maîtres. — Un quatrième emploi de maître de dessin, d'abord ajouté aux trois autres , et confié à Lkmiei aîné , fut supprimé la deuxième année.

Directeur. — Lambiaidii, chargé aussi du cours de Traraux

Sous- Directeurs. — G lssek, pour l'administration 5 Cv. Ga*diue-Lebeun , pour la police des élèves.

Médecin. — Chaussiul , chargé de faire un cours de salubrité*

Secrétaire du Conseil et Bibliothécaire. — V. Jacotot.

Substituts du Sous 'Directeur chargés de la police des élèves.— J. Jacotot , Guttit-Labaumi et Lipiei.

Conservateur de la galerie des Modèles, Dessins et Gravures. — Lomxt.

Conservateur adjoint. — ■ Sa tait.

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