‹ Histoire de l'École polytechniqueChapitre 8 sur 75 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

179S-1976W — i-iii di l'école.

I/ourertnre des cours ordinaires fol accompagnée d'une drttmsUnceqni loi donna de Fédat. Lagrange, en acceptant le titre d'instituteur, avait offert ses conufc et ses services pour tout ce qui pourrait être utile à TEcok; mais il avait déclare qne la faiblesse de sa santé ne loi pgi Mettait pas de se livrer à l'enâùfcmint- Cependant, son tèle poor h propagation des ronnàmnffi mathématiques I ayant emporté sur

bon , il fit connaître qne « vouprogrès de l'Ecole centrale des « Travaux publics , il ferait on cours sur toutes les « partiesdes mathematiquesélémentaires. » Le Conseil agréa cette offre arec reconnaissance; et la première leçon de Lagrange eut lieu le *4 *&** (5 pnirial an m), en présence de la totalité des élèves, car les trois di* visions y avaient été appelées.

€ Les instituteurs eux-mêmes » , dit celui d entre eux qui avait été choisi pour (adjoint du grand professeur (1), « les instituteurs eux-mêmes , empressés de « se ranger parmi ses auditeurs, virent avec un pro- « foud intérêt l'un des hommes qui avaientle pluscon- « tribué à la gloire des sciences , préparer dans Tes-

Vi > J*«r»al ém lvEc«le INily tcchuiqiK', deuxième cahier, pag. M&

de l'école polytechnique. [1795] 7 5

« pritdesjeunes élèves, qui en sont l'espoir, les germes « des découvertes futures, et assurera la France la conte tinuation de la prééminence en analyse et en géo- « métrie , qui lui est incontestablement acquise de- « puis le milieu de ce siècle. » « C'était là, dit un autre « savant(i) , qu'il fallait assister pour sefaire une idée « de l'enthousiasme de cette jeunesse passionnée dudé- « sirde s'instruire, afin de mieux servir son pays; pour « voir d'habiles professeurs rendre hommage à un « si grand esprit , se confondre avec les élèves , afin « de s'éclairer plus tôt de sa lumière et de prendre en « quelque sorte sur le fait le génie de l'invention , et « pour juger du religieux silence de ce nombreux « auditoire, quand une interruption inattendue indice quait chez l'illustre géomètre une de ces profondes « distractions qu'une idée imprévue venait parfois « lui causer. »

Malheureusement^ ces paisibles triomphes de la science et du génie éiaienj souvent troublés par les scènes de deuil et d'effroi dont Paris, dans le cours de cette année , fut plus d'une fois le théâtre. Au moment même où Lagrange allait ouvrir son cours, la Convention , envahie , comme au premier avril ( 1 2 germinal an m), par une multitude furibonde qui lui redemandait l'anarchie et les échafauds, avait soutenu, le ao mai ( i#r prairial), une nouvelle et plus sanglante attaque. L'Ecole recevait le contre-coup de ces commotions politiques. Les élèves n'étaient pas exempts dn service de la garde nationale , et durent prendre les armes , avec les habitans de Paris , pour protéger le gouvernement contre l'odieuse faction qui

(1) Biographie aniverselie drMicbaad, art. Lagrange.

-4 MDTOtEE

ponr eux des juges éclairés; le gouce qu'il doit accorder ou cette partielles officiers, les généraux tireront le parti le plus avantageux dans ; enfin, ce en quoi les nations riions imiter de long-temps, elle-même en possession d'un ss de défense, de celui qui de prise aux chances versatiles de qui , bien apprécié , procurera une et me grande réduction dans Féet qui est par conséquent le plus conpenpIeKbre. Ainsi, donner de la pnfcfcritir" aux ptimipes de Tart fortifiant, femseieBer an élèves de l'Ecole des Travaux pu-

fdt kww destination juîure, c'est les citoyens, qui ne leur est pas de les avoir armés en gardes et danér mas à leur portée la fabrication de knrs armes, de h pondre et des bouches à feu. *

Frienr apfvtte ensuite ha regards des Comités et de h Comaùsàou àt£ constitution sur l'instruction pahbqne , qui était alvnanémtfi»; et il tire de rette dernière càrconstanetift poissât motif, non- MKikment de conserver TEcole, suivpnt le vœu de son institution, nuis de h soutenir et de la protéger de toute la force du gouvernement. Le reste du mémoire a pour objet de faire coiinaître les difficultés de toute espace que Ton a eu à combattre, et de justifier les dépenses du nouvel établissement. À cette occasion , Prieur examine la question du traitement accordé aux

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élèves, et conclut à ce qu'il leur soit continué. Il en donne pour première raison, que la mesure contraire restreindrait tropla classe dans laquelleles élevés pourraient être choisis , ce qui ferait perdre de très-bons sujets, et empêcherait même d'atteindrele nombre fixé par l'organisation -, il fait de plus observer , qu'on ne pourrait retenir, par aucune discipline, desjeunes gens qui seraient en quelque sorte libres de tout engagement envers la nation, c'est-à-dire, qui ne seraient pas considérés comme remplissant une fonction. Enfin, il se fait l'avocat des familles ruinées depuis la révolution, soit par les événemens de la guerre et les désastres des colonies, soit par les condamnations révolutionnaires et l'émigration. 11 cite des jeunes gens qui , après avoir cultivé les sciences , ont été réduits pour vivre à prendre des emplois dans les bureaux , ou à servir dans les armées comme soldats. Ces jeunes gens, qui sont accourus pour tfefirire admettre à l'Ecole , ne pourraient *'y soutenir sans aucun traitement.

Le Mémoire de Prieur , dont nous ne donnons ici que quelques fragment , est composé avec soin ; et ce soin même prouve que, dans ce moment où la Convention s'occppufr de donner des institutions à la France, l'existepce de Côtoie se trouvait sérieusement menacée. On y découvre aussi que les points en litige étaient le système d'enseignement, au moins dans quelques parties principales $ la dépense , surtout en ce qui concernait les appointemens des élèves, et peut-être aussi la difficulté de mettre l'Ecole eu harmonie avec le nouveau plan d'instruction publique , qui fut décrété trois mois plus tard , mais qui se

piéparaitdès lors dans les Comités de la Convention.

Ce fut un mois environ après la publication de ce Mémoire, que parut le premier cahier du Journal Polytechnique, contenant, ainsi que le porte son second litre, le Bulletin du travail fait à l'Ecole pendaut le premier mois de ses cours réguliers. Ce cahier, dans les circonstances que nous a révélées la brochure apologétique de Prieur, avait une importance particulière : c'était en quelque sorte le premier produit ostensible et appréciable de la jeune institution. L'avant- propos expose l'objet du journal, dans les termes mêmes de l'arrêté qui en ordonne la publication ; cet objet est , u de justifier l'emploi des moyens k que la république fournit pour l'instruction des « élèves; de les encourager, ainsi que ceux qui con- « courent à leur enseignement, par la publicité don- « née à leurs travaux et à leurs soins; de faireprendre h aux études une direction qui tende sans cesse à les « perfectionner; d'offrir un modèle propre à guider « d'autres établissent lis d'instruction; enfin, de ré- « pandre des connaissances très-utiles relatives aux « arts et aux sciences, et de provoquer l'extension u de leur domaine par des découvei les nouvelles ou ■ des applications heureuses. » On fait connaître ensuite les principales bases de renseignement.

Le premier article du cahier est le compte rendu par Monge, du cours de stéréotomie. Il est précédé d'une note concernant les chefs de brigade, l'instruction spéciale qui leur a été donnée, et leurs rapides progrès. Les articles relatifs aux autres cours sont rédigés avec le même soin, et très-dé veloppés. Leurs auteurs sont i Lamblardie et Iîaltard , pour i'ar-

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chitecture; Dobenheim, pour la fortification; Neveu, pour le dessin; Prony, pour l'analyse appliquée à la mécanique ; Barruel , pour la physique générale ; Fourcroy, Chaptal, BertholletvGuyton, Vauquelin, et Chaussier (1), pour les diverses parties de la chimie. A ces comptes rendus de l'enseignement, le Conseil, fidèle au double but de son institution, avait joint des mémoires intéressans pour le progrès des sciences et des arts. Le premier renferme les détails de l'expérience de la congélation du mercure, expérience faite dans l'Ecole même, par Haseenfratz, Welter, Bonjour et Hachette; le second présente quelques moyens d'économie et de perfectionnement dans l'art de la chapellerie, par Chaussier. Un troisième mémoire, qui dut exciter encore plus d'attention et d'intérêt, parce qu'il avait pour auteurs des élèves, termine ce cahier, dont il forme une portion assez considérable : il traite de la détermination géométrique des teintes dans le dessin.

Ce Bulletin, d'après un arrêté des trois Comités, fat imprimé par l'agence des lois, tiré à quatre mille exemplaires, et distribué « aux membres de la Con- « vention, aux élèves, amx instituteurs, et autres agens « de l'Ecole ; aux ingénieurs , et autres employés de a ce genre , dont la Commission des Travaux publics t donna la liste , aux divers établissement d'instrue- « tion ou autres, ainsi qu'aux citoyens qui pouvaient « le mieux en profiter. »

Le itfr septembre ( i5 fructidor an m), la Conveav

(1) Chanaaier s'était charge de l'an dee cour» de chimie , en Pabteaca

de Chaptal, qui était allé organiser quelque* unes de* nouvelles loolei

de Médecine.

8a histoire

tion rendit une loi qui dut dissiper toute inquiétude sur la conservation de l'Ecole, puisqu'elle statuait sur des points importons de son organisation. C'est cette loi qui impose à l'Ecole centrale des Travaux publics le nom d'Ecole Polytechnique.

L'ouverture des examens d'admission est fixée pour chaque année^ au aa ou a3 octobre (i*r brumaire), et le commencement, des cours au ai ou aa décembre ( i«r nivôse).

Les connaissances exigées des candidats sont l'arithmétique , l'algèbre , comprenant la résolution des équations des quatre premiers degrés, et la théorie des suites ; la géométrie , comprenant la trigonométrie, l'application de l'algèbre à la géométrie, et les sections coniques. Les autres conditions et le mode des examens sont conformes à ce qui est prescrit par la loi du a8 septembre 1794 (voyez page 3o).

Un jury, composé de cinq membres choisis parmi les savans étrangers à l'Ecole , et les plus distingués dans les sciences mathématiques , est chargé de former, d'après les notes des examinateurs, la liste pai — ordre de mérite des candidats a qui paraîtront avoir- « le plus d'instruction et de capacité? »

Les dispositions de la loi du a8 septembre 1794, concernant le traitement et la destination ultérieure des élèves, sont maintenues (voyez page 3i-3a).

Un article relatif aux examens que les élèves devront subir, à la fin de chaque année d'études, porte que u ceux qui , à l'expiration de la première année , « n'auront pas fait les deux tiers du travail affecté à « cette année, seront censés n'avoir pas l'intention u d'approfondir l'étude des sciences et des arts , et ,

DE L ECOLE POLYTECHNIQUE. [ 1 79^ j 03 ..'%'V^S

« en conséquence, se retireront de l'Ecole. Us ne ' « pourraient y être reçus de nouveau qu'après ]%- - « tervalle d'une année, et suivant le mode établi pour •* * la première admission. »

La nouvelle loi était le complément de celle dit 28 septembre 1794» qu'elle améliorait en plusieurs points. Quelques dispositions de celle-ci, qui n'avaient J : statué que pour la première année de l'Ecole, re$in--" vent ici un caractère de permanence. Le nouv^^u. ' mode établi pour la formation de la liste d'admission offre plus de garantie d'ufl bon choix ; le degré d'instruction exigé des candidats est plus élevé et mieux déterminé -, enfin l'instruction et le travail des élèves sont examinés et constatés dès la première année d'études. Mais ce qui donnait surtout à la dernière loi une grande importance, c'est qu'elle était une sorte d'approbation, de confirmation formelle, et, pour ainsi dire , de seconde création de l'Ecole , après une expérience de neuf mois , qui avait permis d'en juger le plan, et dTen entrevoir les résultats.

Le gouvernement ne tarda pas à donner un nouveau gage de ses dispositions favorables pour le maintien de l'Ecole. Le projet de la substituer aux écoles spéciales ayant été abandonné, on s'occupa de réorganiser celles-ci , et de régler leurs rapports avec la première. Une loi rédigée dans ces vues, et présentée par les Comités de salut public et d'instruction publique , fut décrétée par la Convention , le 22 octobre (3o vendémiaire an iv). Nous n'ertrairons des nombreuses dispositions qu'elle renferme, que celles qui intéressent directement l'Ecole Polytechnique.

Elle est placée*ous l'autorité du ministre de Tinté-

"îîv"'; % ®4 HISTOIBE

l:\;£C rieur. Le service de l'Artillerie est ajouté à ceux pour

V-' , lesquels elle formait des élèves. EHe doit en préparer aussi « pour l'exercice libre des professions qui né- -# cessitent des connaissances mathématiques et phy- *' siques. » Le nombre des élèves est réduit à trois cent soixante. Le système général de renseignement est d'aillçurq ipaintenu , et comprend toujours trois anpftac.jpais la durée du séjour des élèves à l'Ecole fcWJwW'*1 ml 'a profession à laquelle ils se destinent. . . Ainsi, ceux qui veulent être ingénieurs de vaisseaux ou ingénieurs-géographes, se présentent, après leur première année d'études , à l'examen ouvert à Paris pour l'admission aux écoles d'application de ces deux services.

...Ceux qui se destinent à servir dans l'Artillerie, ^ac^s }ts Ponts et Chaussées, dans le Génie militaire, ou dans les Mines, peuvent, après leur deuxième année d'études, se présenter aux concours ouverts à Paris pour ces divers services.

Mais, entre ces derniers ,41 y a encore cette différence , que les élèves admis pour le Génie militaire et les Ponts et Chaussées, doivent achever à l'Ecole Polytechnique la troisième année du cours d'études , avant d'entrer à l'école d'application. Leur traitement, pendant cette troisième année, est augmenté de trois cents francs.

Par suite des dispositions précédentes , les élèvesdoivent, après la première année d'études, passer au travail de la deuxième ou de la troisième année, suivant la profession*particulière à laquelle ils se destinent, ou suivant qu'il sera réglé par l'autorité qui dirige l'Ecole.

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Ceux qui ne sont pas reçus anx divers concours peuvent rester une année de plus , et se présenter de nouveau à l'examen. Aucun élève ne peut passer plus de quatre ans à l'Ecole.

Enfin , un article est ainsi conçu : « A l'avenir , il « ne sera plus admis aux écoles particulières du Gé «& « militaire, des Ponts et Chaussées, des Mines, deSfc « Géographes , ainsi que de l'Artillerie et des Ingé- « nieurs de vaisseaux, que des jeunes gens ayant « passé à l'Ecole Polytechnique , et ayan* rempli « toutes les conditions prescrites.

« Néanmoins , jusqu'à ce qu'il se trouve assez <Té- « lèves qui aient satisfait à ces conditions , le Diree- « toire exécutif entretiendra ces diflférens services « par des élèves , ou choisis suivant l'ancien mode , « ou tirés de l'Ecole Polytechnique 5 h cet effet, il « pourra prendre, dans cette Ecole, ceux dont il ju- « eerafc les services utiles à la patrie , suivant les cir- « constances. »

Cette dernière disposition , qui était purement transitoire, ne subsista que jusqu'au a5 mlPde l'année suivante (6 prairial an iv). Un arrêté du Directoire, sous cette date , porte que t les examens suivant l'an- « cien mode n'auront plus lieu, et que les jeunes « gens qui se destineront aux services publics de* « vront passer par l'Ecole Polytechnique. »

La 1qî que nous venons de rapporter établissait l'Ecole sur des fondemens solides : en liant son existence à celle des écoles spéciales , elle assurait son avenir , quelles que fussent les modifications qu'éprouveraient par la suke son organisation , ainsi que le «ode et l'Etendue de son enseignement. En un

mot, elle lui faisait prendre rang parmi les grande*. institutions scientifiques de la France.

Ainsi se termina cette première année de l'Ecole Polytechnique, pendant laquelle tant de circonstances difficiles avaient multiplié autour d'elle les embarras et }$$ cfcngers. Pressés par deux fléaux à la fois , les as- IHgjiats et la disette , le tiers des élèves s'étaient successivement retirés. Ceux qui avaient eu plus de ressources ou de persévérance, détournés de leurs travaux par la pénurie des subsistances ou par les agitations politiques-, n'avaient pu acquérir, au moins pour la plupart, qu'une instruction assez imparfaite ; et, comme s'il n'eût pas suffi de ces causes de distractions, les élèves , malgré les réclamations du Conseil , étaient toujours astreints au service alors fréquent de la garde nationale. Les études avaient donc été sans cesse interrompues, tantôt pour chaque élève en particulier , tantôt pour l'Ecole tout entiè^, dans les momens de crise politique. Pendant les premiers mois de 1795, des jeunes gens se réunissaient en troupes pl^lou moins nombreuses, pour soutenir le parti qui avait vaincu Robespierre « et ils avaient quelquefoisdes rencontres violentes avec les hommes ameutés par les chefs cachés du parti contraire. Les élèves partagaient généralement les sentimens de cette jeunesse, et quelques uns se trouvèrent compromis dans ces luttes souvent inégales. Alors, la plusgrande partie de leurs camarades quittaient tout pour aller les défendre ou les venger. Nous avons dit que, dans les journées du ier avril et du ao mai (ia germinal et ier prairial an m), plusieurs avaient combattu pour la Convention contre les Jacobins. Quelques mois après,

dans la fameuse journée du 5 octobre (i3 vendémiaire an iv), un assez grand nombre d'entre eux se joignirent aux citoyens de Paris qui avaient pris les armes contre la Convention ; et une enquête fut faite dans l'Ecole par ordre du Comité du salut public. Que de soins différera pour le Conseil et pour le Directeur! 11 fallait tout à la fois rassurer une autorité ombrageuse sur les dispositions des élèves , et en obtenir pour eux des secours pécuniaires et do* pain ; il fallait maintenir ou ramener dans ces jeunes têtes le calme nécessaire aux études , tandis que tout était , sous leurs yeux , dans le trouble et l'agitation ; il fallait introduire une sorte de discipline , lorsque tous les moyens moraux et matériels de police et de répression manquaient également ; il fallait esftfcjrôtir lEcple sans interrompre l'enseignemeqt ; ^jfrm vit un instituteur forcé de saisir, pour donner sa leçon , l'heure pendant laquelle les ouvriers prenaient leur repas et lui laissaient ainsi remplacement libre. A toutes ces difficultés, parmi lesquelles on doit compter encore le grand nombre de maladies causées par la disette et par le froid rigoureux et prolongé de cet hiver, l'Ecole naissante opposa le zèle infatigable et l'énergique volonté de ses fondateurs , de Monge, de Prieur, de Lamblardie, et de tous les hommes qui se partagèrent, dans des temps si calamiteux, les soins de renseignement, de la police et de l'administration. Une perspective moins sombre se découvrait à l'ouverture de la deuxième année. Le gouvernement di<rectorial , que la Convention venait d'imposer à la France, était loin sans doute d'offrir des garanties de stabilité ; mais du moins les pouvoirs fl'étaient pluj

■tSTOfftfi

■ne assemblée soumise elle-même à les partit qui s'en arrachaient successivement la Les aaouvemens populaires étaient mieux it et l'anarchie s'éloignait peu à peu devant d'ordre et d'avenir qui commençaient à r. L'instruction publique allait se réorde toutes parts. Les Ecoles centrales , fondées pu1 une loi du *5 octobre 1795 ( 3 brumaire an it), far les débris des anciens collèges, se préparaient à distribner leur enseigbement encyclopédique, exalté par les uns, censuré par les autres, et bientôt abandonné. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher que}Jruit l'enfance et l'adolescence pouvaient tirer de ces cents d'histoire naturelle, d'idéologie , d'éconouùefriibqee et législation, d'hygiène , d'arts et métiers , dftgricuhnre et commerce, auxquels étaient joints des conrs d'histoire , de grammaire générale, de langues anciennes et de belles-lettres , pour chacun desquels il n*y avait, comme pour les premiers , qu'un seul professeur. Nous nous bornons à remarquer que , dans ces nouveaux établissemens , on devait enseigner aussi les mathématiques et les arts du dessin, ainsi qne la physique et la chimie expérimentales ; ce qui en faisait d'utiles pépinières pour l'Ecole Polytechnique.

Cent quaraMe-trois candidats venaient de se présenter au concours , et trente-sept seulement avaient été reçus par le Jury, quoique le nombre des élèves se trouvât réduit de trois cent quatre-vingt-deux k deux cent cinquante-six. Mais beaucoup de ceux que la difficulté de subsister avait éloignés de l'Ecole, annonçaient le désir d y rentrer. Quarante-deux , dont l'ab-

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sence parut suffisamment justifiée, obtinrent cette faveur , qni fat refusée à plusieurs autres. Enfin , trois promotions tardives , faites parmi les candidats que le Jury n'avait pas d'abord admis , portèrent le nombre des élèves au complet de trois cent soixante , fixé par la dernière loi. D'autres jeunes gens participèrent avec eux à l'enseignement de l'Ecole. Quelques services, ayant sollicité pour leurs élèves l'avantage d'y perfectionner leur instruction , l'autorisation d'en suivre les exercices fut accordée par le gouverne* ment , d'abord à quarante jeunes officiers du Génie , plus tard à trente-huit élèves de l'Ecole de» Mines et à deux élèves de l'Agence des Poudres et Salpêtres. Quatorze élèves de l'Ecole dés Ponts et Chaussées furent admis aux leçons de l'instituteur du cours de travaux civils.

Au commencement de la nouvelle année scolaire , le Conseil voulant donner à Prieur un témoignage de reconnaissance pour la part qu'il avait prise à la fondation et aux succès de l'Ecole Polytechnique, lui adressa , par délibération expresse, l'invitation d'assister à ses séances et de coopérer à ses travaux , et lui conféra ensuite la présidence pour le mois suivant. Prieur eut bientôt occasion de fournir une nouvelle preuve de son «èle pour la, prospérité de FEcole. Le Conseil ayant été chargé, par un arrêté <lu Directoire exécutif, en date du 10 février , de présenter ses vues sur les modifications qu'il serait convenable de faire dans l'organisation , sur le complètement des collections et des préparatifs de chaque branche d'enseignement, et sur divers objets d'administration, tels, entre autres , que les dépenses de l'année actuelle ,

go HISTOIRE

Tétai des bâtimeus, et la somme nécessaire pour leur achèvement , ce fut k Prieur et à Monge que Ton confia le travail relatif à l'organisation. Le rapport fut fait par Prieur; et ce fat lui encore qui rédigea le rapport général sur tontes les questions proposées par le Directoire. Le nouveau plan d'organisation fut approuvé par le gouvernement, le 20 mars ( 3o ventôse an iv). Voici en quoi il diffère du premier :

Le cours d'Architecture reçoit la dénomination de cours de Travaux civils : les matières de l'enseignement restant d'ailleurs les mêmes.

Une nouvelle branche est ajoutée au cours de Physique générale, sous le titre de Zootechnie. Elle est destinée à faire connaître la structure et la force des animaux, ainsi que leur emploi dans les machines. On doit y joindre des principes sur la salubrité des lieux et édifices publics et privés.

La loi du aa octobre 1795 ayant réglé (voy. p. 84)* que les élèves, après la première année d'études, « passeraient au travail de la deuxième ou de la truite sième année, suivant la profession particulière à « laquelle ils se destineraient », cette désignation de deuxième et troisième année était dès lors devenue inexacte. La nouvelle organisation établit celle-ci : année de Stéréotomie, année de Travaux civils, année de Fortification, ne faisant d'ailleurs en cela que consacrer un usage préexistant. La répartition des objets de l'enseignement entre les trois années, éprouve aussi quelque modification.

Dans Tannée de Stéréotomie, on joint à l'Analyse pure et appliquée les élémens de la Statique, pour préparer l'étude de Tannée suivante.

Le cours de Physique générale continue d être fait

dans cette même année, mais les élèves des deux antre» années n y assistent plus. On y substitue, dans Tannée de Travaux civils, « le couraSjfle Zootechnie et de « Salubrité » dont nous avons parlé ; et, dans Tannée de Fortification « la visite des ateli^Wes plus intéres- « sans des arts mécaniques et chimiques. »

Enfin , « les ports maritimes et les édifices qui en dépendent » sont détachés de l'apnée de Travaux civils et ajoutés à Tannée de Fortification.

Tels sont les changemens que l'expérience d'une année avait fait introduire dans le système de Tenseignement. Il en résulta une augmentation dans le nombre des instituteurs. La première organisation porte qu'il y en àqra au moins un pour l'analyse; et nous avons fait remarquer qu'on lit dans les Développemerts, qu'il convient qu'il n'y en ait qu'un pour les taris années. Toutefois cette seconde organisation en établit un pour chaque partie dé l'analyse , ce qui en élève le nombre à tftris. Ce troisième emploi d'instituteur d'analyse fut donné à Ferry , ancien professeur de l'Ecole de Mézières. En second lieu, outre l'instituteur des Travaux civils , il en est créé un pour l'architecture proprement dite. Durand fut appelé à ces fonctions. Le nombre des adjoints et des maîtres restait le même. Un article porte qu'un des instituteurs ou adjoints précédemm At désignés pourra étve en même temps médecin de l'Ecole

À l'égard des autres agens de l'instruction : le Conservateur du magasin de chimie prend le titre de Préparateur général de chimie; cette place était remplie par Bouillon-Lagrange : les artistes placés près des

instituteurs de Chimie reçoivent la dénomination d'instructeurs-chimistes ; c'étaient alors Raimond t Welter et Bonjour : il n est plus fait mention de l'artiste qui était près de l'instituteur de physique générale. Le nombre des aides de laboratoire est réduit à dix ; et leurs fonctions sont bornées à travailler aux préparations de chimie et de physique, sous la direction des instructeurs-chimistes , du préparateur général et des instituteurs. Ils ne doivent plus être choisis que sur des preuves d'intelligence et de bonne conduite. Un règlement particulier porte qu'il n'en sera pas admis d'un âge au-dessous de quatorze ans. On commença à rechercher ces emplois, des Députés, des instituteurs les sollicitèrent pour leurs pareils 9 et même pour leurs fils.

Ce fut dans les attributions du Directeur que l'arrêté du *o mars opéra les changemens les plus importons. La première organisation en faisait un yent subordonné du Conseil ; celle-ci lui en donne la présidence, et le charge de diriger toutes les parties du service. « 11 a la surveillance de l'Ecole *, il s'occupe « sans cesse des moyens d'atteindre le but de l'insti- « tution de cet établissement, qui est la plus grande « instruction des élèves. 11 doit s'informer de leurs « progrès, de l'état auquel ils se destinent, et re- « cueillir tous les renseignemens propres à éclairer « le gouvernement sA les fonctions qu'il serait con- « venable de leur confier un jour. Il veille particuliè- « rement à l'exécution de tout ce qui a rapport à fad- « mission des élèves, à leur sortie de l'Ecole, & leur « passage d'une division à une autre , et aux examens « qu'ils doivent subir. 11 propose la liste des chefs

DE L ÉCOLE PQLYTEGHiriQUE. [1796] $5

« de brigade à nommer ou à changer. Il rend compte « au ministre de l'intérieur de tout ce qui intéresse « le service de l'Ecole, et transmet à l'Ecole tout ce « qui vient du ministre. Enfin , il donne aux élèves, « artistes , conservateurs, et autres agens de l'Ecole, « les témoignas de satisfaction ou les avertissemens « dont l'inspecteur était précédemment chargé. »

L'emploi de directeur était alors occupé par Deshautschamps, officier général du Génie. Lamblardie s'en était démis pour reprendre la direction de l'Ecole des Ponts et Chaussées, tout en conservant, dans l'Ecole Polytechnique, les fonctions d'instituteur du cours de Travaux civils. Il avait d'abord eu pour suc* cesseur dans celles de directeur, Lecamus, ancien membre de la Commission des Travaux publics.

Les deux sous-directeurs sont remplacés par trois administrateurs qui se partagent les fonctions relatives à la police et à l'administration; Ils doivent se suppléer les uns les autres, au besoin. Ch. Gardeur»Lebrun continua d'être chargé, sous ce nouveau titre, de la police de l'enseignement et de la surveillance des élèves. Ses deux collègues furent Lecamus, pour les approvisionnemens et le service intérieur, et Lermina pour la fbmptabpt té et la direction des bureaux. Gofser, ancien directeur-adjoint, chargé de l'administration, avait repris son service d'ingénieur des Ponts et Chaussées.

Les trois emplois de Substituts de l'administrateur chargé de la police sont conservés. J. Jacotot et Griffet-Labaume s'étant démis de ceux qu'ils occupaient, eurent pour successeurs Durand, qui fidâttl en même temps le cours d'architecture, et

9% msrouE

qui était aussi durgé d'une partie du cours d'analyse. Le Conseil est maintenu dans toutes ses attributions, à la réserve de celles qui n'étaient point compatibles arec la nouvelle situation du Directeur, c esta-dire, que rien n est changé relativement à son intuence sur rinstruction. Quant à Padtaunistration , il entend les rapports sur cette matière; mais ces rapports ne sont ph» présentés par le Directeur. Il approuve les règlement de police, et ne les fait plus. Il prononce, comme auparavant, sur les plaintes portées contre les élèves ou les divers agens, et transmet an ministre celles qui sont asses graves pour exiger plus qu%nn simple avertissement aux personnes. Enfin, il nomme à tons les emplois de l'Ecole, même à celui de directeur. L'agrément du ministre de l'intérieur est nécessaire pour ceux d cotre ces emplois qui donnent voix au Conseil*. Pour celui ^e directeur, il faut en outre la confirmation du Directoire exécutif. Un nouvel article relatif au journal prescrit de le publier chaque mois. L'objet de cette publication est toujours « de faire connaître la marche de renseigne-

* ment ainsi que les travaux des élèves, ceux des

* instituteurs , et des autres agens qui coopèrent à « Finstruction. Le secrétaire du Conseil doit recueille lir les matériaux de ce journil, leur donner au be- « soin la forme convenable, et mettre tous ses soins « à tenir constamment cette besogne au courant. » Les fonctions de secrétaire du Conseil et de bibliothécaire sont séparées. P. Jacotot , qui les exerçait cumulativement, s'étant retiré, les premières forent confiées à Halma (i), et les dernières à Peyrard.

lO Voytt U note an bat «le la page i*5.

DE h ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1796J <j5

Nous avons remarqué , dans la première organisation, cet article qui,1 en prescrivant au Conseil de s'occuper du perfectionnement des sciences et des arts enseignés dans l'EeoJe , l'érigeait en corps académique , alors qu'il n'existait plus en France de compagnies savantes. Nous remarquerons ici que la nouvelle organisation lui conserve cette attribution dans des circonstances entièrement opposées, puisque l'Académie des Sciences venait de renaître sous le nom de Classe des sciences physiques et mathématiques de l'Institut national , établi par la loi du a5 octobre 1795 (3 brumaire an iv). Les principaux membres du Conseil furent appelés des premiers à l'Institut; et ce fut là désormais qu'ils satisfirent ce besoin de communications intellectuelles qui leur avait fait sans doute trouver dans les réunions du Conseil un attrait que maintenant elles ne leur offraient plus exclusivement. Toutefois, il était important que l'article eût été maintenu; il excitait les divers membres de l'Ecole à y porter l'offrande des produits de leurs travaux , que l'on verra dorénavant remplir les pages du Bulletin ; et le Conseil pouvait aussi s'en autoriser pour réclamer les moyens de faire des recherches et des expériences qui eussent été trop dispendieuses pour des particuliers. C'est ainsi qu'après avoir obtenu du gouvernement la disposition d'un aérostat construit au dépôt militaire et scientifique de Meudon , pour le service des armées-, il avait chargé une commission, composée de Monge , Prony 9 Say , Lomet et Guy ton de Morveau , de s'occuper du perfectionnement et de l'extension des expériences aérostatiques. On sait que le succès de Fie u rus avait été en partie attribué à

g6 ahistoi*e

l'emploi d'uoede ces machines, au moyen de laquelle on avait pu reconnaître les forces et les mouvemens de l'ennemi. Le Conseil venait encore de solliciter l'acquisition dune pompe à fen des frères Périer, et celle de la machine à distiller dans le vide, inventée par Meunier. Il s'occupait d'établir, dans l'enceinte de l'Ecole, une petite verrerie, un four à poterie, une chambre de plomb , une serre pour faire des expériences sur la lumière , et un observatoire. Dans le seul intérêt des sciences, il prétait à Borda et à Séguin divers instrumens d'astronomie ou de physique; et il faisait demander au ministre des finances, qui les lui accordait- aussitôt, des diamans bruts déposés à l'hôtel des Monnaies (i), et qui servirent depuis aux fameuses expériences de Guy ton de Mor-

veau.

Cependant , à mesure que les institutions scientifiques se relevaient , l'importance extraordinaire que leur anéantissement avait donnée à l'Ecole ne pouvait manquer de s'affaiblir. Jusqu'alors elle avait puisé, dans les dépôts publics, les instrumens, les machines, les objets d'arts et de sciences nécessaires à ses travaux ou à l'accroissement de ses collections, et les livres qui formaient sa bibliothèque. Aucune disposition législative n'avait encore limité ses dépenses , et les Comités s'étaient montrés, à cet égard, aussi généreux que le permettait la détresse des finances. Cette facilité devait avoir un terme. Dès le premier

(i) Cet diamant prorcn aient d'une prise laite sur on vaisseau anglais venant do Sénégal. Le mini être en ordonna la remue, par liera» an Maséuru d'Hiitaue Naturelle, à l'Ecole de* Minet, et à l'Ecole Polytechnique, te lot de celle-ci fat de tingt-tix diamant, pétant ensemble 3j06a grammes (près de 17 carats).

mois de la deuxième année , l'Ecole ayant fait la demande d'un grand miroir concave , d'un pyromètre et d'une machine à Papin, éprouva un refus. Il est vrai que ce refus avait revêtu la forme plus douce d un simple ajournement; mais il était motivé sur ce que l'établissement de l'Institut obligeait le ministre de l'intérieur de suspendre la concession des objets qui pouvaient être utiles à l'Ecole;

Ce ministre, qui était Bénézeeh, professait d'ailleurs la plus haute opinion de l'Ecole Polytechnique et des avantages qu'elle devait procurer à la France. Ces sentimens éclatent à chaque ligne de la lettre qu'il écrivit au directeur pour lui annoncer que le gouvernement avait approuvé le nouveau projet d organisation. Il y nomme l'Ecole « une institution sublime « qui ne peut naître que chec un peuple libre, et a qui ne pourra prospérer que par la culture simul-* « tanéedes fruits de la science et des arts, et des «c vertus républicaines, » Cette disposition bienveillante était précieuse, surtout en ces temps de disses sions politiques, où des élèves, par une opposition ouverte au gouvernement, pouvaient attirer sa colère sur l'Ecole , et en occasioner la ruine. Avant que le Directoire ait pu oublier que plusieurs d'entre eux avaient combattu, le i3 vendémiaire, contre le parti qui lui avait confié le pouvoir, d'autres, ou peut-être les mêmes, refusèrent de prêter le serment de haine à la royauté ; et le Conseil , en prononçant leur exclusion , crut devoir publier par la voie des journaux et la faute et la punition. Cet acte de sévérité n'empêcha pas que, deux mois après, le ministre de l'intérieur ne reçut une lettre du ministre de

Cp* HISTOIRE

la police, contenant des plaintes sur l'incivisme des

Un objet non moins important exerçait alors la sollicitude du Conseil. Les réglemens n'avaient institué aucune punition pour les fautes de discipline, de sorte qu'il n'y avait point de degré entre la réprimande et le renvoi. Cet inconvénient se faisait surtout sentir à l'égard d'un genre de faute qui devenait de jour en jour plus fréquent; nous voulons parler du manque d'assiduité aux leçons, et principalement à celles de dessin, qui avaient lieu dans la soirée. A défaut d'autres moyens* le Conseil eut recours à un expédient qui paraît n'avoir eu aucun succès. Le Directoire, par un arrêté du 3o novembre 1795 (9 frimaire an iv ) , ayant accordé aux élèves le vêtement et la nourriture , le Conseil décida que ceux qui s'absenteraient plus d'une fois par décade seraient privés d'autant de rations de vivres qu'ils auraient manqué de leçons. L'arrêté suivant, qui fut pris peu de mois après , pourra faire apprécier l'efficacité de cette mesure : « Sur le compte rendu par l'administrateur, et « vu le grand nombre des élèves qui ont manqué aux « leçons, l'administrateur est autorisé à ne faire exer- « cer la retenue des rations qu'à ceux d'entre eux qui « ont manqué six fois et plus pendant le mois.» Une si molle indulgence ne tarda pas à porter ses fruits ; et, dans les trois mois suivans, le renvoi de dix élèves fut prononcé, pour cette même faute que Ton avait craint de punir d'une simple peine de discipline. Il parait d'ailleurs que le public avait remarqué ces inexactitudes des élèves, car, au commencement de Tannée suivante, l'administrateur chargé de la police

de l'école polytechnique. [1796] 99

des études adressa aux journaux, par ordre du Conseil, une lettre qui faisait connaître les mesures prises pour obtenir plus d'assiduité.

On punissait d'une manière différente un autie manquement du même genre. Quelques élèves s'étant dispensés de prendre part à ces visites d'ateliers des arts chimiques et mécaniques, que la dernière organisation avait substituées au cours de physique de la troisième année, le Conseil ordonna deJes remplacer par d'autres , en nombre égal , pris parmi ceux qui , ne devant pas suivre ces cours, témoigneraient cependant le désir de profiter de ce nouveau moyen d'instruction.

Des soins d'un autre ordre occupèrent encore péniblement le Conseil pendant le cours de celte année. La situation financière de l'Etat s'était fort peu améliorée depuis l'année précédente. Les mandats avaient succédé aux assignats , et se précipitaient rapidement vers le dernier terme de la dépréciation. Le gouvernement avait déjà beaucoup fait pour l'Ecole en accordant des rations de vivres, d'abord aux élèves (1), qui recevaient en outre l'habillement, plus tard aux professeurs, fonctionnaires et employés de tout rang. Il demanda que l'Ecole, de son côté, modérât ses dépenses et les réduisît au strict nécessaire.

Ce fut sur la chimie que frappèrent les premiers retranchemens. Le Conseil venait de doter assez largement cette partie de l'instruction. Afin que tous les . élèves prissent part aux travaux des laboratoires, il ' devait en être établi un nombre égal h celui des bri-

(1) L'arrêté du Directoire restreignait cette distribution gratuite de Wttcs à ceux qui n'avaient aucun moyen de subsistance; les autres la payaient de l'abandon de leur traitement.

gades; et, outre ceux des instituteurs, on en form.-iit un nouveau pour les préparations générales. La dépense annuelle de tous les laboratoires était fixée à vingt mille francs ( i ). Mais l'argent manqua pour la complète exécution de ce projet; et loin de pouvoir donner de l'extension aux manipulations chimiques, les instituteurs furent invités, quelques semaines après, « à se renfermer dans ce qui était absolument « nécessaire aux expériences. » Le ministre Bénézech suppléa de tout son pouvoir à ce dénuement. 11 fit d'abord remettre à l'Ecole les matières et etl'ets en dépôt a Mcudon, dans ces ateliers créés pour l'application des sciences à la guerre; plus tard, il accorda la faculté de tirer du magasin dus hôpitaux les substances demandées pour l'enseignement de la chimie. Malgré ces réductions et ces secours, le même ministre se vit forcé, vers la fin de cette année, d'engager le Conseil à ne conserver que deux laboratoires principaux ; et l'année suivante , les élèves de Fortification et de Travaux civils furent seuls exercés aux opérations chimiques; encore n'y furent-ils appelés que par moitiés, qui se remplaçaient alternativement tous les trois mois.

La chimie ne fut pas la seule branche d' instruction qui eut à souffrir de cet état de pénurie. Le travail si important des portefeuilles en était malheureusement

(1) Voici 11 reparlitiou de celte iomme , d'apte» l'arrête du Connu" :

Dépense ordinaire de» troii laboratoire! d' in ni lu leur» 4,5oot

Dei .ingt laboratoire» d'ilevei 3,000

Du laboratoire de» rin-pn tarin ni générale*. a,oon

Aclut d'instrumenté! mire» dépense» «iraordinnitc» i.Sdo

Total..

retarde. L'instituteur de dessin sollicita du ministre de la guerre, que la toile nécessaire à l'habillement de ses mannequins lui fut donnée. des magasins de l'armée. C'était un article de moins dé.cent francs: il fut refusé. On vit enfin se reuouvfeteç.-ces échanges qui ,

ayant l'institution des signes monétaires, constituaient

le commerce des peuples à pein$# .entrés dans les voies de la civilisation. L'Ecole, pour *e procurer une certaine quantité de platine destiné k~se$ laboratoires, offrait au propriétaire de ce métal queues vaisseaux de chimie dont le besoin était alors nsmns urgent. Elle en avait déjà obtenu du même particulier, à la condition de lui en rendre une partie travaillée en lames*, et Gùytonde Morvéau avait consenti i çç\ charger de cette préparation plus industrielle que / scientifique. À la suite d'une négociation avec l'Agence des Mines , l'Ecole en reçut divers objets de minéralogie, et lui donna en retour un nombre convenu d'exemplaires de son journal. Enfin , l'Ecole de Médecine ( que Ton nommait alors l'Ecole de Santé), ayant à rembourser des avances faites, pour son compte, par l'Ecole Polytechnique, offrit en paiement deux squelettes tout montés , que le Conseil accepta. Cependant, le 6 juillet (18 messidor an 4)* l'administration vint annoncer au Conseil qu'il lui était impossible d'assurer le service des leçons, à moins qu'on ne lui procurât du numéraire. Le Conseil arrêta que le ministre serait instruit de cet embarras , et que l'administration emploierait tous les moyens qui étaient à sa disposition pour ne pas laisser manquer le service. Le ministre ne fit pas attendre sa réponse. 11 déclare qu'il ne peut accorder de numéraire à l'Ecole

pour se» achats; et qu'il approuve l'obligation imposée à l'administration de prendra toutes les mesures possibles pour que le servicé'np soit pas interrompu. Cette partie de l'arrêté du Conseil rappelle, si Ton nous permet ce rapprochemejh* la fameuse formule : Caveant consules. NousSghorons l'usage que l'administration fit de sa dictal^r^ mais nous voyons que l'Ecole néprouva aiicjui dommage notable dans son instruction. CeTtJsultat; bien honorable pour l'administration , pour tes instituteurs et pour les autres fonctionnaires . ne le^peut-être pas moins pour les élèves eux-mêmes, quijljptèsséspar tant de privations, poursuivaient leurs élude* avec tèle et persévérance. Beaucoup de ces ;.^ettnes gens* mal partagés des biens de la fortune, /.n'étaient venus suivre les travaux de l'Ecole, dans le séjour dispendieux de Pfcris, que sur la promesse d un traitement; et ce traitement, on du moins le nmeraMe papier qui le représentait, s'était évanoui tout à coup entre leurs mains, les laissant en proie à des besoins de tous les jours. C'était sans doute beaucoup pour eux de recevoir le vêtement et les \ ivres militaires; mais cela pouvait-il leur suffire? Le Conseil était loin de le penser; car les élèves lui avant remis une pétition tendante à obtenir du gouvernement que la moitié de leurs appointemens leur fût pa\ee en blé* ou en valeur équivalente, il arrêta que , dans le cas où l'objet de la pétition ne serait pas accorde dans son entier , des secours seraient demandes au Directoire pour les deux tiers d'entre eux les plus nécessiteux. Il crut aussi devoir aider ceux de la di\ ision île fortification « pendant le temps qu'ils furent exercés, dans les environs de Paris, au lever

DE L ÉCOLE POLYTECHNIQUE. [1796] Io3

des plans ; et il fit donner à chacun d'eux huit sous en numéraire, pour chaque jour employé hors de l'Ecole. Le besoin d'un tel secours et sa modicité témoignent également de la fâcheuse position de ceux qui le recevaient et de ceux par qui il était distribué.

Vers ce même temps, un coup inattendu vint mettre à une nouvelle épreuve la constance des élèves et celle du Conseil. Un arrêté du Directoire supprima, dans Paris, toute distribution de pain et de viande au compte du gouvernement , excepté aux indigens ; et la partie rigoureuse de la décision fut appliquée aux élèves. L'administration de l'Ecole se vit dans la nécessité de venir à leur secours , sur ses propres moyens. Heureusement, cette détresse ne dura que dix jours, après lesquels les rations furent denouveau distribuées aux élèves, que Je gouvernement voulut bien considérer comme militaires en activité. Alors l'administration réclama du ministre le remboursement des sommes qu'elle avait dépensées pendant ces dix jours, et qui se montaient à quinze cent trentecinq livres en numéraire, ou quarante-cinq mille livres en mandats. D'après cette proportion, le traitement annuel des élèves valait, à cette époque, environ quarante et un francs.

Non-seulement, commenousl'avonsdit, l'instruction n'avait pas sensiblement souffert de ce malaise financier qui pesait sur la France -, mais malgré cet état de gène , malgré l'insuffisance des moyens de discipline, et même, malgré l'absence de Monge et de Berthollet, qui avaient reçu la mission d'aller recueillir les objets d'arts dont Bonaparte vainqueur dépouillait les musées et les bibliothèques de l'Italie; malgré toutes

i-es circonstances défavorables, renseignement avait suivi son cours régulier, et s'était même accru d'une branche nouvelle, qui, à la vérité, ne tarda pas à disparaître. Le Conseil , sur la demande de Chaussier , autorisa rétablissement d un jardin botanique dans 1 enceinte de l'Ecole, et approuva que les premières séances du cours de chimie végétale, dont Chaussier était encore chargé, fussent employées à l'exposition des différentes méthodes de botanique. Des tableaux synoptiques de ces méthodes furent imprimés à six cents exemplaires, et devaient être placés dans le Journal, avec les explications que Fauteur aurait jugé à propos d'y joindre. Il serait difficile de justifier l'introduction, dans l'enseignement de l'Ecole, d'une science si étrangère au but de sa création et à la destination des élèves. Nous ne parions de cette tentative, que parce quelle est une preuve du zèle, parfois excessif, qui animait les instituteurs pour la propagation des sciences et pour l'instruction des jeunes i;ens qui sui votent leurs leçons. Le Conseil fit une œuvre plus utile, en ordonnant Tachât et la distribution dans les salles d'études, d'un certain nombre d'exemplaires de la Mécanique de Lagrange. Ce fut le premier, et, pendant long-temps, le seul livre ainsi placé dans les salles , k la disposition des élèves. Le Conseil s'occupa aussi de faire imprimer la Théorie des Fonctions analytiques , dont l'édition, qui porte la date de prairial an v (juin 1797), forma plus tard le neuvième cahier du Journal de l'Ecole.

Los deuxième, troisième et quatrième cahiers de ce journal furent publiés dans le courant de cette année. Ils complètent les comptes rendus des travaux

faits à l'Ecole pendant la première année scolaire , et renferment neuf Mémoires scientifiques , dont les auteurs sont Prony, Hassenfratz, Horace Say, Guy* ton de Morvean , Berthollet , Bonjour , Fourcroy et Vanqnelin. On annonce, dans le quatrième cahier, que Ja suite de la collection sera faite sur un nouveau plan. Il paraîtra, chaque mois, un cahier décent pages au plus, renfermant des Mémoires sur les sciences et les arts , lesquels seront fournis par les instituteurs , les fonctionnaires et les élèves, pu par des savans en correspondance avec l'Ecole. On y insérera quelquefois des traductions ou des extraits d'ouvrages. étrangers, contenant des nouveautés intéressantes pour les sciences mathématiques et physiques; on y joindra, de temps en temps, l'exposé de la situation de l'Ecole et de ion origine.

Le Conseil crat devoir consigner , dans l'avtau-propos du quatrième cahier , des expressions tiès- vives de sa reconnaissance envers le Directoire exécutif et le ministre Bénézech , et y rappeler aussi tout ce que l'Ecole devait « au zèle actif et éclairé de Prieur. » Le Directoire avait , en effet, continué de diriger l'Ecole dans la route tracée par la loi dti *i octobre 1795 ( 3o vendémiaire an iv), qui établit ses rapports avec les services publics. Un arrêté , du 1 1 février (a* pluviôse an iv), avait réglé l'enseignement de l'Ecole des Ingénieurs de vaisseaux, de manière à ce qu'il se liât et ne fit pas double emploi avec celai de l'Ecole Po* ly technique. Par suite de ces dispositions, neuf élèves, admis, d'après un examen, à cette Ecole, avaient été attachés à l'Ecole Polytechnique. La même mesure fut ordonnée, quelques mois plus tard, à l'égard de dix*

106 HISTOUIE

neuf élèves reçus à l'Ecole d'Artillerie de Châlons. Le» uns et les autres devaient être assimilés en tout élèves de l'Ecole Polytechnique, soit dans le rédn travail, soit dans le traitement, et concourir avec eux pour leur admission dans les services auxquels Us se destinaient. Un autre arrêté, du ier avril (la germinal anrv), statue qu'à l'avenir les élèves des a foadrcs et Salpêtres seront choisis parmi les jeunes ggem qui auront fait au moins un an d'études à l'Ecole Nytechnique. Un troisième arrêté, du a3 juillet V 10 thermidor an iv), ordonne que la même, dispos is appliquera % à partir du mois de décembre suiaox élèves de l'Ecole à instituer pour les Ingé-

0* v*H que le Directoire mettait de l'empresséa exécuter lartkJe de la loi concernant les ser- TOfttpdhèks, qpàu ouvraient les écoles de ces services quWx utultéfercsde l'Ecole Polytechnique. Dès le *5 mat , t> pninal an iv \ il avait renoncé, par un arrête formel . à h factihe que lui laissait la même Km. dYatrctccùr ces écoles par des élèves choisis sui- *amr*ucie«m<*le* Cet arrêté renferme les dispositions mirantes sur U* examens intérieurs : « Laplace, en « qiuhte dVxaminateur pour l'admission aux Ecoles

* de Y Artillerie * des Ingénieurs de vaisseaux et des « ln^émeurs^k^raphes« et Bossut, comme exami- « tuteur pcmr celle des Ingénieurs militaires, des

• Ponts et Chaussées et des Mines ♦ doivent se rendre « à I Ecole Polytechnique» vers la fin d'octobre, pour

• y interroger les jeunes gens qui se destinent respec-

* lw»ent à chacune de ces branches de service, n Utiaraeu doit porter sur les objets de renseigne-

« ment donné à l'Ecole , dans chacune des trois divi- « sions. Le travail fait par l'élève, et l'intelligence « qu'il met à en rendre compte , sont les bases prin- « cipales d'après lesquelles il doit être jugé. — Son asci siduité et sa bonne conduite sont prises aussi en con- « sidération. Les élèves les plus méritans doivent être « admis dans chaque genre de service, en raison des « places vacantes. » Un article porté que « les deux « examinateurs seront membres du Jury pour la for- « mation de la liste des élèves à admettre, chaque « année, à l'Ecole Polytechnique.

D'un antre côté , il fut réglé par le Conseil , que chaque instituteur de chimie examinerait les élèves de sa division, non-seulement en les' interrogeant, mais en se faisant représenter les procès- verbaux des opérations faites par les élèves, et en tenant note du nombre et du mérite de ces procès-verbaux. Une phrase du considérant mis en tète de ces dispositions réglementaires , laisse apercevoir que l'enseignement de la chimie était suivi avec quelque tiédeur. 11 y est dit que le but de cet examen est aussi « de « faire sentir aux élèves que leur application à la « chimie n'est pas moins nécessaire que leurs études « de mathématiques, et que l'on exigera également « d'eux des preuves de capacité et d'assiduité dans « l'une et l'autre partie. »

L'examen des élèves qui ne se destinaient pas à des services publics fut aussi confié aux instituteurs des différens cours.

Les examens intérieurs eurent pour résultat l'admission de cent neuf élèves dans1 les écoles spéciales. Près d'un an auparavant, il en avait été demandé neuf

11 IST01 R t.

pour le Génie militaire , et quatorze avaient été appelés dans les Ponts et Chaussées. 11 eut semblé injoste de porter un jugement sur l'Ecole d'après la première promotion qui en sortit. Beaucoup de moyens de l'enseignement n'existaient pas encore, ou n'existaient qu'imparfaitement. Ces élèves avaient été admis avec une instruction très-inégale, et pour plusieurs, trèsincomplète. On a vu d'ailleurs par combien d'obstacles de toute espèce le cours de leurs travaux avait été contrarié ; et néanmoins, ces premiers nés de J'Ecole Polytechnique ne sont pas ceux de ses enfans dont elle ait le moins à se glorifier. Presque tous ceux d'entre eux qui sont encore dans les services publics, y occupent avec distinction des rangs plus ou moins élevés: quelques uns se sont fait un nom dans les sciences, d'autres remplissent des fonctions éminentes dans l'administration publique (i).

Les concours extérieurs amenèrent cent onze nouveaux élèves, et les cours de la troisième année commencèrent. La situation de l'Ecole laissait encore a désirer. Les portefeuilles des dUléiens genres de dessin étaient loin d'être complets. Le cabinet de physique et la bibliothèque s'étaient, à la vérité, récemment enrichis d'ouvrages et d'instruinens envoyés d'Italie par Monge et Berthollet, qui, tout en s'acquittent de h mission qu'ilsavaient reçue du gouvernement , ne perdaient pas de vue les intérêts et les besoins de l'Ecole Polytechnique. Mais il restait beaucoup à faire pour élever ces collections, et tout le matériel de l'Ecole, à un état qui fût digne de l'importance et du rang de l'institution; et l'espoir d'arriver promplemenl à ce

(0 Voie* I* r-'omotion d« i;$(.

DE LiCOLB POLYTECflKlQUE [1797] 109

résultat désiré s'affaiblissait de jour en jour. Les Conseils législatifs travaillaient alors sans relâche à rétablir Tordre et l'économie dans les finances} comme tous les autres services, l'Ecole Polytechnique»devint, • sous le apport des frais qu'elle occasionait à l'Etal^ l'objet d'une investigation sérère, et sa dotation ai*nuelle fut réduite à trois cent mille francs. Cette réduction entraîna celle de plusieurs traitement et la suppression d'un assez grand nombre d'emplois, parmi lesquels on remarque Pua des trois instituteurs de mathématiques, celui d'architecture, deux des instituteurs-adjoints de chiiùie et celui de physique générale , les trois substituts de l'administrateur chargé de la surveillance des élèves , le bibliothécaire , dont les fonctions furent réunies de nouveau è celle de secrétaire du Conseil, le conservateur des modèles et son adjoint, les trois instructeurs-chimistes, et les dix aides de laboratoire. Le nombre des élèves fut réduit à trois cents. La réforme porta en outre vfa seize employés ou agens inférieurs de l'administrâtiÂi. L'économie s'élevait à plus de soixante seiie mille francs.

Après de si douloureuses mutilations, l'Ecole pouvait espérer qu'elle remplirait $e% destinées sans trouble. Dotée d'un budget régulier , appuyée sur des lois solennelles qui déterminaient lé renouvellement périodique de ses élèves et leur admission dans les services publics, elle semblait n'avoir plus k s'occuper que d'assurer le succès de son enseignement; pajr l'amélioration progressive des méthodes, pet» le sèk éprouvé des instituteurs, perdes règlement £tfdiécipline propres k garantir l'assiduité et Fap|fIkMÉbn des

élèves. Celait dans ce cercle que paraissaient devoir se renfermer désormais les travaux et la sollicitude du Conseil, lorsqu'une agression inattendue vint tout à coup menacer l'Ecole dans son plan d'études et dans ce qu'on nommait son privilège, c'esl-à-dire, son droit exclusif de fournir des élèves aux écoles des services publics. Voici comment les choses se passèrent.

Le ministre de la guerre ayant chargé le Comité cenlral des fortifi calions de lui soumettre un projet de réorganisation pour.l'EcoIe du Génie, le Comité représenta au ministre (25 janvier — 6 pluviôse an v), qu'il se trouvait arrêté dans son travail par plusieurs dispositions de ta loi du 22 octobre 1795 (3o vendémiaire an iv), relative aux écoles de services publics, et notamment par celle qui concernait l'Ecole Polytechnique; il ajouta que, « sachant d'ailleurs que le « gouvernement s'occupait de modifier l'organisation « decette école, » il avait cru devoir adresser au ministre un avis sur cet objet important.

Cet avis , rédigé en dix-neuf articles , était accompagné d'un préambule assez étendu, dans lequel, après avoir reconnu que « il paraît eu général utile, » économique et favorable à l'instruction, de réunir, « dans une seule école, établie à Paris, les parties de « l'enseignement communes à divers services,» le Comité déclare que k le privilège exclusif affecté à l'E- « cole Polytechnique de fournir tous les élèves des- « tinés à ces services , tend à en écarter des hommes « de mérite, qui n'auraient pu se présenter à cette « école, ou qui n'en auraient pas eu besoin ; a affai- .< blir l'émulation, et à restreindre les moyens d'assu-

h rer au* divers services le nombre d'élèves qui leur u est nécessaire. » te Comité fait observer plus bas, que a la partie théorique de l'art affecté spécialement « à chaque service , ne peut être séparée de ses aptt plkations, sans retarder l'instruction et nuire aux « progrès des élèves, sans risquer souvent de s'écar- « terd es vrais principes, et sans faire des doubles émit plois inutiles. » Après quelques autres considérations sur des points qui sont aujourd'hui d'un faible intérêt, le Comité exprime, en substance, les vœux suivans :

« Qu'il ne soit reçu à l'Ecole Polytechnique tjue des jeunes gens qtfi se destinent à l'un des services publics indiqués par la loi, et que le nombre des élèves soit fixé d'après cette disposition. » On estime, dans une note, que ce nombre doit être de cent cinquante.

« Que tout citoyen , remplissant d'ailleurs les conditions prescrites, puisse se présenter aux examens pour être admis dans une école de service public, sans avoir passé par l'Ecole Polytechnique. »

« Que nul ne puisse être admis à l'examen d'entrée « à l'Ecole Polytechnique, à moins d'avoir fait un « choix invariable du service qu'il se propose de « remplir. »

« Que le programme de l'instruction requise pour être admis à l'Ecole Polytechnique comprenne de plus les élémens du dessin. »

« Que le cours complet des études de l'Ecole Po- « lytechnique soit fixé à deux ans, et ne puisse com- « prendre, dans sa plus graude extension, que les « objets suivans : Première année. i° Application

« de l'analyse à la géométrie des trois dimensions, a à la mécanique des solides , au calcul de l'effet des « machines, y Physique générale et particulière. ■ 3° Art du dessin appliqué à la figure, au paysage , « aux plans el cartes. 4" Stéréotomie avec ses ap- « plications4 ia coupe des pierres et des bois. 5° Lever n des cartes el plans et nivellement. Deuxième an- « née. i° Continuation des quatre premières parties n de l'instruction de la première année, augmentée u de l'application de l'analyse à la mécanique des « fluides, a" Notions générales des principes de l'ara etiitecture relatifs seulement à la distribution des u bâtimens civils, suivies de la visite des principaux « établissemens, chantiers, ateliers, et travaux exéa cutés à Paris. « Ce plan d'études supprimait, comme on voit, les cours de Travaux civils, de Fortification et d'Architecture décorative.

Nous nous bornons à extraire, des treize derniers articles, les dispositions qui présentent quelqu'iroportance. Elles se réduisent aux points siiiv.ni>

« Qu'aucun fonctionnaire des différens services ne « puisse être instituteur, examinateur, ou directeur « de l'Ecole Polytechnique.

u Qu'un des fonctionnaires employés» Paris, dans « chacun des divers services, soit membre du Conn seil de l'Ecole, et qu'il ait en conséquence entrée a dans toutes les salles d'instruction.

« Que les élèves de l'Ecole Polytechnique soient n casernes, et tenus de porter toujours un uniforme.

« Que le gouvernement mette en équilibre les « avantages attachés aux différens genres de services, « en les proportionnant aux risques, peines, sacrï-

de l'école polytechnique. [1797] ll3

« fices et difficultés qui peuvent avoir lieu dans les « uns ou dans les autres. »

Le ministre delà guerre (Pétiet), en transmettant au Directoire exécutif l'avis du Comité des Fortifications, recommanda ce dernier article à l'attention particulière du gouvernement. Il se fonde sur ce que « le dernier examen lui a donné la triste expérience « du préjudice que l'organisation actuelle de l'Ecole « Polytechnique doit porter aux corps militaires, a pour lesquels il ne s'est présenté , cette année, que « de très-faibles candidats, et en petit nombre, tan- « dis que le service des Ponts et Chaussées a obtenu « la majorité et les plus instruits. » Cette prépondérance est attribuée par le ministre aux causes suivantes : « L'Ecole est sous la main du ministre de « l'intérieur, qui a également les Ponts et Chaussées. « Les élèves de ce dernier corps passent trcrts ans à « Paris, et sont en outre mieux traités que ceux des « autres écoles. Les ingénieurs des Ponts et Chaus- « sées peuvent être employés dans quelque partie « que ce soit de la France, et par conséquent à por- « tée de leurs familles, tandis que les officiers d'Ar- « lillerie et du Génie sont obligés d'aller, soit à l'ar- « mée , soit dans des places où ils sont isolés et vivent « plus chèrement. Enfin, les ingénieurs civils ne sont « point exposés aux risques et fatigues que l'étal mi- « litaire entraîne. » Le ministre termine par dire qu'il a détaillé ces considérations puissantes, « afin « de préserver les corps militaires de la décadence « où ils tomberaient infailliblement, si l'on n'adop- « tait pas les changemens proposés dans l'organisa- « tion de l'Ecole Polytechnique. »

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