‹ Histoire de l'École polytechniqueChapitre 9 sur 75 · MI5TOUE · texte numérisé non relu

MI5TOUE

Le ministre de 1 Intérieur ayant reçu coraraunicaûon do mémoire du Comité des Fortifications , se bits de Tenorer au Conseil de l'Ecole pour avoir son aiis. Cet avis fut « que , sans admettre ni rejeter les

• observations dn Comité, le Conseil ne pouvait sans

• inconvénient ouvrir une discussion approfondie

• sur la composition d'une nouvelle Ecole Poly-

• technique; que les grands changemens proposés

• jetteraient le désordre dans renseignement com-

• mencé; que l'Ecole persistait à demander au mi-

• nîstre l'organisation qui venait de lui être commu- « niqoee ( celle qui résultait des suppressions ini-

• posées par les Conseils législatifs ), s en rapportant d'ailleurs a ce que sa sagesse lui inspirerait pour le

• succès de ce précieux établissement. »

Après que le Conseil eut ainsi évité de s'engager dans la discussion des demandes du Comité des Fort tkatk*i« , ce Comité produisit (la mars — a germinal >n > nu second mémoire, où sont déduits les motifs <jr> projmsitious contenues dans le premier.

On v u>tifie la demande de ne recevoir à FEcole

Folvtechu.que que des jeunes gens qui se destinent a i un de» services publics, en disant, « que l'Etat « entretient déjà, pour tous les citoyens, des Ecoles

• centrales où ils peuvent acquérir toutes les con-

• naissances utiles ; qu un grand nombre d'élèves réu-

• nis ne peut être que préjudiciable à l'instruction;

• qu'en conservant cent cinquante élèves, tous les » services seront pourvus, et les moyens d'instruction « <»t de police plus complets, plus sûrs et plus écono- « iniques; enfin, que, faute de prendre cette mesure, « on risquerait de voir la majeure partie de l'Ecole

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« composée de citoyens qui n'auraient d'autre but « que de profiter , pour leur instruction particulière, « d'un enseignement gratuit, et des autres avantages « qui y sont attachés. »

Le Comité désire que tout citoyen puisse concourir, avec les élèves de l'Ecole Polytechnique, pour l'admission dans les services publics, « parce quïl « résulterait du privilège exclusif de l'Ecole, d'a- « bord , que la république serait privée des services * que pourraient lui rendre des citoyens, pleins de <* mérite et de capacité , qui auraient acquis les conte naissances nécessaires hors du sein de cette Ecole; « connaissances qui se trouvent à la portée de tous <c les citoyens par les moyens établis pour l'instruc- « tion publique, tandis que celles réservées aux h écoles spéciales des services publics ont besoin des « moyens affectés particulièrement à ces différens serti vices; » en second lieu , « l'émulation des élèves ne « pourrait qu'être extrêmement affaiblie, parla cer- « titude de n'avoir point de concurrent étrangers; » ensuite, « les besoins des divers services publics en» « traîneraient à recevoir des élèves peu instruits ou « peu capables; s enfin, « à défaut d'élèves de l'Ecole «c Polytechnique qui se destinassent à l'un des série vices , ce service serait dans le cas de manquer « faute d'agens. »

11 a été demandé que chaque élève , avant son admission il l'examen d'entrée , fit le choix d'un service , et que ce choix fût irrévocable , parce que, « pour assurer aux différens services publics le « nombre de fonctionnaires qui leur est nécessaire, il « faut bien connaître avec certitude le nombre de

« ceux qui se destinent à ces services. Ce qui est « déjà arrivé, et ce qui j>eut encore avoir lieu, doit « faire* prendre des précautions contre la tendance « que pourraient avoir les élèves de l'Ecole pour « quelques services , au détriment des autres. »

L'introduction des élémens du dessin dans le programme de l'examen d'admission, est fondée sur ce que « le talent du dessin étant d'une absolue néces- « site pour divefr services, il convient de s'assurer « des disposition de» candidats pour cet art indis- « pensable. »

Voici sur quelles considérations le Comité appuie ses propositions relatives à l'enseignement, lesquelles consistent, comme on l'a vu, à en retrancher les cours de travaux civils, de fortification et d'architecture, a <Gett6 partie des études est un double emploi, puis- * que la république entretient une Ecole du Génie « et une Ecole des Ponts et Chaussées. Les difficultés « d'établir une Ecole du Génie sont déjà assez grandes « sans vouloir les doubler. Comment d'ailleurs en- « seigner avec succès les fortifications, dans un lieu « où l'on ne peut donner qu'une idée imparfaite et « factice de leurs formes et de leurs usages ? Ce n'est « que dans une place de guerre , au milieu de toutes « les armes, que l'élève saisira, avec facilité et vé- « rite, les rapports des ouvrages défensifs avec toutes « les opérations des différentes armes. Ailleurs , les « préjugés tendraient bientôt à faire tomber l'ensei- « gnement de cette partie essentielle de l'art militaire « en un assemblage de principes systématiques et « dénués d'application. Pourquoi , d'ailleurs , ne don- « neraiUôn pas également à cette Ecole la théorie de

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« l'artillerie, de l'exploitation des mines, celle de la « marine , etc. ? En supprimant de l'enseignement la « théorie des fortifications, celle des ponts et chaus- « sées et des ports, les élèves seront moins distraits « des études fondamentales des mathématiques, de « la géométrie descriptive, de la stéréotomie, du « dessin et de la physique. Us sauront mieux, et « auront acquis, d'une manière bien plus précise et « plus sûre, des connaissances qu'ils doivent, par la « suite, avoir toujours présentes à l'esprit. L'instruc- « tion pourra se donner en deux ans ; et celle de la « première année conviendra aux élèves de tous les « services. »

En proposant qu'aucun fonctionnaire deidifférens services ne pût être instituteur, examinateur ou directeur de l'Ecole Polytechnique, le Comité a eu en vue « d'empêcher les préventions, faveurs, préfé- « rences , et l'influence qui feraient favoriser certains « services ou élèves aux dépens des autres. » 11 est digne de remarque que le directeur et deux des instituteurs étaient, en ce moment, des officiers du Génie.

Sur la demande qu'il fait, «qu'un des fonction- « naires employés à Paris dans chacun des divers « services soit membre du Conseil de l'Ecole » , le Comité se borne à dire « qu'il paraît nécessaire que « chacun de ces fonctionnaires surveille la partie qui « le concerne plus particulièrement; qu'il prenne m connaissance des élèves attachés à cette partie; et « leur fasse connaître d'avance le rapport de leurs « études avec le service qu'ils sont destinés à remet plir, etc. »

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L'uniforme et le casernement ne sont présentés que comme des moyens de police « nécessaires dans une grande ville, où les élèves trouvent tant d'objets de distraction. »

L'article concernant « les avantages attachés aux différens genres de services, s est appuyé sur les motifr autans : « Depuis l'institution de l'Ecole Po* iquc, le Génie et l'Artillerie n'ont point eu de sujets d'une capacité comparable à celle qu'un concours général de tons les citoyens leur procurait autrefois; tout ce qui réunissait le plus d'instruction et de mérite dans cette Ecole s'est présenté pour les services civils , et les autres services ont réellement été pour ces élèves nn pis-aller. Or, l'intérêt de la république érigeant que les services hnporjtans de l'Artillerie , dn Génie et de la Marine soient an moins aussi bien remplis que les services civils, il eat nécessaire d'équilibrer, en quelque sorte, les avantages des divers services, ce qu'on obtiendrait aisément en augmentant la considération due aux emplois militaires , ainsi que les moyens de les remplir avec aisance et dignité. » Le Conseil laissa ce second mémoire sans réponse , comme le premier. Mais le ministre de l'intérieur, en soumettant ( *6 avril — 7 floréal an v ) au Directoire le nouveau plan d'organisation, qui, comme on l'a vn , n'opérait de cbangemens que dans le nombre des emplois, l'accompagna d'un rapport, dans lequel, après un brillant éloge de l'Ecole, il parle « des atc teintes qu'on semble vouloir lui porter, en propo- « sant de nouvelles modifications qui finiraient par « anéantir ce bel établissement. » Examinant ensuite

les reproches qui lui sont faits, et, entre autres, celui de renfermer « différentes branches d'enseigne- « ment qui paraissent ne convenir qu'aux écoles de « service public , » il fait remarquer , sur ce dernier point, «que l'Ecole Polytechnique a été instituée, « non-seulement pour les élèves qui se destinent à « ces différens services, mais encore pour former de « jeunes citoyens qui puissent répandre dans les dé- « partemens, soit comme professeurs, soit comme « artistes, les connaissances qu'ils auront acquises. » Après cette réponse générale, qui semble ne s'appliquer qu'aux cours d'architecture et de travaux civils, le ministre aborde, en ces termes , les objections relatives au troisième des cours attaqués : « L'étude « de la fortification a paru déplacée à quelques per- « sonnes, qui peut-être regrettent l'espèce de voile « dont on avait enveloppé les principes généraux de «c cette science , réservés aux seuls élèves de l'Ecole « de Hélières. Mais ce mystère ne saurait convenir « aujourd'hui. » Ici , le ministre reproduit l'opinion déjà exprimée dans le mémoire de Prieur, touchant l'avantage de répandre des notions saines et générales sur la fortification ; et il l'appuie de cette considération , que, lorsqu'il avait été nécessaire, au commencement de la guerre, de donner des adjoints aux officiers du Génie, on se serait estimé heureux de trouver, pour cet emploi, des hommes qui eussent reçu un bon enseignement élémentaire dans cette partie. Plus loin , dans la vue de prouver que la dorée des cours de l'Ecole Polytechnique ne retarde pas , autant qu'on le croirait , l'entrée des jeunes gens dans les services publics, il compare l'enseignement de

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l'Ecole avec celui des écoles de l'Artillerie et du Génie, et conclut que l'on peut réduire beaucoup le temps que les élèves doiveut passer dans les écoles d'application. Touchant la question du privilège, le ministre commence par reconnaître que la proposition « d'admettre à l'examen, pour l'entrée auxécoles » d'application, tous les sujets qui se présenteront,

■ concurremment avec les élèves de l'Ecole Polyk technique, » a une apparence de justice; mais il trouve qu'on y oppose avec raison u que l'Ecole Po- « lylechnique renferme plusieurs branches d'instruc- « tion qui ne sont organisées nulle part, dont les ma- « tériaux n'existentquelà,etdontiIserait fort difficile m de s'assurer par un examen : tel est l'enseignement « de la théorie et de la pratique de la géométrie des- « criptive; que d'ailleurs, le concours «'ouvrant

■ tout le monde pour l'entrée a l'Ecole Polytech- « nique, et étant même rapproché, autant qu'il est a possible, des candidats, il n'y a aucune injustice i « le regarder comme une première épuration néces- » saire pour préparer au choix des élèves destinés r auxécolesd'applicatîon. » Le ministre termine ainsi son rapport: « Les bases de l'enseignement adopté n à l'Ecole Polytechnique, long-temps méditées par « des hommes justement célèbres, forment une ins- « traction complète et assez généralisée pour servir « de premier degré à toutes les applications possibles. « L'administration de cette Ecole se trouve rappelée « aux termes de la plus sévère économie. Ces motifs u doivent porter le gouvernement à repousser toutes i< les innovations que des intérêts particuliers fin

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« et peut-être des prétentions qui se réveillent, voûte draient lui suggérer. »

Tandis que le Conseil de l'Ecole persistait dans son silence à l'égard des propositions du Comité du Génie , et que le ministre de l'intérieur s'occupait à les combattre, le Directoire avait décidé. Mais quelques uns des change mens proposés portant sur des objets réglés par l'autorité législative, il fallut, pour ceux-ci, recourir au Conseil des Cinq-Cents, auquel un message fut adressé, le 10 mai ( ai floréal an v), pour l'inviter à faire, aux lois qui régissaient l'Ecole, les modifications suivantes :

« I. Chaque candidat, en se présentant à l'examen, déclarera à quelle partie du service public il se destine, et l'ordre dans lequel il préférerait au besoin s'attacher aux autres parties -, ou bien , il fera connaître si son intention est de ne s'attacher à aucune d'elles.

« II. het candidats seront, dès l'instant de leur admission, attachés à la branche particulière pour laquelle ils auront été reçus, et en nombre égal à celui indiqué d'avance par chaque ministre pour les services dépendans de leurs départemens respectifs. Dès lors, ils ne pourront plus changer leur destination.

« 111. Le nombre total des élèves sera fixé à deux cents. Le nombre de ceux qui ne se destineront à aucun service ne pourra dépasser le quart du nombre total. Ces derniers ne pourront se faire attacher à un service public qu'en subissant un nouvel examen et en s'assujétissant à un nouveau cours d'instruction à l'Ecole Polytechnique.

« W. Les examens d'admission seront confiés à

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trois examinateurs seulement, savoir : les deux examinateurs hydrographes, déjà payes par le gouvernement, et chargés de parcourir chaque année les principales places maritimes, et un troisième examinateur pour les antres villes. Ces trois examinateurs se réuniront aux deux de l'Ecole Polytechnique pour former un jury d'admission.

« V. On fera rédiger et imprimer une série de propositions sur lesquelles devra porter l'examen d'admission, et ce programme sera répandu dans les départemens.

« Yl. Les élèves resteront deux ans à l'Ecole Polytechnique; et, à la fin de la seconde année, Us seront interrogés par Ton des examinateurs de l'Ecole. Ceux qui satisferont aux conditions d'instruction requises seront immédiatement envoyés aux Ecoles d'application. Ceux qui n'y auront pas satisfait, resteront une troisième année, après laquelle ils seront renvoyés s'ils n ont pas acquis le degré d'instruction exigé. Les élèves qui ne se destinent pas à un service public quitteront toujours l'Ecole à la fin de la deuxième année, et sans nouvel examen. »

À ce message était joint le rapport déjà cité du ministre de la guerre, et un mémoire où sont déduits les motifs des changemensque le Directoire avait jugé nécessaires. On y expose d'abord , que « l'Ecole Po- « ly technique, créée dans un temps où tous les étaa Misse mens relatifs à l'instruction étaient renversés, « ne fut pas instituée seulement d'après l'objet pour « lequel elle avait été proposée; » que « elle fut con- « sidérée, en ce moment, comme le dépôt destiné « à conserver l'enseignement des sciences et des

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« arts, » et que « Ton ne négligea rien pour y ras- « sembler les branches les plus essentielles de Fins- « traction publique , sons la direction des hommes « les plus distingués; » mais que, « aujourd'hui que « les bases constitutionnelles de cette instruction sont « posées-, que l'Institut national, les Ecoles spéciales « et centrales sont destinées à répandre et perfectiona ner tontes les connaisances, et que les diverses « Ecoles d'application commencent à présenter tous « les moyens de former un assez grand nombre cfélèv es « dans les arts spécialement consacrés au service pu- « blic , la nécessité de simplifier l'enseignement de « l'Ecole Polytechnique, pour l'assurer davantage et « le restreindre aux seules dépenses nécessaires, « commande de ramener cette Ecole à son vérit^le m but. » La conclusion porte, « qu'au moyen des mo- « difications indiquées dans le message , cette Ecole, « dont les premiers effets ont imprimé une direction « si rapide et si générale à la jeunesse vers l'étude « des sciences physiques et mathématiques , circonsa crite avec sagesse dans l'objet véritable de son ins- « titution , le remplira tout entier avec les moindres « frais possibles , formera des élèves également ins- « truits pour toutes les parties du service public qui « doivent leur être confiées , et sera la pépinière des « artistes destinés à reculer les bornes des sciences et « des arts qui concourent le plus immédiatement à « la sûreté , à la gloire et à la prospérité nationale. » En même temps que le gouvernement demandait au Conseil des Cinq- Cents les changemens dans l'organisation de l'Ecole , pour lesquels il avait besoin de son concours , il se hâtait d'ordonner l'eié*

cutioa immédiate de ceux qui n'étaient pas dans les attributions de la législature. Huit jours seulement après l'envoi du message, le ministre de l'intérieur fut chargé de réformer sur-le-champ les cours de fortification, de travaux civils et d'architecture décorative. Déjà, et avant même que les intentions du Directoire eussent été notifiées au ministre de Tintérieur, les deux officiers du Génie qui se partageaient l'enseignement de la fortification, Catoire et Say, avaient reçu, du ministre de la guerre, Tordre de se rendre, dans le plus bref délai, à TE col e du Génie à Metz (i). Peu de jours après, un arrêté du Directoire prescrivit de remettre au Dépôt des fortifications tous les objets provenant de TEcole de Mézières.

Malgré Tespèce de consternation que lui causèrent ces mesures, qui bouleversaient tout le système de l'enseignement, au milieu d'une année scolaire, le Conseil paraît avoir disputé le terrain pied à pied. A la nouvelle du départ de Catoire et de Say, il invita Duboys, instituteur adjoint du cours de Travaux civils, à surveiller le travail relatif à la fortification. Lorsqu'il reçut avis que Tun et Tautre cours étaient supprimés , il chargea le directeur d'écrire au ministre, pour lui développer tous les inconvéniens qui résulteraient de cette mesure , dans ce moment. Informé de la restitution ordonnée des objets provenant de TEcole de Mézières, il déclara que Tintention du gouvernement devait être que cela ne pût interrompre

(i) Le capitaine U. Say fut lue, deux ans après, au siège de Saint- Jean-d'Acre.

Le colonel Catoire, commandant le Génie a l'armée de Saint-Domingue, en 180a, succomba, dans cette île, aux influences meurtrières du climat.

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le service journalier de renseignement, et chargea le directeur d'y veiller. Le ministre de la guerre ayant 4 demandé les planches de cuivre qui avaient été gravées pour le cours de fortification , le Conseil les refusa, en offrant de fournir tous les exemplaires dont le ministre' aurait besoin. Un des dessinateurs du cours de Travaux civils s'étant retiré, il lui nomma aussitôt un successeur. Enfin, pour mettre un terme à cette singulière résistance, le Directoire, par une nouvelle lettre au ministre de l'intérieur, ordonna la suppression immédiate de tout enseignement relatif aux objets d'étude des écoles d'application ; et ce fut seulement alors que le Conseil s'occupa de former un plan d'instruction pour la division de se* coude année. Cependant, dès le 2 1 mai, il avait chargé Hassenfratz de commencer un cours sur l'exploitation des mines.

Le ministre de l'intérieur ayant fixé au 19 juin (i#r messidor an t), la mise en activité du plan d'organisation économique, basé sur la dotation annuelle de trois cent mille francs, les suppressions d'emplois qui formaient la partie essentielle de ce plan , s'opérèrent le même jour. Baltard, instituteur d'architecture-, Barruel, instituteur adjoint de physique-, Yauquelin et Chaptal , instituteurs adjoints de chimie; Lomet et Savart , conservateurs des modèles , cessèrent leur service à l'Ecole , et emportèrent ses regrets. Les fonctions de bibliothécaire et celles de secrétaire du Conseil devant être réunies, Halma (1), qui occupait

(1) ÀojonrcPhoi chanoine honoraire de l'église métropolitaine de Paria, et Tan des conservateurs de la bibliothèque de Sainte- Geneviève. On lui doit la traduction de PAlmageste de Ptole'me'e.

ce dernier emploi, .s'empressa de reconnaître et de proclamer les titres du bibliothécaire Pcyrard à la préférence du Conseil. Raymond, l'un des instructeurs-chimistes, renonça, avec la même générosité, à toute concurrence avec son collègue Debar; et, plut tard , Ferry, sur qui tomba la réforme de l'un des emplois d'instituteur d'analyse, offrit de concourir gratuitement à l'enseignement de la stéréotomie jusqu'à l'arrivée de Monge que sa mission retenait loin de l'Ecole. Ces actes de désintéressement sont mentionnés avec éloge dans les registres du Conseil.

Des trois substituts de l'administrateur chargé de la police des études, dont les emplois étaient compris dans la suppression, deux restèrent a l'Ecole, avec des fonctions dans l'enseignement; Fourrier, comme adjoint aux instituteurs de mathématiques, et Durand , pour l'architecture. Le troisième , Le Père, avait quitté l'Ecole, depuis quelques mois, pour reprendre le service d'ingénieur des Ponts et Chaussées.

Vers la fin de septembre, le Conseil eut à désigner un nouveau directeur en remplacement de Deshaulschamps, qui s'était démis de cet emploi. Ses suffrages se portèrent sur Monge, qui était encore aux extrémités de l'Italie; et Deshantschamps fut invité à rester en fonction jusqu'à l'arrivée de son successeur, qui fut de retour un mois après (i). La lettre du ministre de l'intérieur, qui notifie la nomination de Monge, est remplie des témoignages les plus honorables pour Deshautschamps. Le Conseil la fit insérer

(1) Ornait qu'il était porteur, conjointement «ra le gênera] MeitaAn tartinât, du naiui de: paix rjui venait d'eue ligne ■ Ctrapo-FonaiOi

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dans ses registres, en y ajoutant l'expression « de sa « reconnaissance pour les services importans qu'il « avait rendus à l'institution. »

L'Ecole perdit , cette année, trois autres de ses principaux fonctionnaires. Lecamus, l'un des administrateurs, fut nommé chef de division au ministère de l'intérieur; une mort prématurée enleva Pelletier, instituteuit-adjoinjt de chimie, et, quelques mois après, Lamblardie. Celui-ci avait cessé de remplir les fonctions d'instituteur depuis la suppression du cours de Travaux civils ; mais le Conseil, pour lui donner une marque de gratitude, l'avait maintenu au nombre de ses membres.

Pelletier, élève de Bayen et de Darcet, s'était.acquis, dès sa première jeunesse, un nom distingué par ses travaux sur la chimie, et par de nombreuses applications des principes de cette science à des objets d'utilité publique. Il avait été élu membre de l'Académie des sciences, en 1791 y son éloge fut prononcé par Guyton de Morveau , dans la séance d'ouverture des cours de Ja quatrième année.

Nous avons dit les titres de Lamblardie à la reconcon naissance de l'Ecole Polytechnique. Après avoir suggéré à Monge l'idée de cette institution, il en avait été le premier directeur , et s'était livré sans réserve à tous les soins, à tous les travaux qui devaient en assurer le succès. On attribua sa mort à l'excès

d'une activité hors de proportion avec une santé affaiblie. Une notice historique, sur la vie et les ouvrages de cet habile ingénieur, fut lue par Prony dans la même séance où fut prononcé l'éloge de Pelletier, par Guyton de Morveau. Les deux pièces

sont imprimées dans le cinquième cahier du journal de l'Ecole Polytechnique (i)-

Les examens , à la fin de la troisième année , avaient ouvert l'entrée des services publics a soixanie-ueui élèves, et celle de l'Ecole à cent huit candidats; h quatrième année commençait , et la législature n'avait pas encore discuté les propositions contenues au message du Directoire. Le Conseil appelait . de tous ses vœux, le terme de la situation incertaine et précaire où l'Ecole avait déjà langui pendant toute la seconde moitié de l'année précédente; mais des soins plus graves occupaient alors tous les esprits. Depuis la journée du dix-huit fructidor, dans laquelle le Directoire, uni à une partie des deux Conseils, avait chassé et dtporté ceux de leurs membres et des siens qui lui donnaient de l'ombrage, un système de terreur et de persécutions pesait de nouveau sur la France, et l'Ecole Polytechnique en sentit quelques atteintes. Les sentîmens politiques des élèves n'avaient jamais inspiré beaucoup de confiance; on était même allé jusqu'à dire que l'aristocratie s'était réfugiée dam TEcole, et il fallait que cette accusation ne fût pas dénuée de vraisemblance, puisque Prieur, pour h combattre, se bornait à dire devant le Conseil des Cinq-Cents, « que l'on ne pouvait guère douter qu'en « effet quelques élèves ne fussent infectés de ce vice, « mais qu'il y aurait de l'exagération à trop généra- ■ liser ce reproche. » Un arrêté spécial du Directoire avait exclus un élève, pour avoir publié un ccril contre la fête sacrilège que l'on célébrait alors le

(i) On trou™, d.n. Il Dêcede phdo.n,,hique , n- .3 de Pin v., ■»* antre natk* iat Lanblirdit , pat Sgaocla..

«2 1 janvier. Le ministre de l'intérieur annula l'examen de deux candidats , « pour n'avoir pas rempli le vœu <( de la loi sur les preuves de républicanisme. » Cette juste sévérité», écrivait le ministre, « rappellera aux « élèves l'obligation qui leur est imposée de payer « par leur civisme, autant que par leur travail, l'ini- « truction dont la patrie fait pour eux les frais , ainsi « que l'intention formelle du gouvernement deii'ac- (( corder ses faveurs et ses distinctions nationales « qu'à ceux qui s'en rendront dignes par leur dévoue- « ment à la république. » Le même mmistire avait aussi demandé des renseignemens stir le civisme des agens de l'Ecole.

Dans de telles conjonctures, et si près du moment où l'institution elle-même allait être remise en question devant le Corps Législatif, à l'occasion de la nouvelle organisation qui se préparait, il parut expédient de donner un gage éclatant d'adhésion aux dogmes politiques du parti dominant. La plantation d'un arbffc, que l'on nommait l'arbre de la liberté, était Tune des cérémonies les plus augustes de cette religion nouvelle. Ce signe , auquel les chefs de la révolution s'étaient efforcés de concilier la vénération des peuples, avait été arrosé du sans de plus d'un téméraire profanateur-, et, dans des temps moins affreux, une loi spéciale, sur le rétablissement de ces arbres sacrés, infligeait la peine de quatre années de détention à quiconque aurait osé les abattre ou les mutiler. Il fut donc résolu que, le jour de l'ouverture des cours, un arbre de la liberté serait planté solennellement dans l'enceinte de l'Ecole. Le ministre de l'intérieur, invité à cette cérémonie, s'y fit représenter par le Directeur

st.

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général de l'Instruction publique. On tenta aussi d'y faire assister Bonaparte, qui «hait alors à Paris: il promit, et ne vint pas. On y remarqua d'autant mieux Desaix, et quelques antres officiers de distinction , parmi lesquels se trouvaient les généraux Andréossy. de l'Artillerie, et Caffarelli-Dufalga, du Génie. ,

Après une séance d'apparat, dans laquelle Monge, en qualité de Directeur, et, après lui, Fourrier, Neveu et Chaussier, prononcèrent des discours relatifs aut parties de l'enseignement dont ils étaient respectivement chargés, l'assemblée entière se transporta dans la cour des laboratoires, où venait d'être planté un peuplier d'Athènes. Le Directeur y attacha un drapeau tricolore, et l'on enfouit à la racine, dans un bocal hermétiquement fermé, le procès-verbal d'inauguration, indiquant les dimensions de l'arbre, son âge, et les divers noms qui lui sont imposés par Linné, Jussieu, Weston, Ayton, Lamarck, et le Jardin do Plantes. On chanta des couplets, on récita des strophes pleines de chaleur et d'enthousiasme ; enfin on n'oublia rien de ce qui pouvait électriser les âmes. Malheureusement, il survint une pluie, et la ferveur républicaine des élèves ne put les empêcher de se disperser aussitôt , pour chercher un abri dans les salles d'étude, d'où ils regardèrent par les fenêtres la fin de la cérémonie. Cet incident nuisit sans doute à l'effet que l'on avait voulu produire su dehors, et causa au Directeur de l'Instruction publique un mécontentement qu'il ne chercha pas à dissimuler.

Les élèves eurent bienlôt une occasion de prouver que, s'ds n'étaient pas des républicains très-arden*.

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ils n'en étaient pas moins de bons français. Le gouvernement s'occupait alors d'amasser des fonds pour subvenir aux frais d'une guerre à outrance contre l'Angleterre. Les deux divisions ouvrirent successivement une collecte dont elles adressèrent le produit au Conseil des Cinq-Cents, avec une lettre remplie des expressions du plus noble patriotisme.

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