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TROISIÈME PARTIE

des raisons sérieuses militent en faveur de l’origine grecque ou latine de l’alphabet runique. Quelques-unes de ses lettres, 1> d, R r, | i, ^ h, S s, ne peuvent s’expliquer que par l’alphabet gréco-italiote, certaines d’entre elles même, comme Va A et VI A , que par des formes anciennes de cet alphabet.

Les travaux dont les runes ont été l’objet de la part des savants suédois et danois, en particulier de MM. Thomsenhl, Wimmer^'-^ et Soplms Bugge^^^, tendent en effet à établir que l’alphabet runique aurait une origine italique ancienne, plus rapprochée de l’étrusque que du latin classique. D’après les uns, il aurait été communiqué aux Germains par leui’s voisins de la Gaule cisalpine, suivant les autres, il serait la preuve du commerce qu’entretenaient, à une époque très reculée, les Latins avec les populations de la Scandinavie et des côtes de la Baltique.

Le voyage d’exploration de Pytbéas sur les cotes de la Grande-Bretagne et jusqu’au fond de la mer Baltique nous prouve que, dès le iv® siècle avant notre ère, les Grecs de Marseille avaient atteint ces contrées à la suite des Phéniciens W, On sait d’ailleurs qu’au temps des Césars l’ambre jaune fut apportée directement par terre, à travers la Germanie, de la côte du Nord tà l’Adriatique. Sous le règne de

On trouvera dans Monlelius la bibliographie très complète des travaux antérieurs à 187 4.

Ludv. F. A. Wimmer, Die Runeiischrift. Vom Verfasser umgearbeitele tnid vermehrte Ausgahe. Aus clem dànischen ühersetzt vom D' F. Hohhatisen , Berlin, 1887. — Idem, Dôbejonten i Alcirkehj Kirice, c’est-à-dire : Les fonts baptismaux de l'église d'Akirkeby (île de Bornholm), Copenhague, 1887.

S. Bugge , Mémoires de la Soc. R. des antiquaires du Nord, 1871, p. 176. — Idem, Om Runeskriftens Oprindelse, Christiania, 1874.

Vivien de Saint-Martin, Histoire de la Géographie, p. 101-107.

Néron, un chevalier romain fut envoyé par cette voie vers les côtes de la mer Baltique, à la recherche de l’amhre, et il rapporta de nouvelles informations sur l’intérieur de la Germanie, où le fait même de son voyage indique, suivant la remarque de M. Vivien de Saint-Martin, un accès devenu plus facile h). Tacite, qui écrivait peu d’années après, connaissait les Vénèdes, grande race slave riveraine de l’est de la Baltique, et les misérables tribus sauvages des Fenni ou Finnois, perdues dans les solitudes glacées du Nord-Est.

Et pourtant, toutes les particularités des runes peuvent difiicilernent s’expliquer par le latin; s’il est des lettres qui présentent une parenté indiscutable avec l’alphabet latin, il en. est d’autres qui s’en écartent considérablement. On remarque surtout, dans l’alphabet runique, une tendance constante à ramener toutes les lettres à des traits obliques venant se souder à une hampe verticale, tendance par laquelle il se rapproche de l’écriture ogamique^‘^1, et l’on ne peut s’empêcher de se rajipeler les paroles suivantes du moine bulgare Khrabrù : cr Les Slaves, dit-il , n’avaient anciennement ni livres, ni lettres pour écrire; ils lisaient et iis pronostiquaient au moyen de traits ^2i.T(VM M) et d’entailles Il semble que, quand les peuples du Nord ont reçu l’alphabet, ils avaient déjà dans l’esprit et devant les yeux certaines formes de caractères qui ont déterminé la direction qu’a prise leur écriture. L’alphabet runique est, si l’on peut s’exprimer ainsi, un alphabet latin fait à la ressemblance de l’écriture ogamique, ou du moins

Vivien de Saint-Martin, op. cit. , p. 178. Cf. Pline, Hist. mt., XXXVII, XI, p. 769-771.

Voir plus haut, p. 344-346.

Chodzko, Grammaire paléo-slave , Introduction , p. 1, Paris, 1869.

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