CHAPITRE VI
L’alphabet n’a pas été arrêté par les frontières de la Russie d’Europe; il a passé en Asie, et il a pénétré jusqu’au fond de la Sibérie; nous le retrouvons aux frontières mêmes de l’empire russe et de la Chine. Il existe dans la haute vallée de Tlénisséi et sur les bords d’un de ses derniers affluents, le Kemtschik, confinant à la province d’Irkousk et à la Mongolie orientale, toute une contrée où l’on rencontre des inscriptions présentant avec l’écriture runique une assez grande ressemblance pour qu’on ait pu leur attribuer une même origine. Ces inscriptions sont tracées, presque toujours perpendiculairement, soit sur des rochers, soit sur •de longs alignements de pierres colossales qui rappellent les menhirs de la Bretagne et indiquent l’emplacement d’anciens lieux de sépulture. Elles sont accompagnées de scènes de guerre et de chasse grossièrement dessinées, mais elles s’en distinguent nettement, et se rattachent, ainsi qu’on l’a reconnu dès l’origine, à l’une des formes anciennes de l’alphabet. La vallée de l’Ob et celle de l’Irtysh fournissent des inscriptions de la même famille.
La découverte de la première de ces inscriptions date de près de deux cents ans. Elle est due à un jeune naturaliste de Dantzig, Daniel Gottlieh Messerschmidt, qui, sur l’ordre de Pierre le Grand, parcourut la Sibérie de \ à 1727.