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TROISIÈME PARTIE

avons vu l’alphabet gréco-italiote, après avoir contoiiriié l’Europe, devançant les voyageurs modernes, pénétrer à son tour dans les plaines de la Sibérie; et ces trois branches de l’alphabet, parties dans des directions opposées, se sont rencontrées et sont venues se heurter aux murailles de la Chine. C’est la marche même de la civilisation, et les différents degrés de perfection ou de dégradation de l’alphabet correspondent aux différents degrés de développement des peuples.

M. Senart a remarqué que l’alphabet de l’Iénisséi présentait certaines ressemblances avec l’alphabet indien. Peut-être doivent-elles s’expliquer par l’influence réciproque d’alphabets qui n’étaient pas très distants les uns des autres. 11 est possible que l’alphabet indien, que nous avons vu établi au Thibet et en Mongolie, se soit avancé encore plus au Nord. Peut-être aussi cette ressemblance vient-elle de ce que les peuples façonnent l’écriture à leur image; si bien qu’un alphabet, en passant dans un nouveau milieu, prend le caractère du sol où il se trouve transplanté, et qu’ainsi des écritures très diverses d’origine finissent par avoir un air de parenté qu’elles n’avaient pas primitivement.

Au centre même de l’empire chinois, dans le Yun-nan, le père Vial a signalé récemment l’existence d’une écriture qui par certains côtés se rapproche du chinois, tandis que par d’autres elle paraît se rattacher à nos écritures alphabétiques. Chose curieuse, l’écriture du Yun-nan offre de singulières analogies avec une autre écriture d’origine toute récente, que nous trouvons à l’autre extrémité du monde, Vial (P.), De la langue el de l'écriture indigènes du Yun-nan, Angers,

sur la côte occidentale de l’Afrique, le syllabaire de Doalu Bukara^*), qui a été créé de toutes pièces par deux indigènes apparlenant à la famille des Vai et qui est usité dans l’Etat de Libéria et sur la côte des Esclaves. Ce dernier système d’écriture serait intéressant à étudier, parce qu’il nous permet de prendre sur le fait la naissance d’une écriture chez un peuple sauvage, au contact delà civilisation européenne; mais c’est une création tout artificielle et qui sort du cadre de notre étude.

A mesure que l’on s’éloigne du foyer de la civilisation antique, on voit ainsi se multiplier le nombre de ces écritures mal définies, mélange de signes grossiers et de caractères plus réguliers, se reproduisant avec une persistance qui dénote des emprunts faits à des alphabets depuis longtemps constitués. Ces essais pour rendre des langues peu développées devaient s’arrêter avec la cause qui leur avait donné naissance, parce que les races auxquelles ils s’adressaient n’avaient pas un degré de civilisation sullisant pour s’approprier et pour conserver intact le principe de l’écriture alphabétique sur lequel ils reposaient. Par là s’expliquent les altérations de ces écritures alphabétiques perdues aux extrémités du monde, et dans lesquelles on a peine à reconnaître l’alphabet, de même qu’on a peine à reconnaître la figure humaine sous la dégradation de certaines peuplades de la Polynésie. Chaque écriture est l’expression d’une civilisation; abandonnée à elle-même, elle retombe dans la barbarie, comme ces animaux domestiques

Capt. Forbes, Journal of the Geograph. Society , t. XX. — M. le Hamy possède une brochure fort rare sur Te'criture el la langue vai, parue sans litre à Londres en i85i et qu’il a bien voulu me communiquer.

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