‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 32 sur 112 · IC DIC · texte numérisé non relu

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Les Lyciens, en outre, dont la langue présentait un système de vocalisme délicat et compliqué, non seulement ont adopté les voyelles grecques, mais ils les ont dédoublées, et ils ont créé tout un système de voyelles très savant, qui ne rappelle en rien la sobriété des alphabets pri-

mi tifs. Peut-être faut-il chercher dans l’isolement de ces populations et dans leurs relations constantes avec l’Orient le caractère spécial de cette écriture, qui n’est pas sans présenter un air de parenté avec l’écriture cypriote ('h

Ce mélange d’ihtluences grecques et orientales est encore plus sensible dans les inscriptions de la Carie. Valphabet carien paraît se rattacher au grec par certaines lettres; par d’autres, au phénicien; enfin, il contient des éléments qui ne ressemblent à aucun caractère connu. Le manque d’analogies et le petit nombre des inscriptions cariennes ont empêché, jusqu’à présent, de déterminer la valeur des lettres qui composent l’alphabet carien, et l’on ne sait même pas exactement dans quelle langue ces inscriptions sont écrites.

Dans le bassin occidental de la Méditerranée, l’alphabet grec a jeté des l'acines autrement profondes, et il a donné naissance à la famille des alphabets italiotes, qui se divise en deux grands groupes ; Valphabel étrusque et Yalpliabet latin.

L’étrusque présente, comme le lycien et le carien, un des phénomènes philologiques et paléographiques les plus étranges : une langue dont nous lisons l’alphabet et que nous ne comprenons pas. Tous les efforts faits pour expliquer les inscriptions étrusques ont échoué jusqu’à présent, et notre siècle, qui a vu retrouver tant de langues perdues, paraît devoir finir sans qu’on ait résolu ce problème, qui n’est peut-être pas sans analogie avec celui que nous présentent les inscriptions hittites.

Voir Taylor, The Alphabet, t. II, p. io8-\ûd.

DEUXIÈAIE PARTIE.

Dès le x\f siècle, on connaissait des inscriptions étrusques, et leur décliiffrement avait tenté la curiosité des érudits. Mais c’est seulement en 1782 que le premier alphabet étrusque vraiment satisfaisant et obtenu par des procédés raisonnés d’une manière scientifique, suivant l’expression de Fr. Lenormant, fut publié par un Français nommé Bourguet dans le tome I des DisseHations de Tacadémie de CoiHone. Grâce aux travaux de Gori, de Maffei, de Lanzi, cet alphabet est aujourd’hui parfaitement connu.

Les inscriptions étrusques offraient d’ailleurs des ressources exceptionnelles. Nous possédons, à côté d’inscrip-

tions proprement dites, dont la plus célèbre est la grande inscription de Pérouse, de nombreuses légendes étrusques gravées sur des miroirs ou sur des vases. On connaît l’ba-

bileté des Etrusques à reproduire, sur leurs beaux vases en terre cuite ou sur leurs miroirs en métal, des scènes empruntées à la mythologie classique ou à l’histoire héroïque. Or sur ces vases, comme sur les vases grecs, chaque

personnage est accompagné de son nom. Le même fait se remarque sur les peintures historiques trouvées dans un liypogée de Vulci; ces légendes, étant le plus souvent formées de noms propres connus, ont permis de reconstituer l’alphabet étrusque.

On est arrivé encore par une autre voie au même résultat. Plusieurs vases, rencontrés sur divers points de l’Etrurie, à Caere, à Adria, à Bomarzo, à Nola, portent non plus des noms, mais l’alphahet tout entier, quelquefois même l’alphabet grec et l’alpliabet étrusque, tracés autour de la panse. Le vase connu sous le nom de vase Cliigi, que nous reproduisons ici d’après les Mélanges d’archéologie et d’histoire de l’ Ecole française de Rome^^\ pourra donner une idée de cette disposition. Il semble que, l’alphabet étant une nouveauté, on ait voulu s’en servir comme de motif d’ornementation. Peut-être aussi faut-il voir là le désir de répandi’e par les yeux la connaissance de l’écriture. Quoi qu’il en soit, ces alphabets nous ont livré la suite des lettres et l’ordre dans lequel les rangeaient les Etrusques :

Il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance de cet alphabet soit avec l’alphabet phénicien, soit avec l’ancien alphabet grec.

Auquel des deux peuples les Etrusques ont-ils emprunté leur alphabet? Pendant longtemps, on a cru qu’ils l’avaient reçu directement des Phéniciens. Otlfried Muller et, après

‘‘1 T. ll,p. 2o3,pl. VI.

lui, Mommsen et François Lenormant ont établi, par des raisons qui paraissent décisives, qu’il leur est venu par l’intermédiaii-e des Grecs. En effet, l’écriture étrusque a très peu de lettres qui ne figurent pas dans l’alphabet grec, et elle ne possède pas celles que les Grecs avaient laissées tomber en adoptant l’alphabet phénicien; on y trouve en outre les lettres additionnelles Y, <t>. Y, que ne connaissaient pas les Phéniciens. Les Etrusques n’ont qu’une seule lettre nouvelle à proprement parler : c’est le $, qu’ils ont créé pour rendre l’articulation /; or ce nouveau caractère paraît être né d’un dédoublement du grec, qui représentait primitivement chez eux IJet lep/i. Tacite avait donc raison quand il affirmait que les Etrusques avaient reçu leur alphabet des Grecs.

De l’alphabet étrusque sont nés les alphabets de l’Italie septentrionale, ainsi que les alphabets usités chez les populations du centre et du sud de l’Italie, ombrien, osque, sabellique, dont l’étude a été renouvelée, dans ces dernières années, par M. Michel BréaP'^), et enfin, s’il faut en croire le même savant, l’alphahet latin.

ALPHABET LATIN

L’origine greccjue de l’alphahet latin était considérée, jusqu’à ces derniers temps, comme un dogme scientifique. Suivant M. Kirchhoff, c’est par les colonies grecques du sud de l’Italie que les peuples latins ont reçu l’écriture. L’alpliabet latin primitif ne serait autre que l’alphabet éolodorien, tel qu’il était usité dans la Grande-Grèce et en Si-

C' Annales, XI, i4.

M. Les Tables Eugubines, texte et planches , Paris, 1876.

ALPHABET LATIN

cile, moins les trois articulations aspirées th, ph et ch, qui étaient étrangères à l’organe latin. L’histoire, toujours très complaisante, semble conduire aux mêmes conclusions et nous invite à chercher dans l’Italie méridionale les origines de la civilisation latine. C’est de Gumes et des villes de la Sicile que sont venues la plupart des réformes d’origine grecque et des institutions qui ont amené la constitulion de la cité romaine. La réforme de Servius Tullius, le système des poids et mesures, le système monétaire lui-même, sont d’origine grecque.

M. Bréal, qui ne craint pas de se mettre en opposition avec les dogmes scfènlifiques , vient de battre en brèche cette théorie h) : il a cherché à démontrer que l’alphabet latin dérive bien du grec, mais par l’intermédiaire de l’étrnsque, et que c’est non des Grecs du sud de l’Italie, mais de leurs voisins de Clusium et de Vulci, que les Romains ont appris à écrire.

L’antiquité de l’usage de l’écriture en Italie nous est attestée par des faits nombreux et concluants. Les anciens livres des oracles, le nom même des sénateurs, patres conscripli, les loges du forum, où, suivant une ancienne tradition, les fils des patriciens allaient apprendre à lire et à écrire, en sont autant de preuves. A l’époque des auteurs classiques, on possédait encore des monuments écrits remontant au temps des rois de Rome. Denys d’Halicarnasse connaissait l’original du traité entre Gabies et Rome conclu par l’un des Tarquins. Le même auteur raconte avoir vu, dans le temple de la Diane Aventine, la table de bronze sur laquelle était gravé l’acte d’alliance de Servius Tullius avec les villes du Latium. Malheureusement, nous ne possé-

' ' Mémoires de la Société de linguistique, t. Vit, p. lag-iSi, i^g-lSô.

dons pas de monuments remontant à ces époques reculées. Les plus anciennes inscriptions latines ne vont guère au delà du milieu du v® siècle de Rome, c’est-à-dire de l’an 3oo avant Jésus-Christ.

Mommsen place en tête des inscriptions latines ces beaux as libraux, de forme carrée, qui portent, au-dessous d’un cheval ailé galopant, la devise romanom :

uîQMAhfOM

Les as libraux ayant cessé d’exister en l’an /190 de Rome, ces légendes sont donc antérieures au commencement de la première guerre punique; or les lettres y ont déjà, à peu de chose près, la forme qu’elles auront dans l’alphabet latin classique.

L’inscription de Buenos, récemment découverte par M. Henri Dressel, si elle n’est pas antérieure comme date, nous présente du moins une forme beaucoup plus ancienne de l’alphabet latin. Elle est gravée sur un vase composé, comme certains de nos vases à fleurs, de trois petits godets soudés ensemble, autour desquels elle serpente en faisant des lignes irrégulières. M. BréaLh l’a publiée et en a donné l’interprétation suivante :

OVEIS

AT DEIVOS QOI

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