ALPHABETS ZEND ET PEHLVI
Le mouvement qui portait i’alphabet phénicien vers le centre de l’Asie ne s’est pas arrêté là. L’invasion a recommencé à plusieurs reprises, et vers le commencement de noire ère, avant peut-être, une nouvelle poussée de l’alphabet araméen a donné naissance à ïalphabet zend, avec lequel sont écrits les livres sacrés de l’Iran connus sous le nom de Zend-Avesta, et au pehlvi. Au fond, les alphabets zend et pehlvi sont des variétés d’un même type, et ils se rattachent directement à l’alphabet araméen de l’époque perse, dont ils ne sont que la continuation. L’étude des monnaies en fournit la preuve L’alphabet indo-bactrien nous a fait voir l’alphabet phénicien aux prises avec les langues aryennes; les alphabets zend et pehlvi nous le montrent appliqué aux langues iraniennes.
Le déchiffrement du Zend-Avesta, qui est l’œuvre par excellence d’Eugène Burnouf, peut être considéré à juste litre comme un des chefs-d’œuvre de la méthode philologique moderne. En 1 762, Anquetil-Duperron avait rapporté de l’Inde le texte original du Zend-Avesta; mais ces précieux manuscrits, déposés à la Bibliothèque nationale, restaient lettre close, faute d’un traducteur. Un Danois , Rask, entreprit le premier d’en éclaircir le mystère, et il venait de trouver
E. Drouin , Observations sur les monnaies à légendes en pehlvi et en pehlviarabe (Extrait de la Revue archéologique), Paris, Leroux, 1886.
la clef de l’alphabet zend, lorsqu’il fut enlevé par la mort, en i83i. Eugène Bnrnouf, qui s’était déjà rendu célèbre par son Essai sur le pâli (1826), s’attela au déchiffrement de ces textes; grâce à sa connaissance du sanscrit et de la grammaire comparée, il parvint, par un miracle de travail, de méthode rigoureuse et de pénétration, à traduire le Zend-Avesta, à en fixer la grammaii e et l’interprétation dans ses moindres détails, et à analyser les différents éléments dont se composait la langue de l’Iran. Son Commentaire sur le Yaçna (1 83 3- 1 83 à) restera comme un modèle de la méthode comparative appliquée au déchifïVement des langues perdues.
A partir de ce moment, le zend est entré, comme le sanscrit, dans le cercle des langues connues. Il a été l’objet des travaux de savants, parmi lesquels il faut placer au premier rang Lepsius et Spiegel^'^^; enfin, il a pris place officiellement, avec M. James Darmestetcr dans l’enseignement du Collège de France.
L’alphabet zend n’a été définitivement fixé qu’au v® ou au vi'^ siècle de notre ère; encore n’en possédons-nous pas de monuments remontant a cette époque. Nos plus anciens manuscrits ne sont pas antérieurs au x*^ ou au xii® siècle. Ou’était-il auparavant? Nous ne pouvons nous en faire une idée que par comparaison. Dans les manuscrits de l’Avesta, l’alphabet zend se compose de trente consonnes et de treize voyelles. Au point de vue phonétique, il se rapproche donc
Das îirspmiiglichc Zeiidalphabet , i8C3, in-A'’.
Eranische Aller thumshmde , t. I-III, Leipzig', 1871-1878.
Voir en particulier The Zend-Avestn , translated by James Davmesletcr , t. I, Oxford, 1880; t. II, ibid., i883 (forme les tomes IV et XIII des Sucrcd Boohs of the Easl). — Eludes iraniennes , t. I et II, Paris, i883, in-8°.