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LES DÉRIVÉS SÉMITIQUES DE L’ALPHABET ARAMÉEN

A partir de la fin de la période perse, l’histoire de l’alphabet phénicien chez les peuples asiatiques se confond avec celle de l’araméen. L’écriture araméenne, devenue l’écriture populaire et courante, est adoptée par tous les peuples sémitiques, et ses différentes variétés correspondent aux étapes successives de son acheminement vers le type cursif qui a triomphé définitivement avec l’écriture arabe.

HÉBREU CARRÉ

Au milieu de ces écritures de plus en plus cursives, l’hébreu carré et le palmyrénien, qui sont frères, marquent un point d’arrêt. Nous avons vu que l’hébreu carré, usité chez les Juifs à l’époque chrétienne et qui est encore employé de nos jours, n’était pas né de l’ancienne écriture hébraïque; c’est un dérivé de l’écriture araméenne, qui s’est peu à peu substituée à l’écriture juive à partir du v® ou du vi® siècle avant notre ère, c’est-à-dire à partir des évènements qui ont mis le peuple juif en contact direct et constant avec la civilisation araméenne. M. de Vogué en a fourni la démonstration Pour comprendre l’hébreu carré, il faut se reporter à l’écriture araméenne, telle qu’on la trouve sur les papyrus araméens d’Egypte.

Voir plus liaul, p. 196.

HÉBREU CARRÉ

Nous (loiiiions coimrie spécimen de l’éciitiire des papyrus le début de lettre qui a fourni la clef de toute cette catégorie de textes^') :

. . 1* Dms "3V ruynnriD \sno bx . . Nim \snD NT32;i mn xm

A Monseigneur Milhrawahicht, ton serviteur Pakliîm. . .

vivant, joyeux et fort. Alonseigneur, qu’il soit. . .

Il suffit de jeter les yeux sur la transcription hébraïque qui l’accompagne pour se convaincre de la parenté des deux écritures. Le tour même de la lettre est, ainsi que l’a montré M. Glermont-Ganneau, celui delà requête adressée au roi Artaxerxès par les autorités du pays de Sa marie pour arrêter la reconstruction du temple Les deux documents sont delà même époque, c’est-à-dire environ de l’an Zi5o avant Jésus-Christ.

C’est donc avec ces caractères-là, à peu de chose près, qu’a été écrite la loi au temps d’Esdras; c’est ainsi qu’écrivaient déjà sans doute les prophètes contemporains de la captivité. Pour se représenter l’aspect du texte à cette époque et comprendre l’origine des plus anciennes fautes de copistes, il faut se reporter aux papyrus araméens. On

Corpus inscr. semit., 2' partie, n" i44. Cf. p. 218.

Esdras, iv, 11.

eu aura quelque idée en voyant les premières lignes du second Isaïe li'anscrites avec ces caractères. Il convient toutefois de noter que l’écriture manuscrite est en général beaucoup moins distincte et que des caractères typographiques, même fidèlement exécutés, étant empruntés à dessein aux formes les plus correctes, ne peuvent donner qu’une idée imparfaite des confusions auxquelles prête la paléographie des manuscrits.

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pi K'if

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De r écriture araméenne cursive à l’hébreu carré le saut n’est pas considéi’ahle. Que l’on substitue à l’alphabet typo- Isaïe, XL, 1-5.

HÉBREU CARRÉ

graphique de nos Bibles, auquel nous sommes habitués, ou bien aux formes lapidaires des inscriptions juives, IcB lettres empâtées de l’écriture manuscrite, on sera frappé de la i-essemblance des deux alphabets.

Le passage de l’un à l’autre ne s’est pourtant pas fait tout d’un coup ni de la même façon pour toutes les lettres. Dans la genèse de l’hébreu carré, il faut aussi tenir compte de l’écriture monumentale, où les formes anciennes gardent beaucoup plus longtemps leur pureté primitive.

Le nom de Tobie, retrouvé par MM. Waddinglon

et de Vogüé sur les soubassements de la citadelle d’Araqel-Emir, nous fait assister à cette transformation^'^

Nous reproduisons ici le croquis du inoniunenl et de l’inscription d’après M. de Vogüé {Temple de Jérusalem, p. 8o et pl. XXI). Cf. Mélanges d’archéologie orientale , p. i63; Rlau, Zeitschr. der d. morgeiil. Gesellschafl , t. XIX, p. 64o.

Le hé T\, le helh et le iod “î- ont encore une forme nettement araméenne; le iod surtout est remarc|uable. Le iod et le zatn sont deux des lettres qui servent le mieux à marquer les étapes de l’histoire de l’alphabet araméeu. Très grands dans l’origine, ils subissent des altérations parallèles qui les amènent à ii’être plus qu’un trait iusiguifiaiit, avec cette dilféreuce que le îW/ présente toujours une barre de plus que le zaïn :

Cette dernière forme du iod et du zdin est caractéristique des monuments araméens de la fin de l’époque perse et de l’époque alexandrine; c’est elle que nous rencontrons sur les papyrus. Or, dans l’inscription d’Araq-el-Emir, le iod n’a pas la forme qu’il revêt sur les papyrus araméens, mais sa forme archaïque. Cette circonstance pourrait porter à croire, avec M. de Saulcy, que le Tobie dont l’inscription nous a conservé le nom serait Tobiah l’Ammonite, l’adversaire de Néhémie, qui a du mourir vers l’an A5o. M, de Vogüé préfère voir dans ce nom celui du grand-père de ce Hyrcan qui construisit le cbateau fort d’Arac[-el-Emir et s’y défendit jusqu’en 176 avant J.-C. Les grottes, en effet, appartiennent au même ensemble de constructions que le château. Quoi qu’il en soit, il est certain que le ïod de l’hébreu carré s’explique par le iod d’Araq-el-Emir beaucoup mieux que par celui des papyrus araméens.

Nous trouvons l’hébreu carré entièrement formé dans les inscriptions de Jérusalem et des environs qui viennent se

HÉBREU CARRÉ. 257

grouper aux environs de l’ère chrétienne. L’une des plus anciennes, l’inscription du ff tombeau de saint Jacques que nous reproduisons d’après la copie de M. de Yogüé, est gravée au-dessus de l’entrée d’un des grands sépulcres qui dominent la vallée de Josaphat à Jérusalem W :

imn ivi/ s ni

A- P njQi-vjj

‘1 M H 11113 rr'^

pm’ pifDü miiT' ■ni'r n’^jn nîv‘7N‘?-c;--- m lap ni n'':n ■':3 “lîvbx p •••['iiv] p [ne]'' '>:3 T>m ^:3t:

Ceci est le tombeau et le [monument] : i“ d’Ele'azar, Onias, Joazar, Juda, Simon, Jobanan, fils de Jamali (?), fils d’Azar[iab]; 2“ de . . . fils d’Éléazar; 3° [des] fils d’Onias, . . . d’entre les Benê-He'zir.

Revue arche'oL, t. IX, mars i864, p. 200 etsuiv. , etpl. VII. L’inscription est trop fruste pour qu’on puisse en donner une traduction suivie; néanmoins le sens général a été établi , d’une façon que l’on peut considérer comme définitive, par M. de Vogiié. L’inscription a pour but d’indiquer le nom des propriétaires du tombeau et de tous ceux qui ont le droit d’y être enterrés. Pour saisir l’agencement du texte, je crois qu’il faut se reporter aux inscriptions nabatéennes d’El-Hedjr (Medaïn-Salih), qui sont de la même époque et doivent nous représenter des coutumes analogues.

On l’appelle en général l'inscription des frBenê-Hézin), du nom patronymique qui la termine. Je m’étais demandé si on ne pourrait pas lire, à la dernière ligne ; rr:n ''A3 tries fils d’Onias», au lieu de : Titn "'A3 tries fils de Hézir», à cause de la grande ressemblance des deux groupes de lettres dans l’ancien hébreu carré :

'lAltl Mh tIAJH \Jü

L’estampage fait par M. de Vogué porte clairement T'itn ’A3.

larnnieati R&TiosAba.

L’écriture hébraïque s’y présente déjà avec tous les caractères qui en seront la marque distinctive. L’alphabet araméen de l’époque perse était caractérisé par la suppression de la tête des lettres, l’effacement des angles et l’arrondissement des queues des lettres, qui se replient en dessous, de façon à rejoindre la lettre suivante. L’hébreu carré est le résultat du développement de cette triple tendance, mais régularisée. La tête des lettres a entièrement disparu, et il ne reste plus que la base du crâne, qui forme au-dessus de la ligne comme une barre continue. Pourtant, le heth {)p), le kaf (Jj), le daleth et le resh (*7) présentent encore au-dessus de cette ligne une légère encoche, qui n’est que l’amorce de la tête de la lettre. Ce trait est commun à toutes les inscriptions hébraïques; il a persisté jusque dans l’hébreu moderne.

Au contraire, dans le hé jj, le heth et le tau i7 , ce petit appendice, qui crève la barre supérieure, ira peu à peu en diminuant, jusqu’à ce qu’il disparaisse entièrement, vers le 111® ou le IV® siècle de notre ère. Ces trois dernières lettres, ainsi que l’a établi M. de Vogüé, sont les caractéristiques de l’hébreu carré primitif.

Le nom d’Onias se ratlaclie aux souvenirs les plus glorieux du peuple juif à l’epoque alexandrine. Nous connaissons quatre grands prêtres du nom d’Onias ayant exercé la magistrature suprême à Jérusalem de 820 à lyS avant J.-G.; les noms d’Eléazar et de Simon, qui figurent dans notre inscription, paraissent aussi avoir été héréditaires dans cette famille. Ces raisons militent en faveur de l’opinion de M. de Saulcy , et nous porteraient à voir dans les personnages mentionnés sur cette inscription, sinon le grand prêtre Onias I" et son frère Eléazar, du moins des membres de la même famille.

La forme des lettres, sans être aussi archaïque que dans l’inscription d’Araqel-Emir, est assez ancienne. Le premier iod de la seconde ligne notamment \ a encore quelque chose de la forme archaïque que nous lui voyons dans rv'a'ltO ; je ne crois pas qu’on en ait fait la remarque.

HÉBREU CARRÉ

Enfin, le iocl a une forme très intéressante qui nous explique la naissance du ’ de l’hébreu moderne; il garde encore ses dimensions premières et son inclinaison sur la ligne, mais il perd la barre transversale qui le distinguait du zaïn^'l; bientôt il sera réduit à n’être plus qu’un trait, tantôt plus grand, tantôt plus petit, suivant le caprice des scribes, ce qui faisait dire à saint Jérôme qu’il était impossible de distinguer le tod du vau; et ce trait lui-même, n’ayant plus rien qui le rattache au haut ni au bas de la ligne, se transformera insensiblement en un simple point.

Dans la belle inscription de la synagogue de Kefr-Bereim ,

Inscription de Kcfr-Dereim (impartie).

que M. Renan rapporte au 111*= ou au iv® siècle de notre ère, en se fondant sur des considérations architecturales, l’hébreu carré est définitivement constitué. J^e passage de Haggée(ii, 9) que cette inscription nous a conservé, ainsi que l’a démontré M. Renan, peut, à défaut de manuscrits, nous représenter une page de la Bible à l’époque de saint Jérôme.

L’inscription de la synagogue d’Alma, également publiée par M. Renan celles de la synagogue de Palmyre, qui datent sans doute de l’époque de Zéiiobie, nous en fournissent d’autres exemples. Nous publions ici la plus petite de ces dernières, d’après un estampage de M. Ernest Gautier, de Lyon, à qui nous en devons la connaissance :

Mission de Phénicie, p. 768-773, et pl. LXX. Nous en donnons cidessus ta première partie : mDipD bsai Hin DipD3 Dlbut ''n''.

Journal asiat, , août-septembre 1876, p. 978-275, planches.

Le passage qu’elle reproduit est pris au Deut., vu, i5. Mémoires de la Société de linguistique, t. VH, p. 65-72 , Paris, 1889.

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