L’ECRITURE ARABE ET SES PRÉCURSEURS
ALPHABET NABATEEN.
L’histoire de l’écriture, à partir de ce moment, ne présente plus qu’une série d’altérations de plus en plus rapides, qui font perdre aux lettres toute leur individualité et les amènent à n’être plus que de petits accidents très insignifiants sur une ligne uniforme. L’arabe marque le dernier degré d’altération de l’écriture cursive. Les formes des lettres arabes présentent une grande ressemblance avec celles de f alphabet syriaque; mais, pour comprendre l’esprit et la genèse de l’écriture arabe, on doit remonter jusqu’au nabatéen.
En face de la civilisation de Palmyre , les Nabatéens nous représentent les Araméens nomades. On aurait tort d’attacher à cette expression aucune idée de défaveur et d’en faire un synonyme de barbarie; la vie nomade a toujours été la vie naturelle des peuples sémitiques; par là les Nabatéens sont les précurseurs directs des Arabes. Les Nabatéens avaient des villes; Bosra, Hébrân, Salkbat, dans le massif montagneux du Haurân qui se dresse au milieu du désert, à l’est de la Palestine, portent des traces nombreuses de leur domination; mais on voit, par le grand nombre des inscriptions nabatéennes tracées sur des rochers, que c’étaient des
populations peu sédentaires. Les monuments les plus curieux qu’ils aient laissés sont ces palais creusés dans le roc qui garnissent les flancs de l’Arabie Pétrée et auxquels la ville de Pétra doit sou nom; mais ce n’étaient jamais que des constructions isolées, faites pour servir de centre de ralliement à des populations vivant le plus souvent sous la tente.
L’épigraphie de toute cette contrée ne date réellement que du voyage de MM. Waddington et de Vogüé. Avant eux, BurckhardtW et le consul de Prusse à Damas, M. Welzstein avaient exploré le Haurân et avaient pris des copies très imparfaites de quelques inscriptions. MM. Waddington et de Vogüé ont considérablement enrichi le dossier des inscriptions nabatéennes; mais surtout ils ont rapporté soit des estampages, soit des copies fidèles, qui ont donné à l’épigrapbie nabatéenne une base solide.
Les inscriptions nabatéennes présentent deux aspects très diftèrents. On trouve dans le massif du Hauràn, aux environs des anciens centres nabatéens de Siali et de Soueideb, des inscriptions tracées en caractères qui ont déjà les traits distinctifs du nabatéen, mais dont la forme générale rappelle encore l’écriture araméenne proprement dite :
nt nj-»
nbi'a nb n:a n mon n
Monument de Hamrath, que lui a construit Odeinath son seigneur Au contraire, à mesure qu’on s’avance vers le Sud, à
f''' Travels in Syria, etc., London, i8ï22, in-4°.
heisehericht üher Hauran und die Trachonen, Berlin, 1860.
Vogûë, Soueideh, n° 1 (Syrie centrale, 1” partie, p. 89 et pl. XIII).
ALPHABET NABATÉEN.
mesure aussi qu’oii se rapproche de l’ère chrélieiiue, l’écriture prend des formes plus élancées et plus voisines du type arabe. Cette seconde catégorie d’inscriptions, qui constilue l’épigraphie nabatéenne à proprement parler, a été singulièrement élargie, dans ces dernières années, par une découverte inattendue.
En 1876-1 877, un intrépide voyageur anglais, M. Charles DougbtyW, découvrit au cœur de l’Arabie, dans la vallée d’El-Hedjr, l’un des centres des anciennes traditions religieuses des Arabes, toute une série de constructions creusées dans le roc, dont l’architecture et l’aspect général rappellent celles de Pétra : ce sont les tr villes du prophète Salehfl, Medaïn Saleh. Ces portiques monumentaux, qui se développent tout du long d’un amphithéâtre de collines, n’étaient pas destinés à abriter des vivants, ce sont des tombeaux. De longues inscriptions nabatéennes gravées au-dessus des portes nous ont conservé les noms des familles auxc|uelies ces sépultures étaient réservées. Peu après M. Dougbty, Cliarles Huber à son tour visita ces lieux à deux reprises de 1880 à 188A. Grâce à eux, nous possédons l’ensemble des inscriptions d’El-Hedjr M, Renan a mis en pleine lumière le caractère de celte épigraphie. Inscriptions et monuments sont contemporains de la dynastie des Arétas, qui régnait sur l’Hauranitide et le nord de l’Arabie à l’époque
E. Renan , Documents recueillis dans le nord de l’Arabie par Ch. DougliUj (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions , t. XXIX, 1” partie. Tirage à part, Paris, Klincksieck, i884, in-4°).
Bull, de la Soc. de géogr. , 1 88/1, p. 5 1 6. — Nouv. inscr. de Medaïn Saleh (Comptes rendus de l’Acad. des inscr. et belles-lettres , séance du <29 août i884).
Toutes ces inscriptions ont été reprises par M. Euting, i’éminent épigraphiste qui accompagnait Cli. Huber lors de son second voyage, dans une belle publication intitulée : Nabatâische Inschriften aus Arabien (Berlin, i885).
IVratUREtB «ATItf.V
27^1 DEUXIÈME PAHTIE.
des Hérodes. Voici donc comme on écrivait à l’est de la Palestine, du temps de Jésus :
J— Nc:3
nT\
^ nT\
nTV
vTV
PI). Berger, Nouvelles inscriptions, n° 29; Euling, n° 2. — J’ai profilé, pour la traduction , des excellentes corrections que MM. Euling et Nôldeke ont apportées à ma première interprétation.
ALPHABET NABATÉEN.
Où étaient les maisons des Arabes assez riches pour se construire de pareilles nécropoles? On n’en trouve pas de trace. Ils étaient des nomades; or, pour les populations nomades, il n’y a qu’une demeure fixe, nous le voyons par
C’esl ici le lombeau qu’a l'ail Aïclou , fils de Coheilou , fils d’[Elkesaïj , pour lui-méme et ses enfants et ses descendants, et pour quiconque apportera dans sa main un écrit en forme de la main d’Aïdou, valable pour lui et pour tout autre à qui Aïdou aura accordé de son vivant d’étre enterré ici. Au mois de nisan, en l’an 9 de Hartat (Arétas), roi des Nabatéens, ami de son peuple. Et que maudissent Dusarès et Menât et Qeïs quiconque vendrait ce tombeau-ci, ou l’acbètei’ait, ou le mettrait en gage, ou le donnerait, ou le prêterait, ou [composerait? | sur lui une écriture quelconque, ou qui y enterrerait un homme, hormis ceux qui sont écrits ci-dessus. Et que ce caveau et son inscription soient harain (sacrés), conformément à la règle du herem chez les Nabatéens et les Solyméens : aux siècles des siècles I
l’histoire d’Abrahain, c’est la rr maison éternelleii, le tombeau, et, quelquefois, le sanctuaire qui s’y rattache.
Chose inappréciable, ces inscriptions sont toutes datées; elles s’étendent sur une période qui va de l’an 9 avant J.-G. à l’an 75 après. Ainsi, non seulement nous nous trouvons en présence d’une épigraphie parfaitement documentée, mais ses dates fournissent un poiiit de repère précieux à l’historien et à l’archéologue, et éclairent d’un jour nouveau les monuments de Pétra et de Jérusalem, comme aussi toute la civilisation araméenne à l’époque de Jésus-Christ.
Cette découverte a fait une révolution dans l’histoire des peuples sémitiques et, du même coup, dans l’histoire de l’écriture, en prouvant que les Araméens, que la stèle de Teîma nous montre établis en Arabie hoo ou 5oo ans avant notre ère, pénétraient, au i“’ siècle de notre ère, jusqu’aux portes de la Mecque et formaient un élément important de la population arabe avant l’islamisme. Les INabatéens ont été les vrais précurseurs des Arabes. Aussi, quoique leur écriture diffère encore sensiblement de l’éciâture arabe, elle en a déjà l’esprit.
Le nabatéen franchit le dernier pas qui séparait l’ancien alphabet de l’écriture cursive, par la création des ligatures. L’écriture araméenne avait recourbé les lettres par en dessous, le nabatéen les soude l’une à l’autre, si bien que désormais la partie essentielle de l’écriture consistera dans la ligne continue qui les rattache par le bas. Ces ligatures ont pour effet de modifier profondément l’aspect des lettres, par la nécessité de chercher un point d’attache commode pour les relier les unes aux autres, si bien qu’un même caractère peut être alternativement très grand et très petit. En même temps, les lettres s’arrondissent par en haut et
ALPHABET NABATÉEN.
perdent leurs dernières arêtes; tantôt elles s’élèvent au-dessus de la ligne, tantôt elles descendent au-dessous, mais toujours elles restent unies par ce lien qui groupe les éléments d’un même mot.
Le iod nous fournit un des exemples les plus curieux de ces métamorphoses. Nous avons vu que, dans les alphabets de cette époque, il était arrivé à n’être presque plus qu’un point au milieu de la ligne, un petit trait, portant, tantôt à sa partie supérieure, q, tantôt en son milieu, ^ , un crochet qui en rappelle la forme primitive. Eu nabatéen, ce petit trait s’arrondit dans le courant du mot et se recourbe pour chercher la lettre suivante : ; puis, au lieu de
faire le iod en deux traits, on prend l’habitude de le tracer d’un seul coup : ^ . Enfin, quand il est à la fin des mots, sa queue s’allonge de plus en plus pour se rattacher à la lettre précédente; on lance la lettre hardiment, comme un parafe, et la tête se recourbe en forme de panache : ; on dirait la
tête de quelque oiseau à long cou :
An (, J,
Ces soudures ne se produisent pas seulement d’une lettre à l’autre, mais souvent dans l’intérieur même d’une lettre, surtout dans les lettres finales. La queue de Vm, iQ, ne trouvant pas d’autres lettres où s’accrocher, se replie sur ellemême et se ferme par en bas Le hé fait de même; dans les anciens centres nabatéens de Soueideh, de Siah, découverts pai; MM. Waddington et de Vogüé, on remarque déjà la tendance des deux branches de la lettre à se rapprocher;
à El-Hecljr, la jonction est accomplie et le hé prend à la fin des mots la forme d’une pochette :
Nulle part, le contraste de la lettre médiale avec la lettre finale n’est plus marqué cjue pour VaJef. A voir ses deux formes, , jamais on ne se croirait en présence d’une
môme lettre. Pour trouver l’explication de Yalcf nabatéen, il faut remonter à l’hébreu carré /^. Dans l’inscription liéhraïque de la synagogue de Palmyre (voir plus haut, p. 2 Go) , le pied vertical est terminé par une barre d’arrêt fortement marquée : . A Soueideh , cette barre se prolonge et relie,
comme une entrave, les deux pieds de la lettre : . Le
nabatéen n’aura plus qu’à lui donner ses formes arroiulics pour que la métamorphose soit complète :
Enfin, tandis que dans le corps des mots Yalef se recoquille ainsi sur lui-même, à la fin des mots, au contraire, il brise son enveloppe et s’élance en formes capricieuses, qui expliquent Yalef de l’estrangliélo, du syriaque et de
l’aiabe ■ ^ i '•
En résumé, ligatures entre les lettres et, par suite, distinction des lettres médiales et des lettres finales, enfin soudure, non seulement dans l’intérieur du mot, mais entre les membres d’une même lettre, tels sont les traits caractéristiques de l’écriture nabatéenne; or ce sont en même temps ceux de l’arabe.
Ces caractères ne sont pas également accusés dans toutes les inscriptions nabatéennes. On les voit naître sur les in-
ALPHABET NABATÉEN. 279
scriptions du Haurân, qui marquent le passage de l’hébreu carré au nabatéen. On peut en poursuivre le développement jusqu’au ii®ou au iii® siècle de notre ère, sur les noms propres et les formules de salut dont la piété des pèlerins a couvert les rochers du Sinaï^'l
L’influence de l’élément nabatéen n’était pas limitée au monde asiatique. Deux inscriptions nabatéennes trouvées à Pouzzolesl^) nous attestent l’existence, jusqu’au centre de l’empire romain , de ces colonies qui avaient une organisation religieuse fort analogue à celle des synagogues, nous le voyons par une inscription bilingue , phénicienne et grecque , récemment découverte au Pirée. Les Actes des apôtres nous apprennent qu’il y avait aussi à Pouzzoles une communauté juive, qui a servi de premier point d’appui au christianisme. La rencontre de tous ces Asiatiques, differents d’origine et de religion , mais de même race et parlant tous la même langue, ainsi que la défense de leurs intérêts communs, devaient amener entre eux des échanges constants et une sorte de fraternité, dont leurs écritures, sous leurs différences apparentes, nous ont conservé l’image.
Voir Beer, Inscriptiones veteres ad nionlem Simï reperlæ, Leipzig, i84o; Loltin de Laval , Voyage dans la péninsule arabique du Sinaï, i vol. texte et 1 atlas (Paris, iSSS-iSSg); Lévy, Zeitschr. der niorg. Ges., t. XIV, 1860, p. 363-484; Lepsius, Denkmàler ans Ægypten und Nubien, 6” partie, t. XI, pl. XIV-XXI. Un jeune savant, M. Bénédite, membre de TEcoIe du Caire, vient d’explorer, non sans dangers, pendant deux années consécutives (1889- 1890), les vallées du massif du Sinaï, pour le compte de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et il a fait le relevé complet de tous ces graffiti, dont le nombre dépasse 9,5oo. Ils paraîtront procbainement dans le Coiptts inscriptionuin semiticamm.
Benan, Journal asiatique, avril i8y3, p. 3i3-393; octobre i8y3, p. 366-384; février-mars i8y4, p, 23o-233.
Actes, XX viir, i3 et i4.
L’autre facteur de l’écriture arabe est le syriaque. Nous avons vu comment le syriaque se rattachait au pâlmyrénien cursif; dans le principe, il en différait à peine. Pourtant, dès le II® siècle de notre ère, nous le trouvons à peu près constitué sur les monnaies des rois d’Edesse.
Une inscription bilingue, aujourd’hui au musée du Louvre, qui a été découverte par M. de Saulcy sur un sarcophage, dans le tombeau de la reine Hélène d’Adiabène à .lérusalem, nous fait assister en quelque sorte à la naissance du syriaque. Elle porte, écrits en caractères araméens qui font pressentir l’estranghélo et en hébreu carré, les mots ccSadda la reine w. La reine Hélène étant venue se fixer à Jérusalem l’an kk après J.-C., on place l’inscription deSadda entre les années hk et 70.
rwXvîAro nriD^D ms
Certaines lettres de l’inscription supérieure rappellent à s’y méprendre l’alphabet des inscriptions du Haurânf^L mais le lamed est déjcà penché sur la ligne, comme en syriaque; Vakf est franchement estranghélo. La langue de l’inscription hébraïque est, elle aussi, mélangée d’éléments araméens. L’inscription de Sadda nous montre d’autant mieux la dilfé-
Cf. plus haut, p. 269.
Voir en particulier un autel rie Bosra (n° h) {Syrie centrale, p. 10^1 et pl. XIV).
rence d’esprit du syriaque et de l’hébreu carré , nés tous deux de l’écriture araméenne. Une autre inscription bilingue, grecque et syriaque, d’Edesse, que M. Sachau^’^ rapporte à la seconde moitié du lU siècle, présente les mêmes caractères. Le hé, le vau, Yaïn, le sin, y ont encore l’ancienne forme araméenne.
En dehors de ces rares monuments, il faut sauter, pour retrouver des témoins de l’écriture syriaque, jusqu’aux plus vieux manuscrits. Le premier en date est un manuscrit d’Édesse , de l’an /i 1 1 , qui est conservé au Brüish Muséum L’école d’Edesse a jeté pendant plusieurs siècles un grand
éclat. Edesse a été le centre d’une culture théologique qui en a fait pour le monde araméen ce qu’a été Antioche pour le christianisme grec. C’est de là qu’est sortie, au ni® siècle, la version de la Bible qui porte le nom de Peschito, ainsi que toute l’ancienne littérature syriaque. Durant cette première période, il n’y a qu’une seule écriture syriaque, celle que l’on a baptisée plus tard du nom ^estranghélo; c’est elle qu’on rencontre aussi bien dans les manuscrits que dans les inscriptions.
Les disputes théologiques des vi® et vu® siècles eurent leur contre-coup sur l’écriture. L’estranghélo était peu à peu devenu l’écriture des nestoriens; banni de la côte de Syrie, il se réfugia chez les princes sassanides, qui étaient favorables au nestorianisme; il n’est plus guère en usage aujourd’hui que chez les Syriens des environs du lac Urmiah. Mais, s’il a cessé d’être employé en occident, il s’est répandu de bonne heure, grâce aux missions nestoriennes, dans
Zeitschrift (1er d. morg. Ges,, t. XXXVI, 1882, p. 142-167.
(2) Wright, Catalogue of Syriac Manuscripts iii the Brüish Muséum, part I-III ,' Londres , 1870-1872,111-4".
l’Asie cenirale, et il y a donné naissance à tonte une nouvelle famille d’alphabets. Tandis que les missionnaires bouddhistes pénétraient dans l’Extrême Orient ])ar le Sud et arrivaient jusqu’aux portes de la Chine, les missionnaires nestoriens y atteignaient en traversant l’Asie centrale. Une inscription trouvée en Chine, à Si-ngan-fou, en i6a5, et qui porte une date correspondant à l’année 781 de notre ère, en fournit la preuve. L’authenticité de ce monument capilal, défendue par Pauthierh), est aujourd’hui hors de doute. C’est une inscription de 1 mètre sur 2, contenant un résumé de la doctrine chrétienne en langue et en caractères chinois. Des deux côtés et au-dessous de l’inscription chinoise, se lit une légende en estranghélo gravée perpendiculairement de haut en bas et donnant le nom du patriarche nestorien Hanan-Jésu, celui de l’évêque Adam, ainsi que différentes autres indications chronologiques. Il est donc prouvé que, dès l’an 781, les missionnaires nestoriens étaient établis en Cliine et y avaient apporté leur écriture.
C’est par ce grand développement de l’estranghélo que doit s’expliquer tout un groupe d’alphabets de l’Asie centrale. Les Turcs du plateau central, connus sous le nom d’Ouïgours, adoptèrent l’écriture syriaque, et leur alphabet, Cjuelque peu modifié, a donné naissance à son tour aux alphabets mongol, kalmouk et mandchou Ces alphabets sont écrits, comme l’inscription de Si-ngan-fou, de haut en bas. Enfin, les missionnaires nestoriens ont introduit l’al-
Paulhier, L’inscription syro-chinoise de Si-ngan-fou , Paris, Didot, i858. Cf. Annales de Philosophie chrétienne, k‘ série, t. XV, p. 43-6o et 258-a8o.
Kiajji'olh, Ahhandlung ïiher die Sprache u. Schrift der Uiguren, 1812. — Altel Rémnsat, Piechcrches sur les langues tarlares , 1820. — J. Eiitiii{j, Tabula scriplurœ uiguricæ , mongoUcœ, mandschuricce , Slvashoarg , 1891.
pliabet syriaque jusque dans l’Iude, où il s’est conservé sous la forme du Karchouni, alphabet composite, usité chez les chrétiens de Saint-Thomas, sur la côte de Malahar^'l 11 est encore une autre ramification des alphabets araméens orientaux, mais plus proche du groupe peblvi que du groupe syriaque, l’alphabet mendaïte, qui nous a été conservé par la secte dont il porte le nom. Les Mendaïtes, que l’on appelle aussi Sabéens ou chrétiens de Saint-Jean, sont une secte à peine chrétienne, singulier mélange d’éléments juifs et chaldéens, dont les restes vivent sur les bords du Ghat-el-Arab, aux environs de Bassora. Ils nous ont laissé un livre, le cf livre d’Adam n, intéressant à cause du fonds de doctrines orientales dont il est imprégné Les monuments écrits des Mendaïtes sont de date récente; mais leur alpliabet a des attaches paléographiques très anciennes. Il paraît avoir pour prototype l’alphabet araméen qu’on trouve au n® siècle de notre ère sur les monnaies des rois de la Kharacène et, plus tard encore, au v® siècle, dans l’inscription d’Abousbadr. L’écriture des Mendaïtes, comme leur religion, appartient donc au courant araméen païen, plutôt qu’au courant syriaque chrétien.
Tandis que l’estranghélo était de plus en plus refoulé vers l’Asie centrale, les Jacobites, établis à Alep et sur la côte de Syrie, adoptaient un type d’écriture plus cursif qui s’est rapidement substitué à l’estranghélo et qui -a été consacré par l’usage dans toute la littérature syriaque moderne. C’est l’écriture dont se servent encore les Maronites.
Taylor, The Alphabet, t. I, p. 298.
Cf. E. Renan , Histoire générale des langues sémitiques, 5' édition , p. 2 4-2- 208; Mémoire sur T âge du livre intitulé Agriculture nahaléenne [Mém. de T Acad, des inscriptions, t. X\IV, 1861, p. 189-190).
Le jacobite est devenu l’écriture syriaque occidentale, comme l’estranghélo l’écriture syriaque orientale.
Le jacobite et l’estranghélo présentent, malgré leurs différences, un caractère commun auquel l’écriture syriaque doit son aspect propre : au fond, c’est une écriture de manuscrits. Sur le sarcophage de Sadda, comme dans l’inscription bilingue d’Edesse, les lettres ont encore une indépendance relative; au contraire, dans les manuscrits, elles sont commandées par une ligne continue qui les traverse toutes, du commencement à la fin du mot.
Cette continuité des lettres dans l’écriture syriaque s’explique par la manière dont les scribes s’y prenaient pour écrire. Quand on examine attentivement certains manuscrits syriaques, on reconnaît qu’ils ont du être écrits en lignes verticales et non liorizontales; les ligatures des lettres, leur inclinaison sur la ligne, ne peuvent s’expliquer que de cette façon. L’agencement des voyelles qui sont empruntées à l’alphabet grec conduit aux mêmes conclusions 11 a fallu toutefois la découverte d’inscriptions tracées en colonnes verticales pour attirer l’attention sur ce point.
La première inscription syriaque écrite de haut en bas que l’on ait connue est celle de Si-ngan-fou; mais, tant qu’elle était seule à présenter cette particularité, on pouvait croire que la disposition des lignes était due, de même que dans l’écrituie ouïgoure, au voisinage de la Chine. Au cours de sa mission en Phénicie, M. Renan découvrit dans la chapelle d’Akoura une petite inscription syriaque, gravée sur le mur, qui affectait la même disposition La preuve était concluante. Depuis lors, les exemples
Voir plus bas, p. 298.
E. Renan, Mission de Phénicie, p. 3o2, 3o3, vignelte.
se sont multipliés dans les inscriptions et dans les manuscrits, et ont mis ce fait hors de doute: le syriaque se lisait de droite à gauche, mais il s’écrivait de haut en bas.
On peut s’en convaincre aisément en jetant les yeux sur un fragment du Notre Père trouvé sur les murs d’une cha-
Voir Sacliau, Zeilsckr. der d. morg. Ges. , t. XXXVI, 1882 , p. 142-167.
r^otm u\^cv-s-\.m
T^mLViA ^ ^<75 rd^-Xrdraa rïlvmjera'A ^r3cv.u ^ pcv~-x.y. «^vmcvj ^njcvxû[^]
^xrDjwViA ^jQ.'rajt. .^rdt\ vd\^v^
TCotxTD r^ArcT rdicvxmx.\
r<l\i>yia r^^atvVm ym un\»-a-a [^^X X^ ~^]
pelle copte à Deir-el-Baliari, eu Égypte, et que M. W. Wi'iglit rapporte au vi*^ siècle W.
La façon dont cette inscription était placée sur le mur et la comparaison de l’inscription grecque, dont les lignes suivent une direction perpendiculaire au syriaque, prouvent clairement que le syriaque a été écrit de haut en bas. Ce fait nous explique l’importance de la ligne fondamentale qui rattache par en bas les lettres d’un même mot ; elle est comme le fil auquel sont suspendues les différentes lettres et qui les traverse ainsi que les grains d’un collier.
Ce caractère ne fait que s’exagérer encore davantage dans l’éci-iture syriaque courante : les lettres, au lieu de conservei’ leur physionomie indépendante, partent toutes de la ligne d’en bas pour y revenir ; ce ne sont que des soulèvements plus ou moins prononcés qui obéissent aux caprices du calame. 11 en résulte que certaines lettres, comme le dalalk, le zaïn, le heth, Viiid, l’m, l’w, l’r, l’.s j y ^ — I f), s’atro-
jibient, tandis que d’autres, comme Yalaf, jettent de grands jambages dans toutes les directions. L’écriture néo-punique
J. Euling, Eplgraphische Mtscelleii, dans les Comptes rendus de l’Acad. de Berlin, 12 mai 1887, p, 4i6, n° ii4 et pi. IX.
ARABE
nous avait déjà présenté un pliénomène analogue. Nous voyons ainsi, sur deux des points extrêmes du monde ancien, l’alphabet parcourir la série des mêmes altérations et arriver, à peu près à la même époque mais par des voies diflêrentes, à un même but. Les lettres finales se mulliplient aussi, et elles ne sont plus l’exception, comme en hébreu, mais la règle. C’est à ce moment, enfin, que se généralise l’usage des points diacritiques, dont nous avons trouvé les premières traces dans les inscriptions palmyréniennes du n“ siècle et qui étaient devenus nécessaires pour distinguer des lettres qui n’avaient plus rien conservé de leur caractère propre.
ARABE. ’ '
L’histoire des modifications successives de l’alphabet ai améen nous conduit ainsi jusqu’à f écriture arabe. Jadis on croyait que l’écriture coufique, que l’on considérait comme la forme la plus ancienne de f écriture arabe, était née de l’islamisme et qu’elle avait été inventée dans la ville de Goufa, du temps des premiers khalifes. Il convient de réformer cette manière de voir. Entre les formes de l’alphabet que nous avons étudiées jusqu’à présent et f alphabet ai'abe il n’y a pas eu de saut. L’arabe est sorti peu à peu, par une série d’altérations graduelles, de f écriture des populations qui occupaient, dans les premiers siècles de notre ère, le nord de l’Arabie. L’écriture arabe existait avant Mahomet; elle a été chrétienne avant d’être musulmane.
L’inscription bilingue de Harrân, dans le Ledja, découverte par M. Wetzstein^f et retrouvée par M. Waddington^-h
Amgewàhlle Inschriften , n° iio.
Inscr. de Syrie, n° üiiQh. — Cf. Vogué, Syrie cenlrale , p, 117, 118.