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nous montre cet arabe préislamique. Nous la publions d’après le croquis original de M. Waddinglon, en y joignant la traduction de la partie arabe par le baron de Slane.
Le texte grec nous fournit la date du monument et, par conséquent, de l’inscription. L’année 663 de Bosra, première indiction, correspond à l’année 568 de notre ère.
Voilà donc comment écrivaient les Arabes soixante ans avant l’hégire. Il n’y a plus qu’un pas à faire pour rejoindre les formes de la belle inscription coulique peinte en or sur la qoubbet es-Sakhrah, à Jérusalem, et qui date de la fondation de l’édifice par le khalife Abd-el-Melik, en l’an 72 de l’hégire :
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A construit cette qoubbeh le serviteur de Dieu Abd-[AHah-el-Imamai-Mamoun] , prince des croyants, en l’année 72; que Dieu l’ait pour agréable [et soit content de luil Amen].
L’inscription porte le nom du khalife Abd-Allah el-Imam
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al-Mamoun; mais M. de Vogüé a établi W que le khalife Al-Mamoun avait substitué son nom à celui d’Abd-el-Melik, tout en oubliant de changer la date.
Nous retrouvons le même type d’écriture dans les inscriptions coufiques découvertes par M. Renan dans la campagne de Byblos(^) et dans celles qui ont été relevées par M, de Vogüé dans le désert du Safa et qui paraissent dater des premiers siècles de l’hégire. Nous publions l’une de ces dernières avec la transcription en caractères neskbi et la traduction qu’en a données M. Ch. Schefer :
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O mon Dieu! accorde ton pardon à Mohammed, fils de Wélid, et fais-Ie entrer par ta miséricorde parmi tes serviteurs qui pratiquent les bonnes œuvres.
A partir de ce moment, l’écriture coufique ne s’est plus guère modifiée, ou du moins ses modifications sont d’ordre purement calligraphique; l’écriture coufique des manuscrits ne diffère pas sensiblement de celle des inscriptions.
Le neskhi enfin marque la dernière étape dans l’histoire
Temple de Jérusalem , p. 85, Paris, Baudry, i854.
Mission de Phénicie , p. aiy, 2/19, 254.
Si/rie centrale , p. i43, n° 16, et pl. XVIII.
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des Iransformations de l’alphabet phénicien. Celte écriture élancée et gracieuse est au coufique ce qu’est, eu syriaque, le jacohite à l’estranghélo ; c’est elle qui a prévalu dans l’usage courant de l’écriture arabe.
Jusqu’en 1826, il était reçu d’un commun accord, parmi les savants qui ont fait des recherches sur l’origine de l’écriture arabe, que le caractère neskhi était de deux ou trois siècles postérieur au coufique et qu’il devait ses formes actuelles à Ebn-Mokla, vizir des khalifes abbassides Moktader et Kaher, mort en l’an 32^ ou 826 de l’hégire. Cette supposition a été démontrée fausse par l’importante découverte de Silvestre de Sacy, qui a trouvé dans la collection égyptienne conservée au Louvre plusieurs papyrus écrits en caractères neskhi, et dont le plus ancien est de l’an ko après la fuite de Mahomet, ou de l’an 660 de notre ère^'h
L’apparition du neskhi est donc presque contemporaine de celle de l’écriture coufique sur les monuments. Et pourtant le neskhi a l’air paléographiquement plus jeune; il représente un état plus avancé de l’écriture arabe; il représente surtout une autre tendance. Le coufique est l’arabe tel qu’on l’écrivait en Arabie et sur la côte de Syrie; le neskhi, au contraire, est l’arabe d’Egypte; une de ses ramifications a donné naissance au maghrébin, nom sous lequel on confond tous les alphabets du Maghreb, c’est-à-dire de l’Occident, depuis la Libye jusqu’au Maroc. Il n’est pas défendu de croire que les deux grandes branches de l’écri-
Mémoire sur quelques papyrus écrits en arabe et l'écemment trouvés en Égypte, lu eu juin 1826 (Mém. de V Acad, des inscr., t. IX, i83i, p. 66- 85). — Mémoire sur deux papyrus, écrits en langue arabe, appartenant à la collection du roi, lu le 3o mars 1827 {^ibidem, t. X, i833, p. 65-88). Cf. Journal asiatique , t. X, 1827, p. 209-2.31.
ture arabe, le coufique et le neskhi, ont subi des influences différentes dont ils portent la trace.
La question de l’origine de l’écriture arabe n’est pas aussi simple qu’elle paraît l’être au premier abord. Quand on jette les yeux sur les anciennes inscriptions coufiques, on ne peut en méconnaître la grande analogie avec l’écriture syriaque et spécialement avec l’estranghélo. Aussi est-ce de ce côté que l’on a cherché tout d’abord l’explication de l’écriture arabe. La découverte des inscriptions nabatéennes d’El- Hedjr a modifié notre manière de voir sur ce point comme sur tant d’autres. Elle a prouvé que l’écriture nabatéenne avait été employée par les populations indigènes dans tout le nord de l’Arabie, et jusqu’aux portes de la Mecque, dans les premiers siècles de notre ère. Elle nous invite donc à rechercher si l’écriture nabatéenne n’aurait pas eu sa part dans la formation de l’alphabet arabe.
Si l’on reprend avec cette idée l’examen de l’alphabet arabe lettre par lettre, on s’aperçoit qu’il présente avec le nabatéen des ressemblances profondes; certaines lettres sont beaucoup moins usées en coufique qu’en syriaque; pour trguver une forme qui les explique, il faut remonter jusqu’à l’alphabet de Médaïn Saleh, ou du moins jusqu’aux formes déjà plus altérées des inscriptions du Sinaï. Le siu coufique n’est pas atrophié comme en syriaque *., et
ses trois têtes sont un souvenir du sin nabatéen Yaïn £1 est encore Vain nabatéen iod, le qof, le teth et le
mu de même = = = = daklli
et le resh, confondus en syriaque, au point qu’il faut poulies distinguer avoir recours à des points diacritiques, -a , sont, en coufique, très différents; enfin le hmed, au lieu
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de se pencher sur ia ligne, A, s’élève en l’air comme une fusée J j, et il affecte ces formes droites et élancées qui sont communes à l’écriture nabatéenne et à l’arabe, et donnent à leurs lignes l’aspect de longues files de tuyaux d’orgue montant vers le ciel. En deux mots, l’écriture arabe saute par-dessus le syriaque et va rejoindre le nabatéen.
Et pourtant l’aspect général du coufique rappelle d’une façon incontestable celui de l’écriture syriaque : c’est la même égalité des lettres au-dessus de la ligne, rompue seulement par les grandes tiges du lamed et de Yalef, la même barre rigide qui les traverse toutes. Le coufique n’a rien des allures capricieuses du nabatéen. Nous ne savons pas assez le détail de fhistoire locale de l’écriture chez les différentes tribus de l’Arabie pour pouvoir nous prononcer en pleine connaissance de cause; mais il semble que le syriaque, dont l’influence s’est fait sentir si loin, ait aussi exercé son action sur la constitution de l’écriture coufique. Peut-être le développement du christianisme qui avait pour organe, dans les pays d’Orient, l’écriture syriaque, n’a-t-il pas été étranger à la direction qu’a prise l’écriture arabe, en Syrie aussi bien qu’à Médine et à la Mecque. Si nous voulions résumer en un mot l’impression que nous produit l’écriture coufique, nous dirions que c’est un alphabet nabatéen transformé par fimitation de l’écriture syriaque. Au contraire , l’arabe d’Egypte , le neskhi , étant resté plus éloigné des influences syriaques, a conservé sa liberté d’allures et se révèle à nous comme l’héritier naturel du nabatéen.
Les deux grandes branches de fécriture arabe, le coufique et le neskhi, nous présentent en somme le même phénomène que nous avons signalé à propos de l’estran-
ghélü et du jacobite, un courant oriental et un courant occidental. On dirait qu’il y a des influences générales de milieu auxquelles l’écriture ne peut pas se soustraire. L’arabe oriental, le coufique, s’est façonné sur le modèle du syriaque, et la ressemblance, au lieu d’aller en diminuant, s’est accentuée avec le temps. Elle est moins le résultat d’une parenté originelle que d’une tendance commune de l’écriture, peut-être aussi d’influences locales très puissantes. L’arabe occidental, le nesklii, obéit à une autre loi. Mais ici
encore Jacob a supplanté Esaü; c’est la branche occidentale qui a fini par l’emporter, comme, en syriaque, le jacobite avait évincé l’estranghélo, et le neskhi est devenu l’écriture non seulement de l’Afrique musulmane, mais de la plupart des pays de langue arabe.
Malgré le développement extraordinaire de sa littérature, l’arabe, à partir de l’bégire, n’apporte que bien peu de chose à l’iiistoire de l’écriture ; il a perdu le sentiment de ses origines. C’est moins une écriture qu’une calligraphie qui recherche les formes élégantes et vise à l’ornementation; elle se plie aux formes de la décoration architecturale, elle en suit les contours, elle s’y mêle si bien, que le mot arabesque a fini par désigner un motif d’ornementation plutôt qu’une écriture. La lettre n’existe presque plus; elle n’a plus cette forme toujours constante c[ui en faisait le caractère distinctif et elle se modifie suivant la place qu’elle occupe dans le mol. Non seulement l’arabe, qui a poussé plus loin qu’aucune autre langue sémitique l’analyse des sons du langage, possède une richesse de lettres beaucoup plus grande que les autres alphabets de la même famille; mais, pour rendre toutes les situations d’une lettre dans l’agencement du mot, il lui faut avoir recours à une variété de formes presque
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infinie, qui se plie difficilement à la régiilaiâté de nos caractères typographiques. L’alphabet turc gravé sous la direction de M. Barbier de Meynard à l’Imprimerie nationale ne compte pas moins de 720 caractères ou groupes de caractèi’es dilTérents. En arabe, chaque lettre a une forme initiale, médiale et finale. Lancée hardiment au commencement du mot, à la fin elle s’abaisse au-dessous de la ligne et se termine en forme de parafe; au milieu enfin, elle suit le mouvement général du mot, dont elle est esclave et, pour lui rendre son individualité, l’arabe est obligé de multiplier les points diacritiques dont nous avons trouvé le germe en syriaque et en palmyrénien.