‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 72 sur 112 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

On ne peut tirer aucune lumière de l’ordre des lettres himyarites, ni de leurs noms, pour l’hisloire de leur origine, puisque Thimyarite ne nous est connu que par des inscriptions; mais une étude attentive de la valeur et même de la forme des lettres permet de reconnaître dans l’alpliabet liimyarite encore un dérivé du phénicien. Si, pour certaines lettres caractéristiques, Valef h, le belli H, le hé V, le vav ®, le kaf (n, le mem la parenté nous échappe, d’autres lettres au contraire, le lamed f', le giiimel T, le nun h, Xaïn ®, et celles de la fin de l’alphabet, kof <•, sin tau X, oflrent une ressemblance singulière, non point avec les formes plus ou moins cursives de l’alphabet sémitique à l’époque perse, mais avec le phénicien le plus archaïque. 11 y a même dans la contradiction que présentent les deux moitiés de l’alphabet quelque chose qui pourrait inspirer des doutes sur la réalité de cette ressemblance. On s’étonne que certaines lettres aient gardé à travers les siècles leur forme primitive, tandis que les autres s’altéraient au point de devenir méconnaissables, et l’on .se demande parfois si ce qu’on prend pour des formes archaïques ne serait pas un emprunt fait à l’alphabet grec.

La solution du problème dépend de la date de l’introduction de l’alphabet dans l’Yémen. A l’origine on était porté à attribuer aux inscriptions himyarites une très haute antiquité; un examen plus approfondi a montré qu’il fallait en rabattre, et l’on est peut-être tombé dans un excès contraire. Il y a vingt ans, il était admis qu’aucune des inscriptions connues ne remontait au delà du i“’ siècle avant notre ère.

Une découverte que l’on doit à M. Gustave Schlumhergcr a marqué le point de départ d’un revirement dans les idées à ce sujet. Pendant un séjour à Constantinople, il fut assez

HIMYARITE

lieureux pour acquérir un trésor de deux cenls monnaies himyariles de Sana'à, de types divers et en grande partie inconnus W. Certaines d’entre elles ont, à côté de légendes bimvarites, la tête de chouette des monnaies d’Athènes accompagnée des lettres A O E plus ou moins déformées. M. Schlumherger pense qu’il faut rapporter les monnaies de celte catégorie à l’époque de Séleucus IV et d’Antiochus Épiphane (187-16A avant J.-G.). Elles prouvent donc que l’écriture himyarite était couramment employée dès la première moitié du second siècle; mais elles attestent en même temps l’influence qu’a eue, à l’époque des Séleucides, la Grèce sur la civilisation du sud de l’Arabie, et elles tendraient à faire admettre la possibilité d’une action de l’alphabet grec sur la formation de l’alphabet himyarite.

Cette manière de voir, qui pouvait paraître très spécieuse lorsqu’on croyait que les inscriptions himyarites appartenaient toutes à une époque très voisine de l’ère chrétienne, semble devoir être abandonnée par suite des dernières découvertes de M. Glaser. Quoiqu’elles ne soient pas encore intégralement publiées, on en connaît d’une façon générale les résultats.

Les inscriptions de M. Glaser se divisent en deux catégories. Les unes sont des inscriptions himyarites, au sens ordinaire du mot, et appartiennent à la même période que les inscriptions antérieurement connues. Plusieurs proviennent même des rois de la dynastie chrétienne, et parmi elles certains textes présentant un intérêt de premier ordre; c’est ainsi que M. Glaser a trouvé une inscription historique de cent trente-deux lignes, racontant une guerre du roi d’Ilimyar avec le roi des Romains.

Le trésor de Sana'à; monnaies himyaritiques , Paris, 1880.

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