TROISIÈME PARTIE
Le passage de l’un de ces alphabets à l’autre nous est fourni par deux importantes inscriptions découvertes à Axum en i83o(‘). Sur la plus grande, le roi Aïzanas, qui s’intitule roi d’Axum et d’Himyar, de Raïdan et de Saba, et de Salhen, raconte ses victoires sur le roi des Falasba. Les inscriptions d’Axuni sont donc postérieures à la conversion des Abyssins, qui eut lieu au iv® siècle, et antérieures à la conquête de l’Arabie Heureuse par Chosroès; cette conquête ayant eu lieu au vi® siècle, il faut les placer environ au V® siècle de notre ère. Des inscriptions grecques delà même époque et probablement du même roi confirment ces conclusions.
L’écriture éthiopienne des siècles postérieurs s’écarte de l’himyarite non seulement par la forme des lettres, mais par leur ordre dans l’alphabet et par leur nombre. Les dédoublements de sons confondus dans l’ancien alphabet sémitique sont beaucoup plus nombreux que dans l’himyarite, et, pour désigner ces nouveaux phonèmes, on crée de nouvelles lettres, formées des caractères primitifs au moyen de ti*aits additionnels qui viennent s’accrocher, comme des antennes, à la tête des lettres. En même temps, dans le classement des lettres de l’alphabet, on adopte un ordre différent de celui de l’alphabet phénicien; les lettres sont groupées, ainsi qu’en arabe, d’après des analogies de forme tout extérieures; elles n’ont conservé de l’ancien alphabet que leurs noms. Enfin, l’éthiopien nous présente un phénomène analogue à celui dont l’hébreu carré et déjà le syriaque nous avaient fourni l’exemple : la création de signes spéciaux pour marquer les voyelles. Ces voyelles sont indiquées, comme
Rüppell, /îme in Abyssinien, i838, vol. II, p. 268-281 et pi. V.