CHAPITRE
ÉCRITURE BERBÈRE
En continuant notre route vers l’Ouest, nous rencontrons dans l’Afrique du Nord, à l’époque romaine, une autre écriture alphabétique, l’écriture lihyque ou berbère, qui a été usitée chez les populations indigènes de la Numidie et de la Maurétanie. Nous ne la connaissons que par des inscriptions, presque toutes funéraires, que l’on trouve surtout en Kabylie; mais l’aire des inscriptions libyques s’étendait beaucoup au delà. On en rencontre depuis la presqu’île du Sinai jusqu’à nie de Fer, c’est-à-dire sur un espace de 5,ooo kilomètres de longueur, embrassant toute la côte occidentale de l’Afrique.
Les inscriptions libyques sont en général assez grossières, tracées en caractères très grands , qui se lisent le plus souvent de bas en haut et de gauche à droite; certaines d’entre elles pourtant doivent se lire horizontalement, de droite à gauche , ou meme de haut en bas. Cette épigraphie ne remonte guère au delà de l’époque de la domination romaine. Les inscriptions bilingues sont généralement libyques et latines, ou libyques et néo-puniques. Il faut en excepter la célèbre inscription du mausolée de Dougga., en Tunisie, qui est libyque et punique. La partie libyque, plus soignée que d’habitude, se lit horizontalement, de droite à gauche, comme les écritures sémitiques. C’est sans doute l’une des plus anciennes inscriptions berbères que nous possédions. D’après
ÉCRITURE RERRÈRE.
le caractère de l’écriture punique, elle peut dater de cent ou deux cents ans avant notre ère. Une autre inscription bilingue, libyco-grecque, gravée sur agate et également très soignée, provient de Derna.
L’alphabet des inscriptions libyques présente une extrême ressemblance avec les caractères tefînagh, encore partiellement en usage chez les Touaregs. Les inscriptions en tefînagh sont très répandues dans le nord de l’Afrique et de dates très diverses. 11 en est qui remontent à plusieurs siècles en arrière et rejoignent presque les inscriptions libyques; d’autres sont toutes récentes. L’écriture tefînagh n’est pas une écriture courante, comprise par tout le monde; mais certains individus chez les Touaregs, les femmes surtout, ont conservé la connaissance de la valeur phonétique et de l’emploi de ses caractères. En réalité, l’écriture berbère n’a jamais cessé d’être usitée, et une chaîne presque ininterrompue rattache l’écriture libyque à l’écriture tefînagh, qui en représente la forme la plus moderne. L’écriture des Touaregs n’est qu’une transformation de l’ancien alphabet libyque : certains caractères ont pris une valeur différente de celle qu’ils avaient primitivement, et d’autres ont été créés pour répondre aux besoins nouveaux qui résultaient de l’introduction dans la langue indigène de noms propres et des termes arabes im- ])osés par l’islamisme.
Les deux alphabets offrent encore un autre trait commun : suivant M. Duveyrier, qui a étudié sur place, pendant de longues années, l’écriture des Touaregs et l’bistoire de ses développements, il n’est pas prouvé jusqu’à ce jour que l’un ou l’autre de ces alphabets ait été employé pour des rédactions de longue haleine, notamment pour composer des livres. Ils paraissent plutôt avoir été réservés pour tracer