TROISIÈME PARTIE
raît sur les monnaies de certaines villes ; Abdère, Ebiisus, Gadir, Malaca. On y retrouve l’alphabet punique du i“' et du U® siècle avant notre ère. Gela est conforme à ce que nous savons des liens étroits qui unissaient l’Espagne à Carthage. Mais, outre l’influence punique qui s’est exercée par Cartilage, il y avait entre l’Espagne et la côte de Phénicie des relations directes qui ont dii laisser des traces, là comme en Sardaigne et sur d’autres points encore du bassin de la Méditerranée. Une inscription phénicienne, récemment découverte par M. de la Martinière dans les ruines de Lixus, au Maroc, semble confirmer cette manière de voir. Le type de l’écriture n’est pas le type punique, mais le type sidonien. Cette particularité doit sans doute s’expliquer par les relations commerciales du Maroc avec l’Espagne.
A côté des monnaies phéniciennes, l’Espagne fournit un grand nombre d’autres monnaies avec des légendes en caractères inconnus, qui rappellent par certains côtés l’alphabet phénicien archaïque, par d’autres l’alphabet grec. M. Aloïss Heiss les a réunies dans une importante publication W, Les monnaies celtihériennes ne sont pas anciennes; elles appartiennent presque toutes à la seconde moitié du 1®*' siècle avant notre ère; mais elles représentent certainement l’écriture indigène, par opposition aux monnaies grecques et phéniciennes, qui représentent les influences étrangères, si profondes en Espagne.
Indépendamment des Grecs et des Phéniciens, en effet, la péninsule ibérique a été occupée par deux races, les Ibères et les Celtes. Les Ibères formaient le fond de sa po-
Aloïss Heiss, Description générale des monnaies antiques de l’Espagne, Pa ris, Imprimerie ualionale, 1870.
pulatioii; ils occupaient principalement le Nord-Est, l’Est et le Sud; les Celtes, dont l’invasion en Espagne date environ do l’an 5oo avant J.-C,, s’étendaient au Nord et à l’Ouest. Les deux noms se sont fondus. dans celui de Geltibériens, par lequel les auteurs grecs et latins désignent les habitants du centre de l’Espagne et, plus spécialement, ceux du bassin de l’Ebre. Au sud de la péninsule, une région à part, la Bétique, que l’on appelle aussi la Turdétanie, était habitée par un peuple distinct, mais de même race que les Ibères^d.
Ces populations jouissaient d’une civilisation qui, d’après Strabon, n’était pas à dédaigner : cr Comparés aux autres Ibères, dit-iL^\ les Turdétans sont réputés les plus savants; ils ont une littérature, des histoires ou annales des anciens temps, des poèmes et des lois en vers qui datent, à ce qu’ils prétendent, de six mille ans^^^; mais les autres nations ibères ont aussi leur littérature, disons mieux leurs littératures, puisqu’elles ne parlent pas toutes la même langue.'» 11 y a tout lieu de croire que c’est l’écriture de ces populations qui nous a été conservée par les monnaies.
On reconnaît sur les monnaies ibériques deux types d’écriture qui correspondent à la distinction établie par Strabon. L’alphabet celtibérien se rencontre sur les monnaies du nord et du nord-est de l’Espagne, principalement dans la Tarraconaise; les monnaies de la Turdétanie nous présentent un alphabet assez dilférent, quoique de la même famille. On trouvera dans le tableau ci-après ces deux
A. Heiss, Monnaies antiques de l’Espagne, p. 3-/1 1. — D’Arbois de Jiibaiiiville, Notice stir les Celtes d’Espagne (^Acad. des inscr., G. R., 1890, p. 219-329).
Strabon, III, i, 6. Trad. Am. Tardieu, t. 1, Paris, Hachette, 1867.
D’autres lisent : rr comprenant plus de six mille vers».