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d'établir un système d'écoles séparées sous n'importe quelle forme ».
Là-dessus, le gouvernement fédéral introduisit au parlement du Canada (février 1896) un projet de loi remédiatrice qui fut déclaré satisfaisant par les évêques catholiques, et notamment par Mgr Langevin, qui alla jusqu'à envoyer à Sir Charles Tupper, qui venait de succéder à Sir McKenzie Bowell, le télégramme suivant : « Au nom de la minorité catholique du Manitoba, que je représente officiellement, je demande à la Chambre des Communes d'adopter le bill réparateur dans son entier, tel qu'il est aujourd'hui amendé. Cette mesure sera satisfaisante à la minorité catholique, qui l'accepte comme un règlement substantiel et final de la question scolaire, suivant la Constitution. »
De son côté, le P. Lacombe, toujours prêt à se mettre en avant lorsqu'il était question de faire du bien, écrivait le 20 janvier une lettre à M. Laurier dans laquelle il le suppliait comme catholique de ne pas s'opposer au passage de la loi remédiatrice. Mais celui-ci se garda bien de suivre son conseil. Il parla d'enquête, prétendit que la loi proposée n'était pas pratique, demanda le 3 mars 1896 de renvoyer à six mois la considération de ce projet, puis fit de l'obstruction systématique, au point que, comme les conservateurs avaient déjà perdu un temps précieux à se mettre d'accord et qu'il ne restait plus que quelques jours avant l'expiration de la session,
le parlement dut être prorogé avant que la loi eut pu être passée.
Une élection générale devait suivre cette prorogation. A la demande de M.^ Langevin, l'épiscopat canadien conseilla alors aux électeurs catholiques de ne voter que pour les candidats qui se déclareraient en faveur d'une loi remédiatrice. Soit parce que tous les candidats libéraux catholiques de la province de Québec, à l'exception de Laurier et de deux autres, avaient signé l'engagement de régler la question conformément aux droits de la minorité catholique; soit que le peuple canadien eut eu plus de confiance dans un catholique comme Laurier, qui promettait de régler la question dans six mois à la satisfaction de tous, qu'en un protestant comme Sir Charles, qui n'avait pu faire passer la loi remédiatrice; soit enfin que l'électorat de Québec eut été ébloui par la perspective de voir un compatriote à la tête du pays, le gouvernement fut battu le 23 juin 1896, et M. Laurier devint premier ministre du Canada le 8 juillet suivant.
Pendant ce temps, les catholiques du Manitoba gémissaient sous le poids d'une double taxe scolaire. Aucune de leurs écoles ne se rallia complètement au système scolaire préconisé par Greenway et consorts. Dans le but d'obtenir un octroi du gouvernement provincial, quelques-unes s'en approchèrent en prenant des biais lorsque le fardeau devenait trop lourd; mais le nombre de ces dernières fut très restreint. Généralement, les contribuables
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préférèrent se priver du subside des municipalités et du gouvernement plutôt que d'accepter la loi de 1890. Puis, l'on établit ce qui fut appelé le Denier des Ecoles du Nord-Ouest, au moyen duquel les catholiques de la province de Québec vinrent généreusement en aide à leurs frères opprimés de l'Ouest, et leur permirent de maintenir leurs écoles tout en payant pour celles des protestants manitobains.
Signature de M. Cherrier
Enfin, en février 1897, l'abbé A.-A. Cherrier qai, comme représentant du collège de Saint-Boniface au Conseil de l 'Université et par de nombreux écrits dans le Northwest Review et d'autres journaux, avait joué un rôle des plus importants dans la lutte scolaire, fut nommé surintendant des Ecoles catholiques. A ce titre, cet excellent prêtre, qui n'en continuait pas moins à diriger sa paroisse de l'Immaculée Conception, eut à veiller au bon fonctionnement de ces institutions et à la répartition des secours que leur procurait le Denier des Ecoles.
Avant d'exposer l'action du gouvernement Laurier en cette matière, il nous faut maintenant jeter un
coup cl 'œil sur les développements que prenait alors l 'Eglise catholique dans les parties de l 'Ouest moins affectées par la législation qui donnait lieu à tant de différends. Sur les frontières du Manitoba, et tout près de celles de la province actuelle de la Saskatchewan, se trouvait le fort Ellice, où le P. Decorby avait fondé une mission. Pour diverses raisons, le Conseil vicarial des Oblats, sous la présidence du E. P. Lange vin, avait décidé en 1894 de l'abandonner. M61" Taché, vivement secondé du P. Decorby, protesta contre cette décision, et, par déférence pour ses objections, l'exécution de cette mesure fut contremandée. En sorte que la mission qu'on avait momentanément crue avoir passé de vie à trépas finit par ressusciter sous le nom bien approprié de Saint-Lazare qu'elle porte aujourd'hui.
La même année (1894), entre les deux branches de la Saskatchewan et non loin de leur jonction, s'inaugurait une institution destinée à rendre au nord des grandes plaines de l'Ouest des services identiques à ceux par lesquels l'école de la Qu'Appelle se signalait dans le sud. Les métis et les blancs de la vallée de la branche septentrionale de cette rivière étaient déjà desservis par des Oblats stationnés à Saint-Laurent, Saint-Louis de Langevin, Batoche et lac Canard, ou Duck Lake. Ces missionnaires ne négligeaient pas les Indiens ; mais rien de particulier ne pouvait être fait pour leurs enfants. A la demande de Msr Pascal, le gouvernement d'Ottawa consentit à doter son vicariat d'une école in-
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dustrielle pour les enfants des sauvages qu'on avait parqués sur plusieurs réserves non loin du village du lac Canard. Au printemps de 1894, le surintendant des Affaires indiennes, M. Hayter Reed, en compagnie de M. McKenzie, agent de la réserve contiguë à ce village, en choisit l'emplacement juste entre ce petit groupe et le lac du même nom.
Le P. Mélasyppe Paquette fut nommé principal de l 'institution naissante en mai 1894, et vers la miaoût de la même année il quitta sa mission de N.-D. de Pontmain, au lac Muskeg, pour entrer en fonctions. Il avait avec lui une quinzaine de jeunes sauvages, dont le nombre ne cessa de s'accroître jusqu'à ce que, en 1896, il fut de plus de cent.
Des laïques assistèrent d'abord le principal dans sa tâche ; mais, au cours de 1895, ils furent remplacés par des Fidèles Compagnes de Jésus. Ces religieuses, qui acceptaient ce poste par pur dévouement et en contravention avec l'esprit, sinon la lettre, de leurs règles qui les destinent exclusivement à l'instruction, prirent alors la direction du temporel, en même temps qu'elles se chargeaient des filles. Un M. Alex. Vanne avait été le premier instituteur des garçons. Il eut plusieurs successeurs dans cette charge jusqu'en 1900, époque où le F. Joseph-M. Lacroix y fut nommé.
Considérablement plus à l'ouest, sur la ligne du chemin de fer entre Calgary et Edmonton, un des centres de population qui avaient été décorés d'un nom indien par le P. Lacombe, Wétaskiwin, avait
pris suffisamment d'importance pour réclamer les soins d'un prêtre. La première messe y fut célébrée dans une salle privée le dernier dimanche d'août 1894. La population catholique ne se composait pourtant encore que d'environ dix-huit familles, qui étaient presque toutes canadiennes-françaises. Ce poste fut d'abord desservi par l'abbé Louis Poitras, qui y fit bâtir en 1895 une petite église de 30 pieds sur 24. L'année suivante, sa place fut prise par le P. N.-D. Dubois, 0. M. L, qui devait veiller sur les intérêts religieux du village jusqu'en 1902 3.
Au Manitoba, le curé de Lorette ayant trouvé que son église devenait insuffisante pour les besoins croissants de sa paroisse, commença (en 1895) l'érection d'un édifice en brique qui ne devait être terminé que cinq ans plus tard, et allait devenir avec le temps un véritable petit bijou.
Pendant ce temps, au nord-est de cette province, le P. Charlebois déployait toutes les ressources de son zèle en faveur des Cris du district de Cumberland. Du lac Pélican, il rayonnait, à la raquette ou en canot, à la conquête d'âmes qui avaient souvent été flétries par le souffle délétère du protestantisme, et avait parfois la consolation d'en ramener au bercail. Certaines circonstances qui lui faisaient comme toucher du doigt la foi de ses néophytes le conso-
3. Il fut alors remplacé par un Prémontré, le P. J.-F. Van Wetten. Après deux ans de pastorat, le P. L.-C. Walravens, du même ordre, lui succéda. Ce religieux est encore (1912) à la tête de la paroisse. Il bâtit en 1911 une église en pierre et en brique de 60 pieds sur 34, à part du vestibule et du chœur.
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laient aussi par moments des déboires inhérents à ce genre de ministère. Il venait, par exemple, d'arriver, au cœur de l'hiver, à l'un des postes sous sa juridiction, et avait été surpris de n'y trouver personne. Même le vieillard qui en gardait la chapelle n'était point là. Mais en entrant dans l'humble édifice, Charlebois trouva un châle suspendu à l'un des soliveaux, et, sur l'autel, une petite lettre en caractère cris qui était ainsi conçue :
« Mon père, ma femme m'a quitté pour aller dans l'autre vie. Mon cœur est trop chagrin; je ne puis rester ici. Je pars pour aller demeurer plus loin. Je laisse du poisson pour tes chiens. Tu prendras le châle de ma défunte afin que tu pries pour son
âme *. »
Le 1er avril 1894, ce missionnaire enregistrait le baptême de l'enfant d'une protestante apporté par sa propre mère; le 6 du même mois, c'était une adulte qui abandonnait l'hérésie pour la vraie foi; le 15 suivant, il recevait l'abjuration d'un jeune protestant. «C'était», écrivait-il alors, «le treizième [baptême de protestant] depuis le 1er janvier. C'est vraiment consolant. Ce qui me fait le plus de plaisir, c'est que tous ces nouveaux convertis persévèrent dans de bonnes dispositions. L'un d'eux disait l'autre jour: «Depuis que je suis catholique, « il me semble qu'il fait clair dans mon âme. On me
4. Missio7is des Otlats de Marie Immaculée, vol. XXXIV, p. 146.
« couperait le cou que je ne deviendrais pas protes- « tant 5. »
Cependant l'esprit du P. Lacombe, toujours fertile en plans, mûrissait un projet de la plus haute importance pour le bien-être matériel et spirituel de ceux qui, au début, avaient tant fait pour le missionnaire. Frappé de l'état de pénurie et de détérioration morale des métis, provenant de l'envahissement de la race blanche au milieu d'eux, le vénérable missionnaire rêva de les réunir sur une grande réserve, juste au nord de la Saskatchewan, à l'est d'Edmonton. Au cours d'un voyage qu'il fit à Ottawa en 1895, il obtint du gouvernement fédéral la jouissance pour la colonie qu'il projetait de quatre « townships », ou cantons, au lac des Œufs, à l'est du lac la Selle. Puis il lança un appel à ceux des métis qui se trouvaient dans la gêne, ou voulaient améliorer leur position, appel par lequel il les invitait à y venir chercher la paix et une honnête aisance.
Imprimé en trois langues, cet appel exposait franchement les conditions auxquelles les métis devaient souscrire pour profiter des avantages qu'il offrait. Pour prévenir les résultats de l'inconstance et empêcher les spéculations immobilières auxquelles ils auraient pu être tentés de se livrer, il était bien entendu que les terres sur lesquelles on les admettait ne pourraient être ni aliénées ni hypothéquées,