‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 35 sur 86 · LATINS ET RUTHÈNES · texte numérisé non relu

LATINS ET RUTHÈNES

Oblats de Marie Immaculée. Nous avons maintes fois eu l'occasion de parler de l'école industrielle des Indiens à Lebret, dans la vallée de la Qu'Appelle. Après avoir été successivement agrandie en 1886, 1890 et 1894, elle était devenue la plus grande du Canada, et pouvait loger 225 élèves. Dans les premiers jours de janvier 1904, ce bel établissement devint la proie des flammes. Tout était perdu, et il ne restait pour se consoler du désastre que la satisfaction de penser qu'il n'avait été accompagné d'aucune perte de vie.

L'année suivante, l'école était rebâtie sur un meilleur plan, et en 1906 elle devait se rouvrir, plus grande et mieux agencée que jamais, après avoir reçu la bénédiction de Mgr Langevin. Elle contient maintenant facilement place pour 250 enfants, sans compter les sœurs et le personnel enseignant. En outre de ce qu'on enseigne dans les écoles primaires, les enfants y apprennent divers métiers comme la menuiserie, la cordonnerie, l'agriculture, etc.

Cependant, à cinquante milles d'Edmonton, Végreville, qui était surtout anglais en dépit de son nom si français, croissait toujours en importance. A côté de quelques familles irlandaises, cette ville en comprenait déjà une quarantaine qui étaient de nationalité canadienne-française. C'était assez pour leur valoir les services d'un prêtre résident. Les Chanoines de l'Immaculée Conception y furent donc envoyés sous la direction du E. P. Augustin Bernier, fils du sénateur de ce nom. En outre des catholiques

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de la place, ces religieux desservaient plusieurs succursales éparpillées dans les environs.

Au nord-ouest de la ville, il y avait en outre une colonie considérable de Galiciens de rite rutliène, que desservaient les pères basiliens, aidés en ce qui était de l'éducation de la jeunesse de Petites Servantes de Marie, religieuses du même rite qui se trouvaient dans le diocèse de Saint-Albert depuis 1892.

Ainsi que nous l'avons vu, ces groupes ruthènes étaient souvent l'occasion d'embarras pour l'autorité ecclésiastique. Une concession de quarante arpents de terre avait été faite à Mgr Grandin pour fins de culte. Ce terrain ayant passé aux mains d'un comité de Ruthènes, ceux-ci appelèrent au milieu d'eux un prêtre schismatique de leur rite. D'où au tribunal d'Edmonton un procès dont les séances ressemblèrent parfois à des séances de concile, tellement il y fut question de l'Eglise grecque et de ce qui la sépare de Rome. Heureusement qu'il y avait encore des juges à Berlin. Au commencement de 1904, le tribunal donna gain de cause à l'évêque de Saint-Albert, et les schismatiques durent restituer le terrain et payer les frais du procès.

Mais les Galiciens n'étaient pas les seuls à manifester des tendances à la révolte contre l'autorité légitime. Les Polonais, leurs frères par le sang bien qu'ils suivissent le rite latin, devenaient de plus en plus nombreux à Winnipeg, où ils étaient sous la houlette du P. William Kulawy, 0. M. I. Quelques mécontents s 'étant séparés de la paroisse régulière,

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ils se bâtirent une église (1904) et y maintinrent quelque temps un individu qui se disait prêtre, faisait les offices religieux et, dans le but de mieux tromper ses adeptes, allait jusqu'à prier publiquement pour le Pape.

Pourtant, comme Dieu sait toujours tirer le bien du mal, ces menées schismatiques eurent pour résultat de raviver la foi des fidèles catholiques, qui allaient d'ailleurs maintenant jouir des services d'un excellent prêtre oblat, le P. François-Boniface Kowalski, fraîchement arrivé d'Europe pour assister le P. Kulawy dans la direction de la paroisse. L'église du Saint-Esprit devenait déjà trop petite, bien que non loin de là les Allemands eussent bâti, sous la direction de l'entreprenant P. Joseph Cordes, une église-école distincte pour les catholiques de cette langue qui avaient jusque-là fréquenté l'église polonaise. L'édifice allemand reçut la bénédiction de l'Eglise des mains de Msr l'archevêque le 8 octobre 1904. Onze jours plus tard, son vicaire général, M. Az. Dugas, ouvrait au culte la nouvelle église de Saint-Pierre- Jolys.

Un édifice analogue se construisait alors au prix de $18,000 pour la population ruthène de Winnipeg, sur la rue Stella, non loin de la chapelle devenue beaucoup trop petite. Pour cette église et les œuvres qui s'y rapportaient, la corporation épiscopale du diocèse avait elle-même déboursé quelque $25,000, qu'elle avait dû emprunter à une banque locale. Le P. M. Hura, basilien, était chargé de la paroisse,

tandis que le P. Kryzanowski desservait les colonies galiciennes dispersées dans le Manitoba.

Or, comme si les Euthènes de Winnipeg eussent refusé de laisser aux rebelles polonais la palme de l'insubordination, quelques-uns d'entre eux subissaient alors l'influence d'un certain personnage d 'opéra comique appelé Sérafin, qui se disait évêque et avait prétendu ordonner prêtres plusieurs individus dont six étaient passés aux presbytériens et recevaient des salaires réguliers des autorités de cette secte. C 'était un autre schisme qui devait végéter quelque temps pour s'éteindre misérablement clans le mépris universel.

En attendant, l'Eglise catholique faisait certainement tout ce qu'elle pouvait, dans les circonstances, pour retenir ses enfants ruthènes dans la voie de l'unité et de l'orthodoxie. Eome ne permettait pas encore ces sacrifices de rite auxquels plusieurs prêtres latins allaient bientôt se condamner avec son approbation; mais l'Eglise de Saint-Boniface envoyait l'un de ses plus dignes représentants à un groupe considérable de Galiciens qui s'était formé à Yorkton, ville située à quelque distance au nord de la vallée de la Qu'Appelle, et dans les environs. Dès 1902, M^ Langevin avait demandé aux pères rédemptoristes de Brandon qui savaient le polonais de visiter les fidèles de ce centre important, tâche à laquelle ne suffisaient ni le P. Decorby, du fort Pelly, ni le P. Page (un Oblat comme le « Petit Père ») qui fut plus tard domicilié à Yorkton même.

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En conséquence, les Ruthènes de Yorkton furent dûment visités par les Rédenrptoristes en 1903, et, en janvier de Tannée suivante, le P. Achille Delaere, C. SS. R., s'établissait au milieu d'eux. Pour faciliter cette fondation, ses confrères se défirent en 1903 et en 1904 de deux missions polonaises du Manitoba qu'ils avaient jusque-là desservies, à savoir celle de Sainte-Elisabeth, à Huns' Valley, et celle de Saint- Jean Kant, à Oakburn, lesquelles, fondées par le même P. Delaere, furent alors transformées en paroisses et confiées, la première à l'abbé Kostorz et la seconde à M. Finke.

Pendant l'été de cette même année (1904), un monastère avec une chapelle provisoire fut bâti à Yorkton, et, à la fin de 1905, quatre pères et trois frères habitaient le premier. En outre des Galiciens, cette importante mission devait desservir des Polonais, des Anglais et des Hongrois, et les pères missionnaires allaient exercer leur ministère dans la langue de chacune de ces nationalités.

Une autre colonie ruthène était celle de Sifton, au Manitoba. Elle était alors dirigée par le P. Kryzanowski. Enfin, à la capitale de cette même province et de l'Ouest tout entier, le P. William Kulawy, curé des Polonais, faisait appel à la presse pour l'aider à préserver son troupeau des artifices du schisme et de l'hérésie. En avril 1904, il fonda pour eux et leurs compatriotes dans l'Ouest le journal Glos Kanayiski, «La Voix Canadienne», qui malheureusement ne put vivre plus d'un an. La population

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polonaise n'était encore ni assez nombreuse, ni assez aisée pour faire vivre un organe de sa langue, et la « Voix Canadienne » dut cesser de se faire entendre en septembre 1905 3.

3. Un autre journal polonais, aujourd'hui assez prospère, a depuis remplacé ce périodique. H est l'un des quatre hebdomadaires publiés, en autant de langues différentes, par la West Canada Publishing Co., dont le E, P. O. Plourde, O. M. I., est le gérant.

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