CHAPITRE VIII
Plus vivace que la feuille polonaise fut Saint- Peters Bote, « Le Messager de Saint-Pierre », que le P. Bruno, 0. S. B., aujourd'hui abbé de Muenster, avait fondé juste deux mois auparavant dans l'intérêt d'une colonie allemande qu'il commençait alors à établir et qui devait prendre des proportions tout à fait considérables. S 'étant assuré les premiers droits sur une grande étendue de terre au centre de ce qui est aujourd'hui la province de la Saskatchewan, ce religieux, qui est doué d'une faculté d'organisation peu commune, fit, au moyen de son propre organe, une campagne de publicité qui détermina un grand nombre d'Allemands catholiques du Minnesota à émigrer vers le nord. Au lieu de s'établir au milieu de ceux qui parlaient la langue dans laquelle il était rédigé, son périodique alla les chercher luimême aux Etats-Unis et les fit passer au Canada, où il devait ensuite les aider à s 'organiser et à prospérer (1903).
En attendant l'organisation de sa colonie, le P. Bruno s'établit à Rosthern, municipalité contiguë à la paroisse du lac Canard, d'où il commença à diri-
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ger le Saint-Peters Bote au cours de février 1904. Cette feuille fut d'abord imprimée à Winnipeg, et, en outre des soins qu'il lui donnait, son rédacteur veilla en même temps sur les intérêts spirituels des Allemands et autres catholiques de la petite ville d'où il organisait sa colonie. Puis, avec un esprit d'entreprise qu'on ne saurait trop admirer, il monta au centre même de ses nouveaux domaines, qui avaient reçu leurs premiers colons au cours de 1903, dans une solitude que rien n'avait encore troublée, le matériel d'une imprimerie d'où son hebdomadaire sortit régulièrement à partir de septembre
Ce centre était Muenster, où un très primitif monastère avait été élevé. Là vivaient quelques pères bénédictins, qui allaient bientôt rayonner tout autour et desservir les nombreuses missions, telles que Sainte-Anne, Saint-Benoît, Saint-Joseph, et bien d'autres, qui se groupèrent graduellement autour de la capitale religieuse de ce petit pays. Les Bénédictins possèdent aujourd'hui vingt-deux églises sur ce territoire, tout catholique allemand, lesquelles sont, ou bien visitées périodiquement de Muenster, ou bien desservies par des prêtres bénédictins établis à peu près en permanence dans des presbytères qui leur sont contigus.
Ces religieux furent une très importante addition aux membres du clergé du vicariat apostolique de la Saskatchewan. Un institut religieux moins connu, celui des pères de la Salette, avait peu auparavant
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été forcé de quitter la patrie aimée pour venir trouver la liberté sur les grandes plaines de l'Ouest canadien. Son établissement dans le diocèse de Saint-Boniface datait de 1889. Son principal poste se trouvait à Forget, où le P. Morard devait, en 1905, faire construire une église du coût de $15,000. En 1903, les mêmes pères s'établirent à Estévan, et ils ont depuis veillé sur les intérêts spirituels d'un certain nombre de succursales.
Par l'arrivée du R. P. H. Houle, le Manitoba s'enrichissait encore d'une nouvelle congrégation religieuse, au cours de 1904. Ce religieux appartenait aux Clercs de Saint- Viateur, qui se trouvaient depuis longtemps dans l'Est. Le premier siège de leur communauté dans le diocèse de Saint-Boniface fut à Makinac, petite paroisse clans la région du lac Dauphin, qui avait originairement été desservie de Sainte-Rose; après quoi MM. Adolphe Beauregard et L. Bélanger s'y étaient succédés jusqu'en 1904. On ne devait pas tarder à y établir un orphelinat. Enfin, le 6 juillet de la même année, le monastère des Trappistes de Saint-Norbert se complétait par la bénédiction solennelle d'une superbe église conventuelle, à laquelle officiait le vicaire général de Saint- Boniface, M. Az. Dugas, entouré d'un grand nombre de prêtres.
Quant à M.^ Langevin lui-même, il pensait alors sérieusement à remplacer par un temple plus digne de sa destination l'humble cathédrale de Mgr Taché, désormais incapable de contenir les foules qui au-
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raient voulu se presser dans son enceinte. Un monument vaste et solide, symbole de l'universalité de l'Eglise catholique et du roc indestructible sur lequel elle est bâtie, devait selon lui se dresser sur les bords de la Rouge, à l'entrée des immensités pour lesquelles cette même Eglise avait tant fait. Ce devait être comme un phare lumineux qui rappellerait son passé dans l'Ouest aux générations futures, en même temps qu'il attesterait sa foi dans l'avenir de ce pays. Grâce à l'énergique prélat, un plan grandiose fut donc élaboré, et les travaux de construction n'allaient pas tarder à commencer1.
Cependant, l'œuvre de la colonisation catholique et française semblait reprendre un regain de vitalité. Le 1er août 1904, on signalait le passage à Saint- Boniface d'environ deux cents émigrants sous la conduite de l'abbé Gaire. C'étaient pour la plupart des Bretons qui avaient dit adieu au « doulx païs » de France pour s'établir sur les plaines de la Saskatchewan. Juste un mois plus tard, le 1er septembre, M. Adrien Potvin, jeune Canadien maintenant au service du gouvernement manitobain, renchérissait encore sur les exploits du prêtre français ;
1. Une cathédrale monumentale, toute en pierre, fut commencée au printemps de 1906 et sa pierre angulaire bénite par l'archevêque le 15 août de la même année. Le 4 octobre 1908, elle était livrée au culte au milieu de cérémonies qui avaient attiré un immense concours de catholiques de toutes nationalités et des deux rites latin et grec. Cet édifice a une longueur extérieure de 280 pieds, sans la sacristie qui en est la prolongation; avec la sacristie et le porche, elle mesure 312 pieds de long. Sa largeur extérieure est de 88 pieds, ou de 100 à la base des tours. Du sol à l'extrémité de leur croix, celles-ci ont 150 pieds. La grande nef a 68 pieds sous voûte et 56 de large.
ce qui était d'ailleurs d'autant plus facile que les obstacles qu'il avait eus à surmonter ne pouvaient se comparer à ceux qui s'étaient dressés sur le chemin de M. Gaire. Quoi qu'il en soit, M. Potvin arrivait au commencement de septembre 1904 avec huit cents Canadiens-français, l'un des plus forts contingents de personnes de cette nationalité qui aient jamais été amenés des provinces ou Etats de l'est.
Comme pour se mettre en position d'aider à subvenir aux besoins spirituels qu'allait créer cette immigration, un homme qui n'était plus jeune et avait déjà passé par plusieurs des étapes dont l'ensemble constitue la vie publique, s 'était présenté peu auparavant (juillet 1904) aux portes de l'archevêché, pour compléter ses études en vue d'entrer dans l'état ecclésiastique. C'était M. Théophile Paré, natif de Lachine, près Montréal, d'où il était venu en 1872 passer une bonne partie de sa vie à Sainte- Anne des Chênes. Il avait été trésorier de la municipalité de cette paroisse et de Labroquerie depuis 1880 jusqu'en 1904, puis gardien des registres entre 1882 et 1890, et avait enfin brigué avec succès les suffrages de ses concitoyens, qui l'avaient porté aux honneurs législatifs en l'élisant député pour le comté de Provencher en 1892, ainsi qu'aux élections provinciales qui suivirent.
Et maintenant, il quittait les honneurs, comme la responsabilité, de la vie politique pour redevenir écolier et se creuser la tête en présence de tomes de théologie, en attendant le jour (26 juillet 1906) où il serait fait prêtre pour l'éternité.
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Les années 1904-05 furent une période de grande activité religieuse et civile clans tout l'Ouest canadien. Si nous quittons les bords de la Rouge pour la vallée de la Saskatchewan, où nous avons vu les Bénédictins s'établir en 1903, et avec eux un si grand nombre de leurs nationaux, nous assisterons à l'établissement, à Prince-Albert même, d'une nouvelle communauté religieuse jusqu'alors inconnue dans ce pays. Nous avons déjà été témoin des succès des Fidèles Compagnes de Jésus dans cette ville. Malheureusement ces succès n'avaient pas amené l'aisance à leur foyer. Ces bonnes sœurs y avaient une école du jour, qui en était venue à végéter par suite de l'hostilité des commissaires qui eussent préféré des maîtresses laïques, et un pensionnat dont le nombre des élèves était trop restreint pour en assurer le maintien. En conséquence, ces religieuses s 'étaient vues moralement forcées de se retirer pour concentrer leurs forces dans l'Extrême-Ouest, où leurs services semblaient plus appréciés.
C'est le mardi 23 février qu'elles avaient quitté Prince- Albert.
Les catholiques de cette ville se trouvaient donc sans institutrices pour leurs enfants. Or, il arriva que Mgr Pascal ayant envoyé de tous côtés une circulaire qui sollicitait des secours pour l'achèvement de sa cathédrale, ce document tomba sous les yeux d'une communauté de Lewiston, dans le Maine, Etats-Unis, dont l'attention fut par là attirée sur cette ville lointaine jusque-là inconnue de
ses membres. Ces religieuses enseignaient non seulement à Lewiston, mais à Auburn et à Brunswick, trois paroisses dont les curés insistaient pour qu'elles donnassent l'instruction aux garçons comme aux' filles, tâche dont elles s'étaient jusqu'alors acquittées par pure condescendance, mais que le chapitre général de leur congrégation tenu à Paris en
1903 avait déclaré être contre l'esprit de leur institut.
Cette communauté était celle de la Congrégation de N.-D. de Sion, fondée par le P. Marie-Théodore Eatisbonne, frère du célèbre converti juif.
Pendant que ces bonnes sœurs étaient à Lewiston dans la position fausse due au conflit entre les désirs des curés et les ordres de leurs supérieures majeures, elles reçurent, le 7 juin 1904, la visite de Mgr Pascal, qui se rendait en France pour la tenue du chapitre général de sa propre congrégation. La supérieure lui ayant précédemment demandé s'il ne connaissait point de place où les services de religieuses enseignantes fussent demandés, le prélat leur avait proposé sa propre ville épiscopale, qu'elles connaissaient par la circulaire susmentionnée.
En conséquence, après un voyage d'étude fait par la supérieure, Mère Marie-Edouard de Sion, un détachement de vingt-quatre sœurs partait le 30 juillet
1904 pour Prince-Albert. Là, ces religieuses firent l'achat d'une maison appartenant à un M. McKay, qui fut le berceau de la nouvelle communauté, en
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attendant la construction d'un local plus approprié, qui fut bénit le 30 octobre suivant, bien que la première messe ne put y être dite que le 9 novembre.
Treize élèves s'étaient présentées à elles dès le 16 août pour des cours particuliers. Les classes proprement dites ne commencèrent que le 12 décembre 1904. Depuis, ces bonnes sœurs se sont acquises non seulement l'estime du public de Prince-Albert et des environs, mais l'affection très réelle de leurs enfants, point qu'on peut regarder comme l'une des caractéristiques de toutes leurs communautés.
Avant de quitter la Saskatcnewan, mentionnons à la bâte la fondation, en 1904, d'une nouvelle paroisse, Marcellin, ainsi appelée du nom de son premier habitant. Le premier prêtre résident en fut un M. Caron qui devait mourir Oblat et allait avoir pour successeur, au cours de l'été 1905, le P. Arthur Lajeunesse, 0. M. I., neveu du P. 0. Charlebois, le nouveau principal de l'école industrielle du lac Canard 2.
Pendant ce temps, Végreville ouvrait ses portes à une communauté d'origine française, celle des Filles de la Providence, de Saint-Brieuc, qui y établissaient un couvent-pensionnat au cours de 1904. Non loin de là, Saint-Paul des Métis se pourvoyait d'une nouvelle église, qui existe encore. Malheureusement, cette amélioration n'allait pas tarder à être compensée par un sinistre qui devait d'autant plus