‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 37 sur 86 · Cette jeune paroisse a une église de 40 x · texte numérisé non relu

Cette jeune paroisse a une église de 40 x

aller au cœur du P. Thérien, le directeur de la mission, qu'il était dû à la malice humaine: en janvier 1905, les enfants auxquels on y donnait l'éducation mettaient le feu à leur école !

Bien regrettable était sans doute pareil acte de vandalisme; il n'avait cependant qu'une importance locale. D'ordre bien plus général étaient les soucis qui préoccupaient alors l'opinion publique dans l'ouest comme dans l'est du Canada. L'immigration à outrance poursuivie par les autorités fédérales avait maintenant rempli les Territoires du Nord-Ouest d'une population cosmopolite qui ne pouvait plus se contenter du degré d'autonomie accordée en 1875. Elle demandait à grands cris l'organisation de ces mêmes Territoires en provinces régulières, jouissant de toutes les prérogatives que possédaient les autres parties de la Confédération canadienne. Cette immense région avait d'abord été divisée en trois districts qui portaient les noms d'Assiniboia, rectangle contigu au Manitoba dont l'un des longs côtés était formé par la frontière américaine; l'Alberta, division analogue entre les montagnes Bocheuses et l'Assiniboia, et l'Athabaska, territoire qui s'étendait au nord des deux autres.

Le 21 février 1905, Sir Wilfrid Laurier présenta au Parlement du Canada un projet de loi qui faisait de ces trois districts deux grandes provinces, appelées respectivement la Saskatchewan et l'Alberta, et qui devaient être toutes les deux bornées par la

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frontière américaine au sud et le 60e degré de latitude au nord, et avoir le 110e degré de longitude pour ligne commune de démarcation.

Jusque-là tout était pour le mieux. La pierre d 'achoppement pour le législateur allait consister dans les droits scolaires qu'il voulait conférer à la minorité des deux nouvelles provinces, question d'autant plus importante que la législation qu'on allait adopter à Ottawa devait servir de Constitution dont les dispositions seraient à peu près immuables. Les catholiques comptaient alors pour au moins un septième dans la population de ces territoires, et, après les embarras qu'on s'était attirés au Manitoba par l'inique spoliation de 1890, on sentait en haut lieu la nécessité d'en prévenir la répétition en rendant justice à ceux qui se trouvaient dans les limites des provinces qu'on voulait créer.

Les autorités fédérales avaient en 1875 garanti la liberté d'enseignement confessionnel à la minorité des Territoires du Nord-Ouest. Deux ans plus tard, le même Parlement avait accordé à la langue française le rang de langue officielle à l'égal de l'anglais dans toute la contrée. Emanant de l'autorité supérieure, ces deux mesures ne pouvaient évidemment être changées ou révoquées par un pouvoir qui lui était subordonné. Pourtant le français fut à peu près relégué à l'arrière-plan par les ordonnances territoriales de 1891, 1892 et 1901, dont chacune restreignait de plus en plus les droits scolaires des ca-

tholiques, et qui, pour cette raison, devaient être considérées comme nulles et non avenues. Voulant remettre les choses à point et satisfaire aux justes aspirations de ses coreligionnaires, Sir Wilfrid Laurier inséra donc la clause suivante dans son projet de loi:

« a) La majorité des contribuables de tout district ou partie de la dite province ou de toute moindre partie ou subdivision d'icelle, quelles que soient ses croyances religieuses, pourra y établir les écoles qu'elle jugera à propos et y faire la répartition et la perception des taxes nécessaires; b) la minorité des contribuables, qu'elle soit protestante ou catholique romaine, pourra y établir des écoles séparées et y faire la répartition et la perception des taxes nécessaires; et c) dans un tel cas, les contribuables établissant des écoles séparées, protestantes ou catholiques, n'auront à leur charge que les taxes qu'ils se seront imposées à cet égard.

« Dans l 'allocation des deniers publics pour la législature, il ne sera fait aucune distinction entre les écoles publiques et les écoles séparées. »

Cette clause, devenue fameuse sous le nom de Clause XVI, satisfit pleinement les catholiques, mais offensa gravement les fanatiques qui, sous prétexte d'uniformité, voulaient à tout prix imposer leurs vues à la minorité, afin de pouvoir mouler les générations à venir conformément à leur propre mentalité, c'est-à-dire en faire des protestants ou des

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agnostiques. Parmi ces fanatiques un nommé Clifford Sifton, que M. Laurier avait eu le tort d'admettre dans son cabinet en qualité de ministre de l'intérieur, s'était toujours fait remarquer par l'étroitesse de ses vues, l'acerbité de ses invectives et l'intransigeance de ses réclamations en matière d'éducation. Pour protester contre la Clause XVT, il démissionna bruyamment le 27 février 1905.

Puis commença dans l'Ontario et certaines autres provinces de l'Est une agitation plus ou moins factice, dont l'un des résultats fut la présentation par l'Hon. Eobert-L. Borden, le chef de l'opposition conservatrice, d'un amendement au projet Laurier que même les journaux catholiques de son parti déclarèrent inacceptable. Devant cette opposition, Sir Wilfrid capitula. Il remania son bill et offrit de la Clause XVI une nouvelle rédaction qui fut jugée d'autant plus sévèrement qu'elle en remplaçait une qui donnait pleine et entière satisfaction à la partie intéressée, c'est-à-dire aux catholiques.

D'un autre côté, M. Frederick Monk ayant proposé, au mois de juillet, de rendre l'usage de la langue française facultatif dans les Chambres et les tribunaux des nouvelles provinces, sa proposition fut immédiatement rejetée et, sous l'empire de l'esprit de parti, même beaucoup de députés français de la province de Québec votèrent contre elle. Un M. Bergeron présenta alors un amendement qui donnait à l'Ouest des écoles séparées nettement autonomes: il se heurta aux mêmes préjugés et à un

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manque de patriotisme identique. Deux libéraux, MM. Bourassa et Lavergne, se firent seuls remarquer par leur désir de rendre justice à leurs nationaux et coreligionnaires des nouvelles provinces.

« Nos droits sont sacrifiés ; nous sommes frappés d'ostracisme; la spoliation de 1892 va devenir définitive», s'écriait alors douloureusement M^ Langevin, la sentinelle vigilante qui, des bords de la Eouge, veillait sur les intérêts spirituels de tous les catholiques de l'Ouest — ceux de la partie méridionale de la future province de la Saskatchewan étaient sous sa juridiction immédiate. Le zélé prélat basait son cri de détresse sur le fait que la nouvelle rédaction du projet de loi enlevait aux catholiques le droit de diriger leurs écoles à leur guise, de choisir leurs livres d'histoire et autres, de nommer leurs propres inspecteurs et d'avoir des écoles normales pour former leurs instituteurs.

D'un autre côté, il faut reconnaître que la Constitution des nouvelles provinces telle qu'alors proposée offrait à la minorité des avantages qui, dans le premier moment de surprise causée par la reculade de Sir Wilfrid, échappèrent à l'attention de beaucoup de ses critiques. La véritable situation faite aux catholiques par le second projet de loi était celle-ci :

Il devait y avoir dans les deux provinces des écoles publiques et des écoles séparées. Les premières seraient établies par la majorité des contribuables d'une localité, et les secondes pourraient

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être érigées par la minorité du même endroit. L'enseignement devait être identique dans les unes et dans les autres, et chacune d'elles devait être entretenue par des taxes prélevées sur la partie de la population qui devait en bénéficier, auxquelles s'ajouteraient des octrois gouvernementaux basés sur la quantité et la qualité de l'instruction donnée. Sur la demande écrite de trois contribuables de la région, un district d'écoles séparées pourrait être érigé, et ce district serait gouverné par des commissaires élus par la population intéressée, qui auraient le droit de nommer les instituteurs — lesquels devraient toujours avoir un diplôme accordé dans la province où ils auraient à enseigner. Aucune instruction religieuse ne devait être permise en dehors de la dernière demi-heure de la classe du soir, et l'enseignement devait se donner en anglais, à l'exception d'un cours primaire qui pourrait être en français là où la demande en serait faite.

Adoptée le 29 juin 1905, cette législation ne vint en vigueur que le 1er septembre suivant, époque de la naissance réelle des provinces sœurs de la Saskatchewan et de l'Alberta. Un catholique bien connu de nos lecteurs, M. A.-E. Forget, qui se trouvait déjà à la tête des Territoires du Nord-Ouest depuis 1898, fut nommé premier lieutenant-gouverneur de la Saskatchewan, pendant qu'un protestant anglais était préposé à l'Alberta.

L'érection de ces provinces fut saluée comme un acte de justice, et la Constitution qu'on leur avait

donnée reçut aussi l'approbation universelle, excepté en ce qui était de ses clauses scolaires, qui servirent de thème à des discussions et récriminations sans fin entre libéraux et conservateurs. Ceux-ci les critiquaient, avec Haultain et compères, maintenant dans l'opposition en Saskatchewan, parce qu'elles «n'accordaient aux gouvernements provinciaux qu'un pouvoir restreint sur l'éducation», qu'ils auraient évidemment voulu avoir la liberté de charger d'encore plus d'entraves; les libéraux, à peu d'exceptions près, les trouvaient parfaites, parce qu'elles avaient été proposées et adoptées par leur parti, tandis que les catholiques sans attaches politiques regardaient comme insuffisantes les concessions qu'elles renfermaient.

Pendant ce temps, loin du tumulte des factions politiques, un certain nombre de femmes qui ne voulaient que leur sanctification personnelle et le bien de la jeunesse se préparaient, dans le silence et la retraite, à profiter du degré de liberté que laissaient aux catholiques la nouvelle législation fédérale et la tolérance des autorités provinciales du Manitoba, pour se consacrer à l'éducation chrétienne de l'enfance dans les paroisses et les missions du pays. Le nombre des religieuses était certes assez grand dans l'Ouest; pourtant celles qui pouvaient se livrer à l'enseignement dans les conditions que le pouvoir civil y avait faites étaient peu nombreuses. Sans compter celles dont la vocation était uniquement le soin des malades, des orphelins, ou des personnes de leur

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sexe dont l'état moral était en danger, la plupart des religieuses enseignantes qui venaient de France ne connaissaient point l'anglais, et bien rares étaient parmi les autres celles qui possédaient le diplôme exigé par la loi. Aux demandes réitérées de Msr Langevin, les supérieures dans l'Est répondaient presque uniformément: Nous n'avons pas de sujets.

Voyant que la cause de l'éducation chrétienne à laquelle il s'intéressait tant péricliterait aussi longtemps qu'il n'aurait pas sous la main des religieuses diplômées et familières avec les deux langues, l'entreprenant archevêque résolut de tourner la difficulté en en formant lui-même qui pussent remplir cette double condition.

Il avait déjà fait bâtir en 1902 sur la rue Aulneau, à Saint-Boniface, une maison avec chapelle, où avaient séjourné quatre dames qu'on reconnut ne point avoir la vocation pour l'œuvre projetée. D'autres, comme les demoiselles Ida Lafricain, de Montréal, et Aima Laurendeau, de Saint-Boniface, s 'étant présentées, M61" Langevin crut pouvoir leur faire commencer un noviciat qui devait les mener aux premiers vœux de religion.

L'érection canonique du noviciat eut lieu le 4 mars 1904. Après 14 mois d'épreuves subies sans l'aide d'une personne expérimentée dans ce genre de vie, les novices reçurent une maîtresse formée de vieille date à la vie religieuse dans la personne de la sœur Agnès-Emilie, religieuse française appartenant aux Filles de la Croix (Saint- André), et le 9

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septembre 1905 les deux novices susmentionnées devenaient par des vœux temporaires les sœurs Marie Saint- Viateur et Marie-Joseph du Sacré-Cœur respectivement. Leurs quatre autres compagnes des premiers jours étaient retournées dans le monde — l'une d'elles devait pourtant revenir se joindre aux deux qui avaient persévéré malgré toutes les difficultés, dont le doute et même la désapprobation de personnes bien intentionnées n'étaient pas la moindre.

Ainsi fut fondé, dans l'épreuve et la contradiction, l 'institut des sœurs Oblates du Sacré-Cœur et de Marie Immaculée, la première, et jusqu'ici la seule, famille religieuse qui ait vu le jour dans le jeune pays qu'est l'Ouest canadien. Avec la bénédiction de Dieu, cette faible plante s'est fortifiée d'une manière remarquable pendant les quelques années de son existence. Aujourd'hui la nouvelle congrégation, qui a pour but spécial l'enseignement dans les paroisses et les missions, compte déjà 6 religieuses à vœux perpétuels, 32 à vœux temporaires, 24 novices et 5 postulantes, sans compter un certain nombre de junioristines, élèves qui se préparent à y entrer une fois qu'elles seront arrivées au terme de leurs études. Ce petit personnel se répartit entre six maisons, ou résidences, dans des paroisses régulières et des missions indiennes.

Les premières de ces religieuses n'avaient pas encore prononcé leurs vœux temporaires que, de

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leur côté, les Oblats de Marie Immaculée faisaient tout à côté une fondation dont eux aussi attendaient le plus grand bien. A cause de sa proximité de la grande ville de Winnipeg, l'école indienne de Saint- Boniface ne répondait plus au but pour lequel elle avait été établie. Aussi fut-il résolu de la fermer pour en instruire ailleurs les élèves, aussitôt que certains arrangements que le P. Ed. Gendreau négociait avec le gouvernement d'Ottawa auraient été conclus. En vertu de ces arrangements, la propriété des bâtiments, ainsi que du terrain de cette institution passa entre les mains de la congrégation des Oblats, qui s'engageaient en retour à établir pour les enfants indiens trois écoles-pensionnats au prix d'environ $12,000 chacune; à savoir, une à Sandy Bay, sur le lac Manitoba, une autre au fort Alexandre, sur le lac Winnipeg, et une troisième au fort Francis, sur la rivière la Pluie, dans l'Ontario.

En conséquence, au printemps de 1905, l'école industrielle de Saint-Boniface, alors sous la direction du P. A.-N. Euelle, fut fermée, et l'on prépara les voies à l'établissement dans le même local d'un juniorat, dont les premiers élèves se réunirent en septembre de la même année, pendant que se construisaient aux places susmentionnées les bâtiments des écoles indiennes que les Oblats s 'étaient engagés à établir. Le P. Adélard Chaumont, prêtre sérieux qui avait travaillé de longues années dans le nord du diocèse, fut le premier directeur du juniorat, tâche

dans laquelle il fut aidé par le F. scolastique Arthur- J. Labonté qui, ordonné prêtre l'année suivante, devait se faire si avantageusement connaître des paroissiens de Sainte-Marie, à Winnipeg.

Trois ans plus tard, le P. Chaumont cédait sa place au P. Zacharie Laçasse, qui égayait depuis quelque temps les bords de la Seine, en compagnie du P. Gladu, revenu dans l'Ouest le 7 mai 1904. Retournant à ses premières amours, ce dernier, qui avait dans sa jeunesse connu la carrière du journalisme, venait de fonder, au cours du mois d'août 1905, une petite revue de famille, L'Ami du Foyer, qui n'a guère vu depuis que des jours prospères, et dont les revenus sont destinés à l'œuvre du juniorat.

D'autres événements d'intérêt moins général que nous devons mettre au crédit de cette année si importante dans les annales de l'Ouest canadien sont la mort de Mgr Ritchot, arrivée le 16 mars 1905; la nomination à la cure laissée vacante par le vénérable prélat de M. Gabriel Cloutier, qui s'était déjà fait remarquer à l'archevêché par ses talents d'administrateur; l'élévation, également par suite de ce décès, du vicaire général M. Azarie Dugas à la dignité de protonotaire apostolique; le choix du P. Henri Grandin pour remplacer Mgr Légal dans la charge de vicaire des missions oblates de l'Alberta, que les développements pris par son diocèse empêchaient dès lors ce prélat de remplir avec tout le soin qu'il eût voulu y consacrer, et l'établissement à

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Winnipeg de la paroisse française du Sacré-Cœur, dont l'église fut bénite le 10 septembre sous l'administration de son premier curé, le P. Xiste Portelance, 0. M. I.

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