‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 38 sur 86 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le détroit de Nootka, à l'extrémité sud-ouest de de l'île Vancouver, fut le berceau de l'Eglise catholique sur la côte septentrionale du Pacifique et en Colombie Britannique. Les Espagnols furent les premiers représentants de la race blanche sur ces lointaines plages. Comme il convenait à de fidèles sujets de Sa Majesté Catholique, leur premier acte en abordant à une place était un acte de religion. « Nous avons nommé ce poste De Los Remedios », écrit un ancien chroniqueur à propos d'un point qu'ils atteignirent et qui se trouvait un peu au nord du 57e degré de latitude. « Le même jour, nous étant préparés à nous défendre contre les Indiens, cinq d'entre nous ont mis pied à terre vers midi, alors que, nous étant postés à l'endroit que nous avons cru le plus sûr, nous avons planté la croix avec toute la dévotion qui convenait et en avons gravé une autre sur un rocher, tout en arborant l'étendard

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espagnol en conformité avec les instructions que nous avons reçues à ce sujet \ »

La même cérémonie fut répétée à une baie située près du 56e degré de latitude, que les Espagnols appelèrent Buccarelli. Ils avaient avec eux un prêtre qui leur dit la messe en d 'autres endroits de la Côte, mais qui n'est point mentionné comme s 'étant acquitté de ce ministère en aucun point du territoire qui appartient aujourd'hui au Canada.

La prise de possession à Los Remedios eut lieu le 18 août 1775.

Trois ans plus tard, le fameux capitaine Cook visita l'extrémité sud-ouest de l'île Vancouver, que les Espagnols avaient reconnue en 1774. L'un des résultats de ces explorations fut la divulgation des richesses de ce pays en fourrures et en poisson. En conséquence, le vice-roi espagnol, Don Flores, résolut d'occuper le détroit de Nootka, afin de prévenir une mesure identique de la part des Anglais. On y

1. Journal of a Voyage in 1775 to explore the Coasts of America, northward of California, par Don François- Antoine Maurelle; p. 504 des Miscellanies de l'Hon. Daines Barrington; Londres, 1781. Les Indiens durent attacher à ce symbole une valeur extraordinaire; car le navigateur ajoute que, presque immédiatement après, " ils l'emportèrent et le fixèrent à la façade de leur maison ", démarche que son annotateur anglais interprète à tort comme un signe de mécontentement de la part des naturels, qui voulaient par là protester contre l'appropriation de leurs terres que signifiait cette croix. Ces Indiens ont leurs " totems ", ou emblèmes héraldiques, sculptés au pignon de leurs loges, et le fait qu'ils mirent celui des Espagnols à cette place d'honneur marque plutôt le respect qu'ils professaient pour l'œuvre de leurs mains. Inutile de remarquer que des sauvages qui n'avaient jamais vu de blancs et n'en pouvaient par conséquent connaître les coutumes ne devaient point s'offusquer d'un acte dont ils ne pouvaient comprendre la véritable signification.

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commença donc, en mai 1789, un établissement ayant à sa tête un gouverneur nommé Martinez.

La vieille carte qui indique les différents bâtiments de cette colonie qui devait être de si courte durée ne marque ni église ni chapelle ; mais d 'autres sources nous empêchent de douter qu'il y ait eu là un édifice de ce genre, lequel s'élevait au centre du village. Sa place est aujourd'hui connue des Indiens, qui parlent encore de deux pères franciscains que leurs ancêtres avaient vus avec les autres étrangers.

Nous savons que le P. Magin Catala se trouvait là en 1793-94, et qu'il fut remplacé par un P. G-omez, qui resta probablement avec les colons jusqu'à ce que ceux-ci dussent céder leur place aux Anglais. La présence de ces missionnaires ne fut pas sans résultats appréciables, même sur la population indigène En effet, lorsque les Espagnols durent quitter Nootka, une vingtaine d'Indiens les accompagnèrent jusqu'à San Carlos, en Californie, où ils furent baptisés et se fixèrent définitivement.

Ces faits, qui ont été jusqu'ici fort peu connus, sont confirmés par les traditions même des sauvages d'autres tribus qui ont leur habitat sur la même côte. Le premier évêque de l'île Vancouver a écrit quelque part que, en 1850, un matelot français qui avait déserté son navire fut racheté des Youkltas, qui le tenaient en esclavage. Cet individu affirmait ensuite qu'une vieille femme de cette tribu lui avait parlé d'hommes vêtus d'habits de sombre couleur qui se rasaient la tête à l'exception d'une couronne de che-

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veux et avaient, longtemps auparavant, enseigné à ses gens à prier et à chanter. Comme dernier vestige de leurs leçons, elle produisait, entre autres, le mot alléluia, qu'elle prononçait très distinctement2.

De plus, les premiers missionnaires canadiens dans la vallée de la Basse-Colombie trouvèrent entre les mains des Indiens tchinouks, tribu qui de temps immémorial avait commercé avec les naturels de Nootka, de « très anciens crucifix », qu'ils assuraient devoir aux nautoniers espagnols 3.

Enfin, lorsqu'une mission fut plus tard établie sur la côte occidentale de l'île Vancouver, son fondateur vint en contact avec des Indiens chez qui la tradition avait perpétué le souvenir d'un établissement religieux au milieu d'eux. « Du temps des Espagnols », lui déclarait-on, « il y avait deux prêtres, de gros hommes qui étaient l'un et l'autre chauves. Mon grand-oncle qui me l'a dit », ajoutait son interlocuteur, « avait coutume de venir à Friendly Cove. Les blancs observaient le dimanche. Il y avait une église. Ces gens s'agenouillaient et se signaient, et, au retour du solstice d'hiver, ils avaient une grande fête, avec deux bébés — n'est-ce point là ce que vous appelez Noël? Oh! oui, il y avait des prêtres ici, et

2. Rapport sur les Missions du diocèse de Québec; mars 1855, pp. 112-13.

3. Ibid., juillet 1847. Ces Espagnols paraissent avoir été très pieux. Avant de s'aventurer définitivement dans le nord, " chacun d'eux promit de contribuer sa part pour faire chanter une messe solennelle à N.-D. de Bethléem, la suppliant de nous aider à atteindre la latitude spécifiée dans nos instructions" (Journal of a Voyage in 1775, p. 501).

Mgr DEMEKS

chaque homme ou femme devait se baigner le samedi et se préparer pour le dimanche. Ils chantaient aussi des cantiques. Je les sais encore 4. »

Là-dessus, le vieillard se mit à rendre le mieux qu'il put un chant où l'on pouvait reconnaître les mots Mi Dios (mon Dieu). La tonsure monastique donna aux naïfs Indiens l'idée que les prêtres étaient chauves, et les amples manteaux des Franciscains les faisaient paraître bien plus corpulents qu'ils n'étaient en réalité.

Mais cette semence des premiers jours n'était point destinée à avoir des résultats pratiques sur les aborigènes de la côte du Pacifique. Elle avait à peine eu le temps de germer et de lever qu'elle fut étouffée par l'ivraie apportée par les navires des Anglais, qui dépossédèrent les Espagnols de leur établissement à Nootka (25 mars 1795) et firent litière de leurs droits aux autres points du littoral. Ce n'en est pas moins une consolation de pouvoir affirmer que les missionnaires catholiques furent les premiers représentants d'un culte chrétien sur la côte de l'île Vancouver.

Il en était ainsi de la partie continentale de ce qui est aujourd'hui la Colombie Britannique. Les premières colonies de blancs dans cet immense pays furent fondées dans le nord, à l'extrémité septentrionale d'une vaste région qui porta longtemps le

4. Vancouver Island and its Missions; Réminiscences of Bev. A. J.

Bradant, p. 2.

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nom de Nouvelle-Calédonie 5. Dès 1793, six catholiques de race française sous le célèbre Alexandre Mackenzie, de la compagnie du Nord-Ouest, découvrirent ce pays dans un voyage qui les mena des montagnes Rocheuses au Pacifique. En 1805-07 furent établis les forts McLeod, Stuart ou Saint- James, Fraser et Georges, sous la direction et avec la coopération active de Simon Fraser. Au cours de l'année suivante (1808), le même traiteur explora jusqu'à son embouchure dans la mer le fleuve important qui porte aujourd'hui son nom.

Simon Fraser était un catholique, « doué de beaucoup de conscience, et animé en général d'honnêtes intentions », ainsi que l'avoue 6 Hubert-H. Bancroft, historien anglais qui est loin d'avoir un faible pour l'Eglise catholique. Catholiques aussi étaient les Canadiens-français qui devinrent les premiers habitants non-indiens du pays, et Jules-Maurice Quesnel, l'un des lieutenants de Fraser dans sa périlleuse exploration du cours d'eau torrentiel auquel il a donné son nom.

Fraser était né à Bennington, province du Ver-

5. Pour des intéressants détails sur ces différentes fondations et les émouvantes aventures qui accompagnèrent l'arrivée et l'établissement des blancs chez les sauvages du nord, le lecteur familier avec l'anglais pourra consulter notre History of the Northern Interior of British Columbia; Toronto, 1904.

6. History of the Northwest Coast, vol. II, p. 89. Bancroft, qui prétend que Fraser était querelleur par nature, dit que, selon Eoss Cox, il périt à Paris, au cours d'une dispute qu'il eut avec un M. Warren, en 1829; ce en quoi Bancroft se trompe grandement, puisque Cox parle d'une toute autre personne, un nommé Alexandre Fraser (Cf. Adventures on the Columbia River, vol. II, p. 237). Simon Fraser ne mourut que le 19 avril 1862, à l'âge de 86 ans.

mont, vers l'année 1776, d'un Ecossais qui était capitaine dans l'armée de Burgoyne. Après la mort de son père, sa mère vint avec sa famille s'établir aux Trois-Rivières, plutôt que de vivre sous la domination de ceux que son mari avait combattus. Simon n'avait que seize ans lorsqu'il entra dans la compagnie du Nord-Ouest, mais son avancement y fut rapide. Il occupa différents postes de confiance et rendit de grands services à sa corporation; mais tous ses exploits pâlissent devant sa terrible exploration du Fraser, ce torrent qui « jure horriblement », comme l'a écrit un auteur, et qui menaçait constamment d'engloutir le voyageur aventureux.

Quant à J.-M. Quesnel, il était le frère de l'Hon. Frédéric-Auguste Quesnel, qui brilla longtemps au barreau et à la législature du Bas-Canada. En 1804, Jules était commis au fort des Prairies, ou Edmonton, d'où il franchit les montagnes pour se rendre dans l 'Extrême-Ouest en 1807. Un tributaire important du Fraser, ainsi qu'une petite ville à son embouchure, lui doivent leur nom.

Plus tard, la plupart des employés des traiteurs de fourrures qui, jusqu'en 1850 ou à peu près, gouvernèrent le pays, de leur capitale sur le lac Stuart, étaient des Canadiens-français, partant des catholiques.

En 1834 et 1846, une personne qui contribua puissamment à préparer les voies à l'évangélisation de cette contrée fut la femme indienne de Peter- Skene Ogden, bourgeois de la compagnie de la baie

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d'Hudson fameux dans les annales du Pacifique. Elle avait été baptisée dans ses plaines natales, et ne se lassait point de communiquer ses connaissances religieuses aux aborigènes qui fréquentaient le fort Saint- James, sur le lac Stuart; en sorte que les tribus indiennes, qui étaient alors aussi populeuses que nombreuses, entendirent bientôt parler de Dieu et de ses ministres, les Robes-Noires, par son intermédiaire et celui des blancs qui, dans la majorité des cas, prenaient femme parmi elles.

Les fruits de ces unions furent une génération de métis qui devinrent nombreux surtout dans la vallée de la Wallamette, tributaire de la Colombie, où plusieurs blancs qui avaient été « voyageurs » au compte de la compagnie de fourrures du Pacifique, fondée par John- Jacob Astor, s 'étaient réunis pour cultiver le sol. Ils formèrent bientôt une colonie importante qui, ajoutée à celle du fort Vancouver, le principal poste des traiteurs sur le Pacifique, avait le plus grand besoin de l'influence de la religion lorsque, le 24 novembre 1838, deux prêtres arrivèrent de Québec à cette dernière place.

C'étaient MM. Norbert-François Blanchet et Modeste Demers, dont nous avons déjà enregistré le passage à Saint-Boniface. Tandis que le premier devait concentrer son activité sur le territoire américain, le second allait devenir l'apôtre de la Colombie Britannique. Sa mémoire est jusqu'à ce jour vénérée par une foule de tribus indigènes qui se sou-

viennent de lui comme du prêtre qui porta le premier la bonne nouvelle à leurs ancêtres.

Né le 12 octobre 1809, à Saint-Nicolas, Bas- Canada, Modeste Demers fut ordonné prêtre le 7 février 1836, après quoi il servit quatorze mois comme vicaire à la paroisse de Trois-Pistoles. Le 27 avril 1837, il s 'embarqua à Lachine pour le Pacifique par la voie de terre, et, en compagnie de M. Blanchet, son supérieur, il atteignit le 10 octobre suivant la limite orientale de ce qui est aujourd'hui la Colombie Britannique. Quatre jours plus tard, il offrait le saint sacrifice à Big Bend, sur la Colombie supérieure. C'était la première fois que ce suprême acte de religion était accompli sur la partie continentale de cette province.

Les deux missionnaires établirent leurs quartiers généraux sur le cours inférieur de la Colombie, au fort Vancouver, où ils restèrent jusqu'au mois d'octobre 1839. Ils reçurent alors des traiteurs l'autorisation de se bâtir une station permanente près du fort Wallamette. Mais, brûlant de zèle pour la conversion des humbles de ce monde, M. Demers se retrouva bientôt au nord de la présente ligne internationale.

Sur le Bas-Fraser, et le territoire adjacent, se trouvaient des villages populeux de sauvages appartenant à la grande famille séliche. Le jeune apôtre résolut de leur porter la parole de Dieu, sans faire cas des avertissements charitables de ceux parmi lesquels il avait jusqu'alors travaillé. On

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basait ces avertissements sur l'état d'hostilité continuelle dans lequel vivaient les différentes tribus et, pis encore, sur des rumeurs persistantes qui voulaient que les terribles Youkltas du nord se préparassent à faire incessamment l'une de leurs irruptions périodiques sur leurs ennemis traditionnels de la vallée du Bas-Fraser. Les Youkltas étaient une tribu puissante, la terreur des Indiens du sud, et vivaient ordinairement du fruit de leurs rapines et de leurs boucheries humaines 7.

Sans se laisser intimider par ces rapports, M. Demers se rendit au fort Langley, à quelque dis-

7. "Les limiers altérés de sang auxquels j'avais ainsi échappé étaient les Acoltas (sic pour Youkltas), tribu indienne qui a donné plus d'embarras au gouvernement de la colonie que n'importe laquelle de celles qui se trouvent le long de la côte. Les meurtres et les outrages qu'ils ont commis sur des blancs inoffensifs et leurs femmes sans défense sont innombrables ", écrivait longtemps après un auteur anglais (Francis Poole, Queen Charlotte Islands", p. 289; Londres, 1872).

" On peut les regarder comme les Ismaélites de la Côte ", ajoute un autre. " Leurs mains sont littéralement levées contre celles de n'importe qui, et celles de n'importe qui contre eux. Plusieurs batailles ont eu lieu à différentes reprises au cap Mudge ou dans les environs. Une fois, ils massacrèrent presque tout l'équipage d'un vaisseau de la compagnie de la baie d'Hudson qui avait mouillé là pour s'approvisionner d'eau; je crois qu'un garçon métis put seul leur échapper. Ils sont hardis aussi bien que sanguinaires et aucunement disposés à céder à un simple déploiement de force, comme le font généralement les Indiens. Il y a deux ans, un de leurs canots ayant capturé deux bateaux pleins de Chinois à quelque distance ds l'île Saltspring, la canonnière Forward fut envoyée après eux. Les habitants du village du cap Mudge, qui est pourvu de fortifications en règle, mirent au défi la canonnière et tirèrent dessus. Le Forward dut les bombarder, leur tirant boulets et obus, et mettre en pièces leurs canots avant qu'ils se rendissent et livrassent ce qu'ils avaient volé. . . Ils ont aussi la réputation, qui peut cependant n'être pas tout à fait méritée, d'être plus traîtres que les sauvages d'autres tribus " (E.-C. Mayne, Four Years in British Columoia and Vancouver Island, pp. 245-46; Londres, 1862).

tance de la mer, où il arriva vers la fin du mois d'août 1841. Là il se trouva avec un M. J. Yales, gentilhomme protestant qui le traita avec beaucoup d'égards, huit Canadiens-français, un Iroquois et plusieurs Canaques, qui vivaient tous avec des femmes indiennes. Il régularisa leur position aux yeux de l'Eglise, puis tourna son attention vers les Indiens proprement dits.

Il fut d'abord agréablement surpris de s'apercevoir que la plupart d'entre eux savaient déjà faire le signe de la croix et pouvaient chanter quelques simples cantiques. Ils devaient cette instruction préliminaire à leur commerce avec des tribus qu'il avait déjà évangélisées. Parmi la foule de trois mille aborigènes auxquels il prêcha alors la parole de Dieu, il remarqua un chef youklta, grand et sec, qui différait de tous les autres par l'ampleur de son front, ses longues tresses et son air général de distinction. Le potentat du nord confessa à l'humble ministre du Christ qu'il avait été mauvais, mais l'assura qu'il porterait fidèlement à son peuple le merveilleux message qu'il avait eu le privilège d'entendre. La voix publique assurait que sa confession spontanée n'était que l'expression de la pure vérité, puisque le chef étranger avait été dans l'habitude de décapiter ses prisonniers et d'en boire le sang.

Le 3 septembre 1841, Demers baptisa 99 enfants, et les jours suivants pas moins de 263. N'étant point encore familiers avec les idées chrétiennes concernant le pardon des injures, la plupart des Indiens

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vinrent d'abord aux instructions armés de pied en cap; mais le prêtre leur fit bientôt déposer à ses pieds leurs flèches et leurs fusils, et peu après il les amena même à les laisser chez eux. Des meurtres sans nombre, sans compter d'autres crimes, avaient auparavant été commis par la foule hétérogène qu'attirait maintenant la prédication de l'humble prêtre canadien, et dans maints cœurs brûlait le désir d'une prompte vengeance. Il est pourtant digne de remarque que pas la moindre altercation n'eut lieu tant que le représentant du Prince de la paix resta parmi eux.

Il n'eut à déplorer qu'un seul acte de barbarie, qui paraissait aux Indiens la chose la plus naturelle du monde. Il fournit au missionnaire une bonne occasion de leur donner une leçon de morale chrétienne et de leur expliquer la dignité de tout homme devant Dieu. De concert avec toutes les nations belliqueuses, les Indiens de la Côte avaient des esclaves nombreux, sur lesquels ils croyaient avoir droit de vie et de mort. Un jour, un membre du troupeau de M. Demers enfonça profondément sa dague dans le corps d'un esclave qui lui avait déplu. Le prêtre le blâma vertement de son acte d'inhumanité, puis le laissa à ses pensées. Comme résultat de cette réprimande, le fier Peau-Rouge, pleurant de honte, confessa publiquement son crime, en demanda pardon aux pieds du missionnaire et promit de n'y plus retomber.

Le 7 septembre, pas moins de 758 enfants avaient

été régénérés dans les eaux du baptême lorsque Deniers retourna à ses foyers sur les bords de la Wallamette, après une absence de quarante-quatre jours, dont il n'avait passé qu'une partie dans les environs du fort Langley.

Pendant ce temps, le P. de Smet, S. J., annonçait l'Evangile aux Koutenays et aux Okanagans, Indiens dont les terres de chasse s'étendaient immédiatement à l'ouest des montagnes Rocheuses. Dès 1840, nous le trouvons parmi les premiers ; bien que ces aborigènes vécussent au sud aussi bien qu'au nord de la frontière internationale, on peut dire qu 'il pénétra alors dans les possessions britanniques. En mai 1842, ce célèbre missionnaire se rendit de Colville au fort Vancouver, pour conférer avec les deux prêtres canadiens sur les meilleurs moyens d'étendre le règne de Dieu dans ce lointain pays.

A quelque sept ou huit cents milles au nord du fleuve Colombie, par delà des forêts sans fin de sombres conifères et des montagnes couvertes de neiges perpétuelles, se trouvaient les villages primitifs, ou les groupes de tentes, de représentants de la grande famille dénée, avec laquelle nous sommes maintenant si familiers. Quatre tribus, les Tchilkotines, les Porteurs, les Babines et les Sékanais avaient entendu parler de « l'homme de Dieu» et de son merveilleux message, et demandaient à grands cris la faveur de sa visite.

D'un autre côté, les blancs qui s'étaient établis chez eux — c'est-à-dire les traiteurs et leurs servi-

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teurs — ne désiraient pas moins faire sa connaissance. Dans ce but, et afin de venir en aide à la mission qui commençait dans l'Orégon, ainsi qu'on appelait alors la vallée de la Colombie, le surintendant des postes du nord, M. Peter-Skene Ogden, adressa le 15 novembre 1841 la circulaire suivante au personnel sous sa juridiction:

« MM. Blancliet et Demers, les missionnaires catholiques sur la Colombie, me prièrent, avant mon départ de Vancouver l'été dernier, de demander aux engagés de l 'intérieur de ce district de contribuer au soutien de leur mission, et je dois vous demander de prendre les mesures nécessaires à cette fin. »

Nous ne croyons point inutile de donner ici le résultat de l'appel d 'Ogden aux blancs et aux métis de la Nouvelle-Calédonie. Voici les noms des contributeurs dont le montant des offrandes nous est

connu 8

William McBean 3 0 0

Louis Gagnon 2 0 0

Jean-Baptiste Bouclier (c) . 2 0 0

Jean-Baptiste Boucher (d). 1 0 0

P. Gun 1 0 0

W.-F. Lane 2 0 0

Pierre Letendre 2 0 0

8. Quatre autres personnes n'eurent vraisemblablement point le

temps de verser leurs cotisations avant que la feuille qui contenait

celles énumérées ci-dessus ait été envoyée aux quartiers généraux d'Ogden au lac Stuart.

£ S. cl.

William Morwick 1 0 0

P.-S. Ogden 2 0 0

William Thew 1 10 0

Jos. Brunette 0 10 0

Jean Couturier 1 0 0

Paul Fraser 2 0 0

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