La Ferté
J. Tubault (Thibault?).... 10 0
Pierre Roy 1 0 0
Dans le but de montrer d'une manière tangible la reconnaissance des missionnaires pour leurs lointains bienfaiteurs, et en même temps pour étendre encore le règne de l'Evangile parmi les Indiens, il fut décidé que M. Demers se joindrait à la brigade de chevaux et de bateaux qui menait chaque année l'approvisionnement des postes de la Nouvelle-Calédonie. En conséquence, ce prêtre partit le 29 juin 1842 en compagnie de M. Ogden et d'un certain nombre d'engagés canadiens-français. Il nous a laissé de ce voyage un récit dont nous reproduisons une partie.
« Ces sortes de caravanes », écrit-il, « se composent d'une troupe nombreuse d'hommes et de chevaux chargés à dos de bagage et de marchandises destinées aux différents postes du nord. Tout cet attirail d'hommes, de chevaux et de bagage rend
9. History of the Northern Interior of British Columbia, pp. 227-28 de la troisième édition.
220 l'église dans l'ouest canadien
naturellement la marche longue et ennuyeuse. Les préparatifs de chaque matin ne finissent qu'à neuf ou dix heures. Il faut aller à la recherche des chevaux envoyés à l'aventure pendant la nuit, et dispersés dans toutes les directions. Après de longues attentes, on se trouve enfin au complet, et le hennissement des chevaux, les cris des engagés, les jurons arrachés par l'impatience, les contestations, les cris des chefs forment un brouhaha dont les oreilles scrupuleuses ne sont pas toujours flattées. Enfin, après avoir pris sur l 'herbe un repas de saumon sec, on charge les chevaux et à dix heures l'on est en route.
« La marche est extrêmement lente et remplie d'incidents plus ou moins désagréables. C'est une atmosphère enflammée, un soleil qui écrase, une poussière qui suffoque, une côte à gravir, un ravin à franchir. Les premiers jours surtout, l'on éprouve un malaise général et de nombreuses incommodités par la position gênante où l'on est, sur un cheval ayant en croupe sa chapelle, son lit, son ménage et même sa cuisine. Heureux encore si un vent malencontreux ne nous force pas à respirer une poussière épaisse qui ne laisse pas voir à deux perches devant soi. Un bruit sourd de conversation se fait entendre avec une monotonie qui n'est interrompue qu'au passage d'un ruisseau ou d'une rivière. Alors on se rapproche, les chevaux hésitent, on crie, on se fâche, on se pousse, on se culbute, et il s'ensuit souvent des naufrages qui excitent l'hilarité générale
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et raniment les conversations pour le reste du jour.
«On n'arrête que pour camper, c'est-à-dire, en langage du pays, l'on ne fait qu'une attelée, et la journée se termine à trois ou quatre heures. Alors on fait les dispositions du camp; on décharge les chevaux que l'on envoie paître à l'aventure; on range le bagage en ordre; on s'associe par bandes pour passer la nuit; on prend son repas de saumon sec, et le soleil a disparu à l'horizon 10. »
Une marche de cinq jours conduisit le parti aux Fourches des Okanagans, où M. Demers fut salué avec joie par les natifs qui, le printemps précédent, avaient reçu la visite du P. de Smet, S. J. Après avoir baptisé 28 enfants, il se rendit, à la suite de sa caravane, à Kamloops, où aucun prêtre n'avait encore pénétré. Reçu comme l'envoyé spécial de la Divinité, il n 'en dut pas moins s 'arracher à ses nouveaux enfants et, toujours en compagnie des traiteurs, il atteignit le 24 août le fort Alexandre, sur le Fraser. En chemin à partir de Kamloops, il n'avait pas régénéré moins de 85 enfants dans les eaux du baptême.
Le fort Alexandre était le terme du voyage par terre. Là, les chevaux furent remplacés par une flottille de bateaux qui devaient remonter le Fraser, la Nétchako et la Stuart. Il en trouva les habitants en proie à cette corruption qui ne suit que trop souvent le mélange des blancs avec les Peaux-Rouges.