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Ayant traversé les montagnes Rocheuses, le P. de Smet se rendit chez les Koutenays de la plaine au Tabac, qui occupaient alors trente loges (août 1845). La faim avait contraint un grand nombre de familles à traverser les montagnes Rocheuses à la recherche du bison.
Là encore nous nous trouvons face à face avec la tendance au prosélytisme qui était propre aux premiers Français d'Amérique. Un Canadien du nom d'Edouard Berland avait été pendant quelque temps au service de la compagnie de la baie d'Hudson lorsque le P. de Smet fit sa connaissance 6. Le missionnaire fut charmé de voir que les Indiens avaient tenu les bonnes résolutions qu'ils avaient prises à peu près cinq ans auparavant. Depuis sa dernière visite, ils avaient, dit-il, « suivi à la lettre tout ce qu'ils se rappelaient de [ses] recommandations»; et pourquoi? parce que « M. Berland avait employé son zèle à les maintenir, eux et leurs frères, dans les bonnes dispositions dans lesquelles [il avait] la consolation de les trouver. . . Ils avaient l'habitude de se réunir pour les prières du matin et du soir, continuaient la coutume de chanter des cantiques en français et en tête-plate, et observaient fidèlement le précepte dominical 7 ».
6. Pour une circonstance intéressante de la vie de Berland (ou Breland), parmi les traiteurs de l'Ouest, voir notre Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de l'Ouest, art. Berland.
7. Lettre datée du Gué supérieur de la Eivière aux Arcs-Plats (ou Koutenay), le 2 sept. 1845.
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De Smet fut le premier ministre d'un culte à pénétrer parmi les Koutenays du Canada. Il en profita pour baptiser 105 personnes, dont 20 adultes, parmi eux. Il fit suivre sa dernière mission de l'érection d'une croix destinée à rappeler au peuple les obligations qu'il avait contractées. Il quitta ces Indiens pour le pays des Pieds-Noirs le 30 août 1845.
Retournant à M. Demers, nous voyons qu'un événement qui devait avoir des conséquences de la plus haute importance allait bientôt s'accomplir en sa personne, événement qui, malgré sa modestie naturelle, allait le prendre dans les rangs du clergé inférieur pour l'élever sur un trône.
A cause de la distance des missions de l'Orégon de tout centre ecclésiastique, son supérieur, M. Blanchet, qui était venu au Pacifique avec le titre et les facultés de vicaire général, avait été promu à l'épiscopat et presque immédiatement après nommé archevêque, avec la ville naissante d'Orégon City comme siège. Plein de zèle pour l'avancement du catholicisme dans ces lointaines contrées, le nouveau prélat avait ensuite soumis à la Congrégation de la Propagande un mémoire géographique, historique et sociologique dans lequel il recommandait la division en huit diocèses de la région sise à l'ouest des montagnes Rocheuses, que d'aucuns appelaient vaguement l'Orégon. Ces diocèses proposés étaient les suivants: Orégon City, Nesqually, Walla-Walla, Fort-Hall, Colville, île de Vancouver, îles de la Reine Charlotte et la Nouvelle-Calédonie.
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C 'était là, à n 'en pas douter, un plan qui ne manquait pas d'ampleur. Il n'avait qu'un défaut: par suite du manque de clergé et de fidèles, il était prématuré d'un siècle. Le Saint-Siège se contenta donc de trois diocèses, à savoir: celui d'Orégon City, constitué en siège métropolitain, celui de Walla-Walla, confié au frère de Msr Blanchet, et celui de l'île Vancouver, comprenant la Nouvelle-Calédonie et les îles de la Reine Charlotte, que M. Demers dut accepter.
Malgré ses protestations 8, cet humble prêtre fut donc sacré à Orégon City par son métropolitain le 30 novembre 1847, et, bien que, par extraordinaire, il ne tirât point son titre épiscopal d'un nom de ville, il choisit pour résidence permanente ce qui était encore à peine le village de Victoria. Puis il passa au Canada, et, après avoir attendu quelque temps l'issue de la révolution française de 1848, il poussa jusqu'en Europe pour y chercher les moyens d'organiser un diocèse dans une région qui n'était encore qu'une forêt où régnait la plus authentique barbarie.
Ses diocésains, en effet, n'étaient autres que des Indiens démoralisés, avec une poignée de blancs de diverses nationalités qui, en des cas trop nombreux,
8. " Je ne sais de quelles larmes me servir pour exprimer mon malheur ", écrivait-il de Saint-Paul, Orégon, au vicaire général Cazeau le 22 sept. 1847. 0 me miserum! Que dois- je faire? Je ne voudrais pas accepter, et en même temps je ne me sens pas le courage de faire ce que je disais que je ferais dans ma dernière lettre. Je ne puis me faire à l'idée de quitter Mgr l'archevêque dans les circonstances critiques où il se trouve de différentes manières. "
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étaient l'écume de leur propre pays d'origine, tous groupés sur un seul point de l'Ile.
Il est permis de douter que jamais Eglise locale ait été fondée en des circonstances plus décourageantes. Lorsque Mgr Demers se rendit pour la première fois à Victoria, il n'avait pas même un prêtre à sa disposition. Quand il y retourna en 1851 après son voyage en Europe, il s'aperçut qu'il s'en trouvait un qui aurait bien fait de ne jamais quitter son pays natal. Dans son inexpérience, et faute d'avoir quelqu'un près de lui pour lui donner des conseils, ce prêtre avait baptisé plus de quatre mille Indiens et en avait marié autant qu'il s'en trouvait parmi eux qui avaient besoin de la bénédiction de l'Eglise sur leur union — et cela après seulement huit jours d'instruction et de probation! Le résultat de cette hâte lamentable était que les naturels se trouvaient maintenant dans un état infiniment plus triste qu'avant d'avoir vu un prêtre. Ils savaient qu'ils avaient reçu « l 'eau du bon Dieu », et n 'en demandaient pas davantage. Beaucoup avaient déjà repris les femmes qu'ils avaient dû rejeter pour recevoir le premier sacrement et étaient retournés à leurs anciennes superstitions.
Or, comme l'excellent prélat le disait dans une lettre en date du 26 octobre 1852, ces Indiens « sont si abrutis, si grossiers, si charnels ! Il faut en faire des hommes avant d'en faire des chrétiens9». Ce
9. Lettre de Mgr Demers à Mgr de Québec; Victoria, 26 oct. 1852.
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missionnaire mal avisé était resté neuf mois parmi les Cowitchins, mais les avait quittés avant que l'évêque revint prendre possession de son siège.
Cette prise de possession s'effectua le 5 septembre 1852.
Elle a, croyons-nous, peu d'équivalents dans l'histoire de l'épiscopat. «Que n'étiez-vous là», écrivait-il quelque temps après à l'un de ses amis de l'Est, « pour être témoin d'un spectacle qui aurait eu tant de nouveauté pour vous ! Vous auriez été émerveillé, et peut-être édifié, de voir l'évêque de Vancouver agenouillé sur un vieux tronc d'arbre que les vagues avaient roulé au rivage, prendre possession au nom du catholicisme de cette terre idolâtre que lui a confiée le successeur de Pierre 10. »
Signature de Mgr Deniers avant son sacre
Cette remarque du nouvel évêque se rapportait, il est vrai, à son arrivée à Victoria le dimanche 29 août précédent. Mais la cérémonie de la prise de possession de son siège ne put être beaucoup plus solennelle, puisqu'il ajoute dans la même lettre: Elle « ne put se faire dans ma cathédrale, et vous devinez pourquoi: le bois qui doit servir à sa construction, ainsi qu'à celle de mon palais épiscopal,