CHAPITRE III
Quant aux Oblats, ils veillaient à Esquimalt sur les intérêts spirituels des matelots irlandais, qui étaient assez nombreux sur les navires anglais qui mouillaient à ce port. Puis ils tournèrent leur attention vers les aborigènes de l'Ile. Le premier de leurs missionnaires à essayer de réformer ces tribus fut le P. Casimir Chirouse, l'un des cinq Oblats qui étaient venus en Orégon en 1847. Dans une visite préliminaire qu'il leur fit en 1859, il baptisa environ quatre cents enfants et porta plus de deux mille adultes à renoncer publiquement aux jeux de hasard, à la sorcellerie et aux meurtres dont ils avaient été coutumiers. Ses prédications eurent tant de succès et les Indiens étaient si sincères dans leurs promesses, qu'ils chargèrent son canot des dépouilles du jongleur, ainsi que des roulettes des jeux de hasard, des coutelas et des autres accessoires du vice.
Les efforts désastreux de la hâte et d'une indulgence extrême avaient été trop manifestes pendant les années précédentes, et les Oblats se refusèrent constamment à admettre dans le giron de l'Eglise
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quiconque n 'avait pas abandonné définitivement tout ce qui rappelait l'esclavage de Satan.
De son côté, bien qu'il n'eût alors que deux prêtres séculiers dans son diocèse, l'évêque de l'île Vancouver pensait souvent aux lointains sauvages du Continent (ou Mainland, comme on dit dans l'Extrême-Ouest, par opposition à l'Ile, mot par lequel est désignée l'île Vancouver). C'était aussi le cas du P. D'Herbomez, le supérieur des Oblats sur le Pacifique. Celui-ci envoya donc le P. Charles- Marie Pandosy, l'un des pionniers de l'Orégon, préparer les voies à un établissement de sa congrégation de l'autre côté des montagnes de Hope. Dans le même but, le P. Pierre Richard, accompagné du F. Surel, se rendit au fort Hope, sur le Fraser, au mois d'août 1859. Puis, s 'étant procuré à Kamloops, point de jonction des deux branches de la Thompson, des chevaux pour transporter ses provisions et son équipement, il traversa les montagnes et rejoignit le P. Pandosy. Ainsi fut fondée, sur le bord oriental du lac Okanagan, la mission de l'Immaculée Conception.
C'était le premier poste des Oblats sur la partie continentale (le Mainland) de la Colombie Britannique. Il y fut établi le 8 octobre 1859.
Pour prendre les places laissées vides sur l'île Vancouver par cette fondation, arrivèrent de France le 12 décembre de la même année deux prêtres oblats, les PP. Pierre-Paul Durieu et Léon Fouquet, qui devaient devenir probablement les deux meilleurs
missionnaires chez les sauvages du Pacifique. Le P. Fouquet fit ses premières armes en compagnie du P. Chirouse. Pour cela, les deux pères quittèrent Victoria le mercredi après Pâques 1860 pour une tournée apostolique parmi les indigènes de l'Ile qui devait durer plus de trois mois. Comme les Indiens qu'ils se proposaient de visiter étaient connus pour leur extrême barbarie, leur départ fit sensation parmi les blancs de la jeune capitale.
Mais de nouveaux champs d'action réclamaient les services d'autres ouvriers. Dans le coin sud-est de la province telle qu'elle existe aujourd'hui, les Jésuites de ce qui était alors le Territoire du Washington évangélisaient les Indiens koutenays, avec des résultats que la citation suivante fait deviner: «M. Brazeau m'assure que ces sauvages sont maintenant de réellement bons chrétiens; des partisans de la vérité, braves et moraux, et si honnêtes que s'ils trouvent la plus petite chose, comme un couteau de poche ou un morceau de tabac, ils la rapporteront au campement de celui qu'ils croient l'avoir perdue et en publieront la découverte jusqu'à ce qu'ils en aient trouvé le possesseur. »
Ce qui précède est emprunté à l'ouvrage de Lord Southesk, Saskatchewan and the Rocky Mountains \ Le noble auteur ajoute: « M. Brazeau considère qu'à l'ouest des montagnes les catholiques romains ont accompli une grande œuvre de réformation parmi les Indiens. »
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Le Mainland, ou la partie continentale de la Colombie Britannique, dont l'importance économique fut révélée par la découverte (1858) de riches gisements aurifères, venait d'être constituée en colonie distincte, avec New Westminster pour capitale. Le vicaire des missions oblates retira alors ses sujets du diocèse de Nesqually2, dont l'ordinaire3 voulait leur imposer des conditions incompatibles avec l'esprit de leur vocation. Puis le P. Fouquet fut envoyé établir dans la ville en formation près du delta du Fraser le poste qui, avec le temps, devait devenir l'importante maison de Saint-Charles (13 septembre 1860). L'église qu'il y construisit fut bénite le 14 juillet 1861 par M^ Demers et mise sous le vocable de saint Pierre.
Parmi les ouvriers évangéliques que l'abandon des missions de Nesqually rendait disponibles, étaient les PP. Jayol et Grandidier, celui-ci une nouvelle recrue venue directement de France, celuilà un Oblat qui avait fait son noviciat dans les missions de l'Orégon, après avoir servi quelque temps comme prêtre séculier 4. Le P. Jayol reçut en partage les Sanitches de l'île Vancouver, et, au commencement de décembre 1860, le F. Blanchet, qui par