A Mgr de Mazenod, Saint-Joseph d'Esquimalt, 15 fév
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rendus. Aussitôt qu'on avait signalé son canot, monté par un équipage appartenant au dernier village visité, une volée de mousqueterie saluait le drapeau de la tempérance dont la croix rouge sur un fond blanc entouré de rouge flottait au vent audessus de la frêle embarcation. Alors les hommes qui pouvaient être sur le rivage se séparaient des femmes, et, formant des lignes distinctes des leurs en avant des maisons, recevaient tour à tour une bonne poignée de main du missionnaire, après que chacun se fut signé d'un grand signe de croix. Comme il passait le long de ses ouailles en rangs, le prêtre devait veiller à ne pas oublier même le plus petit marmot dans la distribution de ses attentions paternelles.
Alors le chef souhaitait au nom de son peuple la bienvenue à l'envoyé du Ciel; puis celui-ci disait en retour aux villageois combien il était heureux de revoir ses enfants, et donnait délicatement à entendre qu'il attendait d'eux beaucoup de bonne volonté et de docilité à la voix de Dieu dont il allait être l 'instrument au milieu d 'eux.
Les pauvres Indiens avaient certainement grand besoin de son ministère, surtout après leur premier contact avec les blancs, gens non mariés en général, et pour la plupart d'une classe plutôt inférieure. L'un des pionniers parmi les missionnaires fait l'exposé suivant de leur condition lors de son arrivée chez eux:
«Une immoralité qui aurait fait rougir Sodome
LE P. FOUQL'ET, 0. M. I.
et Gomorrhe, Rome païenne et Constantinople la Turque, avait répandu parmi eux la plus affreuse corruption ; les infortunés, ils avaient appris à associer à leurs grossiers vices d'autrefois tous les immondes raffinements que porte avec elle l'écume dégoûtante d'une civilisation corrompue. Ce n'est pas tout: des hommes sans conscience et sans honte faisaient, en dépit des lois du pays, un infâme traffic de poisons qu'ils appelaient liqueurs : c'était de l'alcool avec un mélange de camphre et de jus de tabac. A cette époque on ne rencontrait partout que des sauvages ivres. D 'après ce que j 'ai vu pendant cinq ou six mois, je ne pense pas que sur mille il y en eut cent qui ne s 'enivrassent pas souvent ; il y en avait beaucoup qu 'on ne trouvait jamais sobres. On les voyait par bandes autour et jusque dans les places où sont les blancs, se battre et se tuer en hurlant comme des bêtes féroces. Dans une seule nuit, deux furent tués à New- Westminster ; le dimanche précédent, je les avais séparés et dispersés ; ce jour-là, nous étions absents. Dans leurs camps, là où ils n'avaient rien à craindre des blancs, c'était encore plus horrible. Que des parents, et même des frères, se battissent et se tuassent entre eux, ce n'était pas chose rare: on a vu des pères ivres poignarder leurs enfants inoffensifs 7. »
Ce n'était guère encourageant.
Néanmoins, les missionnaires se mirent à l'œuvre
7. Le P. Fouquet au P. Tempier; New Westminster, 8 juin 1863. Apud: Missions des Oblats de Marie Immaculée, vol. III, pp. 200-01.
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avec une énergie indomptable, combattant de tout leur pouvoir le double vice de l'intempérance et de l'immoralité. Et ce ne fut pas sans succès; car, dès le 2 mai 1861, le P. Grandidier écrivait que le gouverneur de la colonie lui avait fait l'honneur d'aller le voir et lui avait « témoigné la vive satisfaction qu'il éprouvait de voir [les Indiens] sobres8».
Signature du P. Fouquet
Le P. Grandidier se trouvait alors au fort Hope, sur le Fraser. Et les résultats des travaux du missionnaire ne devaient pas être éphémères, ainsi que nous le voyons par le fait que, deux ans plus tard, le British Columbian, journal dirigé par des méthodistes à New Westminster, publiait l 'extrait suivant d'une lettre envoyée par un correspondant de Yale, quelques milles seulement plus haut que le fort Hope : « On peut remarquer ici les heureux fruits des labeurs des missionnaires romains, fruits qui se manifestent non seulement par la propreté et l'aisance qu'on observe parmi les sauvages, mais par leur abstinence prononcée des boissons enivrantes et de toute conduite désordonnée 9. »