‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 62 sur 86 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Sur le Bas-Fraser, à quelque distance en haut de Yale, l'Eglise dut alors enregistrer son premier échec sérieux, à part de son insuccès parmi les Indiens de la côte septentrionale de l'Ile et du Continent, qui ne voulurent jamais accepter ni sa doctrine, ni surtout son code moral. Les sauvages appelés communément Thompsons 1 s'étaient montrés très lents à rejeter leurs pratiques superstitieuses pour se courber sous le joug du Christ. D'un autre côté, un ministre anglican, qui considérait leur pays comme son champ d 'action exclusif, ne se faisait pas faute de représenter la religion du prêtre comme d'une sévérité injustifiable. Il trouvait surtout à redire à l'intransigeance avec laquelle les missionnaires catholiques insistaient sur la nécessité pour tout chrétien de ne vivre qu'avec une seule femme.

— David et Salomon en avaient chacun des centaines, avait-il coutume de dire. Pourquoi demander tant à de pauvres sauvages?

Il arriva donc que cette coupable indulgence,

1. Les NtlaJcyapamuk, vulgairement appelés Thompsons du nom de la rivière découverte par l'explorateur D. Thompson.

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jointe aux libéralités dont sa secte est coutumière en pareil cas, finit par avoir le résultat désiré, et la majorité de la tribu tliompsonne embrassa le schisme d 'Henri VIII, bien que même dans son sein Dieu ait eu ses élus : un petit troupeau dont la ferveur compensait l'exiguité.

C'est aussi vers ce temps-là qu'un certain nombre d'Indiens du pays Chilliwack prirent prétexte de quelque difficulté avec leur prêtre pour passer à l'hérésie. Ce furent les méthodistes qui profitèrent de cette scission, si tant est que l'on puisse jamais trouver du profit dans les rebuts du catholicisme, des gens qui n'ont pas assez d'humilité pour se plier aux exigences de la religion d'un Dieu qui voulut être crucifié après avoir prêché la maîtrise des passions et la soumission à l'autorité légitime.

Nous avons laissé M. Brabant victime d'une attaque meurtrière aussi cruelle qu'injustifiable, et luttant sans trop de succès contre l'indifférence et les attaches superstitieuses des Indiens d'Hesquiat. Il ne comptait encore qu'une famille chrétienne en 1876 ; mais, en général, les autres ne refusaient point d'assister à la messe le dimanche. Ces Indiens suivaient aussi autant qu'ils le jugeaient bon ses directions en ce qui avait trait à leurs intérêts temporels.

Mgr Seghers lui fit, le 29 septembre 1876, une agréable surprise en arrivant chez lui avec M. Nicolaye. Deux jours plus tard, c'est-à-dire le 1er octobre, le prélat bénit en présence de représentants de cinq tribus l'église du village, qu'il mit sous la protection

de saint Antonin. Puis il laissa M. Nicolaye dans la compagnie de M. Brabant, avec prière à celui-ci d'initier le jeune prêtre au pénible ministère des missions indiennes. Le 5 décembre suivant, le directeur du poste d'Hesquiat se rendit au détroit de Barclay, toujours sur la côte occidentale de l'Ile, en vue d'y préparer la fondation d'une station de missionnaires.

En arrivant en vue de cette place, Brabant remarqua un grand nombre de sauvages assis devant leurs loges, selon la coutume de ces gens lorsqu'ils sont désœuvrés, ce qui leur arrive souvent. L'un d'eux se leva avant que le visiteur put aborder, et dans un discours furibond maltraita sans pitié le missionnaire dont, assura-t-il, personne ne voulait, et qui devait bien se garder de mettre pied à terre.

Mais le prêtre commençait à être familier avec la mentalité indienne. Sachant que les aborigènes ont une peur superstitieuse de voir leurs paroles notées sur le papier, il sortit tranquillement son calepin de sa poche et fit semblant d'écrire ce que l'Indien disait. Ce que voyant, celui-ci s'arrêta net et disparut derrière une maison. Alors le chef du village reçut le missionnaire.

Peut-être dégoûté à la vue du peu de progrès que faisait la mission d'Hesquiat, M. Nicolaye profita, le

25 mars 1877, du passage d'une goëlette pour se rendre au détroit de Barclay et de là à Victoria. Le

26 avril suivant, il retournait chez M. Brabant auquel il communiquait l'ordre de son évêque de partir

immédiatement pour la capitale de l'Ile, afin de prendre part à un synode auquel devaient assister tous les prêtres du diocèse.

Puis, en se rendant dans l'Alaska, où il avait l'intention d'établir des missions, Mgr Seghers chargea M. Brabant d'aller surveiller l'érection des bâtiments nécessaires à un poste de missionnaires à Namukamus, détroit de Barclay. En conséquence, celuici partit le 24 avril 1877, et, avec l'aide d'un Canadien-français nommé Morin, construisit d'abord une cabane de douze pieds carrés, puis une église de 64 pieds sur 26, où il dit pour la première fois la messe le jour de Noël suivant. M. Nicolaye fut chargé de cette nouvelle mission, qui fut dédiée à saint Léonle-Grand.

Peu après, les intérêts de l'éducation chrétienne occasionnèrent l'érection, le 15 mai 1877, d'une école catholique à Nanaïmo. Trois sœurs de Fainte-Anne y firent l'office d'institutrices.

Retournant au Continent, nous trouvons dans le nord des traces encore fraîches de l'enthousiasme avec lequel les Porteurs du lac Stuart et autres points avaient reçu Mgr Durieu lors de sa visite de 1876. Dans l'automne de l'année suivante, ces Indiens virent un prélat d'un genre bien différent arriver de l'est. Ce n'était autre que l'ineffable Bompas, l'adversaire enragé des missionnaires du Mackenzie. Ce monsieur se rendait à la côte du Pacifique dans le but d'essayer de réconcilier avec les autorités de sa secte un homme capable, un excellent organisateur

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— M. William Duncan — qui s'était fait remarquer par ses travaux à Métlakahtlah. Bien que ces travaux eussent été faits sous les auspices et aux frais d'une société anglicane, M. Duncan était trop bon protestant pour ne pas se prévaloir de son droit de « protester » contre ce qu 'il appelait l 'ingérence de son supérieur, même dans des choses qui sont généralement regardées comme essentielles.

Bompas arriva au fort Saint-James dans les premiers jours de novembre 1877. Malgré la saison avancée et la répugnance qu'avaient les Indiens à l'accompagner, vu qu'ils prévoyaient l'impossibilité où ils se trouveraient de revenir à leurs foyers, il se mit en route le 7 du même mois pour le lac Babine et la Skeena.

Le dignitaire anglican se trouvait alors en plein pays catholique. Il pouvait d'autant moins suivre ses goûts au prosélytisme que ses habitants avaient la foi la plus robuste dans le système religieux qu'ils avaient adopté. Il ne se permit pas moins de se moquer devant eux des pratiques qui sont propres au catholicisme, déclarant en des termes que les Porteurs répètent encore, dans le dialecte et avec l'intonation particulière dont le voyageur se servit, que « Dieu est un esprit et non pas du cuivre », comme si l'excellent homme eut été persuadé que ses auditeurs croyaient le contraire parce qu'ils portaient sur leur poitrine des crucifix de cuivre.

Néanmoins, grâce à l'intervention du P. Lejacq, les Indiens se montrèrent obligeants pour le voya-

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geur, tout en ayant pitié de ce qu'ils considéraient comme son ignorance de leur véritable foi et de la signification de leurs pratiques religieuses. M. Bompas admit lui-même dans la suite la correction de leur conduite à son égard, et son biographe dit à ce propos : « Les Indiens babines de cette région étant tous catholiques romains, regardaient naturellement avec défiance un missionnaire de l'Eglise d'Angleterre. » «Cependant», dit l'évêque, «ils nous trai- « tèrent bien 2. »

Mentionnons pour mémoire le fait qu'en 1877 Mgr D'Herbomez eut la consolation d'ordonner prêtres deux Canadiens-français — sujets jusqu'alors excessivement rares parmi le clergé de la Colombie — les PP. Adolphe Martin et Frédéric Guertin qui, après un certain nombre d'années passées dans son vicariat, devaient tous les deux aller porter sous d'autres cieux les bénédictions qui s'attachent au ministère sacerdotal.

Nous avons à mettre au crédit de l'année 1878 la fondation d'encore une nouvelle mission, celle de Kamloops, sur le Continent, qui avait été rendue possible par le rappel du P. C. Chirouse de l'école indienne de Tulalip, au Territoire de Washington,

2. An Apostle of the North, par le Eév. H.-A. Cody, p. 194; New York, 1908. Bompas était alors à la merci du prêtre " romain " qu'il haïssait tant. Si le P. Lejacq avait voulu agir vis-à-vis de lui comme Bompas s'était conduit envers les missionnaires catholiques du Youkon, sa position aurait été d'autant moins enviable que l'influence du prêtre dans tout le district du lac Stuart était incomparablement plus grande que celle que n'importe quel ministre protestant posséda jamais sur ses adeptes.

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où ce missionnaire avait fait des merveilles. Il fut le dernier des Oblats de l 'Orégon à travailler sur le sol américain, de même qu'il avait été l'un des trois premiers prêtres de cette congrégation à y exercer son ministère.

Au cours de la même année, l 'évêque de l 'île Vancouver ouvrit au culte des églises à Comox et à Nanaïmo. Un semblable édifice, qui avait été mis sous le patronage de saint Pierre, avait déjà été érigé à cette dernière place en 1864. La première église bâtie par les Oblats à Esquimalt fut aussi remplacée par une meilleure, qui fut bénite en 1879 avec saint Joseph comme patron.

De plus, les rangs du clergé de la Colombie Britannique furent grossis, en septembre 1879, par l'arrivée sur le Mainland des PP. Jean-Marie-R. Le Jeune et Eugène-C. Chirouse. Ce dernier était le neveu du digne missionnaire du même nom que nous avons mentionné plus haut. Le diocèse de l'île Vancouver s'enrichit peu après d'une nouvelle recrue, l'abbé J.-A. Van Nevel, qui arriva à Victoria le 12 décembre de la même année. Ces trois nouveaux ouvriers se sont toujours montrés de véritables hommes apostoliques. Us sont encore au champ d'honneur, parmi les meilleurs missionnaires du Pacifique.

Le 26 janvier 1879, Mgr Seghers avait surpris son ami d'Hesquiat en lui annonçant qu'il allait se rendre à Orégon City pour en faire sa résidence, vu qu'il venait d'être nommé coadjuteur de Mgr Blan-

chet, transfert qui avait été décidé le 10 décembre de l'année précédente. Le 20 décembre 1880, Seghers succéda au vénérable Mgr Blanchet sur le siège archiépiscopal d'Orégon City. En conséquence, M. Jean- Baptiste Brondel, prêtre qui avait jusque-là été chargé de Steilacom, Territoire de Washington, fut sacré évêque de l'île Vancouver par son prédécesseur, Mgr Seghers. La cérémonie eut lieu à Victoria le 14 décembre 1879 3.

Autographe de Mgr Seghers

Vers la même époque, une autre addition aux rangs du clergé de l'île Vancouver réjouit le cœur de ceux qui y peinaient sans pouvoir suffire à tous les besoins. C'était l'abbé Gustave Donckel, qui fut bientôt après stationné parmi les Indiens Cowitchines, dont il devait être le pasteur pendant une dizaine d'années.

Enfin, sept mois après le sacre de Mgr Brondel, c'est-à-dire le 26 juillet 1880, les PP. Coccola, Chiappini et Morice débarquaient à sa ville épiscopale,

3. Mgr Brondel naquit à Maines, en Belgique, au cours de 1849.

après un voyage qui leur avait fait traverser non seulement l 'Atlantique, mais les Etats - Unis de New York à San Francisco et le Pacifique de cette dernière place à Victoria. Les nouveaux arrivés n'étaient encore que frères scolastiques dans l'ordre des Oblats, et pouvaient être considérés comme faisant partie des épaves qu'avait dispersées sur tous les points du globe la tempête anti-religieuse qui commençait à sévir en France, autrefois la mère et la protectrice des missions étrangères.

Une ère nouvelle s'annonçait dès lors pour l'Eglise dans la Colombie Britannique. Le chemin de fer Canadien-Pacifique, qui devait faire une nation de provinces qui n'avaient jusque-là été reliées ensemble que par le lien politique, allait bientôt traverser les montagnes Eocheuses. Les ouvriers qui en préparaient la voie, non moins que les émigrés qu'il allait amener au Pacifique, devaient bientôt attirer l'attention des autorités ecclésiastiques sur le fait que l'époque où les missions indiennes étaient l'unique champ d'action offert au zèle apostolique touchait à sa fin. Il est vrai qu'un grand nombre de postes s'occupaient encore exclusivement des aborigènes et allaient continuer longtemps à le faire; mais Victoria, Esquimalt et Nanaixno, sur l'Ile, avec New Westminster, Yale et Kamloops, sur le Continent, avaient déjà la prétention de se considérer comme de petites villes — et étaient autant de villages — de blancs dont les intérêts spirituels ne se pouvaient négliger.

Même les missions indiennes étaient à la veille d'une transformation, du moins sur la Côte, où M^ Durieu régnait en maître, avec le jeune P. Chirouse pour disciple et auxiliaire. Les premières années de probation étaient passées pour les aborigènes, et le prélat missionnaire qui, avec son système de surveillants et de pénitences publiques, avait reproduit sur le Pacifique l'Eglise des premiers siècles, allait bientôt faire avancer ses chères missions à l'état plus perfectionné de l'Eglise du moyen âge, avec ses belles cérémonies et ses représentations religieuses, ou « mystères ».

Avant de faire entrer le lecteur dans cette nouvelle phase des missions du Pacifique, il peut être utile de jeter un regard d'ensemble sur l'état général et particulier des deux divisions ecclésiastiques qui se partageaient alors la province civile de la Colombie Britannique.

En 1880, le vicariat apostolique de sa partie continentale comptait 17 prêtres, tous oblats, avec 16 frères convers de la même congrégation, dont les travaux avaient pour théâtre 7 missions auxquelles se rattachaient un très grand nombre de succursales. Le tout avait pour surintendants 2 évêques, dont l'un, Mgr Durieu, passait sa vie entièrement chez les sauvages.

A New Westminster, il y avait une paroisse en règle pour les blancs, ainsi qu'une église qui était le rendez-vous religieux de foules indiennes qui s'échouaient à cette place pour la pêche au saumon,

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ou d'autres travaux analogues. L'église des blancs était une humble bâtisse en bois sur la rue Columbia ; celle des sauvages s'élevait juste en face de la résidence du vicaire apostolique, qui confinait elle-même au collège Saint-Louis. Trois pères et quatre frères étaient stationnés à ce poste. Des rues encore à l 'état plus ou moins embryonnaire et agrémentées de nombreuses souches d'arbres gigantesques qui avaient résisté au pic du terrassier conduisaient au pensionnat des sœurs de Sainte-Anne, un peu à l'est de la résidence épiscopale.

La mission Sainte-Marie était exclusivement pour les Indiens de la vallée du Bas-Fraser, ce qui n'empêchait pas que son église, alors la plus vaste du vicariat, n'ouvrit parfois ses portes à de grandes foules d'Indiens qui y suivaient les exercices d'une mission. Le personnel de ce poste consistait en deux prêtres, les PP. Alphonse Carion et Jayol. Il y avait aussi les trois scolastiques dont nous avons enregistré l'arrivée et autant de frères convers. Sous la direction du P. Carion, prêtre belge qui était venu au Pacifique immédiatement après la guerre francoprussienne, se trouvait une double école industrielle pour les enfants indiens, dont les garçons étaient instruits par le F. Henri, ancien capitaine de bateau à vapeur, tandis que sœur Luména veillait avec deux autres religieuses sur les classes des filles.

Au confluent des deux branches de la Thompson était le petit village de Kamloops, qui formait alors à peine une rue. Un peu plus bas s'élevait la mission

Saint-Louis, où deux pères, aidés d'un frère convers, exerçaient leur ministère non seulement parmi les rares blancs catholiques de la place et des environs, mais encore chez les nombreuses bandes de Chouchouapes établies dans cette double vallée et dans l'intérieur du pays. En mars 1880, les sœurs de Sainte-Anne y avaient ouvert une école pour les blanches.

Plus à l'est se trouvait la mission d'Okanagan, qui occupait deux prêtres et autant de frères convers. Tel était aussi le personnel de Saint-Eugène des Koutenays, où le P. Fouquet et ses deux compagnons goûtaient les délices de l'isolement du monde civilisé.

Saint Joseph était le patron de la mission du lac William. De là, les missionnaires visitaient régulièrement les Chouchouapes du nord, quelquefois les Tchilkotines et aussi souvent quelques villages de Porteurs. Le poste de Richfield n'existait plus comme résidence de missionnaire. Ses habitants et les autres mineurs du Caribou n'en étaient pas moins toujours sous les soins du P. McGuckin ou de l'un des autres pères de la mission, qui les visitaient périodiquement. Une école de filles établie près de l'église locale était sous la direction de quatre sœurs de Sainte-Anne, dont la sœur Marie-Clément était la supérieure, tandis qu'une institution similaire, inaugurée le 9 décembre 1873, donnait l'éducation aux garçons des blancs éparpillés dans le district de Caribou. Deux frères convers assistaient les pères,

surtout en s 'occupant de la grande ferme attenante à la mission.

Enfin, à cent lieues encore plus au nord, le poste de N.-D. de Bonne Espérance, sur le lac Stuart, continuait à faire le bien parmi les nombreuses tribus de la région des lacs et des montagnes. Pourtant, vers la fin de l'été 1880, son ciel s'était comme obscurci par suite du départ du P. Lejacq, dont les services étaient requis à Kamloops, où il s'était rendu en qualité de supérieur. Les Dénés du nord appréciaient son dévouement et son affabilité, et pendant quelque temps le mécontentement qu'avait causé son départ influa sur leur conduite. Le P. Marchai fut son successeur immédiat.

Sur l'île Vancouver, le clergé catholique était si limité que fort peu de nouveaux postes, ou même de simples succursales, pouvaient être fondés. Mgr Brondel, aidé d'un ou deux prêtres, veillait sur les catholiques de la capitale provinciale. Au détroit de Barclay (Barclay Sound), M. Nicolaye enregistrait quelques succès avec ses Indiens, tandis que, plus près de Victoria, M. Lemmens se ruinait la santé par ses efforts pour faire des chrétiens convenables d'Indiens qui étaient d'autant plus éloignés du royaume de Dieu qu'ils étaient plus proches da notre civilisation si vantée, et que M. J.-M. Mandart faisait son possible pour sauver du vice les Sanitches, après avoir dirigé quelque temps le collège Saint-Louis à la capitale.

Attaché au même diocèse était un autre prêtre

qu'il nous reste à mentionner, bien qu'à cette époque (1880) il fut stationné en dehors du Canada. C'était l'abbé J. AlthofT, natif de Hollande, qui était arrivé à Victoria dans l'automne de 1878, après avoir fait ses études théologiques au collège américain de Louvain. Il se trouvait en 1880 à Wrangell, Alaska, mais devait bientôt être nommé directeur de la missionparoisse de Nanaïmo, d'où il allait, un an ou deux après, reprendre le chemin du nord et s'installer à Juneau.

Enfin, nous voyons en 1880 l'infatigable missionnaire d'Hesquiat travailler toujours de son mieux et attendre l'heure de la grâce qui n'avait point encore sonné pour son troupeau. L'année suivante, en juin 1881, il construisait pour les Indiens d'Ahousat, à 18 milles de sa résidence, une chapelle à laquelle étaient adjointes deux pièces qui devaient servir respectivement de sacristie et de presbytère.

Pendant ce temps, la question de l 'éducation était à l'ordre du jour en Colombie. M81" D'Herbomez soutint en 1881 une controverse dans la presse de New Westminster sur ce sujet d'importance capitale. Il en profita pour exposer la doctrine de l'Eglise en pareille matière dans une série de lettres qui furent réimprimées sous forme de brochure par l 'un des frères scolastiques de Sainte-Marie.

Au printemps de 1882, la partie continentale de la province reçut la visite officielle d'un représentant du supérieur général des Oblats dans la personne du T. R. P. Aimé Martinet. Malgré son âge

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et ses infirmités, le vicaire apostolique tint à l'accompagner dans toutes ses missions, excepté celle du lac Stuart, de trop difficile accès pour que le visiteur eut pu s'y rendre dans la même saison sans négliger les autres postes. Le passage du P. Martinet fit le plus grand bien au vicariat. Evêque et Visiteur conclurent alors un arrangement en vertu duquel les propriétés de l'Eglise dans le pays furent divisées entre les Oblats, qui en étaient les seuls prêtres, et la corporation épiscopale qui, comme telle, se composait encore uniquement du vicaire apostolique. C'était une porte qu'on laissait ouverte aux membres du clergé séculier qui pourraient dans la suite venir offrir leurs services à l'autorité ecclésiastique et profiter des labeurs des pionniers de l 'Evangile.

Les FF. Nicolas Coccola et Dominique Cliiappini avaient été ordonnés prêtres à Sainte-Marie le dimanche de la Passion 1881. Le 2 juillet de l'année suivante, le F. Adrien-Gabriel Morice reçut également à la même place l'onction sacerdotale des mains de Mgr D'Herbomez.

Les vallons et les montagnes de la Colombie Britannique retentissaient alors des coups redoublés de milliers de haches et de pics, qui frayaient péniblement un passage au Canadien-Pacifique au travers des forêts de la province. C'étaient autant d'ouvriers, nouveaux arrivés dont un grand nombre étaient catholiques. Le P. Le Jeune, et plus tard le P. Coccola, travaillèrent au salut de leurs âmes de

leurs résidences respectives de Sainte-Marie et de Kamloops, tandis que le P. Morice partait, au commencement d'août 1882, pour la mission du lac William, où l'envoyait une obédience reçue du Visiteur. Ce jeune prêtre fit alors route avec le vénérable P. Pandosy, auquel la direction de la mission du lac Stuart venait d'être confiée.

Un mois plus tard, le P. McGuckin disait adieu à la vallée du lac William, d 'où il avait rendu de grands services aux blancs disséminés dans les éclaircies de la forêt septentrionale. Sa destination était New- Westminster. Là il devait exercer les doubles fonctions de curé de la ville et de procureur des missions du vicariat apostolique. Le P. Horris avait jusquelà rempli l 'un et l 'autre poste ; mais il était maintenant épuisé et absolument incapable d'y rester plus longtemps 4.

L'une des conquêtes du P. McGuckin fut alors celle de l'Hon. John-Foster McCreight, juge de la Cour Suprême, ancien premier ministre de la province, qui quitta l'anglicanisme pour la véritable Eglise, dont il se montra jusqu'à sa mort un adhérent aussi ferme que pieux 5.

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