‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 63 sur 86 · Il devait peu après retourner en Irlande pour y mourir · texte numérisé non relu

Il devait peu après retourner en Irlande pour y mourir

5. Nous nous rappelons l'avoir vu dire son chapelet dans le tramway sans le moindre respect humain.

CHAPITEE IX

LA CIVILISATION APPKOCHE

Au cours de 1883, la mission du lac Stuart reçut de nouveau la visite de Mgr Durieu. Les Porteurs, Babines et Sékanais qui vivaient dans ses limites se ressentaient encore de la peine que leur avait faite le départ de leur bien-aimé P. Lejacq, maintenant supérieur à Kamloops. Le prélat les consola et affermit encore leur foi en introduisant chez eux des dévotions eucharistiques pour lesquelles on ne les avait point jusque-là crus préparés.

Moins heureux étaient leurs congénères les Tchilkotines. En raison de leurs habitudes de vagabondage et peut-être aussi à cause de leur réputation peu enviable, ces sauvages avaient toujours été plus ou moins négligés des missionnaires, qui trouvaient à leur porte plus d'ouvrage qu'ils n'en pouvaient faire. Depuis leur premier contact avec les blancs, les Tchilkotines avaient vécu dans un état chronique de mécontentement, dont l'une des preuves les plus tangibles avait été le massacre, en avril et en mai 1864, de dix-huit personnes, dont dix-sept étaient de

purs blancs \ La mort par la potence de cinq Indiens coupables d'avoir trempé dans le sang des étrangers n'avait nullement amélioré la situation. Bien qu'ils eussent reçu quelques rares visites de missionnaires, ces sauvages étaient encore presque tous païens lorsqu'ils furent confiés au P. Morice en janvier 1883.

Comme gage de sa détermination de se dévouer entièrement à leur régénération, ce jeune prêtre non seulement fit de longs séjours au milieu d'eux, mais il se mit avec ardeur à l'étude de leur langue et les porta à se bâtir deux églises, à la construction desquelles il se prêta journellement, malgré son peu d'expérience dans ce genre de travaux. Néanmoins, pendant les deux ans et demi qu'il en fut chargé, il ne put changer ni leur mentalité ni leurs mœurs. Il baptisa les enfants et de très rares adultes ; instruisit de son mieux jeunes et vieux; s'efforça de réprimer les abus sans toujours y réussir, et finit par habituer les Indiens à la pensée que la religion des blancs avait non seulement des doctrines qu'il fallait croire, mais des préceptes moraux que même des sauvages comme eux devaient respecter.

Sur l'île de Vancouver, M51- Brondel ne fut pas longtemps à la tête du clergé. En 1884, il fut trans-

1. Même dans ce cas on pourrait trouver comme une excuse dans le fait que les blancs s'étaient mal conduits avec les sauvagesses, et avaient même sciemment introduit la petite vérole dans cette tribu, ainsi qu'on peut le voir pp. 316-17 de la troisième édition de notre History of the Northern Interior of British Colurnoia (Toronto, 1906).

330 i/ÉGLISE DANS i/oUEST CANADIEN

féré au nouveau diocèse d'Héléna, dans le Montana. M. Jonckau fut nommé en 1883 pour lui succéder comme évêque de l'île Vancouver; mais il allégua l'état de sa santé, et, armé d'un certificat du médecin, il réussit à détourner de ses épaules un fardeau qu'il croyait au-dessus de ses forces.

Msr Seghers se trouvait alors à Rome. Comme la Propagande ne savait quel successeur donner à Mgr Brondel, l'archevêque d'Orégon City, dans son zèle pour les pauvres missions de l'Alaska qu'il projetait de fonder, s'offrit généreusement à retourner à son ancien champ d'action, où il arriva au cours de 1885.

De 1884 date une ère nouvelle pour la mission d'Hesquiat, dont les habitants commencèrent alors à en venir à de meilleurs sentiments. De leur côté, les Indiens de Cloyoquot, sur la côte de l'Ile, pouvaient maintenant bénéficier du ministère de M. Van Nevel, qui devait être cinq ans leur pasteur.

Cette amélioration dans les dispositions des sauvages de M. Brabant n'eut pourtant point pour résultat de le mettre à l'abri de toute difficulté, ou même de tout danger. Wewiks, le fils de parents influents, s 'étant rendu coupable de vol avec effraction dans le magasin d'un blanc, dut en conséquence passer six mois en prison, où il contracta une maladie de poitrine, dont il souffrait quand il fut rendu aux siens.

C'était en 1885.

A son retour à ses foyers, M. Brabant n'eut rien de plus pressé que d'aller le voir, et il fit de son

LA CIVILISATION APPEOCHE 331

mieux pour le préparer à la mort. Mais il ne tarda pas à s 'apercevoir que des embarras sérieux se préparaient pour lui. On faisait évidemment dans la demeure du malade des préparatifs qui n'auguraient rien de bon: les parents du jeune homme, s'étaient pourvus d'un fusil tout neuf qu'ils gardaient constamment à son chevet, et chacun se disait tout bas que leurs intentions ne paraissaient pas être des meilleures.

Un soir que le missionnaire venait de visiter le moribond, on vint lui demander de retourner chez lui. Il faisait noir, et tous les Indiens du village étaient couchés. D'un autre côté, un blanc se trouvait par accident chez le prêtre lorsqu'on vint le demander, apparemment au nom de Wewiks. Ce visiteur étant au courant de la situation, supplia M. Brabant de ne pas bouger de chez lui : il flairait un piège qui ne pouvait avoir, assura-t-il, d'autre but que de se défaire du prêtre, que les parents du jeune homme regardaient comme le compatriote et, à leurs yeux, le complice indirect des blancs qui étaient responsables de l'état désespéré de leur enfant. Mais Brabant ne crut point pouvoir négliger ce qu'il regardait comme son devoir.

Il partit donc pour la demeure de Wewicks ; mais ayant rencontré en chemin un Indien qui s'était toujours montré bien disposé, il lui demanda de l'accompagner chez le malade. Une fois au chevet de celui-ci, il fut vite convaincu que la rumeur publique n'était pas sans fondement. «Quel désap-

332 l'église dans l ouest canadien

pointement je lus dans les yeux des parents du malade lorsqu'ils s'aperçurent que je n'étais point seul, » écrit à ce sujet le missionnaire. « Ma présence en tant que prêtre n'était point demandée,» ajoute-t-il; « pas un seul d'entre eux ne m'adressa la parole 2. »

Même après la mort du jeune homme, ses parents persistèrent dans leurs mauvaises dispositions. Ils refusèrent au prêtre la permission de l'enterrer. Au lieu de la moindre cérémonie religieuse, ils juchèrent son corps dans les branches d'un arbre gigantesque, après l'avoir recouvert de couvertures et accompagné de l'arme qui avait évidemment eu à l'origine une toute autre destination 3.

Sur le Continent, Dieu épargnait la vie de Msr D 'Herbomez et de son dévoué coadjuteur. Avec une plus grande continuité au gouvernail, la direction se maintenait plus uniforme : les missionnaires profitaient de l'expérience de leurs chefs, et les progrès réels, surtout parmi les Indiens, en étaient d'autant plus faciles. Les Dénés du lac Stuart commençaient à se faire à l'absence de leur premier pasteur; le P. Morice faisait régulièrement des sorties du lac Wil-

Page 1