‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 7 sur 86 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Bien que les difficultés qui se pressaient sous les pas des prêtres qui se dévouaient au salut des âmes dans les centres naissants de la civilisation n'eussent, généralement parlant, pu souffrir la comparaison avec celles qui étaient comme le pain quotidien des missionnaires du Grand-Nord, les privations, et même parfois les dangers, n'étaient nullement inconnus des premiers. Témoin, par exemple, la fin prématurée de l'abbé Gratton. M. Damien Gratton était devenu desservant de Régina dans l'été de 1886. Dans les premiers jours de mars 1891, il s'absenta pour aller visiter certaines succursales de sa paroisse encore en voie de formation. En revenant chez lui, il devint évident que l'épaisseur de la neige et la fatigue qui s'ensuivait pour ses chevaux rendaient toute marche impossible.

On était au samedi 7 mars.

Comme son ministère était absolument requis à Régina, il envoya son compagnon chercher d'autres chevaux; mais quand celui-ci le rejoignit, il le trouva mourant. Frappé d'épouvante à cette vue,

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son homme repartit immédiatement pour aller chercher un médecin. Quand il revint près de lui avec le représentant de la science médicale, M. Gratton avait passé de vie à trépas \

L'abbé Joseph Caron qui, par un effet spécial de la Providence, arriva dans l'Ouest quelques mois après ce triste événement, succéda à M. Gratton, le 25 août 1891. Il devait rester trois ans à la tête des catholiques de Régina.

Le nouveau titulaire de la jeune capitale des Territoires de l'Ouest était un homme doué de capacités exceptionnelles; cependant aucun talent ne semblait alors de taille à se mesurer avec les roueries des politiciens qui y demeuraient. Sous l'influence délétère de ceux qui étaient au pouvoir à Winnipeg, une nouvelle législation fut introduite en 1892 par l'Hon. W.-G. Haultain, laquelle, plus hypocrite et moins brutale que celle du Manitoba, était tout aussi efficace dans son but, qui ne pouvait être que de réduire à néant le droit dont les catholiques avaient jusqu'alors joui d'élever leurs enfants selon l'impulsion de leur conscience. Cette législation créait le spectacle étrange d'écoles appelées catholiques, qui étaient dirigées par des protestants, en conformité avec l'idéal protestant, et dans lesquelles était seul

1. L'abbé Damien Gratton était né à Saint-Martin, dans la province de Québec, le 11 sept. 1858, et avait fait ses études à Sainte- Thérèse et au séminaire de Montréal. Il fut ordonné prêtre le 25 mars 1882, et servit un an et demi de secrétaire particulier à Mgr Fabre, après quoi on le nomma vicaire à l'Ile Bizard, puis à la Pointe-Claire, d'où il partit pour l'Ouest.

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permis l'usage de livres approuvés par des protestants.

Cette ordonnance déclarait bien par sa clause 4 que des écoles séparées pouvaient être établies dans le Nord-Ouest; par la clause 5 elle permettait à deux catholiques de donner leur avis au Conseil de l'Instruction publique, et par la clause 85 elle autorisait les maîtres d'école à donner une demi-heure d'instruction religieuse par jour. Mais par d'autres stipulations elle s'empressait de retirer ce qu'elle semblait avoir donné; sans compter que l'application draconienne de la dite loi rendait encore plus dures pour les catholiques des dispositions qui n'étaient rien moins que généreuses.

Tout d'abord, le surintendant du Conseil, qui jouissait de pouvoirs presque illimités, ne pouvait cacher son antipathie pour la cause catholique et les institutions avec lesquelles elle s'associait. Ce fonctionnaire était un M. David-James Goggin, francmaçon avancé, dont le nom est devenu synonyme d 'anti-catholicisme et de tyrannie en matière d'éducation. Deux ans seulement après la mise en vigueur de la fameuse ordonnance, il ne se gênait pas pour dire qu'il « avait été plus adroit et plus profond que le gouvernement Greenway, et qu'il avait atteint le même but qu'au Manitoba sans provoquer le même mécontentement ni la même opposition 2 ».

Ensuite il y avait la question des diplômes. Pour

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