‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 72 sur 86 · Lettre à l'Hon. S.-F. Tappan; Saint-Louis, mai · texte numérisé non relu

Lettre à l'Hon. S.-F. Tappan; Saint-Louis, mai

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l'excellent P. Chirouse fut la victime, nous mentionnerons une grande réunion à Sainte-Marie, de différentes tribus pour les exercices d'une retraite à laquelle n'assistèrent pas moins de sept évêques, sans compter plusieurs autres dignitaires et un grand nombre de prêtres venus de l'Est. La renommée des missions du Pacifique se répandait de plus en plus, et chacun voulait s'assurer de ses yeux du bien-fondé de ce qu'elle annonçait.

C'était en 1892.

La même année, eut lieu à Victoria la bénédiction de la cathédrale Saint-André, bel édifice en brique commencé en 1890. Il mesurait 150 pieds de long sur 85 de large, et sa flèche s'élevait à une hauteur de 175 pieds au-dessus du sol. Il fut solennellement ouvert au culte le 30 octobre 1892.

De beaucoup plus modestes proportions était un autre édifice qui, sur le Mainland, fut ouvert au culte au cours de la même année. Son origine nous reporte à 1887, alors que Mgr D'Herbomez revenait d'un chapitre dont nous avons déjà parlé. Ayant eu à subir de très mauvais temps sur mer, l'évêque avait fait vœu d'ériger un sanctuaire à N.-D. de Lourdes s'il lui était donné de revoir son vicariat. Or, ce jour-là même, son coadjuteur recevait une traite de $1,000 sur une banque de New York, somme qu'on envoyait avec la demande formelle de la faire servir à l'érection d'une église dédiée à la sainte Vierge.

Mgr D'Herbomez revint sain et sauf à New West-

minster (septembre 1887), accompagné d'un jeune prêtre, le P. Olivier-P.-M. Cornellier qui, après avoir fourni un court stage de missionnaire chez les Indiens Douglas, fut nommé vicaire à la cathédrale et, en 1889, supérieur de Sainte-Marie 7.

Immédiatement au nord de ce dernier établissement, s'élève une éminence plus ou moins rocailleuse, dont la base est arrosée d'un humble ruisseau. Mgr D'Herbomez fit un jour remarquer la ressemblance entre cet endroit et celui où se trouve la grotte de Massabielle au P. Cornellier, qui ne put cependant saisir toute la portée de l'observation du prélat que lorsqu'il eut appris son voeu par son testament dont le jeune prêtre avait été constitué l'exécuteur.

Conformément aux instructions du défunt, une chapelle en forme de rotonde fut donc érigée sur l 'éminence susmentionnée. Les dépenses que sa construction occasionna furent payées par la donation du bienfaiteur new yorkais, à laquelle le P. Cornellier ajouta $500 que lui avait données son oncle, l'abbé L.-M. Lavallée, curé de Saint- Vincent de Paul à Montréal, ainsi que diverses autres sommes dues à

7. Ce fut pendant le supériorat du P. Cornellier à Sainte-Marie que l'église de la mission fut transportée sur le haut plateau qui domine la vallée du Fraser. La proximité de la ligne du chemin de fer avait rendu ce transfert nécessaire. Le printemps suivant, deux Canadiens-français y élevèrent de chaque côté les importantes bâtisses qui servent de résidence aux pères et aux sœurs, ainsi que de local pour les écoles dirigées par les uns et les autres, bâtisses qu'un voyageur anglais appelle " les premières constructions réellement " substantielles " que nous avions vues depuis notre départ de Winnipeg " (E. Eoper, By tracJc and trail, p. 179; Londres, 1891).

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la générosité de particuliers. Cette chapelle fut solennellement bénite en 1892, au cours de la retraite dont nous avons parlé plus haut, et elle est devenue un lieu de pèlerinage aimé de la population blanche et peau-rouge de la vallée du Bas-Fraser.

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Comme les résultats des écoles industrielles pour les Indiens paraissaient satisfaisants, une institution de ce genre fut établie à Kamloops. Son ouverture se fit le 15 avril 1893, et c'étaient les enfants des Chouchouapes qui devaient surtout en bénéficier. Le P. Carion, que nous avons vu à Sainte-Marie jusqu'en 1883, avait échangé cette place contre la mission d 'Okanagan : comme son expérience dans la direction de la jeunesse indienne surpassait celle de n 'importe quel prêtre sur le Pacifique, le soin de cet établissement lui fut confié, soin dans lequel un certain nombre de sœurs de Sainte- Anne l 'aidèrent puissamment.

Dans le nord, le P. Morice faisait peu après, en vertu de pouvoirs spéciaux, une tournée de confirmations au travers de son immense district, vu que l'état de santé de M^ Durieu ne lui permettait plus d'entreprendre un voyage comme celui qu'aurait nécessité l'administration par lui de ce sacrement (1893).

Cependant la ville de Vancouver croissait mer-

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veilleusenient. Son premier curé, l'abbé P. Fay, y avait fait son dernier baptême le 2 octobre 1892, et deux Oblats de New Westminster, les PP. Jean- Marie Fayard et Augustin Dontenville, en avaient desservi la paroisse catholique jusqu'à l'arrivée de M. Henri Eummelen au commencement de 1893. Le premier baptême fait à cette place par le nouveau curé date du 26 mars de cette année. Ce fut sous son pastorat que, pour se rendre aux désirs de la population, les sœurs de la Providence établirent à Vancouver, au cours de 1894, un hôpital qui prospéra dès les premiers jours de son existence. Cette institution, connue sous le nom d'hôpital Saint-Paul (en l'honneur du patron de Mgr Durieu), devait être considérablement agrandie sept ans plus tard.

Puis, dans le but de former un clergé indigène pour les nouveaux centres de population qui surgissaient surtout dans le district politique du Koutenay, l 'évêque de New Westminster inaugura dans sa ville épiscopale un petit séminaire dont le P. Emile Bunoz, digne prêtre depuis quelque temps au pays, devint le directeur. Il faut dire que, malgré tous les soins qu'on prodigua aux enfants qui y reçurent momentanément l'instruction, les résultats de cet établissement ne furent jamais proportionnés aux sacrifices pécuniaires qu'il entraînait. Après avoir été dirigé par différents pères oblats, il dut être fermé en 1909.

Cependant, après avoir longtemps semé dans les pleurs, l'intrépide missionnaire de la côte ouest de

l'île Vancouver récoltait clans l'allégresse. Malgré les mauvais exemples que leur donnaient les matelots et autres blancs de passage au milieu d'eux, les Indiens de M. Brabant s éveillaient définitivement aux attraits de la vie chrétienne, et montraient même parfois une fermeté dans sa pratique qui aurait pu faire rougir certains soi-disant chrétiens appartenant aux races civilisées.

Chacun connaît le penchant irrésistible des sauvages pour les boissons enivrantes. Or il arriva qu'en juillet 1894, en l'absence du missionnaire d'Hesquiat, un parti d'Indiens de l'Etat du Washington abordèrent à ce village avec une cargaison de ce maudit liquide, qu'ils se proposaient de vendre à ses habitants. Mais ils comptaient sans l'esprit nouveau que M. Brabant avait réussi à inculquer parmi ses ouailles. Trois de ses Indiens s'emparèrent de la dangereuse cargaison, et la cachèrent dans le presbytère avant que les étrangers eussent pu en disposer. A son retour, le missionnaire fut si content de cette opportune intervention qu 'il fit récompenser ces trois individus par le gouvernement fédéral.

Comme pour suppléer au manque d'efficacité du petit séminaire de Mgr Durieu, deux excellentes recrues arrivèrent alors de différentes parties de l'Ancien Monde. La première était le P. François- Marie Thomas, jeune prêtre plein de zèle qui, par son égalité d'humeur et ses dispositions plutôt optimistes, allait réussir dans des sphères où de plus anciens avaient échoué. Ce père arriva à New West-

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minster en septembre 1894, et fit ses premières armes en compagnie de Msr Durieu. La seconde était nn prêtre séculier 1 de sang irlandais, bien qu'originaire du diocèse de Liverpool, l'abbé John Welch, qui était venu demander aux montagnes de la Colombie la santé qu'il avait perdue au pays natal.

La région du Koutenay eut les prémices de son apostolat en Amérique. En 1895-96, le Canadien- Pacifique construisait un branche de son système qui devait mettre à la portée du monde civilisé les richesses minérales — en houille et même en or — que recelaient certaines montagnes de ce pays. L'une d'elles donnait naissance à un ruisseau qui était déjà connu sous le nom de Coal Creek. De la mission Saint-Eugène dont il faisait ses quartiers généraux, l'abbé Welch visita régulièrement les mineurs de cette vallée, où ne devait pas tarder à s'élever une ville qui allait porter le nom de Fernie. Il en évangélisa pour la première fois les habitants en janvier et février 1886. L'automne suivant, ceux-ci commencèrent la construction d'une église qui devait en 1908 devenir la proie d'un terrible incendie. Cet édifice fut terminé en juin 1897, c'est-à-dire un an après l'arrivée à Fernie d'un bon contingent de catholiques du Cap Breton, qui donnèrent les plus grandes consolations à leur prêtre.

Peu après l'érection de cette église, le P. Meleux remplaça M. Welch, et celui-ci fut chargé d'une nou-

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