Qui devait finir par se faire Oblat
velle place, Rossland, située à peu près dans le même pays. Le P. Meleux fut le premier prêtre résident de Fernie.
Ces nouvelles localités se trouvaient toutes dans le district politique du Koutenay. Non loin de là, une transaction malheureuse privait alors le diocèse de New Westminster de sa plus ancienne mission. Par suite d'arrangements faits avec l'Administration des Oblats, la propriété de la mission d'Okanagan était passée à la corporation épiscopale du diocèse, et, bien que les Indiens qu'elle desservait ne fussent ni bien nombreux ni très exemplaires, ce poste n'en était pas moins précieux, ne fut-ce qu'en raison de la valeur monétaire de sa propriété, dans une vallée où les immeubles augmentaient constamment de prix.
Or il arriva qu'au commencement de 1896 un certain H. E. ayant formé, sous la raison sociale de Maple Leaf Mining Company, une compagnie minière qui était supposée devoir exploiter les richesses imaginaires d'un point dans l'Ouest koutenay, il s'était vu délaissé par la plupart de ses auxiliaires, au fur et à mesure que ceux-ci s'étaient assurés du peu de valeur du terrain retenu par la dite compagnie.
H. E. fit alors part de son embarras à M^ Durieu. Il possédait, lui déclara-t-il, un terrain très précieux que, faute de fonds, il ne pouvait faire valoir. Pour cette raison il allait perdre quelque $300,000, qu'il destinait à la construction d'églises et d'écoles ca-
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tholiques en Colombie. Mgr Durieu avait déjà parlé de vendre la propriété de la mission d'Okanagan. S 'étant un soir de mars 1896 rencontré avec le directeur de la compagnie minière susmentionnée, qui n'avait alors guère d'autres actionnaires que lui, le prélat fut ébloui par les belles promesses de l'entreprenant Américain. En retour d'actions pour la somme de $33,000, il lui céda les 2,000 acres de terre que possédait la mission d'Okanagan et qui devaient, avant peu, se vendre au delà de $100,000.
Le P. Cornellier était alors à la tête de ce poste. Il reçut ordre de tout remettre au représentant d 'H. E. Très surpris de ce qui venait de s'arranger, ce père voulut parer le coup, mais il était trop tard. Tout était signé, et, triste et pensif, le trop confiant évêque ne put que lui confirmer de vive voix ce qu 'il lui avait déjà écrit. Aidé du P. Fayard, alors procureur vicarial, le supérieur d'Okanagan essaya bien de faire invalider le funeste contrat, dont la pensée devait empoisonner les dernières années de Msr Durieu. Il prétendit que la vente devait être considérée comme nulle, parce qu'elle comprenait les bestiaux, instruments aratoires et bâtiments de la ferme, qui appartenaient aux Oblats, et dont l'évêque ne pouvait disposer. Mais tout fut inutile.
Il est à peine nécessaire d'ajouter que les actions prises dans la fameuse compagnie ne rapportèrent jamais un centime à M^ Durieu 2.
2. On dit que, sur son lit de mort, Mgr Durieu voulut faire revenir
Par suite de cette malheureuse affaire, le P. Cornellier dut quitter Okanagan. Il se retira à l'embryon de ville appelé Vernon, où il fit bientôt construire la première église catholique, dont plus tard des prêtres séculiers devaient jouir.
Humainement parlant, la perte d'une propriété comme celle d 'Okanagan ne semblait pouvoir se compenser avant longtemps. Comme fiche de consolation, Mgr Durieu faisait, trois mois après, une fondation dans le nord de son diocèse par laquelle des religieuses d'un nouvel institut qu'il avait fait venir de son propre pays — le Puy, en Auvergne — remplaçaient au lac William les sœurs de Sainte-Anne qui avaient précédemment évacué la place. Le 17 mai 1896, quatre sœurs de l'Instruction de l'Enfant Jésus, sous la direction de sœur Euphrasie, étaient solennellement reçues à ce poste lointain par Mgr Durieu lui-même, par le supérieur et les pères de cette mission, ainsi que par le P. Morice, qui se rendait en France pour affaires.
Un an après, jour pour jour, le P. Thomas arrivait à cette mission, où il commençait cette série de courses chez blancs et sauvages qu'il n'a jamais depuis interrompues et qui ont notablement contribué à changer la face de ce district. Au souffle de son enthousiasme, et grâce à son inaltérable bonne humeur, les Chouchouapes et même les Tchilkotines, sans compter les Porteurs sous sa juridiction, de-
H. E. pour lui signifier de lui remettre les choses à point, ce qui était légalement impossible.
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vaient graduellement renoncer à lenrs sorcelleries et s'éprendre sérieusement de la religion chrétienne, dont ils allaient non seulement accepter les dogmes, mais pratiquer les préceptes.
Disons de suite que ce résultat, ainsi que les consolations qu'il goûta chez les blancs éparpillés dans son district, ne fut pas obtenu sans peine ou même sans danger. Pour ne parler que des blancs, il se perdit un jour dans le bois juste au nord de la vallée où se trouve la mission du lac "William, et, seul avec son cheval, il y passa la nuit sans savoir où il était. Après maintes allées et venues, il descendit le lendemain un précipice de 1200 pieds de profondeur, où il eut pu cent fois se casser le cou, puis déboucha sur un village où il causa le retour à Dieu d'un Américain franc-maçon qui avait jusque-là étouffé la voix de sa conscience, mais que toucha profondément l'état où cette aventure avait mis le pauvre prêtre.
Une autre fois, celui-ci avait visité un Italien établi au sud de sa mission qui, depuis vingt-cinq ans, vivait en concubinage avec une sauvagesse sans vouloir entendre parler de mariage. Comme il n'y en avait pas d'autre à beaucoup de milles à la ronde, sa maison avait toujours été le rendez-vous des missionnaires de passage dans ces parages. Même l'excellent P. Lejacq, qui avait longtemps auparavant échangé le supériorat de Kamloops pour celui du lac William, n'avait jamais pu le décider à faire régulariser sa position. Après avoir déjeûné chez lui, le P. Thomas en repartit un mardi à la hâte, vu qu'il
désirait s'aboucher à la mission avec un supérieur qui devait y passer ce jour-là. Pour s'y rendre plus vite, il voulut prendre un chemin de raccourci, et, dans un pays qu'il avait traversé une foule de fois, il se trompa de sentier — toutes les voies de communication se ressemblant plus ou moins par suite du piétinement d'innombrables bandes d'animaux domestiques. Au lieu de rentrer chez lui après une demi- journée de marche, il tomba, après bien des tâtonnements, sur un chemin dans lequel son cheval s'engagea à fond de train, emportant son cavalier exactement à son point de départ, où il arriva à 7 heures du soir.
Frappé de ce contretemps, dans lequel il eut le bon esprit de voir une intervention de la Providence après tant de tergiversations, l'Italien se rendit enfin aux exhortations du prêtre. Sa sauvagesse, qui était déjà instruite des vérités de la foi, fut baptisée et le couple marié, circonstance dans laquelle le P. Thomas vit une heureuse compensation à son aventure. Six mois après, la vieille mourait en paix avec son Dieu. Quant à l'Italien, il vivait encore en 1912 et pratiquait fidèlement les devoirs de sa religion.
Cependant, Mgr Durieu ne pouvant plus qu'avec peine s'acquitter des fonctions inhérentes à sa charge d'évêque de New Westminster, un coadjuteur lui fut donné dans la personne du P. Dontenville, qui fut sacré évêque titulaire de Germanicopolis le 22 août 1897. Le nouveau prélat ayant reçu une partie de
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son éducation aux Etats-Unis, possédait l'anglais comme sa langue maternelle, circonstance qui n'influa pas peu sur le choix qu'on fit de lui comme auxiliaire de Mgr Durieu avec droit de future succession. Celui-ci, comme nous l'avons vu, avait toutes les qualités requises pour faire un missionnaire idéal chez les Indiens ; mais son peu de familiarité avec la langue de presque tous les blancs dans son diocèse l'avait porté à se tenir le plus possible à l'écart de ces derniers, qui voyaient dans cette réserve un sentiment qui n'existait point en réalité et se croyaient négligés du premier pasteur du diocèse. La nouvelle nomination ne pouvait donc qu'être la bienvenue parmi eux.
Douze jours auparavant, l'Eglise de l'île Vancouver avait pour la cinquième fois été privée de son pasteur par la mort de Mgr Lemmens, survenue au Guatemala, Amérique du Sud. Le 29 juin de l'année suivante, l'abbé Alexandre Christie lui succédait, pour être bientôt après (1899) transféré au siège archiépiscopal d'Orégon City.
Pendant ce temps, le P. Dommeau, que nous avons entrevu à l'est des montagnes Rocheuses, devenait curé de la ville de Vancouver, où il faisait son premier baptême le 16 mai 1897, et, l'année suivante, Msr Durieu confiait définitivement aux Oblats la desserte de cette paroisse.
Le pastorat du P. Dommeau ne fut pas de longue durée. Le 27 septembre 1898, le P. McGuckin arrivait à Vancouver avec les titres de supérieur de la
maison des Oblats qu'on venait d'y constituer et de curé de la paroisse. Il allait exercer ces doubles fonctions jusqu'au jour de sa mort (7 avril 1903).
Pendant que s'organisait définitivement cette paroisse importante, arrivaient de France deux jeunes prêtres de la même congrégation que son curé, qui allaient rivaliser de zèle pour l 'avancement spirituel du pays, mais dont l'action devait s'exercer dans des sphères bien différentes. L'un et l'autre virent pour la première fois la Colombie en septembre 1898. Le P. Pierre Le Chesne fut d'abord stationné à New Westminster, d'où il allait, le 3 septembre de l'année suivante, aider aux PP. McGuckin et John Whelan dans la direction des catholiques de Vancouver.
Mais sa vocation n'était que partiellement pour le ministère paroissial. Le P. Martin, à l'ordination duquel nous avons assisté il y a longtemps, faisait alors l'office de procureur vicarial: ce père ayant été rappelé dans l'Est, le P. Le Chesne, qui s'était depuis quelque temps occupé avec succès d'affaires d'ordre matériel au bénéfice de la paroisse à laquelle il était attaché, fut nommé à la charge restée vacante par le départ du prêtre canadien, ainsi qu'à des fonctions analogues vis-à-vis de la maison à laquelle il appartenait. Malgré l'accroissement vraiment merveilleux qu'a pris la ville de Vancouver, il y a peu de ses habitants qui aujourd'hui ne connaissent pas, au moins de vue, la figure peu sévère de ce prêtre qui est resté fidèle à la cité dont ils sont à bon droit si fiers.
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Celui-ci était venu du pays des landes et des clochers à jour. De l'extrémité opposée de la France, telle que ce pays était avant la guerre franco-prussienne, un autre excellent sujet, le P. Victor Rohr, abordait à la même époque aux rivages de la Colombie Britannique. Prêtre zélé autant que patriote irréductible, le P. Kohr passa d'abord six mois chez les sauvages Koutenays; puis, en 1899, il commençait à Sainte-Marie une carrière apostolique au cours de laquelle il devait faire le plus grand bien aux Indiens du Bas-Fraser, mais surtout à ceux de Douglas et de Lillouet. Il allait même résider un certain temps parmi ces derniers, et il devait aussi être chargé des Thompsons, ainsi que de certains villages chouchouapes.