‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadien (volume 2)Chapitre 74 sur 86 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Nous avons déjà assisté à la naissance de Fernie, Vernon et Rossland. Une autre petite ville de caractère à peu près identique surgissait alors non loin de la mission Saint-Eugène, par suite de la construction par le Canadien-Pacifique de sa branche du Nid de Corbeau (Crow's Nest). C'était Cranbrook, qui, en avril 1898, ne consistait encore qu'en la ferme du colonel Baker, deux hôtels et une maison avec étable en cours de construction. Avec l'achèvement de la ligne susmentionnée, tout changea à ce point du district koutenay, et, dès l'automne suivant, les pères oblats de la mission Saint-Eugène durent s'occuper des intérêts spirituels des catholiques qui s'établissaient toujours plus nombreux à cette place. Le P. Coccola y dit plusieurs fois la messe dans la maison d'un M. Kennedy. En avril 1899, le P. N. Ouellette, qui avait quitté le Manitoba pour la Colombie, non seulement continuait son ministère, mais faisait même l'acquisition d'un « lot », sur lequel il érigeait une église de 40 pieds sur 24, qui fut ouverte au culte le 10 septembre de la même année.

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Ce père devait desservir six ans cette nouvelle paroisse.

Les gisements de houille qui sont communs dans cette partie du pays avaient été pour beaucoup dans l'avènement du chemin de fer qui allait à son tour changer la face du district. Bien loin au nord, et même en dehors de la Colombie Britannique, bien que toujours en territoire canadien, une autre région offrait alors au monde civilisé des dépôts d'or d'une richesse merveilleuse. Nous avons nommé le Klondike, ou Youkon, qui n'est point une terre inconnue pour nos lecteurs. Ceux-ci se rappellent aussi l'incroyable engouement des chercheurs d'or pour ce lointain pays que ni l'isolement, ni les longs hivers ne purent protéger contre un envahissement presque sans exemple dans l'histoire des mines.

Au point de vue religieux, ce véritable pays de cocagne était alors rattaché au vicariat apostolique de PAthabaska-Mackenzie ; mais, géographiquement parlant, il appartenait au Pacifique, auquel il devait plus tard être relié pour fins d'administration ecclésiastique.

L'Alaska, dépendance américaine, formait depuis 1894 une préfecture apostolique dont le soin était confié aux Jésuites. Ces religieux avaient autrefois demandé à Mgr Grouard juridiction sur toute partie du Youkon par où les exigences de leur ministèrepourraient les appeler à passer, faveur qui leur avait été accordée de bon cœur. L'un des leurs, le P. Judge, s 'était cru autorisé par là à s 'établir dans la ville de-

Dawson, centre qui avait grandi d 'une manière fabuleuse, et était alors la capitale du pays tout entier. Ce religieux y avait passé l'hiver de 1897-98. Il y avait même construit chapelle, maison et hôpital. Bref, cet excellent père avait d'autant plus facilement fini par se croire chez lui au Klondike que certains Américains prétendaient alors que ce pays était en dehors du territoire canadien. Rome ayant décidé qu'il faisait partie du vicariat apostolique de PAthabaska-Mackenzie, Mgr Langevin, à titre de métropolitain et parce qu'il était plus en mesure de s'occuper de cette question que Msr Grouard, qui ne savait trop ce qui se passait loin des neiges du Mackenzie, s'entremit pour y faire envoyer des Oblats.

Comme résultat de son intervention, le P. Gendreau, qui avait été procureur du collège d'Ottawa, fut donc envoyé à Dawson City, accompagné du F. Dumas, un Oblat comme lui. Puis, pour lui donner un socius ecclésiastique, M^ Grouard fit le sacrifice du P. Desmarais, alors au Petit lac des Esclaves, qui ne tarda pas à aller le rejoindre, tandis que Mgr Langevin contribuait lui aussi pour sa quote-part au clergé de ces lointaines contrées en offrant à Mgr Grouard l'un de ses propres prêtres, l'abbé 0. Corbeil, qui avait fait quelque temps l'office de colonisateur au Manitoba.

Le P. Gendreau était nommé représentant du vicaire apostolique au Klondike, avec le titre et les pouvoirs de vicaire général. Il arriva à Dawson le 27 juin 1898, tandis que le P. Desmarais, auquel

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venait de s'adjoindre le P. Lefebvre, le jeune missionnaire que nous avons vu lutter avec la mauvaise volonté des Esquimaux, s'établit d'abord à Selkirk, où le F. Dumas lui rendait les services d'ordre matériel que comportait sa vocation. Le supérieur de la mission fit avec le P. Judge certains arrangements qui, tout en sauvegardant les droits des Oblats, dédommageaient celui-ci des dépenses qu'il avait faites à Dawson.

Signature du P. Gendreau

La capitale du Youkon était alors une ville unique en son genre. Presque toutes les nationalités s'y trouvaient représentées. La plupart de ses rues n'étaient encore marquées que par des poteaux, entre lesquels des tentes, quelques cabanes en troncs d'arbres, des tas de caisses, de sacs de farine, de lard fumé, etc, s 'y étalaient pêle-mêle. Le site de la ville lui-même n'était rien moins que salubre. C'était plutôt un marais pestilentiel dont l'emplacement s'était imposé à l'attention des premiers habitants, qui n'avaient point eu l'embarras du choix.

Tout y était très cher. Un menuisier y gagnait 50 francs par jour, et le P. Gendreau devait en donner plus de 400 par mois à son cuisinier. La population catholique du pays était estimée à une quin-

zaine de mille âmes, dont la moitié se composait de Canadiens-français. Avant peu, plusieurs conversions vinrent rendre évident le fait que les missionnaires n'étaient point oisifs parmi leur population cosmopolite.

L'église du P. Judge avait brûlé la veille de la Trinité. A la fin d'août 1898, une nouvelle, de 75 pieds sur 35 et dédiée à l'Immaculée Conception, fut ouverte au culte, dans laquelle, le P. Genclreau prit formellement possession de sa charge de curé le premier dimanche de septembre. L'hôpital catholique comptait alors cent trente-deux malades sous les soins des sœurs de Sainte- Anne \ Les circonstances dans lesquelles vivaient les paroissiens du P. Gendreau étaient bien plus favorables aux décès qu'aux naissances. Les baptêmes d'enfants étaient presque inconnus, tandis que, dans le seul mois de septembre qui suivit l'arrivée du nouveau curé, celui-ci ne fit pas moins de treize sépultures. Le P. Lefebvre faisait alors 40 milles pour aller administrer un moribond.

Pendant ce temps, M. Corbeil était stationné à Dominion Creek, d'où il se rendit, au commencement de 1899, à une localité appelée Last Chance (la Dernière Chance), où se trouvaient beaucoup de Cana-

1. Le P. Judge avait commencé son hôpital avec des laïques pour gardes-malades. Le P. Gendreau ayant fait venir des sœurs de Sainte- Anne pour remplir ces fonctions, ces religieuses furent arrêtées par les glaces que charriait le Youkon pendant l'automne de 1898, et durent passer l'hiver à Nulatto. Elles se rendirent à Dawson au printemps de l'année suivante.

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diens-français. Dans ce voyage il était accompagné d 'un chien qui tramait sa chapelle. Ce prêtre nous a laissé des circonstances dans lesquelles il exerça son ministère à ce point de l'Extrême-Nord, une description qui ne sera pas hors de place ici. Eien ne peut donner une meilleure idée et des gens et de la localité. Il écrit donc à ce sujet :

« Le dimanche 15 mars, j 'ai dit la messe chez M. Lalonde, et une soixantaine de mineurs s'étaient entassés là, pressés les uns sur les autres. Il y a dans la cabane, comme dans les chantiers, des poutres accrochées au mur pour faire des lits. Il y en avait deux superposées, et des mineurs ont été obligés de se hisser là, de monter au jubé, comme ils disaient en riant. Pendant toute la messe, ils sont obligés de se tenir debout ou couchés sur les lits, parce qu'ils ne peuvent pas bouger. Une trentaine ont fait leurs pâques, et les autres m'ont demandé s'ils ne pourraient pas aller les faire à la ville. Naturellement, j'aime mieux qu'ils aillent à Dawson et je n'invite que ceux qui ne peuvent pas y aller, car les confessions sont difficiles à entendre dans ces cabanes à cause du peu d'espace. . .

« Je vais de cabane en cabane ; je parle à tout le monde de leurs parents, de leurs amis, de leur paroisse, de leur curé. Ça leur fait un immense plaisir et beaucoup de bien. On parle de religion et je les attire à confesse: ils ne manqueront plus la messe quand ils viendront à Dawson. Us seront de bons chrétiens ; le bon Dieu sera aimé, servi et glorifié, et

j'y aurai un peu contribué. C'est là le complément de joie que nous pouvons goûter ici 2. »

A Selkirk, il y avait une trentaine de maisons, plus une église commencée en 1898 par le P. Lefebvre aidé du F. Dumas. Même dans un pays aussi primitif qu'était alors le Klondike, on remarquait plusieurs Canadiens - français, partant des catholiques, de bonne famille, tels que le lieutenant Leduc, le juge Dugas et M. Charles Taché, neveu de Msr Taché, qui y remplissait les fonctions d'ingénieur civil au compte du gouvernement local 3.

Pour compléter notre esquisse de ce lointain pays et des conditions spéciales dans lesquelles sa population coulait ses jours, citons un passage d'une lettre du P. Gendreau à Mgr Langevin, écrite vers la fin de 1899. Le supérieur de la mission du Youkon mandait alors à son archevêque:

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