HÉKAUTS DE LA CROIX
de ses propres fils, ainsi que de son neveu, Christophe Dufrost de la Jemmeraye.
Dans l'impossibilité d'obtenir de la Cour un subside pour couvrir ses dépenses, il avait reçu le monopole du commerce des pelleteries dans les contrées qu'il découvrirait, privilège qu'on croyait, bien à tort comme on le verra, devoir amplement le compenser de l'absence de fonds spéciaux pour lui permettre de mener l'entreprise à bonne fin. Cette circonstance rendit toute marche rapide impossible, bien qu'elle dut aider efficacement à mettre Lavérendrye en contact avec les aborigènes de l'ouest et lui faire acquérir une réelle influence sur eux.
Pendant qu'il s'acheminait vers le but de son expédition, Lavérendrye prit comme chapelain le P. Charles-Michel Mesaiger, Jésuite né en France le 7 mars 1706 et arrivé à Québec dans le cours de 1722 ^. Le P. Mesaiger est le premier prêtre qui ait jamais vu le lac des Bois.
Signature du P. Mesaiger
Mais, longtemps avant d'y arriver, Lavérendrye devait avoir comme un avant-goût des nombreuses difficultés qui allaient l'assaillir au cours de ses
2. Il prononça ses quatre vœux le 2 fév. 1726, et fut envoyé chez les Miamis. Il retourna en France le 20 oct. 1749, et mourut à Eouen le 7 août 1766. Ses nombreuses lettres qui lui ont survécu nous le montrent comme un homme d'un gros bon sens et plus porté à la gaîté qu'aux humeurs noires.
26 l'église dans l'ouest canadien
explorations. Le 27 août, alors qu'il était à quinze lieues de Kaministiquia, ses gens, terrifiés à la vue d'un portage de neuf milles, et peut-être aussi sous l'influence de commerçants jaloux, refusèrent d'aller plus loin. Mais, écrit notre explorateur, «à l'aide de notre Père missionnaire, je trouvay le moyen de gagner quelqu'un parmy le nombre de mes engagés, pour aller avec mon neveu la Jemeraye, qui était mon second, et mon fils, établir le poste du lac la Pluye. J'en eus assez pour équiper quatre moyens canots. Je fis faire sur-le-champ le portage et leur donnay un bon guide ^ ».
Avec ces gens de bonne volonté, on finit par atteindre le lac la Pluie, au débouché duquel fut fondé le fort Saint-Pierre, quelque temps avant l'hiver de 1731, pendant que le directeur de l'expédition elle-même, devait s 'en retourner à Kaministiquia.
Pendant ce temps, de la Jemmeraye n'était pas inactif au nouveau poste. Il invita les Indiens qu'il vit à venir troquer leurs fourrures avec lui. Malheureusement, comme l'arrivée des Français n'était encore connue que d'un petit nombre, la traite ne put être bien fructueuse cet hiver-là.
Le 8 juin de l'année suivante (1732), Lavérendrye partit encore avec le missionnaire, son neveu, qui l'avait rejoint, deux de ses enfants et sept employés
3. Dans Margry, Mémoires et Documents pour servir à l'Histoire des Origines françaises des Pays d'Outre-Mer, vol. VI, p. 5S6; Paris,