HÉRAUTS DE LA CKOIX
4;és par dix-neuf ^- voyageurs, qui avaient eux-mêmes été précédés par cinq autres serviteurs. Ceux-ci s'étaient mis en route pour la même destination cinq jours auparavant.
Etrangers à toute intention désavouable et encore assez peu familiers avec le caractère traître des sauvages des plaines, ces Français ne songeaient à aucun danger pendant qu'ils ramaient gaîment sur les eaux émaillées d'îles du lac des Bois. Le père de Jean-Baptiste de Lavérendrye leur avait pourtant conseillé d'être prudents. Ils auraient pu aussi se rappeler un incident de date récente qui, tout insignifiant qu'il fût en lui-même, n'en était pas moins gros des plus graves conséquences.
Une bande de Cris, les ennemis héréditaires des Sioux, fiers de posséder quelques fusils obtenus au fort Saint-Charles, s'étaient amusés à tirer de son enceinte sur des Sioux de prairie qui passaient.
— Qui tire sur nous ? avaient demandé les étrangers du sud.
— Ce sont les Français, avaient ricané les Cris. Réponse fatale, dictée par la lâcheté, quel résultat
imprévu ne devait-elle pas avoir !
Le parti de cinq Français qui avait précédé celui de Jean-Baptiste de Lavérendrye et du P. Aulneau n'avait encore franchi qu'une faible distance quand,
12. Les documents contemporains ne s'accordent point sur le nombre des voyageurs dans le parti. Quelques-uns disent 18, d'autres 20, la plupart 19, et l'un d'eux va jusqu'à le mettre à 22. La récente découverte du site du fort Saint-Charles ne nous permet pas de douter que, en plus du prêtre et du gentilhomme, il y ait eu 19 employés, ni plus ni moins, dans la bande.
le 4 juin, il tomba sur une bande de quatre-vingt-dix ou cent Sioux montant une trentaine de canots, qui le cernèrent immédiatement et gar rotèrent ses membres comme pour les mettre à la torture.
— Vengeance! s'écrièrent-ils. Ces gens vont payer pour l'attaque contre nos frères à la maison des blancs !
— Mais ni nous ni nos amis ne vous avons fait aucun mal, plaida Bourassa, l'un des voyageurs.
— Les Français ont tiré sur les Sioux, déclarèrent les guerriers indiens.
— Vous vous trompez, dit Bourassa ; ce sont les Cris qui l'ont fait. Si vous voulez vous en assurer et venger l'insulte faite à votre nation, allez à notre fort. Vous y trouverez cinq ou six loges de Cris, qui sont les seuls coupables.
Ainsi parla le pauvre voyageur, en son nom et en celui de ses compagnons. Pourtant les Sioux n'étaient qu 'à-demi apaisés.
— Les Français favorisent nos ennemis, objectèrent-ils. Ils leur vendent des armes et des munitions, et le fils de leur commandant a été fait chef des Cris.
— Je ne sais rien de cela, fit Bourassa ; mais vous recevez vous-même de notre fort toutes les armes que vous pouvez payer quand nous les avons. En outre, j'ai maintes fois entendu le chef des blancs prêcher la paix aux Cris et aux autres.
A ce moment même, une femme accourut en s 'écriant :