‹ Histoire de l'Église catholique dans l'Ouest canadienChapitre 162 sur 195 · History of Manitoba, p · texte numérisé non relu

History of Manitoba, p

328 l'église dais^s l'ouest canadien-

une décision, dit-il, et à l'expiration de cette heure, nous les considérerons comme acquittés si vous n'avez vous-même prononcé une semblable sentence.

— Nous ne voulons point d'un juge qui ne comprend pas ceux dont il instruit la cause, cria l'un des douze.

— Il est aux ordres de la Compagnie, qui met des entraves inutiles au commerce et nous fait payer des droits d'entrée exhorbitants, ajouta un autre.

— Oui, et cette compagnie ne fait aucun cas de nous dans le gouvernement de notre pays, remarqua un troisième.

— Avant tout, il nous faut la liberté de la traite des fourrures, observa Riel ^®.

Que pouvaient faire les autorités en face de pareil déploiement de force? Sayer admit qu'il avait traité des fourrures avec les Indiens, mais ajouta qu'il en avait reçu la permission d'un parti au service de la Compagnie. Le juge fut bien aise de trouver cette excuse pour l'acquitter. Il mit aussi en liberté les trois autres métis sans aucune forme de procès.

Là-dessus, l'un des douze, qui comprenait à peine la nature de ce qui se passait, s 'imaginant qu'on faisait droit aux demandes des métis, sortit en criant :

— Le commerce est libre !

19. Toutes ces différentes demandes sont spécifiées dans le procèsverbal de la session du conseil d'Assiniboia qui fut tenue la semaine après le procès de Sayer. Mgr Provencher écrit à ce sujet: "Ils ont demandé le rappel immédiat du recorder, Adam Thom. Il a été suspendu de ses fonctions jusqu'à décision. Il fera bien de partir; sa

TROUBLES ET COÎî^SOLATIONS 329

— Le commerce est libre! Vive la liberté! répétèrent à l'envi des centaines de voix.

Et l'on déchargea bruyamment les fusils, on se donna l'un à l'autre de vigoureuses poignées de mains, et trois formidables acclamations retentirent en l 'honneur du nouvel état de choses.

L'odieux monopole avait vécu.

On n'essaya point de le faire revivre. Après avoir résisté quelque temps à la tempête et tenté de se réhabiliter aux yeux du public en faisant des concessions comme l'emploi d'un interprète français, Thom dut retourner dans l'Est, les droits d'entrée furent réduits de 71/2 à 5, et plus tard à 4, pour cent. Bref, toutes les demandes des métis furent accordées, d'autant plus que, l'année suivante, M. Laflèche fut admis dans le conseil d'Assiniboia (5 septembre 1850), et, cinq semaines après, c'est-à-dire le 16 octobre, les métis Pascal Breland, Urbain Delorme et Joseph Guibeau furent nommés magistrats pour le district de la prairie du Cheval-Blanc, tandis que François Bruneau, avec Maximilien Genton et trois Anglais étaient élevés à une semblable position pour le district d 'En-Haut — autant de nominations qui concourent à démontrer l'accroissement de l'élément catholique et de son influence dans la colonie d'Assiniboia.

M^ Provencher ne prit ostensiblement aucune

vie pourroit être en danger dans un moment d'effervescence. Tout ce qui ne plaît pas retombe sur lui. . . Il est arrivé ici avec la réputation d'avoir été le grand ennemi des Canadiens dans les troubles de 37 et 38" (A Mgr Turgeon, 27 juin 1849).

330 l'église dans l'ouest canadien

part aux démarches qui eurent pour résultat la proclamation populaire de l'abolition du monopole, bien qu'il fut secrètement au courant de tout ce qui se préparait. Des soucis plus en rapport avec l'esprit de sa vocation obsédaient alors son esprit. Il était maintenant persuadé que, bien qu'encore robuste en dépit de ses 63 ans, il ne pouvait vivre longtemps. Après ce qu'il savait des délais qui avaient accompagné la nomination de plusieurs évêques et les inconvénients qui s'en étaient suivis, il était tourmenté par la peur de mourir sans un coadjuteur qui put lui succéder ipso facto en cas de décès et prévenir ainsi les difficultés d'un long interrègne.

Ensuite, il y avait dans l'Ouest et surtout dans le Nord ces nombreux néophytes dus à l'activité de MM. Thibault, Lafièche et Bourassa, ainsi que du P. Taché, et qui, faute d'évêque pour les visiter, n'étaient point encore devenus parfaits chrétiens par le sacrement de confirmation. Or il lui était absolument inutile de penser à les voir jamais luimême, dans l'impossibilité où il était de voyager. Il lui fallait donc quelqu'un qui put le remplacer près d'eux.

Nous avons vu que sa première pensée avait été pour M. Lafièche. Il lui avait même obtenu des bulles qui le nommaient évêque d'Arath, et, devant les objections du missionnaire, il l'avait fait venir à Saint- Boniface pour pouvoir juger lui-même de la valeur de ses excuses. Lafièche était arrivé peu après les troubles que nous venons de raconter. Il boitait affreusement par suite de douleurs rhumatismales

Page 1