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Taché à de Mazenod, 9 fév

OBSTACLES ET AMÉLIOKATIONS 387

indigènes furent loin d'être négligées par le prêtre charpentier, celui-ci retourna au lac Athabaska où, malgré son manque d'expérience, le P. Grandin avait su maintenir à leur niveau normal la ferveur et la régularité chrétiennes.

Moins satisfaisante était la position des PP. Maisonneuve et Tissot au lac la Biche. Il devint évident que le site de cette mission avait été mal choisi. Elle fut donc, dans l'hiver de 1855-56, transportée à six milles du fort. Mais cette même circonstance, qui devait améliorer leur position, la rendit momentanément pire pour les bons pères, qui se trouvaient maintenant sans logis au cœur même de l 'hiver. Pour les consoler et les encourager, M^ Taché les visita et partagea quelques jours leurs excessives privations. Campés sous une tente plantée sur la neige, ils avaient bâti à la hâte une cabane pour recevoir leur supérieur. Quand Taché arriva, ils n'avaient même pas une chaise à lui offrir: un billot de bois dut servir de fauteuil épiscopal.

Mais cette grande pauvreté n'était rien pour le bon prélat en comparaison de la peine qu'il ressentit en contemplant les traits décharnés de ces deux missionnaires dont la cause était, comme il s'en aperçut bientôt, le manque de nourriture et les autres privations inhérentes à leur position.

Cette pénurie ne retarda pourtant pas trop la réalisation des projets qu'on avait faits dans l'intérêt matériel de leur établissement. Avec un courage qu'on ne saurait trop admirer, chacun des deux

missionnaires s 'adonna, après le départ de son ordinaire, à la tâche de défricher de grands espaces de terre qni ne tardèrent pas à être mis en culture. Ils érigèrent aussi les nombreuses bâtisses nécessaires à un poste dont on voulait faire le grand entrepôt des missions du Nord.

Ils ouvrirent même en 1856 un chemin de charrettes, au travers de l'épaisse forêt qui entourait leur lac, et, au mois de septembre, le P. Maisonneuve fit aux bonnes gens du fort Pitt une agréable surprise en leur faisant sa visite annuelle en voiture. Ce chemin fut le premier travail du genre dans tout le Nord. Il porta d'autres partis à tenter pareille entreprise. Il est d'autant plus juste d'en donner le crédit aux humbles missionnaires du lac la Biche que le service qu'ils rendirent alors à la civilisation est probablement oublié depuis longtemps, même dans le pays.

Du lac la Biche M^ Taché se dirigea vers le lac Athabaska, qu'il atteignit le jour de la Visitation de la Sainte Vierge. Les Indiens qui fréquentaient cette mission le reçurent en corps, avec quelques compatriotes qui étaient accourus du « Fond du Lac », ou N.-D. des Sept Douleurs. Taché avait été leur missionnaire: ils furent donc aussi charmés que les PP. Grollier et Grandin de le revoir revêtu de la dignité qui l'avait transformé en « Grand- Priant »•. Bientôt arriva le P. Faraud, qui ajouta encore à la joie générale par les bonnes nouvelles qu'il apportait du Nord.

Après les exercices d'une mission en règle, on passa une semaine à travailler uniquement pour les Indiens. On les instruisait pendant le jour, et une bonne partie des nuits était employée à préparer pour l'impression de petits livres déjà écrits dans leur langue.

Ces pauvres gens étaient d'autant plus proches du royaume des cieux que la contamination qui résulte ordinairement pour eux du contact avec les blancs ne les avait point encore atteints. Simples et bons étaient incontestablement, malgré les faiblesses de leur nature déchue, ces enfants des bois que le P. Faraud dressait à la vie chrétienne sur les bords du lac Athabaska. Le missionnaire avait reçu de quelque bienfaiteur de France une cloche de modestes dimensions pour son église en bois. Comme les Indiens revenaient de leur chasse, il voulut leur ménager une petite surprise. Il chargea donc son sacristain de se tenir prêt à ébranler la cloche pour saluer leur arrivée. Lorsque quelques centaines de sauvages furent assez rapprochés:

— Sonne, cria-t-il à son homme ; sonne fort.

Le garçon obéit machinalement sans trop comprendre ce qu'on voulait de lui; mais au premier tintement, il lâcha la corde et s'enfuit épouvanté.

Puis, Faraud vit tous les sauvages s'arrêter interdits dans la plaine, cherchant des yeux et des oreilles d 'où était parti ce tonnerre qui venait d 'éclater. Le missionnaire jouit quelques minutes de leur étonnement; puis, saisissant lui-même la corde, il

se mit à sonner à toute volée. Alors un spectacle presque burlesque s 'offrit à ses regards : à droite et • à gauche, il les vit les uns à genoux, les autres les bras levés au ciel, gesticulant, priant, criant, n'osant avancer ni reculer. Ils auraient vu le lac se changer en forêt ou la forêt se transformer en lac que leur stupéfaction eut été moins grande ".

Nos lecteurs n'ont pas oublié Dénégonusyé, ou le Petit-Prêtre, devenu Pierre sans abdiquer ses droits au prosélytisme parmi ses compatriotes. Un jour qu'il était venu prendre près du P. Faraud une nouvelle provision de science religieuse pour les en faire bénéficier, il avisa une vieille calotte que le prêtre avait laissée sur un siège. Il la prit entre ses mains et demanda au père de la lui donner. Sans savoir ce que l'original voulait en faire, celui-ci le laissa l'emporter dans sa forêt. Ce fut une grande acquisition pour Pierre — à ses yeux et aux yeux de ses semblables, un véritable brevet de compétence. Il la mettait gravement sur sa tête quand il enseignait son peuple, et disait :

— La dernière fois que je vous ai vus, quelquesuns croyaient que je ne parlais pas toujours très juste. Or, voyez maintenant cette calotte que je porte: c'est celle de notre Père lui-même. Donc quand je parlerai dites: ce n'est pas Pierre qui parle, c'est notre Père.

D 'autres néophytes avaient cru ne pouvoir mieux

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